LA POÉSIE
Cette fiche pédagogique a été élaborée
en 2007 par le groupe du comité de lecture Télémaque.
Elle est accompagnée d'une bibliographie en littérature de
jeunesse.
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la bibliographie
Au sommaire de cette fiche :
Avant-propos
I. Pistes pédagogiques
1. Lire, écouter
2. Dire (réciter, théâtraliser, chanter)
3. Produire
4. Prendre des repères : formes, ruptures et continuité
II. Quelques pistes d’étude pour le lycée
1. La poésie romantique
2. La poésie moderne
3. La poésie contemporaine
III. Un poète en particulier : Raymond Queneau (exemple de séquence)
En prolongement
Sur le web
Avant d’initier des activités autour de la poésie, il est indispensable que les élèves aient été nourris par de nombreuses lectures de l’enseignant. Celui-ci va instaurer une ambiance, des « moments magiques » réguliers, pour éduquer au goût du texte poétique que l’élève ne reçoit pas comme une autre lecture.
Le groupe du comité Télémaque a déjà proposé des pistes pédagogiques sur la langue pour jouer avec les mots dans une fiche intitulée La langue en jeux. Le lecteur pourra s’y référer, en particulier en ce qui concerne les pistes d’écriture et le travail sur les comptines. Mais si la frontière entre jeux sonores et poésie est difficile à cerner, on peut dire que la poésie, genre littéraire à part entière, consiste à utiliser la langue pour faire naître des émotions, des sentiments, des images fortes.
Le poète Jean-Pierre Siméon dit « la poésie est en mutation perpétuelle, elle est une métamorphose perpétuelle, dans le temps et dans l’espace, dans le temps et dans l’espace propre du poète, du lecteur. […] La poésie est une constante invention formelle. » (Rendez-vous littéraire – avril 2002).
Pistes pédagogiques
Avant de mettre en place des activités, il convient d’interroger les représentations des enfants, ce qu’ils connaissent ou imaginent de la poésie. Les représentations sont souvent très naïves (« c'est la rime, c'est joli, agréable, c'est le rêve et l'évasion »), chez les enfants comme chez les adultes.
Il s’agit ensuite de :
- susciter des images, des émotions chez les jeunes lecteurs
- familiariser les élèves avec les différentes formes poétiques
Les pistes pédagogiques s’organisent autour du lire, dire, écrire (produire) en accord avec les programmes officiels pour le premier degré. Mais de nombreuses pistes sont exploitables avec des élèves du second degré.
Lire, écouter
Pour la plupart de ces activités, l’élève pourra être producteur ou récepteur de la lecture. L’environnement pour une mise en situation de lecture ou d’écoute a une grande importance. On peut par exemple installer une ambiance musicale, diffuser des odeurs, provoquer des images mentales…
Pour installer un « bain de poésie », plusieurs entrées sont possibles : entrer dans le genre par l’étude d’un auteur (recueils consacrés à son œuvre, par exemple les Albums Dada de chez Mango), l’étude d’une thématique (textes en écho à la thématique)
- Écouter la lecture magistrale de l’enseignant : à partir d’anthologies proposées dans la bibliographie, lire un poème par jour pendant toute la période d’étude du genre. Petit à petit, les enfants volontaires remplaceront le maître pour lire
Mettre en place un point écoute dans la classe ou en BCD
- Instaurer des moments de lecture personnelle au cours desquels chacun va lire silencieusement un écrit poétique, puis éventuellement en discuter (débat oral). Mettre en avant l’importance du choix, des goûts différents.
- Rechercher des collections qui proposent des poèmes mis en images : par exemple Les petits géants (Rue du Monde), Poésie en bande dessinée (Petit à petit), Des poèmes pleins les poches (Actes Sud) , La langue au chat (Le Dé bleu), Enfance en poésie (Gallimard)…
- Repérer de quelle façon l’illustration, la typographie, la forme vont mettre en valeur le texte. À travers ces collections, on différenciera le genre de l’écriture et la mise en valeur par la forme.
