CRDP académie de Créteil - Centre ressources littérature de jeunesse

Télémaque

Rencontre avec bernard Friot

CRDP
04 avril 2007


Bernard Friot. Photo Chantal Bouguennec

Bernard Friot, auteur jeunesse connu dans les écoles, les collèges, les lycées et les bibliothèques, vient à l'occasion de cette animation pédagogique du CRDP présenter son parcours d'auteur : ses productions littéraires, ses démarches d'écriture, ses collaborations avec des illustrateurs et des éditeurs, ses contacts avec les lecteurs.
Dans la collection Confessions, chez La Martinière Jeunesse, Bernard Friot propose le récit d'une tranche de vie dans deux ouvrages qui concernent l'adolescence Un dernier été et Un autre que moi.
Le parcours d'écriture de Bernard Friot illustre l'évolution de la littérature de jeunesse aujourd'hui en France. Il est arrivé à l'écriture à travers le mouvement d'ouverture de la littérature à l'école, puisque l'enseignement est son premier métier même s'il n'enseigne plus depuis dix ans. Ce passé d'enseignant l'a véritablement amené à la littérature.

La lecture et l'écriture comme ouverture culturelle

Histoires pressées. MilanDès ses premières années d'enseignement, la thématique de la lecture de la littérature comme pratique culturelle est une donnée forte qui l'intéresse dans sa pratique d'enseignant de collège. Il travaille alors avec des élèves du nord de la France, éloignés des lieux culturels. Il est donc animé par le désir de transmettre le contact avec les livres, qui a été pour lui essentiel et constitutif dans son développement.
À cette époque, les premières collections de romans pour la jeunesse commencent à exister en collections de poche (Renard poche à l'École des loisirs, Folio junior chez Gallimard à la fin des années 70) et constituent pour Bernard Friot les premiers outils pour travailler avec la littérature de jeunesse.
Il devient professeur d'École Normale dans les années 80 et son intérêt s'élargit à toute la production des albums jeunesse. Le développement des BCD, les formations des enseignants du primaire, la création des librairies pour la jeunesse font alors partie d'un mouvement très fort né après le rapport sur la prévention de l'illettrisme qui a animé toute la société. Ce mouvement aboutit à la création de programmes pour améliorer la lecture et l'apprentissage de la lecture. Bernard Friot commence à écrire, grâce aux contacts avec les élèves de primaire qu'il suit régulièrement.

Travaillant dans une classe qui accueille des élèves en grandes difficultés scolaires et sociales, il commence par écrire leurs histoires, sous leur dictée et essaie de développer leurs compétences. Cette activité nourrit beaucoup sa réflexion sur l'enfance, le rapport à l'imaginaire de l'enfant, la manière dont les codes narratifs sont acquis, la façon dont les enfants jouent avec, de quelle façon ils racontent des histoires et ce qu'ils racontent à travers elles. C'est le désir de nourrir ces enfants-là et le désir de dialogue et de réponse qui déclenche son travail d'écriture dont la part des enfants dans le texte constitue l'axe majeur. Il cherche sans cesse à anticiper leurs réactions au texte, à donner des entrées diverses pour que chacun puisse construire avec le texte, fournir de la matière à des enfants éloignés de la lecture.

Une œuvre diversifiée par les rencontres

Bernard Friot a mis quinze ans avant de se consacrer uniquement à l'écriture. Son premier livre est paru en 1998. Son entrée dans le milieu de l'édition est consolidée au même moment par le début de son activité de traducteur.
Pour avancer dans ce domaine, il est rapidement nécessaire de connaître un certain nombre de règles de fonctionnement, de se situer dans un cadre plus large... La littérature pour la jeunesse existe également dans les rencontres avec les classes, avec les enseignants, c'est une œuvre collective. Être écrivain c'est aussi entrer dans ce mouvement.
La littérature de jeunesse a énormément évolué en vingt ans non seulement par l'action des écrivains et des éditeurs, mais aussi parce qu'il s'est créé un certain nombre de conditions de diffusion, de réflexions d'enseignement... C'est en comparant avec les activités de lecture dans d'autres pays qu'on se rend compte que le travail sur la lecture (comme l'accès à la lecture en tant que pratique culturelle) accompli en vingt ans est une formidable réussite française. Le livre, la lecture, la littérature sont véritablement entrés à l'école, même si on peut encore aller plus loin.

