CRDP académie de Créteil - Centre ressources littérature de jeunesse

Télémaque

le traitement de l'espace et du temps
dans la littérature de jeunesse

Cette fiche pédagogique a été élaborée en 2006 par le groupe du comité de lecture Télémaque
Elle est accompagnée d'une bibliographie en littérature de jeunesse.
consulter la bibliographie

Introduction au thème

IllustrationÀ partir de l’analyse des évaluations de CE2 (cf. A.M. Chartier), on constate que les difficultés des élèves à la lecture de récits, sont fréquemment liées aux problèmes de repérage de l’espace et du temps. Certaines de ces difficultés persistent encore au collège.
S’agissant des marques temporelles dans un texte du type récit, on ne peut se faire une représentation globale du texte si on ne peut reconstituer le déroulement chronologique de ce dont il est question, et l’organisation temporelle du texte lui-même.
La formule classique fréquente dans les contes, dans laquelle le déroulement du récit suit l’ordre des actions, comporte bien des variations et exceptions (flash back, récit dans le récit, actions simultanées rapportées successivement ou enchevêtrées, anticipations, etc.)
Les élèves ont du mal à se situer dans le temps, à distinguer temps réel, temps du récit et temps des actions rapportées. L’usage des indicateurs temporels (ce jour-là, le lendemain, la veille), marques verbales (problèmes de concordance, valeur relative des temps entre eux), posent longtemps des problèmes.
Il s’agit donc d’aider les élèves à appréhender ces différents éléments dans un texte, pour une meilleure compréhension de celui-ci. Ces éléments pourront être repérés dans l’image, dans le texte, dans la mise en page. Certains auteurs se prêtent parfaitement à cette exploration et certains genres littéraires présentent des particularités intéressantes.
Dans tous les cas, il s’agira de favoriser les capacités à prélever une information temporelle, à reconstituer une chronologie d’événements, à inférer une information temporelle dans un texte. Dans le domaine du traitement de l’espace, il s’agira de relever dans l’image et le texte les éléments qui permettent de repérer les changements de lieux, les passages d’un espace à un autre.

Pistes pédagogiques

Dans l’image et la mise en page

Relever et analyser les procédés plastiques et éditoriaux qui permettent de donner l’idée de l’espace franchi, du temps passé :
L'ogre, le loup, la petite fille et le gâteau. L'école des loisirs- le format (vertical, à l’italienne…) dans Plouf ! dans Le loup et la mésange, le format en hauteur matérialise l’espace parcouru du haut du puits jusqu’au fond du puits, du haut de l’arbre au pied de l’arbre. Dans Moi, j’attends, le fil de la vie s’étire dans un format à l’italienne.
- la transparence : dans J’observe les animaux sous la terre, le film transparent fait passer le lecteur d’un côté à l’autre.
- le pliage en accordéon : dans Le petit chaperon rouge de Warja Lavater, Un livre pour toi.
- la demi-page : dans L’ogre, le loup, la petite fille et le gâteau, le découpage en demi-page matérialise les va-et-vient des personnages d’une rive à l’autre.
- un effet de zoom (Zoom, Perdu), un emboîtement (Une histoire sombre, très sombre) : le lecteur approche de plus en plus près d’un personnage, d’une situation.
- un retournement physique du livre : dans Aller-retour, le retournement du livre donne la vision d’un lieu différent.
- le rythme : des vignettes rapprochées ou étalées dans la bande dessinée (albums d’Y. Pommaux). Dans La chasse à l’ours, la traversée se fait lentement, avec prudence, dans de larges images étalées sur la double page, le retour se fait à toute vitesse dans des vignettes rapprochées qui traduisent la précipitation.
- une alternance : elle peut être basée sur des notions telles que réel/imaginaire (Veux-tu sortir du bain, Marcelle !), intérieur/extérieur (Les petits bonshommes sur le carreau), présent/passé (L’entrée dans Paris)…
L'étoile d'Erika. Milan- les changements de couleurs : dans L’étoile d’Erika, les illustrations en couleurs au début et à la fin, en opposition avec la gamme de couleurs sombres du passage central fonctionnent comme un marqueur de la réalité par rapport à l’évocation des souvenirs. Voilà la pluie traduit le temps qui passe grâce aux couleurs, très explicites.
- Le hors champ contribue aussi à donner la notion d’espace et de taille (dans Siam, l’éléphant n’entre pas toujours entièrement dans l’espace de la page).
- Les livres animés apportent le relief et donc une autre dimension de l’espace (Le point rouge, Un livre pour toi). Dans Un trou dans la pomme, la taille du trou diminue au fur et à mesure de l’avancée dans l’histoire.

