Titre : Oh Boy !
Auteur : Marie-Aude Murail
Éditeur : L'école des loisirs
Oh boy ! de Marie-Aude Murail
L’école des loisirs, coll.médium
2000
Le roman de Marie-Aude Murail est surprenant par bien des aspects. En effet, qu’il s’agisse de thèmes dramatiques tels que le suicide, les difficultés de l’adoption, ou l’inadéquation du monde adulte aux aspirations des enfants, ces sujets sont toujours traités avec humour et légèreté. En outre, si l’auteur s’amuse à décrire ses personnages avec une ironie particulièrement caustique, le lecteur garde toujours une impression de réalité, de "déjà vu". C’est pourquoi ce roman singulier peut permettre d’amener des élèves parfois éloignés de la lecture à s’en rapprocher. Effectivement, les thèmes abordés ici d’une manière tant subtile que réaliste, conduisent inévitablement à une identification aux personnages, grand moteur de lecture s’il en est.
Les axes d’étude retenus dans cette séquence, s’ils sont loin d’être exhaustifs, tentent de reprendre la grande variété des thèmes et des tonalités du roman. À chacun de les adapter en fonction de sa classe, de son projet de lecture.
Ce travail est envisageable avec une bonne classe de Seconde professionnelle ou une classe de Terminale BEP.
Attention : les synthèses qui suivent chaque activité sont uniquement destinées aux enseignants et ne peuvent faire office de trace écrite pour les élèves.
Objectifs :
- Élaborer des hypothèses de lecture à partir d’un incipit
- Réfléchir sur l’entrée dans le roman
- Montrer en quoi le choix d’un certain lexique induit la direction que va prendre l’histoire
Support :
- Incipit : « Le 12 de la rue Mercoeur à Paris abritait la famille Morlevent depuis deux ans. Trois enfants et deux adultes la première année. Trois enfants et un adulte la seconde année. Et ce matin-là, trois enfants seulement, Siméon, Morgane et Venise, quatorze, huit et cinq ans. »
- Chapitre I
Activités :
- Élaborer des hypothèses de lecture à partir d’un incipit : ce dernier prend la forme d’une soustraction dont le résultat est trois enfants seuls. La question qui se pose inévitablement est : Que vont-ils devenir ? L’indicateur temporel « ce matin-là » montre que la situation est nouvelle pour les enfants et évoque l’urgence d’une réaction.
On peut faire remarquer aux élèves que dans ce roman, état initial et événement perturbateur sont confondus. Le lecteur plonge immédiatement dans l’action. Ce qui doit suivre est inévitablement l’étape des péripéties.
- Relever dans la suite du chapitre I un champ lexical significatif quant à la réaction des enfants.
Réponse probable : le champ lexical du combat.
Montrer en quoi il est une indication sur la direction que va suivre l’histoire.
Objectifs :
- Mettre en évidence les enjeux du roman.
- Distinguer les personnages principaux en utilisant le schéma actantiel comme outil d’analyse pour parvenir au sens.
Supports : Chapitre I + Chapitre II
Activités :
Il est évident dès ces premiers chapitres que Siméon prend la direction des opérations et fixe un objectif : la famille doit tout faire pour ne pas être séparée.
C’est pourquoi l’on peut remplir un schéma actantiel de Siméon avec les élèves à l’aide de ces deux premiers chapitres. Celui-ci permettra d’évaluer quelles sont ses chances de réussir. En effet, tous les personnages principaux sont déjà en scène et les enjeux se devinent déjà.
| Destinateur | Objet | Destinataire |
|---|---|---|
| L’impossibilité de rester seuls car ils sont trop jeunes | Trouver quelqu’un qui les adopte tous | Les enfants Morlevent |
| Sujet |
|---|
Siméon |
| Adjuvants | Opposants |
|---|---|
| Leur détermination Siméon est surdoué Assistante sociale ? Juge Leur famille ? La jalousie entre Josiane Morlevent et Barthélémy |
Ils sont des enfants Ils n’ont pas de famille directe Josiane Morlevent ne semble intéressée que par Venice Barthélémy Morlevent est indifférent |
Synthèse : l ’avenir paraît bien incertain pour les trois orphelins. Personne, en effet, ne paraît intéressé d’emblée par leur sort. Il va donc leur falloir beaucoup de détermination pour réussir. Néanmoins, la rivalité naissante qui apparaît entre leur demi-frère et leur demi-soeur semble pouvoir augurer d’une possibilité d’agir sur le destin.
Objectifs :
- Montrer en quoi les titres des chapitres témoignent des variations de l’intensité des sentiments dans cette histoire.
