CRDP académie de Créteil - Centre ressources littérature de jeunesse

Télémaque

D'où nous viennent ces expressions ?

Cette page est liée aux pistes proposées autour du texte et de la langue, dans la fiche pédagogique du comité de lecture Télémaque :
Mythologies et intertextualité
retour à la fiche

D’où nous viennent ces expressions ?

« Se croire sorti de la cuisse de Jupiter » (cf. Ovide, Métamorphoses, III, 259-312)
Sur les conseils de Junon, Sémélé voulut voir Jupiter en dieu tout puissant : celui-ci se présenta donc devant elle avec sa foudre et ses éclairs, et Sémélé tomba morte foudroyée. Jupiter enferma alors dans sa cuisse l’enfant qui devait naître de leur union jusqu'à sa naissance. L'enfant devint le jeune dieu Bacchus, joueur de flûte, couronné de pampres et ivre de vie.
L'expression « se croire sorti de la cuisse de Jupiter »" désigne donc quelqu'un qui se croit supérieur aux autres, qui se prend pour le centre du monde en étant égoïste et égocentrique.

« Un travail d’Hercule »
Poursuivi par la haine de Junon, Hercule dut accomplir pour le roi de Mycènes douze tâches considérées comme insurmontables.
Accomplir un travail d’Hercule signifie donc accomplir un travail énorme et pratiquement impossible.

« Le supplice de Tantale »
Pour éprouver la sagacité des dieux, l’ancêtre des Atrides, Tantale, imagina leur servir en repas son propre fils, Cécrops ! Horrifié, Jupiter ressuscita l’enfant et condamna le père à demeurer éternellement sous un arbre fruitier au bord d’une rivière : chaque fois que Tantale veut cueillir un fruit, la branche se relève, chaque fois qu’il veut boire, l’eau se retire.
Dire « c’est un supplice de Tantale ! » signifie que l’on est incapable d'assouvir un désir ou un besoin alors que la chose convoitée est à portée de main.

« Le tonneau des Danaïdes »
Danaos fut contraint de marier ses cinquante filles aux cinquante fils de son frère Aegyptos, mais il ordonna à ses filles de poignarder leurs cousins pendant la nuit de noces (toutes obéirent sauf Hypermnestre). En punition de leur crime, les Danaïdes furent condamnées aux Enfers à remplir un tonneau percé.
L’expression désigne donc un travail inutile et perpétuel.

« Se perdre dans un dédale »
Dédale était un remarquable architecte. C’est lui que Minos, le roi de Crète, chargea de tracer les plans du labyrinthe, étrange construction composée de couloirs courbes se recoupant les uns les autres, pour y enfermer le Minotaure, monstre anthropophage à la tête de Taureau.
L’inventeur et l’invention se confondent : dédale et labyrinthe sont synonymes.

« Ouvrir la boîte de Pandore »
Le titan Prométhée ayant créé les hommes sur l’ordre de Jupiter, leur donna le feu et leur apprit toutes sortes d’arts et de sciences. Il trompa même Jupiter lors du partage des animaux sacrifiés entre les hommes et les dieux. Pour se venger, Jupiter demanda aux dieux de fabriquer une femme, Pandore, dotée de tous les charmes, et Mercure lui apprit la curiosité. Elle fut envoyée au frère de Prométhée, Epiméthée, avec une jarre contenant tous les maux et les maladies. Pandore, ne sachant pas ce que la jarre contenait, l’ouvrit, poussée par sa curiosité, et tous les maux s’en échappèrent. Seul l’espoir resta à l’intérieur, unique consolation.
L’expression signifie s'exposer par une initiative imprudente à de graves dangers.

« Être le sosie de quelqu’un »
Pour séduire Alcmène, de qui naîtra Hercule, Jupiter prit l’apparence de son mari Amphitryon. Pour parfaire la tromperie, Mercure prit les traits de l’esclave de son mari, nommé Sosie. La ressemblance fut si parfaite qu’on ne put les distinguer l’un de l’autre, ce qui entraîna de nombreux quiproquos.
L’expression signifie avoir une parfaite ressemblance avec quelqu’un.

« Cette femme est une harpie ! »
Les Harpies sont des divinités funèbres. Ces génies féminins sont des monstres à corps de rapace, aux griffes acérées et à têtes de femmes, elles ont pour rôle d'emmener les âmes des morts aux enfers. Elles venaient notamment voler ou souiller la nourriture du vieux roi aveugle Phinée.
L’expression, peu flatteuse, désigne une femme méchante, acariâtre, synonyme de mégère, furie.