Le dessin lui-même peut prendre en charge la notion d’espace ou de temps :
- dans Les derniers géants, le rapport d’échelle, les paysages vastes et éloignés avec un tout petit personnage matérialisent ce rapport à l’espace.
- Dans La petite maison, dans La ronde annuelle des marteaux piqueurs, l’image prend en charge la transformation d’un paysage dans le temps.
- dans Les trois cochons, les personnages traversent l’espace de la page, de la double page, sortent du cadre, de la feuille, du livre... Les personnages dessinés sous des angles de vue variés aident à appréhender la notion de mouvement et d’espace.
- Madlenka propose une vision en plan d’une ville et une lecture inhabituelle de l’itinéraire, avec un codage de couleurs.
- Ce jour-là met en scène l’espace et le temps de la promenade : on suit le personnage d’une page à l’autre dans son parcours et on peut juxtaposer les images les unes aux autres pour construire une grande fresque.
Comment la terre est devenue ronde. L'école des loisirs- Dans Comment la terre est devenue ronde, la ligne s’arrondit au fil du temps et au fur et à mesure que les hommes acceptent l’idée que la terre est ronde.
- Dans Le parapluie, les animaux s’accumulent dans le parapluie pendant que l’enfant grimpe dans le figuier : les images zoomées de chaque côté de l’image centrale sont des repères spatio-temporels pour le jeune lecteur : à gauche la progression de l’enfant, à droite le personnage qui va arriver à la page suivante.
Dans Cependant, Paul Cox matérialise par le dessin ce qui peut se passer dans le monde en même temps, au même moment, dans un espace de 24 heures. Le lecteur peut entrer dans l’album par n’importe quelle page. Le lecture de cet album pourra être prolongée par un travail en science et en géographie sur les notions de fuseau horaire, de décalage horaire, à partir du planisphère, de la mappemonde.
- Dans les albums d’Hélène Riff (par exemple Le jour où papa a tué sa vieille tante), les événements échelonnés dans le temps, plus ou moins rapidement, sont souvent regroupés sur une même page et les personnages sont alors démultipliés, dans un procédé créant le mouvement, le déplacement.

Dans le récit, la narration, le rapport texte-image

Analyser les procédés littéraires qui permettent un traitement de l’espace et du temps.

1. La durée du récit

Sur combien de temps l’action se déroule-t-elle ? Repérer le temps de la fiction, le temps de la narration.
Le naufrage du Zanzibar. Gallimard Rechercher des livres dans lesquels l’action se déroule pendant un temps très court mais s’étire sur toute la durée du récit. Par exemple, dans Max et les Maximonstres, comparer le temps du récit de la colère de Max (un voyage, des aventures) et celui de la mère (une soirée).
- Comme le soleil évoque une rencontre imaginaire dans la vie d'une fillette pendant une semaine de vacances à la mer ; le roman est découpé en sept chapitres, un pour chaque jour. Dessiner la frise chronologique des aventures de chaque jour.
- Dans Le naufrage du Zanzibar, le narrateur raconte les aventures qu’il a vécues pendant un an.
- Montrer à partir d’exemples, que dans les récits de rêves, l’inconscient ignore le temps.
- Certains récits évoquent des événements qui se sont déjà produits (L’élue).
- Dans Matin brun, le temps et l’espace ne sont pas définis, mais le lecteur assiste à une progression de la montée dramatique dans le temps (les phrases deviennent plus courtes, ne sont pas finies… au fur et à mesure que la peur s’installe). Aucune information de date ou de lieu n’est précisée, ce qui oblige le lecteur à transposer l’histoire pour lui donner un sens, en convoquant sa culture personnelle et ses références historiques et culturelles (montée de la dictature).

2. Les lieux du récit

- À quels moments et dans quels lieux les temps forts du récit se passent-ils ?
- De quelle façon les descriptions participent-elles au rendu de l’atmosphère, au repérage des lieux ? Dans certains récits, la précision des descriptions est liée au rapport au temps : dans Le passeur, le présent est situé dans un espace indéterminé, alors que les descriptions des lieux et des souvenirs passés sont très précis.

Les derniers géants. Casterman- Dans les récits d’exploration de lieux à découvrir (Siam, Les derniers géants), rechercher sur un plan les déplacements effectués, constituer des frises chronologiques en fonction des étapes… Tracer le périple de Siam sur la mappemonde.
En prolongement, effectuer des recherches dans des ouvrages documentaires, constituer des dossiers de photos, comparer avec des documents authentiques.
- Dans Le voyage d’Oregon, l’image prend en charge la description des lieux. Comparer texte et image pour combler ce qui n’est pas dit par le texte (exemple : « J’ai traversé des tableaux de Van Gogh »). Observer comment l’image développe la notion de voyage, d’espace : illustrations pleine page, perspectives, lignes de fuite.

- Relever les itinéraires, les déplacements du héros, analyser la façon dont ils sont traduits par le texte, par l’image : dans L’ogre, le loup, la petite fille et le gâteau, la mise en page (demi-page) matérialise le déplacement en aller retour. Dans La chasse à l’ours, les lieux, la vitesse de déplacement, sont traduits par les onomatopées, le rapprochement ou l’étirement des images…
L'oeil du loup. Pocket junior - Rechercher des livres dont l’action se situe alternativement dans des lieux très espacés ou très différents (La reine des fourmis a disparu). Repérer les moyens de transports utilisés pour les déplacements des personnages, les enchaînements proposés par l’auteur ou l’illustrateur pour passer d’un lieu à l’autre, situer les lieux sur une carte (Le voyage d’Oregon).
- Les changements d’époque et de narrateur dans L’œil du loup s’accompagnent de changements de lieux : on passe d’un zoo en France au Grand Nord canadien. Puis on part en Afrique où l’histoire du garçon traverse différents espaces : l’Afrique jaune, l’Afrique Grise puis l’Afrique verte et enfin l’Autre Monde. Les deux lieux extrêmes des deux histoires, l’Alaska et le Sahara, se rejoignent pourtant dans l’imaginaire du Loup qui voit le sable comme une sorte de neige. On pourra demander aux élèves de relever les points communs et d’étudier la façon dont chaque personnage finit par atteindre le dernier lieu, celui de leur rencontre. On pourra également étudier, dans la toute dernière partie, comment les divers espaces et les divers temps s’entremêlent au sein du dernier espace-temps.
- Dans les carnets et les récits de voyages, en fonction du genre, relever les ruptures dans le temps ou au contraire la linéarité de la narration.

