Accueil Concours Résistance et Déportation (CNRD)

CNRD 2012-2013 : les risques

Questions posées par la salle lors de la rencontre organisée dans le cadre du CNRD sur le thème :
« Communiquer pour résister (1940-1945) »

Tournage et montage par lʼéquipe audiovisuelle du CRDP de Créteil, sous la direction de Jean-Luc Millet :

Préparation iconographique : Daniel Martin ; tournage : Didier Delattre - Jean-Luc Millet ; assistante de réalisation : Leslie Diaz ; montage et réalisation : Éric Brossard - Daniel Martin

 

Transcription de la vidéo

– Je mʼappelle Isadora, du lycée Georges-Brassens de Villeneuve-le-Roi. Je voulais savoir sʼil y avait des traîtres.

J. F.  Pour beaucoup de résistants, leur arrestation, souvent, découlait dʼune dénonciation. Cela a été le cas pour notre petit groupe de Mithridate, entre autres, mais il y en a eu beaucoup, malheureusement.

R. V.  Dans notre réseau, il nʼy a pas eu de traître. Mais je me rappelle très bien avoir entendu deux résistants qui parlaient dʼune affaire quʼils avaient traitée eux-mêmes. Lʼun a dit : « Untel, il nous avait trahis  », et lʼautre a dit : « Il promenait son chien le matin, ça ne lui a pas été salutaire. » On devine ce qui lui est arrivé.

J. F.  Je voudrais rappeler quelque chose qui a été très important pour moi, en déportation. Jʼai eu comme compagnes des parachutistes – des femmes parachutistes, bien sûr – françaises et anglaises. Elles ont été, pour la plupart, parachutées dʼailleurs avec un poste de radio pour travailler sur le sol français. Elles ont toutes été fusillées à Ravensbrück. Or, elles étaient des militaires. Cʼest un assassinat. Comme beaucoup de mes compagnes, dʼailleurs, qui sont mortes dans dʼautres conditions, dans les marches de la mort, dans les camps, dans les commandos, ces femmes extraordinaires, je peux vous dire quʼelles étaient jeunes et quʼelles étaient plus que courageuses, cʼétait des femmes admirables.

J.-L C. B.  Je précise que 35 Anglaises et 11 Françaises ont été parachutées, que les Anglaises – un tiers – ont été, non seulement, pour certaines, fusillées, mais pour la plupart, exécutées dʼune balle dans la nuque. Je voudrais préciser que, en 1942, la durée de vie dʼun opérateur radio était de six mois, et que jusquʼau début de 1943, la mortalité des opérateurs radio a été de 83 %.

– Je mʼappelle Sarah, je viens du lycée Georges-Brassens, et je me demandais si vous aviez déjà pensé à quitter la Résistance.

R. V.  De toute façon, plus cela allait, moins on avait envie de la quitter, si jamais on lʼavait eue. Et puis deuxièmement, si on lʼavait quittée, cela nʼaurait pas été sans danger, parce quʼimmédiatement, on vous aurait soupçonné dʼêtre un traître. Mais jʼaime mieux vous dire quʼon nʼavait pas du tout envie de quitter la Résistance. On n'avait quʼune envie, cʼétait de voir les Allemands « foutre le camp  ».

R. C.  Mon guetteur avait 18 ans. Il savait où jʼhabitais, il connaissait ma vraie identité, etc. Je suis convaincu quʼil a été torturé, il nʼa jamais parlé, il a été fusillé au Mont-Valérien. Je suis sûr quʼil nʼa pas parlé, je lui dois beaucoup de choses, je lui dois la vie. Donc pour répondre à la question : « Est-ce que vous avez eu envie de quitter la Résistance ?  », voilà un garçon qui avait 18 ans, qui aurait pu avoir la vie sauve en disant ce quʼil savait, qui ne lʼa pas dit et qui a été fusillé. Je trouve cela admirable comme foi de maintien dans la Résistance.

R. V.  On nʼentrait pas dans la Résistance comme dans une boutique pour sʼengager. Il fallait connaître quelquʼun, et quelquʼun de confiance, parce quʼil fallait se méfier de tout le monde. Il faut bien se rappeler que, au début de la guerre, des gens se sont conduits dʼune manière éhontée. Ils nʼont pas hésité à faire des dénonciations, quelquefois tout simplement pour récupérer un appartement ou pour accéder à un poste qui était occupé. On éliminait quelquʼun en le dénonçant. Il nʼy en a peut-être pas eu beaucoup, mais il y en a eu. Donc avant dʼentrer dans la Résistance, il fallait savoir où on mettait les pieds.

R. C.  Il y avait beaucoup de jeunes, parmi les résistants. Un commerçant, par exemple, un père de famille, aurait bien fait de la Résistance, mais il ne le pouvait guère. Il fallait quʼil abandonne le commerce, le père de famille, cʼétait pas dʼargent, on ne gagnait pas beaucoup de sous, on nʼen gagnait même pas. Donc il fallait… pas être un aventurier, mais être jeune. Il y avait des moins jeunes, évidemment, mais les gens qui avaient des situations bien assises, eh bien ils étaient attentistes.

– Je mʼappelle Cécile et je suis du lycée Georges-Brassens. À 15 ans, vous nʼaviez pas peur dʼêtre emprisonné ou tué par les Allemands ?

R. C.  Je ne pense pas avoir eu peur, mais quand jʼai dit : « Oui, dʼaccord pour faire lʼopérateur radio  », je connaissais parfaitement le risque et je partais sachant ce qui pouvait mʼarriver. Il ne mʼest rien arrivé de catastrophique, mais jʼy étais préparé. Et voyez-vous, quand on mʼa dit : « Veux-tu être opérateur radio ?  », jʼai dit oui, car si jʼavais dit non – je pouvais dire non –, cela aurait été le regret de toute ma vie. De savoir quʼon mʼavait proposé quelque chose pour permettre la Libération de la France, et avoir refusé, pour moi cela aurait été presque des remords.