- Montrer en quoi la structure de l’histoire fait sens.
Supports :
Clôture du roman + titres des chapitres
Lancement :
Observation de la clôture du roman « et il ajouta ses mains en tuile, tout en haut, comme on poserait un toit »
Qui est ce « il » ?
Les enfants auraient-ils réussi ? Comment ? Grâce à qui ?
Activités :
- Relever les titres et leur numéro
- Faire un relevé des chapitres semblant positifs, négatifs ou neutres pour l’avenir des enfants
- Faire un rapprochement avec les étapes du schéma narratif
| Chapitre n° |
Titre | Positif, négatif ou neutre (+ ; - ; =) | Étape du schéma narratif correspondante |
|---|---|---|---|
| 1 | Où les Morlevent découvrent qu’ils sont des enfants sans parents | ||
| 2 | Où les enfants Morlevent attendent un roi mage | ||
| 3 | Où il est difficile d’être Aimée | ||
| 4 | Qui déclare la fratrie en danger | ||
| 5 | Où Barthélémy partage ses recettes de cuisine avec sa voisine | ||
| 6 | Quand « le vent se lève, il faut tenter de vivre » | ||
| 7 | Où Laurence côtoie la folie et Bart le précipice | ||
| 8 | Qui fait appel au corps médical | ||
| 9 | Aimez-vous la tapenade ? | ||
| 10 | Ce que donner veut dire | ||
| 11 | Où l’on cherche une solution | ||
| 12 | Où Bart voudrait que ça s’arrête | ||
| 13 | Qui n’existe pas pour ne pas porter la poisse aux Morlevent | ||
| 14 | Où l’on navigue à vue mais où l’on ne sombre plus | ||
| 15 | Où Siméon tient debout | ||
| 16 | Où la maison Morlevent trouve un toit et où le lecteur doit admettre que la vie c’est comme ça |
Synthèse : L’histoire connaît une fin heureuse. Sans avoir lu la suite des deux premiers chapitres, les élèves sont en mesure de comprendre que cette histoire connaît des rebondissements, ainsi qu’une tension dramatique (« fratrie en danger », « hôpital », « précipice » « où Bart voudrait que ça s’arrête »). Cette tension semble si forte pour les personnages que même l’auteur compatit « chapitre 13 : qui n’existe pas pour ne pas porter la poisse aux Morlevent ». Pourtant cette histoire se termine bien puisque Siméon réalise son objectif : « Où la maison Morlevent trouve un toit... » (chapitre 16).
Comment ont-ils fait ?
Bart est- il le prince charmant tant attendu alors que Siméon lui-même paraissait en douter dès la fin du 2ème chapitre (dernière phrase « Oh boy ! le singea discrètement Siméon en levant les yeux au plafond. ») ?
Que sont devenues les relations entre les deux frères ?
Les élèves lisent l’ensemble du roman.
Objectifs :
- Étudier les relations entre les deux frères, dans l’ensemble du roman.
- Mettre en évidence la valeur initiatique de ce roman.
Activités :
- Étude des relations entre les deux frères.
- Tableau suivant en lisant le roman.
| Chapitre | Ce que Siméon pense de Bart | Ce que Bart pense de Siméon | Lieu | Ce que vous en pensez |
|---|---|---|---|---|
Synthèse : L’hôpital et la maladie rapprochent les deux frères en leur permettant de révéler leur véritable personnalité. Leur relation distante, parfois méprisante, ne va pas résister à l’épreuve que leur soumet la vie. Bart "le superficiel" va devenir Bart "le fidèle", tandis que Siméon "le dur" va pouvoir se laisser aller et redevenir l’enfant qui a besoin d’amour et de protection. Ainsi les rôles qui étaient inversés au début du roman (Siméon semblait adopter une attitude de grand frère et Bart le laissait décider) reprennent un cours normal, Bart jouant enfin son rôle de frère aîné que Siméon ne lui dispute plus. L’hôpital et la maladie servent en fait de révélateur.
Le comique dans le roman : analyse d’une scène chez Barthélémy
Objectifs :
- Déterminer la fonction et les caractéristiques d’une scène de roman
- Identifier les éléments comiques de la scène (quiproquo, ironie) et les mettre en relation avec le comique théâtral
- Montrer les enjeux d’un tel chapitre dans le roman
Support :
Chapitre 3, « où il est difficile d’être aimé », le passage étudié commence après le début du chapitre 3 p. 43, ligne 7.