3. La structure du récit

Analyser dans la structure du récit les procédés qui marquent le passage d’un temps à un autre.
Récits en randonnée, récits en boucle :
Les récits en randonnée se prêtent soit (assez rarement) à la construction d’images séquentielles chronologiques (L’araignée qui ne perd pas son temps), soit, plus fréquemment à l’ajout de séquences ou à leur changement chronologique (Le parapluie).
Montrer que dans les récits en boucle, le déplacement est circulaire, la notion de temps illimitée (La grande panthère noire, Lundi matin, Otto, autobiographie d’un ours en peluche… ).

Ellipses :
Rechercher des livres dans lesquels le récit utilise des ellipses et à l’occasion de discussions, chercher à « remplir les blancs ».
Moi, j'attends. Sarbacane- Un exemple, à partir de Moi j’attends… :
Dans cet album, l’ellipse est partout, tant au niveau de l’espace que du temps. On proposera donc aux enfants de laisser libre cours à leur imagination pour remplir ces blancs laissés par les auteurs. En effet, le livre est présenté sous la forme d’une enveloppe ; les expéditeurs sont indiqués mais le destinataire est représenté sous les traits d’un jeune enfant, sans nom, sans adresse. Les inventer et choisir un destinataire.
Sur chaque page du livre, le fil rouge est présent tel un leitmotiv. Il fait le lien entre chaque épisode de la vie de notre personnage. À chacun d’insérer d’autres épisodes qui ont pu marquer, d’illustrer ce que le personnage peut encore attendre dans sa vie, d’écrire un récit complet sur le même principe. Ces productions seront effectuées en tenant compte d’une chronologie des différents événements.
L’espace trouvant sa place au travers du cadre blanc de la page et d’une illustration succincte mais suggestive qui se suffit à elle-même, échanger des commentaires sur ce qui est représenté et éventuellement proposer une autre façon d’utiliser le fil rouge pour illustrer l’amour, la blessure, la lettre… En prolongement, proposer aux élèves d’ « étoffer » l’illustration.
- Dans L’œil du loup, tout ne nous est pas raconté au cours du récit ; par exemple, les années de vie commune dans l’enclos avec Perdrix sont à peine évoquées en trois mots : « Ils échangèrent leurs souvenirs. Les années passèrent. La semaine dernière, Perdrix est morte ». C’est ainsi justement qu’on arrive au présent. A ce moment présent, justement, où Loup Bleu est assis dans son enclos vide. « Assis en face de ce garçon » (chapitre II, 8, page 42).

Retours en arrière :
De nombreux récits utilisent le procédé du retour en arrière (Moi boy, Le professeur de musique, Siam, Une promesse pour May…).
Siam. Rue du MondeDans Moi, boy, les lieux et les dates sont très précis. Dans un tableau, à partir d’une sélection de passages, relever les éléments qui correspondent à des époques différentes.
Proposer des lectures puzzle et repérer l’époque ou le lieu pour chaque partie. Par exemple, reproduire certains passages de Siam (achat de l’éléphant en Inde, vie au cirque, travail de Siam dans la forêt, le port de Calcutta, le zoo…) et demander aux enfants d’organiser les textes replacer les événements dans l’ordre chronologique.
S’interroger sur le fait que dans certains récits, la description des lieux dans le présent reste assez floue alors que l’évocation du passé par les personnages devient très précise (Le professeur de musique, La danse interdite). Inversement, dans Dutton Memory, les événements de la relation avec le fantôme sont très précisément décrits dans le présent.
À partir de L’œil du loup, repérer que l’histoire entière est composée de retours en arrière. Le récit commence par la rencontre du petit garçon et du loup au zoo et, à partir du moment où les deux protagonistes se font face et sont enfin plongés œil dans l’œil, il bascule (chapitre II) dans l’histoire du loup. Il y a donc ici un retour en arrière puisqu’il va falloir raconter toute l’histoire passée de Loup Bleu, depuis sa naissance en Alaska jusqu’à "son dernier souvenir", « l’arrivée de ce garçon, justement, devant son enclos, un matin au début de l’hiver. […] Le garçon voit sa propre image apparaître dans l’œil du loup. »
Au moment où le retour en arrière prend fin, le texte souligne l’effet de boucle par une mise en abyme du face à face du garçon et du loup dans l’œil du loup.
Le chapitre III s’ouvre à son tour sur un nouveau retour en arrière, puisqu’il s’agit maintenant de raconter l’histoire passée du garçon.
Une promesse pour May. Gallimard De la même façon, on pourra demander aux élèves d’imaginer un personnage qui raconte sa vie avec un changement de lieu et de temps.
Dans Une promesse pour May, le héros se retrouve transporté subitement à l'époque de la Seconde Guerre mondiale. Il va ensuite effectuer des allers-retours entre présent et passé pour tenter d’empêcher un drame qui s’est produit. À partir de ce roman, on pourra travailler avec les élèves sur l’emboîtement des genres. En effet, le roman utilise le procédé de la "faille temporelle", propre à la science-fiction, alors qu’une partie du texte fonctionne selon les lois du genre historique, décrivant des événements réels du passé.