La "collaboration" avec les enfants

Pressé, pressée. MilanLe succès des Histoires pressées est venu essentiellement par l'école, le bouche à oreille. La série propose des textes ouverts à des lectures multiples, des textes qu'on peut construire soi-même largement. Ces textes se prêtent à la lecture collective, orale, qu'on peut partager.
Bernard Friot écrit ses histoires courtes en s'inspirant de ses dialogues avec les jeunes lecteurs qu'il rencontre. Le filtre personnel existe toujours, certains éléments font écho, d'autres non, plus ou moins consciemment. Dans toutes les histoires, un fond d'émotion est largement partagé (la mort, la vie, la peur de ne pas être aimé, le désir, la jalousie... ). Il s'agit de donner une image de l'enfance d'aujourd'hui. L'auteur passe donc beaucoup de temps à écouter, observer, faire écrire les enfants qui envoient d'ailleurs spontanément des textes. Les enseignants influencent beaucoup les productions de leurs élèves par les lectures, la liberté, les modèles qu'ils donnent. On reconnaît aussi très souvent un plaisir de fabuler qui invite l'auteur à moins contrôler la narration et sa logique. Le quatrième volume des Histoires pressées : Pressé, pressée, pour lequel il a travaillé de manière très systématique avec des groupes d'enfants et avec une compagnie de théâtre, fait apparaître cet aspect.
Ces dialogues permanents avec les enfants font prendre conscience des préoccupations des jeunes aujourd'hui, en particulier dans les rapports entre filles et garçons. Dès 7-8 ans, ils sont déjà dans la séduction, reproduisent certains modèles en lien avec la consommation.
Les modes de vie ont changé, les enfants sont confrontés directement ou indirectement à des questions politiques, des questions d'argent, de tolérance...
Du point de vue affectif, on a l'impression que l'enfance ne se termine jamais. Les modes d'éducation ont changé et les relations entre parents et enfants se situent souvent subtilement dans le développement de stratégies réciproques.
Ces domaines passionnent Bernard Friot et l'inspirent beaucoup. Il pense qu'on peut aborder toutes sortes de sujets à condition de laisser aux jeunes "la liberté d'interpréter au niveau émotionnel". On doit pouvoir puiser dans les histoires ce dont on a besoin, mais elles doivent aussi fournir toutes les échappatoires possibles. Quand une histoire touche un domaine sensible, les enfants sont capables de la réécrire pour qu'elle ne soit pas trop douloureuse, à condition qu'elle soit ouverte. Tous les lecteurs trichent de cette façon, en remodelant à leur guise les textes.
Ce n'est pas un manque de compréhension, c'est au contraire un vrai travail intérieur, et les textes courts se prêtent particulièrement à diverses interprétations.