Ce passage est important car il s’agit de la première journée que vont passer les enfants avec Barthélémy. Les attentes de chacun des personnages du roman quant à cette journée sont différentes. Chaque personnage s’en fait une idée bien précise et c’est dans la non réalisation de ces programmes idéaux que va pouvoir s’insérer le comique de situation.
Voici les activités demandées aux élèves afin de démonter les mécanismes de cette scène :
Activités :
- A l’aide de la page 43, réaliser le programme idéal de la journée selon l’assistante sociale.
Programme idéal de la journée selon l’assistante sociale |
|---|
10h - Accueil, visite de l’appartement Après-midi - Cinéma, « Mon ami Joe » |
On peut remarquer immédiatement que le programme proposé par l’assistante sociale à Bart est simple mais aussi très rigide. Il correspond bien peu à la personnalité de celui-ci et d’ailleurs ne fonctionnera pas dès le départ.
- Recherche de l’élément perturbateur de programme : l’appel de Léo le petit ami de Bart
- Demander aux élèves de réaliser le nouveau plan échafaudé par Bart après l’appel téléphonique de Léo
Nouveau programme idéal de la journée selon Bart |
|---|
2. Léo et Bart gardent les enfants jusqu’à 18h |
- Recherche du nouvel élément perturbateur : la voisine arrive …
Les deux éléments perturbateurs sont sources de rires puisqu’ils obligent tous les personnages de cette scène à mentir sauf Léo.
Cependant, l’élément perturbateur dont l’effet comique est le plus important est l’arrivée de la voisine, car à ce moment la situation est "verrouillée". Le quiproquo qui s’en suit est inéluctable, d’autant plus que ce passage met en scène des enfants qui sont censés ne pas comprendre les subtilités d’une telle situation. C’est sans doute pourquoi le choix de l’auteur s’est porté sur Venice pour ouvrir la porte à la voisine : c’est la plus jeune, elle ne comprend rien et accentue le quiproquo.
De plus, cette scène écrite en focalisation omnisciente rend le lecteur complice de Bart et Siméon, ce qui accentue un effet comique des plus classiques. Effectivement, cette scène ressemble curieusement à une scène de vaudeville dans laquelle le mari jaloux (Léo) est trompé par les mensonges de son épouse (Bart) dont le spectateur est un complice passif et amusé.
La situation dérape, les personnages ne savent plus quel rôle jouer et une fois de plus, c’est Siméon qui sauve la situation. Finalement cette journée programmée est devenue complètement folle !
Evaluation : transformer cette scène de roman en scène de théâtre puis la faire jouer par les élèves.
Cette séquence s’achève avec une séance de synthèse et de réflexion dont l’objectif réside dans la reprise de l’hypothèse de lecture de la séance 3 : Bart est-il le prince charmant de cette histoire ?
En réalité, après avoir lu le roman, il s’avère que le prince charmant n’est autre que le chirurgien qui sauve Siméon de la mort, pour ensuite sauver la famille Morlevent de sa dislocation.
Deux angles permettent d’amorcer cette réflexion avec les élèves sur cette fin pour le moins inhabituelle :
1°) La création du suspens par l’auteur autour de l’amour du chirurgien pour Bart et la préparation progressive du lecteur à cette nouvelle (il s’agit d’un public adolescent et non adulte). Ce travail s’effectue à partir d’une recherche d’indices sur cet amour par les élèves.
2°) La volonté de Marie-Aude Murail d’imposer avec force cette fin au lecteur, dont témoigne la deuxième partie du titre du chapitre 16 : « où le lecteur doit admettre que la vie c’est comme ça ».
Cette fin confère au roman un caractère résolument initiatique, puisque l’auteur exprime ainsi clairement son désir de modifier l’opinion d’un lecteur a priori récalcitrant devant ce thème de l’homosexualité.
Enfin, en guise de conclusion, c’est peut-être le moment de poser la question à la classe (à l’écrit ou à l’oral) : la lecture de ce roman a-t-elle changé quelque chose pour vous ?
Ceci afin de mettre l’accent sur le fait connu de tous les lecteurs quelque soit leur âge : la lecture ouvre aux autres et enrichit l’esprit.
Prolongements en ECJS, dans le cadre d’une réflexion autour de citoyenneté et transformations des liens familiaux :
- Débat possible : la place de la famille dans notre société. À l’issue de ce débat on peut envisager un travail de groupes qui conduirait à la création d’un "nouveau petit dictionnaire de la famille" avec des définitions soit poétiques, soit “réelles” (dans ce dernier cas, il est possible d’envisager une collaboration avec le professeur d’économie-droit).
La fiche de lecture
La liste des séquences de lecture-étude