La projection dans le temps :
Dans 3500 mercredis, J’ai hâte de vieillir, utilisent le procédé inverse du retour en arrière, qui est de d'imaginer des personnages du présent dans un futur plus ou moins proche. La technique d’illustration utilisée pour Dans 3500 mercredis suggère le vieillissement des personnages représentés.

Récits enchâssés :
Les récits enchâssés intègrent des changements d’époque ou de lieu. Dans L’étoile d’Erika, l’auteur passe le relais de la narration à Erika qui raconte son histoire (récit enchâssé à la première personne).
Dans Ailleurs, ailleurs, les personnages racontent des souvenirs inventés ou réels.
Ba. CastermanDans Ba, Jean-François Chabas met en scène le récit d’une femme centenaire qui raconte une aventure passée un demi siècle plus tôt. Faire remarquer que ce petit épisode de sa vie prend beaucoup de place dans le récit alors que le reste de sa vie n’est que succinctement évoqué. Placer les événements sur une frise du temps et repérer la durée de l’aventure.
Relever les aller-retour opérés par l’auteur entre les différentes époques. Par exemple : « Malgré l’âge que j’avais à l’époque, il m’arrive encore, quatre-vingt-dix ans plus tard, de juger… »(p.9) ; « C’était en 1958, il y a quarante-deux ans déjà… »(p.11) ; « De très nombreuses années séparent mon récit de cette aventure, mais je me souviens encore de ce que j’éprouvais… »(p.98).

Changements de point de vue :
Les changements de point de vue perturbent la perception de temps et de lieu et apportent des informations qu’un récit linéaire ne donnerait pas (Une histoire à quatre voix, Aller-retour, Le professeur a disparu). Par exemple dans Le professeur a disparu, les formes différentes des trois points de vue proposés empêchent les élèves de comprendre tout de suite que les récits racontent parfois le même moment mais de façon différente et parfois se complètent chronologiquement en racontant des moments différents. Comparer l’espace dans la page et l’espace dans le temps accordés à chaque personnage.

Histoires simultanées :
Les trois chemins propose trois histoires différentes racontées simultanément et qui se déroulent dans le même temps. En inventer d’autres, à l’oral ou à l’écrit. Les mettre en scène et analyser les problèmes rencontrés.

4. La relation texte-image

La relation texte-image peut aider à la compréhension de l’espace-temps ou au contraire provoquer des ambiguïtés :
- dans L’Afrique de Zigomar, le déplacement droite-gauche dans le sens inverse de la lecture évoque l’erreur de direction.
Une histoire à quatre voix. Kaléidoscope- dans Une histoire à quatre voix, les détails de l’image provoquent une confusion des temps en suggérant que les moments relatés par chacune des voix sont différents. La temporalité entre texte et image ne correspond pas : ce que nous dit le texte n’est pas ce que nous raconte l’image.
- Dans Les petits bonshommes sur le carreau, l’image aide à comprendre l’alternance des deux espaces intérieur/extérieur.
- Dans La ronde annuelle des marteaux piqueurs, le texte et l’image associés montrent clairement la chronologie (jours de la semaine, saisons…).
- Dans La reine des fourmis a disparu, une des illustrations montre très clairement que les personnages arrivent dans une grande ville de gratte-ciel, alors que le texte reste beaucoup plus évasif (« Le paysage a complètement changé. Le fleuve est toujours là mais les arbres ont été remplacés par d’innombrables constructions comme autant de fourmilières géométriques »). En cachant l’image, demander aux enfants de dessiner le lieu en fonction de la description du texte. Comparer ensuite avec l’illustration de François Roca.

5. Les transpositions

Les transpositions dans l’espace et dans le temps sont également une entrée pour aborder ce thème.
Par exemple, Le petit chaperon rouge de Sarah Moon transpose le conte dans un espace urbain et le situe à notre époque. L’horloge que l’on retrouve à chaque début de chapitre indique au lecteur le temps du récit.
Prince Gringalet propose une transposition du conte de Cendrillon dans les temps modernes.
Boucle d’Or et les trois ours de Steven Guarnaccia transpose le conte, dont le texte reste inchangé, dans un environnement moderne : la petite maison est une construction vitrée, le mobilier date des années soixante, les objets sont des créations de designers, les ours sont habillés de façon moderne, la mère est maquillée…
Écrire un texte en transposant un conte ou une histoire connue dans un autre temps, un autre espace. Imaginer les costumes, les accessoires, les objets, les décors…)

Dans les genres littéraires

Certains genres littéraires se prêtent bien à l’analyse du traitement de l’espace et du temps. C’est le cas en particulier pour le roman policier, les récits fantastiques et de science-fiction, le journal et les récits épistolaires.