La forme courte

Les Histoires pressées ont été retenues pour la liste du cycle 3 en particulier parce que ce sont des textes ouverts à l'interprétation, courts, qui peuvent être lus entièrement en classe. C'est pourtant un genre qui n'est pas très représenté en France et les éditeurs les acceptent difficilement.
Très tôt, ces textes ont provoqué l'écriture, ont été utilisés par les comédiens et ont trouvé de multiples usages (spectacles, lectures...).
Dans ces nouvelles, Bernard Friot est attentif à ne pas utiliser un vocabulaire trop compliqué mais ne s'interdit aucun mot et ne vérifie pas systématiquement leur compréhension. Les enfants sont des lecteurs extrêmement intelligents, avec d'étonnantes capacités de lecture, à condition que le texte soit ouvert à leur investigation. Il doit fournir des accroches diverses, pouvoir être fouillé. C'est la relation du lecteur avec le texte qui intéresse l'auteur.
Histoires minute. MilanLe texte court est une forme qui autorise cela et qui convient à Bernard Friot. Il ne se sent pas à l'aise dans les textes trop longs. Ceux qu'il a écrits, souvent construits de manière particulière, sont formés de fragments et sont des compromis entre long et court. Le texte court l'intéresse parce que c'est un domaine d'expérimentation formidable. Par exemple, à l'intérieur du format Histoires pressées, on peut utiliser des constructions extrêmement diverses, flirter avec toutes sortes de types de textes, faire des mélanges. Ce n'est jamais de la narration pure. Les Histoires minute sont écrites dans un autre format, lequel ouvre à des expériences différentes. Le paradoxe est que plus c'est court, plus on peut en dire : on peut aborder tous les sujets car on n'en dit jamais trop, laissant au lecteur sa liberté d'interprétation. Les réactions des enfants sont souvent totalement inattendues et la façon dont les lecteurs s'emparent du texte, en écho à leurs sentiments, est passionnante. Il ne s'agit pas de donner des réponses, des solutions, des injonctions. Les textes doivent faire fonctionner les rouages de la tête dans tous les sens possibles : réflexion, émotions, jeu pur, envie d'écrire... C'est une entrée émotionnelle essentielle.
Pour chaque lecteur, les besoins sont très divers en fonction des moments, des situations. C'est très motivant pour leur auteur de savoir qu'on lit les textes des Histoires pressées, ensemble, pour partager. C'est lié à la manière dont ils ont été écrits ; ils ont un statut particulier dans sa production.
Bernard Friot est très satisfait de sa collaboration avec Milan, un éditeur de province populaire de qualité, autrefois laïque mais racheté par Bayard. Au niveau éditorial, il rencontre des professionnels ouverts, des lecteurs très fins qui travaillent en équipe.

Les "presque" poèmes et l'apport de la technologie

Les projets chez La Martinière jeunesse sont très différents, en particulier les textes poétiques de Bernard Friot, ses "presque poèmes" dans lesquels on entre par une lecture émotionnelle, sensorielle, et dans lesquels l'illustration est en osmose avec le texte. Pour vivre et Peut-être oui font partie d'une série de livres heureux, dont les maquettes sont réalisées par Élisabeth Ferté, directrice artistique de La Martinière jeunesse. Dès le départ, les textes de Pour vivre étaient prévus pour dialoguer avec des travaux de Catherine Louis réunis dans un cahier en accordéon (Leporello en allemand) sur lequel elle avait transcrit des émotions sous forme graphique.
Pour vivre. De La Martinière jeunesseBernard Friot a écrit en écho à ce travail, isolément mais en ayant conscience de ce rapport aux formes, aux matières, aux couleurs, aux objets... Il pouvait se permettre d'être extrêmement concis au niveau du texte puisque l'ouvrage fait appel au sens de l'image, en donnant cette profondeur à travers l'émotion, jouant sur le travail de lecture qui se fait à l'insu même du lecteur. La sensibilité est déjà en éveil, en mouvement, quand on accroche sur un mot.

Aujourd'hui les écrits sont complexes. L'écriture est indissociable de ce travail de mise en scène. L'auteur le sait et réfléchit à la place de l'illustration, à son rôle. La maquette se fait bien sûr à l'aide de l'outil l'informatique. Or, on donne souvent une image fausse aux enfants de la fabrication d'un livre. C'est un produit hautement technologique qu'il est passionnant de détailler avec les élèves, par exemple en visitant une imprimerie, où ils se rendent compte qu'avec quatre couleurs, on réalise toutes les nuances.

En réalisant Presque poèmes, écriture poétique, ouvrage accompagné d'un cédérom, Bernard Friot voulait problématiser la question des aspects de l'écriture poétique, mettre le papier en relation avec d'autres médias. Il ne s'agit pas d'un choix entre les outils mais d'une interaction entre eux : le fait de travailler sur l'ordinateur n'éloigne pas du papier mais donne un autre rapport au papier. On passe sans arrêt de l'un à l'autre, de la matière à l'ordinateur.
La technologie permet de diversifier les activités et propose un autre rapport à l'écriture à des adolescents qui ont des difficultés dans ce domaine. Le cédérom quant à lui permet une autre entrée : on y retrouve les propositions d'activités papier avec des compléments. De plus, l'outil permet aux enfants d'obtenir des productions magnifiques, grâce aux fonds déjà enregistrés et la qualité du résultat est valorisante pour les élèves. Les textes et l'écriture prennent une autre dimension dans le jeu avec l'espace.