- À l’écoute d’un poème, associer une couleur, un matériau… pour entrer dans le texte au niveau des émotions.
- Rechercher et lire des poésies en fonction d’objectifs précis :
- Par thématiques (le temps, les sentiments, les saisons, la ville, les cinq sens…) pour étayer une bibliographie, une exposition ou un événement ponctuel
- Par auteurs au travers de l’œuvre d’un poète. Remarquer que les formes et genres de poésies sont différents en fonction de leur auteur. Lire pour choisir une poésie qu’on va s’approprier et présenter aux autres
- Lire à plusieurs, se répartir le poème
- Enregistrer sa lecture au magnétophone pour une autre classe (maternelle). Regrouper les enregistrements par thématiques, par forme…
- Préparer une rencontre avec un poète
Associer les familles à la lecture de poèmes, par exemple pour des lectures en langue étrangère (La poésie arabe, La poésie africaine…), mais également pour la poésie de langue française.
- Établir des passerelles avec les œuvres d’art :
- au lycée, à partir de l’œuvre de poètes qui pratiquent la synesthésie pour exprimer des nuances d’impressions ou de sentiments (Baudelaire, Rimbaud…)
- pour tous les niveaux, écrire en s’inspirant des formes, des teintes, du mouvement qui se dégagent du tableau.
Dire (réciter, théâtraliser, chanter)
Lorsque l’élève a lu et relu un poème, il peut l’intérioriser, s’en imprégner et le mémoriser pour l’interpréter.
Rechercher les différentes façons d’interpréter un texte :
- Chanter (collection Guinguette chez Didier jeunesse)
- Chuchoter (Berceuses, Poèmes pour dormir)
- Déclamer (Poèmes à crier dans la rue)
- Théâtraliser (Jean Tardieu, un poète, Victor Hugo s’est égaré)
- Utiliser des effets sonores pour accompagner le texte dit…
- À partir de l’album Victor Hugo s’est égaré, effectuer une lecture à plusieurs voix : un groupe lit les vers du poète, un autre la voix off, un autre prend en charge les réactions du public… Analyser la réception du texte en fonction des différentes lectures.
- Interpréter le même texte d’une façon imprévue : par exemple crier une berceuse, dire un poème d’amour sur le ton de la colère, sur un ton froid, indifférent…
Se détacher de ce que l’auteur a voulu dire pour s’approprier soi-même le texte. Un même texte offert au public d’une façon différente produira un effet différent.
- Mettre en place des ateliers où on s’intéressera à la posture de celui qui dit le poème, à l’articulation (à partir de jeux de langage), au niveau sonore, au souffle…
- Rechercher diverses façons de présenter des écrits poétiques en classe :
- Boîte à poèmes ouverte aux enfants ;
- Arbre à poèmes à enrichir ;
- Bourse aux poèmes (offrir des poèmes, les échanger entre deux classes) ;
- Exposition de poèmes illustrés ;
- Constituer une malle d’objets pour créer des ambiances poétiques.
- Organiser un après-midi poétique, un spectacle poétique, à préparer en classe et à présenter aux autres élèves, aux parents…
- Sur l’idée des « Brigades d’intervention poétique », préparer des interventions surprise en direction des autres classes.
Produire
- Mettre en œuvre, parallèlement à l’utilisation du carnet de lecture, un carnet de poésie pour collectionner des mots, des sentiments, des sensations, des sons…
- Recopier un poème ou un passage choisi qui plaît particulièrement.
- Développer la piste interprétative en illustrant un texte lu, en réinterprétant un passage de façon personnelle. Mettre en valeur le texte (chercher des idées dans les albums, les bandes dessinées) en conservant la tonalité. Comparer les choix et les résonances en fonction des productions.