1. Le genre policier

Le genre policier ou roman à suspense se caractérise par des stéréotypes, ce qui facilite de nombreux repérages et peut aider à diriger la lecture sur certains aspects du texte, entrer "dans"les mots, approfondir la lecture du texte.
- Analyser le rôle des descriptions, créatrices d’atmosphère, dans les romans à suspense :
Repérer le vocabulaire qui traduit l’univers sonore, les descriptions des lieux, leurs caractéristiques.
Dans Paolo Solo, comparer le climat routier français avec celui du village brésilien.
Paolo Solo. Pocket junior - Comparer le point de vue de l’enquêteur, celui du criminel, de la victime, les espaces dans lesquels évoluent chacun, les lieux personnels, les lieux de l’action… Écrire un passage en changeant de point de vue.
- Rechercher les éléments qui créent le cadre (adjectifs, termes dépréciatifs, mélioratifs, métaphores, comparaisons…).

- À partir d’un corpus du genre, construire un tableau des lieux et de leurs symboliques. Les comparer et analyser :
- la ville, les quartiers périphériques, les lieux souterrains, clos (Touchez pas au roquefort)
- les lieux des déplacements des personnages, les itinéraires, les errances…(La reine des fourmis a disparu).
- les lieux créateurs d’atmosphère (peur, angoisse, mystère).

- Pour mieux appréhender l’atmosphère de certains romans ou albums policiers (Ne touchez pas au roquefort), assister à des projections de films en noir et blanc : Les incorruptibles, Sherlock Holmes, Casablanca

- Faire un plan des lieux (dans Ippon, les éléments donnés au début sur l’architecture de la maison seront repris dans la course poursuite)
- À partir d’un extrait de texte, repérer le lieu de l’action.
- Rechercher des titres qui donnent des indications de lieux, les classer.
- En quoi la durée de l’action peut-elle avoir une incidence sur l’enquête ? Suivre le cheminement de l’enquêteur en découpant le texte de façon chronologique.

2. Le récit de science-fiction

Un héros pas comme les autres. FlammarionLes récits de science-fiction jouent souvent sur le thème des voyages dans le temps. Pour qu’un voyage dans le temps soit possible, il faut mettre en scène deux temps différents : le temps du voyageur et le temps du voyage (Papa, j’ai remonté le temps !).
- Des anachronismes volontaires viennent agrémenter certains de ces romans. Les relever et analyser les effets qu’ils produisent. Dans Un héros pas comme les autres, proche du conte, le héros, plongé au cœur du Moyen-Âge, s’adresse à l’auteur à chaque fois qu’il a besoin d’un élément de son époque (hélicoptère, glace au chocolat…). Les marqueurs de temps sont très clairs (utilisation de l’italique) dans ce roman adapté pour des élèves de sixième.

- Dans certains récits, relever les passages qui montrent l’incompréhension des personnages face à certains objets courants (par exemple la montre, ou la plaque « Danger 6600 volts » dans Les Montagnes Blanches).

- Faire constater que les récits de science fiction laissent le lecteur dans l’incertitude concernant le temps ou le lieu (L’élue, Le journal interdit) et repérer la façon dont l’auteur génère le trouble chez le lecteur.
Les imprécisions, les manques de repères volontaires perdent le lecteur qui s’interroge sur l’époque concernée. Relever les paradoxes, les décalages dans l’environnement des personnages qui créent chez le lecteur une interrogation sur l’époque ou le lieu (par exemple les branchies des personnages dans Le journal interdit).
- Pour répondre à cette interrogation, imaginer ces temps, ces espaces sous forme de dessins, de maquettes…

- Relever les descriptions qui évoquent pourtant notre époque dans certains passages :
- dans Les Montagnes Blanches :« l’âge noir (p.15), trop de monde, pas assez de nourriture, les gens mouraient de faim, se battaient, et il y avait toutes sortes de maladies… »
- dans Le passeur : (p.249) « un temps où les gens ressentaient des émotions comme la fierté, le chagrin… et la douleur ».
Faire comprendre par la discussion qu’il s’agit de notre époque et que l’auteur joue sur l’implicite et l’inférence.
En prolongement, à partir de ces récits, on pourra amener les élèves à réfléchir sur l’époque actuelle, se situer dans le temps, se projeter dans l’avenir.

La citadelle du vertige. Hachette jeunesse- Les récits de science-fiction enferment souvent le héros dans un espace clos, défini ou non, où personne ne se pose de questions, et d’où il éprouve le besoin de sortir.
Dans La citadelle du vertige, les personnages ne sortent jamais de la cathédrale en construction ; le temps et l’espace sont étroitement liés puisque chaque étage symbolise le temps d’une génération des bâtisseurs, alors que les seigneurs, eux, sont intemporels. Deux systèmes temporels cohabitent donc au sein d’un même espace.
Prendre des repères en fonction des fêtes décrites et des générations qui changent.
Remarquer la disparition du cadre réaliste et historique au fur et à mesure qu’on avance dans le récit.
Relever les éléments qui permettent de se repérer dans le temps (lendemain, de nuit, il n’avait plus aucune notion du temps, lever du 3ème jour de descente, douze ans après…).
Tenter de dessiner un plan de la cathédrale et analyser les problèmes rencontrés : l’auteur provoque volontairement le flou.