La collection "Confessions"

Un autre que moi. De La Martinière jeunesseLes récits de la collection Confessions sont assez sombres et contrastent avec l'humour décalé des Histoires pressées qui pourraient laisser croire que leur auteur est sans souci. Pourtant l'humour est un masque et si le côté sombre et tragique n'apparaît pas, il s'y trouve. Bernard Friot trouve plus facile d'écrire des Confessions car il n'est pas nécessaire de transposer, alors que les Histoires pressées sont techniquement très difficiles à écrire. Il a découvert après coup l'origine de certaines Histoires pressées en écrivant les Confessions : une charge émotionnelle ou un petit événement anecdotique ressort un jour.
La collection est basée sur des monologues intérieurs et des textes à lire silencieusement, qui se prêtent aussi à une lecture devant un public, voire à une mise en scène. Actuellement, de nombreux monologues sont mis en scène au théâtre.
Un autre que moi parle vraiment aux adolescents des aspects complexes de l'être humain qui peut faire jouer en même temps tous ses registres différents. Ce livre aide certains jeunes adultes à tourner définitivement la page sur leur adolescence.

La collection "D'une seule voix"

Rien dire, écrit sur une proposition de Jeanne Bénameur, est le dernier livre de Bernard Friot chez Actes Sud. La voix d'un adolescent constitue le cœur de l'ouvrage. Brahim doit parler devant ses camarades dans le cadre d'un stage de préparation au bac de français. Les élèves doivent tirer au sort une bougie et parler le temps que la bougie se consume. Le lecteur comprend que le texte correspond à ce que l'adolescent imagine de ce qu'il pourrait dire. Le récit se développe autour de deux thèmes : le narrateur pense à un trou à sa chaussette droite et à un gâteau de Noël allemand (stollen), à travers lequel il va trouver sa vocation. À travers ces deux idées qui semblent superficielles, l'auteur aborde les thèmes de la langue, de l'appartenance culturelle, de la vision qu'on peut avoir des élèves d'origine étrangère.

Les anecdotes que Bernard Friot observe et entend dans les écoles et les collèges ont nourri cet ouvrage. Il pense qu'on doit travailler sur les images qu'on a les uns des autres pour pouvoir vivre ensemble. Chacun doit s'interroger sur son rapport à l'étranger à travers la langue, les rapports qu'on a sur les langues d'autrui, les langues "étrangères", la capacité d'ouverture de notre langue... Quelle est la place de ces langues à l'école ? Cette question se pose beaucoup aux enseignants qui ont affaire à des enfants en contact avec différentes langues.

Le travail de traduction

Voyage contre le vent. Thierry MagnierLe travail de traduction de Bernard Friot occupe une place un peu moins importante depuis quelques années par manque de temps. Le dernier roman traduit est Voyage contre le vent, un roman intemporel de Peter Härtling édité chez Thierry Magnier. Peter Härtling (Oma ma grand-mère à moi, Ben est amoureux d'Anna) est l'un des rares écrivains pour adultes à avoir réussi dans la littérature pour la jeunesse parce qu'il s'est posé les bonnes questions.
Aujourd'hui, Bernard Friot traduit deux ou trois albums par an toujours avec grand plaisir. Le dernier en date, C'est moi le champion de Philip Waechter propose une distorsion entre le texte et l'image, particulièrement intéressante.

Il existe des difficultés propres à la traduction de la littérature de jeunesse. Une des questions fondamentales de la traduction est : "est-ce que j'adapte complètement le livre pour qu'il ait l'air d'un livre écrit en français ou quelle part de langue étrangère dois-je laisser au livre pour bien montrer qu'il vient d'ailleurs et "contamine" positivement notre propre langue qui se constitue en permanence dans le rapport aux autres langues. À quoi la traduction doit-elle aboutir ?"
Notre tradition très centralisatrice fait que la place de ces langues est relativement limitée ; en classe, on a peur d'une concurrence à la langue française ou un obstacle à l'intégration, à l'apprentissage. Cette question est difficile et intéressante, en particulier en ce qui concerne les adolescents et leur rapport aux langues. Le travail sur la langue dans tous ses aspects est un élément constitutif très fort de l'adolescence, de la formation de la personnalité et du citoyen. L'adolescence est un moment où on fait de nouvelles expériences et où on a donc besoin de nouvelles expressions. Cela se fait à travers la chanson, la création de langages. Les adolescents travaillent la langue très tôt, ils sont multilingues.

