Titre :
Mal à ma mère
Auteur : Clara Vidal
La mère de Mélie est changeante, tantôt gentille et douce, tantôt agressive et sadique. Persuadée que sa mère est possédée par un mal qu'elle ignore, Mélie commence, dès son enfance, à vouloir conjurer le sort en inventant des rites pour que sa "maman rose" demeure et que sa "maman noire" disparaisse. Mélie grandit et devient une adolescente piégée et enfermée dans des troubles obsessionnels du comportement qui ne cessent de s'accroître. Ses journées sont consacrées à des incantations étranges, à des obligations fictives qu'elle s'invente pour s'assurer de l'amour maternel dont elle a besoin pour grandir. Mais un jour, elle en est sûre, sa mère ne l'aime pas. À qui le dire ? Personne ne veut entendre l'invraisemblable, ni sa meilleure amie, ni sa grand-mère, ni même son père qui préfère ne rien voir…
Les thèmes abordés par l'auteure - la cruauté d'une
mère, les troubles obsessionnels du comportement qui en résultent -
le sont avec tact et justesse car son propos s'inscrit davantage dans l'intention
de décrire la lenteur d'un processus que de le dénoncer. Ainsi,
le lecteur prend conscience des ancrages lointains des maladies psychiques plutôt
que de s'arrêter à leurs manifestations ; son regard ne peut
être que tendre pour cette jeune fille en devenir et par là, il
comprend mieux les difficultés qu'un enfant rencontre parfois.
L'auteure met parfaitement en évidence la dichotomie entre le tumulte
intérieur de son personnage principal qui l'empêche, finalement,
d'avoir une vie sociale et le silence de l'entourage qui l'enferme définitivement.
Mal à ma mère peut être lu et étudié dans le cadre d'une séquence dont la finalité peut à la fois être "se construire" et "s'insérer dans la société" car l'auteure propose bien au lecteur de réfléchir aux conséquences des T.O.C. dans la vie de l'enfant et aux causes qui prennent naissance au sein de la sphère familiale, dès la petite enfance.
L'histoire se termine par l'entrée de Mélie dans le cabinet d'une psychologue. Sa mère, qui souhaitait participer à l'entretien est tenue à l'écart. Pour la première fois, on le suppose, la parole de l'adolescente sera pleinement reçue. Cette fin laisse le lecteur dans un espoir absolu, celui que l'enfant puisse être entendue et guérie de sa mère. Elle invite ainsi à imaginer une suite, ce qui peut être l'objet d'un travail d'écriture et de réécriture avec les élèves : imaginer ce que Mélie raconte à la psychologue, imaginer une discussion entre Mélie et sa mère à la sortie de l'entretien ou encore, pourquoi pas, entre sa mère et la psychologue.