3. Le récit fantastique

Tout d’abord, il s’agira de définir le fantastique : un texte fantastique consiste à nous faire passer d’un monde à l’autre. Ce genre risque donc de s’apparenter facilement à d’autres. Ainsi, si le lecteur accepte le surnaturel, il est dans le merveilleux. S’il tente de l’interpréter, sans pouvoir résoudre entièrement l’énigme, il est dans le fantastique. Si le surnaturel se dissipe ou s’explique totalement, il est dans l’étrange.
Le texte fantastique a besoin de descriptions qui déterminent un cadre crédible et vraisemblable pour mieux ressentir l’épisode fantastique à raconter.
Prisonnière du tableau ! Nathan- Poser le cadre : quelque soit le texte, sa forme, son niveau de compréhension, une des premières activités sera de poser le cadre : où – quand. Pour certains romans comportant des illustrations, il s’agira même de ne pas présenter ces illustrations aux élèves pour qu’ils puissent se faire leur propre cadre tout en respectant les descriptions qui en sont faites.
À partir de Prisonnière du tableau ! ou Du rififi à la bibliothèque, demander aux élèves de se représenter mentalement ce cadre : le musée pour Prisonnière du tableau !, la maison de l’oncle dans Du rififi à la bibliothèque.
- Rechercher les différents "passages" ou "portes d’accès" à cet autre monde. Dans Prisonnière du tableau !, un tableau que les élèves pourront représenter par un dessin à l’aide des descriptions sans avoir accès bien évidemment aux illustrations ; dans Du rififi à la bibliothèque, un livre.
- Lister les différents modes de passage possibles d’un monde à l’autre : porte, armoire, télévision, miroir…
- Dans Cybermaman, les enfants vont passer de l’univers réel de la maison à un monde imaginaire de l’informatique.
- Dans Du rififi à la bibliothèque, au chapitre 4, essayer de faire deviner dans quelle histoire les deux héros ont bien pu entrer ne le sachant pas eux-mêmes. « Il faisait nuit… un château sinistre… Dracula ». Le problème des références culturelles ou littéraires se posera sans doute.
- Transposer l’espace et le temps une fois que le sens sous-jacent du livre est abordé. Par exemple, dans Prisonnière du tableau !, une fois la problématique du droit à la différence comprise des élèves, il sera plus facile de transposer les scènes à une autre époque ou en différents lieux, les différences étant bien marquées.
- Dans Du rififi à la bibliothèque, les deux jeunes héros entrent dans un livre au sens propre et au sens figuré. Tous les livres de la bibliothèque de l’école ayant été lus, les enfants choisissent un livre de la bibliothèque de l’oncle sans avoir lu le titre. Demander aux élèves d’insérer des passages dans lesquels les deux héros "pénétreraient" dans un livre en particulier.

Jumanji. L'école des loisirsParfois le passage d’un monde à l’autre n’est pas délimité par une voie d’accès, un espace défini. Par exemple, dans Jumanji, il y a introduction dans le cadre crédible et vraisemblable d’éléments qui n’ont pas leur place et qui interviennent dans le récit sans passer par un passage délimité géographiquement.
- Activités d’écriture à partir de Jumanji :
- réécrire la règle du jeu en transposant la jungle à un autre lieu. Par exemple une planète lointaine habitée par des monstres extraterrestres ;
- introduire de nouveau éléments qui ne peuvent pas avoir leur place ici ;
- intervertir le cadre et ses éléments ;
- transposer à une autre époque tout en gardant l’élément fantastique : situer le cadre au cours d’une autre grande période historique et introduire des éléments contemporains de notre époque.

4. Le récit à la première personne

(journal, récit épistolaire, autobiographie…)

- Les récits à la première personne sont toujours propices à un travail sur le traitement du temps, voire de l’espace : dans Otto, autobiographie d’un ours en peluche, les temps se croisent, s’enchaînent, à travers le récit d’Otto et la dimension d’espace s’élargit au fur et à mesure des rencontres.
- La forme du journal, qui en général est daté, donne des indications de temps facilement repérables (Les naufragés du ciel). Parfois, les dates ne sont pas précisées, et il faut rechercher dans le texte les indications temporelles (saisons, marqueurs chronologiques, heure…). Pour chaque lecture, réaliser et afficher une frise du temps.
Les secrets de Faith Green. Casterman - Dans Les secrets de Faith Green, le récit, toujours à la première personne, fait alterner les pages du journal de la grand-mère, et les réflexions du narrateur. Relever les éléments qui permettent de les distinguer. Repérer les ellipses temporelles.
- À partir du Journal d’un chat assassin, réaliser une frise des jours de la semaine et faire correspondre à chaque jour un chapitre de l’histoire en lui donnant un titre : chaque jour de la semaine correspond en effet à un événement particulier qui participe à la construction de la fausse piste.
- Certains ouvrages (par exemple Le Journal d’Anne Frank, Otto) sont particulièrement intéressants à resituer dans l’Histoire.
- Les échanges épistolaires peuvent s’effectuer entre deux lieux éloignés et chacun donne à imaginer son espace à l’autre. À partir d’un livre épistolaire, donner aux enfants les photocopies des lettres et leur proposer de les classer chronologiquement, en fonction des dates si les lettres en proposent, en prenant des indices dans le texte si elles ne sont pas datées. On pourra effectuer le même travail en fonction des lieux si les lettres proviennent de différents endroits du monde.