Un ouvrage devrait avoir le même public, la même tranche d'âge dans l'original et dans la traduction. Mais un livre peut contenir de nombreuses références culturelles faciles et habituelles pour le public de la langue originale qui ne le sont plus du tout pour le public de la langue traduite. Par exemple, on trouve souvent dans les romans pour la jeunesse des allusions au système scolaire ; or le système scolaire allemand est très différent du système scolaire français, en particulier au niveau de l'emploi du temps. Le lecteur français se pose des questions en lisant "le lundi à 14h, les enfants se trouvaient chez eux à jouer" (en Allemagne, à 14 heures l'école est finie ). Le traducteur doit donc se poser la question d'adapter ou non. Certains détails ont peu d'importance pour le récit, mais un des intérêts de la traduction est l'ouverture sur la culture d'un monde étranger, d'autres images de l'enfance, de la société, et la part "d'étrangeté" y compris dans la langue est intéressante. Mais c'est un intérêt qui n'est pas prévu par l'auteur.

Au-delà de la littérature de jeunesse, les problèmes de traduction se posent de manière plus générale : comment traduire les expressions toutes faites, les proverbes ? Comment traduire par exemple "Er hat nicht alle Tassen im Schrank" ? Un mot à mot voudrait dire "Il n'a pas toutes les tasses dans l'armoire". Dans certains cas, il pourrait être intéressant de traduire littéralement si on arrive à faire comprendre l'expression par le contexte. Trop transposer fait parfois perdre l'ouverture à une autre façon d'exprimer les choses.
L'objet livre original n'a pas non plus la même allure que l'objet français : les collections sont différentes : en Allemagne, on aime encore les livres cartonnés, les formats sont plus grands, plus épais. Les couvertures ouvrent également sur deux mondes différents. Il n'existe pas de solutions toutes faites et c'est d'autant plus intéressant. Les réponses à toutes ces questions sont à apporter au cas par cas.

Des activités pour déclencher l'écriture

Avec les enfants, Bernard Friot travaille l'idée que "écrire c'est occuper un espace". Donner des espaces d'écriture différents produit d'autre types d'écriture. Les enfants ont souvent des difficultés à utiliser le blanc typographique comme effet de sens. Sur les feuilles de cahier, l'espace est déjà prédisposé et ils n'ont pas à se poser de questions. D'où l'intérêt de les mettre en situation de s'interroger, de comparer leurs productions...

Presque poèmes. Écriture poétique. De La Martinière jeunesseQuelques exemples :

- À partir d'un petit carré blanc, avec deux faces, les enfants vont inventer des dizaines de formes textuelles. Proposer des interrogations d'écriture permet de découvrir différents aspects d'écriture.

- Écrire une phrase (par exemple "je suis là") au moins de deux façons différentes. La mise en page a pour conséquence des significations différentes : si on écrit "je suis là" en tout petit dans un coin de la feuille, cela ne signifie pas la même chose que si on l'écrit en gros dans toute la page.

- À partir de papier déjà imprimé (fragments de journaux, tracts... ) donner la consigne d'écrire dessus. On connaît très vite le rapport des uns et des autres avec le texte et avec l'espace : certains écrivent par-dessus, au feutre rouge, d'autres n'écrivent que là où il y a de l'espace blanc... Le résultat est souvent lié à sa propre attitude au milieu des autres, à la façon d'appréhender un espace, de sentir les choses.

Ces petites activités toutes simples suffisent souvent pour faire démarrer l'écriture. Ensuite on observe les productions et on constate de quelle façon la mise en page du texte est une expression... Quand on souligne l'interrogation, quand les élèves comprennent la liberté qu'on leur donne, les idées fusent et on libère une créativité qu'il faut alors gérer en les aidant à expliciter ce qui s'est passé, ce qu'ils ont construit...