« Le fil d’Ariane »
Ariane, fille du roi Minos, tomba amoureuse de Thésée, qui décida de pénétrer dans le fameux Labyrinthe de Crète pour abattre le Minotaure. Elle lui offrit alors une bobine de fil que le héros dévida derrière lui afin de ne pas se perdre. Vainqueur du monstre, Thésée n’eut plus qu’à rembobiner le fil dans l’autre sens pour retrouver la sortie.
L'expression « le fil d'Ariane » caractérise, en référence à cette légende, le moyen qui permet de se diriger au milieu des difficultés, de raisonner.

« Toucher le pactole »
Le roi légendaire Midas offrit un jour l’hospitalité à Silène, compagnon de Dionysos, et eut alors la possibilité de faire un vœu : il souhaita que tout ce qu’il touchait se transformât en or. Lorsqu’il comprit que cela s’appliquait aussi à sa nourriture, il demanda à renoncer à ce vœu. Il dut pour cela se baigner dans le fleuve Pactole, qui depuis charrie des paillettes d’or !
L’expression signifie devenir très riche.

« Le talon d’Achille »
Thétis voulut rendre son fils Achille invulnérable en le plongeant dans le Styx (ou en l’enduisant d’ambroisie le jour et en le plongeant dans le feu la nuit). Elle fut interrompue par Pélée, le père d’Achille, et, prise de colère, abandonna son enfant, qui resta vulnérable au talon par lequel sa mère l’avait tenu. C’est précisément à cet endroit que le héros fut atteint d’une flèche tirée par le troyen Pâris. Achille en mourut.
L’expression désigne le point faible de quelqu’un.

« Avoir une voix de Stentor »
Stentor est un personnage de l’Iliade de Homère. C’était un guerrier grec dont la voix d’airain lui permettait de crier « aussi fort que cinquante hommes ». La déesse Héra utilisa la force vocale prodigieuse de Stentor pour stimuler l’ardeur de l’armée grecque lors du siège de Troie. Stentor succomba lors d’une lutte vocale avec Mercure.
L’expression signifie avoir une voix puissante.

« Être médusé »
Méduse fut transformée en monstre par la jalouse Junon. Coiffée de serpents, son œil brillant changeait en pierre tout homme qui croisait son regard. Persée réussit à tuer Méduse en se servant de son bouclier poli comme un miroir !
« Être médusé » signifie rester pétrifié, sans voix, en perdant une faction de seconde toutes ses facultés.

« Tomber de Charybde en Scylla »
Charybde et Scylla sont deux monstres marins qu’Ulysse dut éviter lorsqu’il traversa le détroit de Messine : situés l’un en face de l’autre, le premier absorbait l’eau de la mer et la rejetait trois fois par jour, formant alors un gigantesque tourbillon, le second, monstre pourvu de six têtes, dévorait les navires qui s’approchaient de trop près.
« Tomber de Charybde en Scylla », c’est s’écarter d’un danger pour tomber dans un autre aussi grand.

« Un travail de Titan »
Les Titans sont les dieux les plus anciens, enfants d'Ouranos (le Ciel) et de Gaïa (la Terre). Zeus combattit les Titans fidèles au Titan Cronos, qui avait avalé ses frères et sœurs. Ce combat (Titanomachie) dura dix ans, ébranla l’univers entier, et il fallut à Zeus le concours de plusieurs dieux pour vaincre ces dieux primaires d'une force surhumaine et d'une taille gigantesque. Les Titans furent précipités au fond du Tartare.
L’expression désigne un travail colossal, presque surhumain.

« Être dans les bras de Morphée »
Morphée est le fils de Hypnos, dieu du sommeil. Lui-même est le dieu des rêves et des songes. Son nom signifie "celui qui transforme" ou "celui qui reproduit les formes". Il apporte le rêve aux dormeurs. Ainsi le rôle de Morphée est légèrement déformé, dans l'expression "être dans les bras de Morphée" : il aurait dû être celui d'apporter le rêve et non le sommeil, ce qui est la tâche de son père. Ce qui correspondrait le mieux à Morphée devrait être "emmener aux pays des songes" ou alors l'expression devrait être "dans les bras d'Hypnos" !
Par ailleurs, le fait de parler de bras nous laisse imaginer une personne nous entourant de sa chaleur, confectionnant de ses bras un berceau de tendresse et nous emmenant doucement vers le calme et le repos.
L’expression signifie rêver, et par extension et plus communément dormir profondément.

 

En complément :

Un site internet consacré aux expressions d'origine mythologique :
Les expressions d'origine mythologique

Cette page est liée aux pistes proposées autour du texte et de la langue, dans la fiche pédagogique du comité de lecture Télémaque :
Mythologies et intertextualité
retour à la fiche
consulter la bibliographie

© Académie de Créteil/CRDP/Télémaque - 05/01/07 contact
FICHES PÉDAGOGIQUES Accueil Télémaque Accueil CRDP accueil du site académique