5. La bande dessinée

- La bande dessinée est un bon support pour analyser le traitement du temps. En effet, elle se caractérise par une décomposition de l’action qui se situe dans un temps donné mais aussi dans un espace donné. La mise en scène de cette action est définie par le cadrage. La chronologie est souvent marquée et assez simple à appréhender. Le dessin peut suffire pour donner des indications sur le lieu de l’action. Le contenu des cartouches ou des phylactères peut également apporter des précisions quant à la localisation de l’action. On pourra proposer aux élèves de remettre dans l’ordre les vignettes découpées dans une planche, de transposer une BD en récit en respectant le fil narratif, la traduction des décors, des atmosphères…

Orion. GlénatLe dessin de manga peut donner une bonne idée de rapidité, notamment par l’usage de traits. La plupart des mangas utilisent ce procédé. Les cases sont également réduites et asymétriques, voire inexistantes. Il n’est pas rare de voir le dessin dépasser le cadre strict d’une case. Le texte a souvent une fonction d’ancrage par rapport au dessin et les onomatopées y sont très fréquentes.
Wikipédia propose cette définition du manga : « Le dessin, en général, est moins "statique" que dans les bandes dessinées occidentales. Le manga utilise un découpage temporel proche de celui du cinéma, adoptant souvent ses cadrages et utilisant une décomposition du temps et de l'action.(…) ».
De manière générale, on peut noter une plus grande liberté quant à l'interaction entre les dessins et leur support (jeu avec les cadres, personnages sortant des cadres, etc.).
Le manga a rarement une place de choix à l’école. C’est cependant un genre à part entière qui plaît énormément aux élèves. C’est l’occasion de travailler avec eux les codes du manga et de les comparer à la BD occidentale, aux codes beaucoup plus "rigides".

6. Les autres genres

En ce qui concerne les contes traditionnels, le temps est souvent indéterminé car la problématique est intemporelle. Le lieu est indéterminé également car la problématique est transposable. Quelques éléments peuvent avoir une signification symbolique, par exemple la forêt ou la ville à traverser (Le Petit Chaperon Bleu Marine).
- Relever les éléments implicites qui permettent d’identifier l’espace.
- Comparer avec des contes modernes, des contes africains, des transpositions, des parodies…
- Dans Le Petit Chaperon Bleu Marine, l’héroïne doit traverser Paris à partir d’une rue précise pour rejoindre le Jardin des Plantes. Travailler sur le plan de Paris en recherchant les rues et les lieux et en traçant l’itinéraire emprunté par le Petit Chaperon Bleu Marine.

Le genre théâtral peut permettre aux élèves de se poser les questions de lieu et de temps. Y a-t-il discontinuité ou non ? Remarquer que les changements de décors, d’actes, de scènes correspondent souvent à des changements de lieux et de temps.
- Dans Villa Esseling Monde, deux espaces et deux temps sont traités en alternance. Comparer le monde interdit des aventures fantastiques vécues par le héros qui prend des risques, avec le monde de l’attente indéfinie des parents. Dans le premier, le rythme est trépidant, l’espace vaste, et le temps long ; dans le second, le temps est court mais figé, plat, dans un espace réduit.
Remarquer que le traitement de l’espace et du temps peut donc avoir une dimension symbolique : ici l’immobilisme en opposition à l’action.

Dans les œuvres de certains auteurs

Éric Carle
Dans nombre de ses livres, Éric Carle joue avec le temps et l’espace soit au niveau de l’image soit au niveau du texte, ce qui permettra des activités d’images séquentielles ou de puzzle de lecture :

Titre Commentaire
L’araignée qui ne perd pas son temps la toile de l’araignée se construit au fil des pages
Le coq qui voulait voyager un jeu de vignettes s’agrandit ou se rétrécit au cours du récit
La maison du bernard-l’hermite le dessin de la coquille évolue au cours de l’histoire
on reconnaît les noms de mois au fur et à mesure des rencontres
La chenille qui fait des trous utilisation du nom des jours de la semaine

La souris qui cherche un ami
Le dessin commencé sur la page de droite se prolonge en page suivante et invite à suivre le trajet suivi par la souris
Le message secret