Des exemples de collaboration

Les Histoires pressées sont illustrées par des illustrateurs très divers choisis par l'équipe de Milan, que Bernard Friot n'a pas rencontrés. C'est un gros travail d'organisation. L'illustration commente les textes de façon ironique, comique, désamorce le côté parfois un peu sombre, invite à des lectures distanciées. Les textes changent de contexte.
Anne Herbauts a illustré plusieurs ouvrages de Bernard Friot dont quelques Histoires pressées. Amanda Chocolat est une histoire à trois fins, avec un début commun suivi de trois développements différents.
Le dernier album pour lequel Anne Herbauts et Bernard Friot ont collaboré s'intitule À moitié. L'illustratrice a travaillé de son côté et Bernard Friot est ravi et admiratif devant ce travail. Il a maintenant presque l'impression que c'est Anne Herbauts qui a écrit cette histoire étrange plutôt que lui-même, tant l'ensemble forme un tout.

À moitié. De La Martinière jeunesseAnne Herbauts a beaucoup travaillé l'idée d'ordre et de construction remise en question. Elle donne une interprétation personnelle, ses propres images du personnage, dont les représentations ne correspondent pas toujours vraiment au texte.  Son illustration n'enferme pas le texte dans une interprétation mais, au contraire, donne des pistes pour de nombreuses interprétations différentes. Elle donne au personnage un côté féminin qui peut amener des questions. De même la présence ajoutée du chat : témoin, narrateur, adjuvant, un regard, une histoire dans l'histoire... ? Ce personnage donne au lecteur une entrée supplémentaire, invite sans arrêt à regarder l'histoire d'un autre point de vue.

C'est un album très construit, très précis, un livre de géomètre où tout est calculé. Anne Herbauts a travaillé et joué sur l'idée de moitié, de double, de complétude, de symétrie... dans les moindres détails, à commencer par le choix du format carré. Le mouvement de tourner les pages remet tous les éléments exactement en place, d'une façon invisible. Tout se superpose complètement dans une métaphore merveilleuse de la lecture et du livre. Le livre et les personnages ne sont complets que lorsque l'ouvrage est fermé.

C'est le travail de l'éditeur de trouver l'illustrateur adéquat pour un texte. Bernard Friot collabore actuellement sur un projet avec Hervé Tullet qui habille graphiquement l'Agenda du poète sur le thème de la lecture et l'écriture de la poésie contemporaine, aux éditions La Martinière jeunesse, pour une nouvelle collection (l'Agenda de l'apprenti écrivain par Susie Morgenstern, l'Agenda de l'apprenti illustrateur par Claude Lapointe). Bernard Friot admire cet illustrateur qui compose, avec un travail sur les matières, des transcriptions graphiques très belles.

En projet...

- Histoires minutes n°3
- Je t'aime, je t'aime, je t'aime, des poèmes d'amour en direction d'enfants plus jeunes (deuxième volume de poèmes à la suite de À mots croisés). Une cinquantaine de poèmes d'amour à toutes les sauces, sur tous les tons (mélancoliques, amour sportif, amour associé au chocolat...).
- L'agenda du poète illustré par Hervé Tullet
- Un livre "inachevé"
Bernard Friot souhaite aussi travailler sur un "livre inachevé", à la fois un livre et cédérom sur lequel le lecteur pourrait retravailler les poèmes, les compléter, les réécrire, les transformer, changer la mise en page... pour prolonger l'acte de création, modifier le rapport entre l'écrivain et le lecteur et montrer ce qu'est la lecture. Elle consiste à remettre le texte en mouvement, à l'interpréter, à le retransformer. On ajoute son expérience au texte. tant que le livre n'est pas imprimé, le texte est en mouvement, il peut toujours être transformé. Bernard Friot souhaite prolonger cet état, le matérialiser, faire du texte une création continue. Dans Histoires minute, avec les éléments du texte sur papier, on peut déjà s'inventer une histoire. Avec le cédérom on peut encore aller plus loin sans rupture. Le livre a toujours évolué au fur et à mesure de l'apparition des outils qui transforment les formes d'écriture.

Bibliographie de Bernard Friot

Le calendrier d'animations pédagogiques en littérature de jeunesse
D'autres rencontres avec des auteurs ou des illustrateurs

© Académie de Créteil/CRDP/Télémaque - 25/05/07 contact
RENCONTRES Accueil Télémaque Accueil CRDP accueil du site académique