Le découpage de l’espace par page permet de suivre le trajet de l’enfant

Anne Herbauts
Anne Herbauts propose dans ses albums une évocation poétique du temps.
Elle ne raconte pas des histoires, mais des moments, des histoires de moments. Dans ses récits, le temps est représenté par des personnages. Chez Anne Herbauts, la jonction est très floue, entre le temps imaginaire et le temps réel.
Que fait la lune la nuit ? CastermanDans Que fait la lune la nuit, la lune est le personnage qui symbolise le nuit, et qui décrit tout ce qui se passe durant la nuit.
L’heure vide, traite du passage du jour à la nuit, ce moment très étrange, "entre chien et loup". L’heure vide est un personnage qui se déplace sur de grandes échasses. Sa tête est pleine de jour, son cœur est habillé de nuit. Il se glisse entre le jour et la nuit qui se chamaillent.
Dans Lundi, le personnage, Lundi, a deux amis avec lesquels il joue longtemps. L’ouvrage traite du temps qui passe, de l’attente, du silence, de la disparition, de l’effacement. Cet effacement et cette dilution dans le temps sont matérialisés par le papier lui-même : faire remarquer que l’épaisseur des pages de l’album diminue au fur et à mesure que Lundi disparaît.
Dans L’arbre merveilleux, on assiste à une mise en abyme du livre lui-même. Le personnage principal est une sorcière qui possède un fil magique, un fil à histoires. En jetant le "fil de l’histoire", les protagonistes opèrent une projection en avant. La sorcière n’a plus qu’à rembobiner l’histoire pour trouver les coupables. Chaque heure a son activité, et chaque chose est à faire à son heure.
- Activité de production : choisir un moment de la journée et le personnifier dans un récit.
La bibliographie de Anne Herbauts

Chris Van Allsburg
Chris Van Allsburg propose un traitement original de l’espace et du temps. À l’aide de différents procédés, cadrages inhabituels, perspectives, lignes de fuite, éclairages, personnages hors champ, l’image entraîne le lecteur d’un monde à l’autre, du réel à l’imaginaire.
Dans Deux fourmis, inventorier les espaces parcourus par les deux fourmis, rechercher grâce à l’éclairage le temps de l’expédition.
Zathura. L'école des loisirs Dans Jumanji, le monde du dehors fait irruption dans le monde du dedans et projette le lecteur dans le fantastique. Décrire, comparer espace réel et espace imaginaire, analyser comment l’image contribue à faire basculer le lecteur d’un monde à l’autre.
Dans Zathura, le procédé est identique mais le voyage s’opère dans le temps présent et futur.
Dans Le jardin d’Abdul Gasazi, le héros chemine d’un espace à l’autre en empruntant pont, tunnel, escalier, porte, perron. Créer des espaces imaginaires en utilisant ces éléments architecturaux.
Dans Le rêve de Pierre, identifier les monuments évoqués dans le rêve de Pierre, tracer son périple sur une carte.

Repérages linguistiques

Dans les récits, on peut inviter les élèves à des repérages de mots, de temps, de procédés, qui permettent de mieux se situer dans le temps et l’espace du récit.
Rechercher pour relier les événements les uns par rapport aux autres :
- Les titres évocateurs de l’espace et/ou du temps
- Les temps du récit, des verbes (présent, imparfait, passé simple, futur)
- Les connecteurs temporels ou spatiaux :
Repérer les marqueurs de début de chapitre ou de paragraphe, les petits mots de liaison qui permettrent d’enchaîner les événements (et puis, alors, ensuite…)
- Rechercher les champs lexicaux utilisés (par ex. dans La citadelle du vertige : descriptions des vêtements, du logis, métiers de la cathédrale…). L’utilisation du dictionnaire sera une aide pour situer l’époque du roman.

Georges Lebanc. L'école des loisirsRepérage des prolepses et des analepses
Claude Ponti est un spécialiste des prolepses (anticipation) et des analepses (retour en arrière). Dans Okilélé, il incite le lecteur à vérifier l'existence du petit rhume noir du héros, peu remarquable au premier abord, en se reportant à la première page. De même, dans Le doudou méchant : « …avec le doudou et sa doudoue qu'il a rencontrée page 41 ». En effectuant un retour en arrière, on découvre les deux doudous dans les décombres.
À l’inverse, dans Georges Lebanc, il nous dit : « Trois poissons seront tout secoués à 00h00. Trois poissons qui dormiront au fond du lac. Un invisible. Tout s'explique page 34. » Il invite donc à rechercher l’explication page 34.
- Rechercher d’autres exemples dans l’œuvre de Ponti.

Conclusion

On peut constater que de nombreuses références culturelles sont parfois nécessaires pour donner un sens à la lecture et que les éléments sont souvent difficiles à trier pour décoder les informations de lieu et de temps. Mais ce type de travail est aussi l’occasion de donner à nos élèves ces références.
Les activités de repérage du temps et de l’espace sont intéressantes à effectuer dans la durée. Tout au long de l’année, tous les livres lus en classe ou individuellement, quelle que soit leur thématique, pourront être placés sur une ligne du temps et/ou sur un planisphère affichés en classe en permanence. Cela permettra la mise en place de discussions et la découverte de l’implicite et de l’explicite, dans une nouvelle approche des lectures.

Cette fiche pédagogique a été élaborée par le groupe du comité de lecture Télémaque en 2005-2006.

Ont participé à l'élaboration de cette fiche :
Catherine Arnaud, Florence Costes, Pascale Delahaie, Florence Delcayre, Nathalie De La Perrelle, Laure Delattre, Sophie Dremeau, Céline Dunoyer, Nicole Le Galèze-Fage, Dominique Grassart, Claude Maussion, Odile Robin, Arlette Weber, Madeleine Couet-Butlen, Chantal Bouguennec.

Fiche élaborée dans le cadre du Comité de lecture Télémaque, rédigée et mise en ligne par Chantal Bouguennec le 20/07/2006

consulter la bibliographie

© Académie de Créteil/CRDP/Télémaque - 20/07/06 contact
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