- Transformer le style (abstrait, concret, humoristique…) par la mise en page, le découpage, la typographie…
- Produire des écrits poétiques à partir d’éléments déclencheurs, de jeux combinant l’invention et les contraintes d’écriture (Presque poèmes de Bernard Friot, J’habite un poème de Rolande Causse, J’écris des poésies de Rolande Causse) :
- À partir des mots du carnet de poésie ;
- À partir d’expressions choisies ;
- À partir de mots ; par exemple une couleur : ne pas employer le mot « rouge » mais lister les mots déclenchés par l’évocation de la couleur rouge. Puis rédiger un écrit poétique qui utilise un maximum de ces mots. Chaque groupe d’élèves effectuera le même type de travail avec une autre couleur. Mélanger les poèmes et faire retrouver les couleurs évoquées ;
- Rechercher des mots qui font rêver, qui font peur, des mots que l’on aime pour leur sonorité… les associer pour écrire un texte ;
- Jeu du cadavre exquis, jeu du « Si j’étais » ;
- Trouver des rimes avec les prénoms de la classe ;
- S’inspirer du travail de l’OULIPO (ouvroir de littérature potentielle – association d’écrivains ou mathématiciens qui imaginent et expérimentent des contraintes littéraires nouvelles) ;
- Imaginer des acrostiches : à partir d’un mot, écrire un court poème dans lequel les premières lettres de chaque vers prises dans le sens vertical reconstituent le mot ;
- Imaginer des calligrammes : l’évocation du signifié du mot ou du texte par la disposition des lettres ;
- Donner des espaces d'écriture inhabituels pour déclencher des types d'écriture différents (cf. compte rendu de la rencontre avec Bernard Friot sur Télémaque).
- À partir du travail d’auteurs qui proposent des univers poétiques, écrire avec des contraintes (écrire un quatrain, écrire autour d’un mot, d’une image…). Par exemple, à partir de Petites météorologies de Anne Herbauts, l’entrée dans des espaces de vie, dans un univers quotidien, peut aider à évoquer des sentiments, des émotions et les exprimer par l’écriture ;
Écrire « à la manière de » :
- s’inspirer de la structure très précise d’un poème et y placer ses propres mots ;
- écrire des haïku (textes très courts, qui décrivent un instant, parlent de la nature et provoquent l'émotion)
- Produire des poèmes à partir d’un projet thématique plus large (exposition, carnet de voyage…)
- Rédiger des fiches de présentation de poèmes lus pour enrichir une bibliographie thématique, une bibliographie autour d’un genre, une biographie d’auteur…
- Créer une revue critique de poésie
- - Élaborer des recueils de poèmes qui seront enrichis au fil des années.
- L’enseignant sera exigeant sur la qualité de la mise en forme, la réécriture (orthographe, respect des contraintes d’écriture, choix des mots, travail sur le sens…), le nombre de poèmes lus, dits, écrits, la tenue du cahier de poèmes…
- Donner une place en BCD, au CDI, aux différentes productions qui serviront d’évaluation en fin d’année.
Prendre des repères : formes, ruptures et continuité
- À partir des anthologies, proposer et faire lire des types de poésie très variés (de cultures et d’époques différentes), pour faire sortir les élèves de la représentation classique et montrer qu’il existe autant de définitions de la poésie qu’il y a de poètes. Si l’on peut comparer les différentes formes de poésie, on ne peut pas définir la poésie par un aspect formel.
- Répertorier les différentes formes de poésie. Les classer, repérer les spécificités d’un poème par rapport à d’autres types de texte..
À partir de Victor Hugo s’est égaré et de quelques versions des textes de Victor Hugo, travailler la réception du texte en fonction des différentes formes (« Qu’est-ce que je comprends ?»).
- Étudier les différentes structures et comparer comptines, haïkus, alexandrins, prose…(pour les poèmes rimés, analyser la structure A-B…, les strophes 4, 6 vers…).
Les lectures vont venir enrichir le répertoire des différentes formes d’écriture poétique.
L’ouvrage J’écris des poésies. Des poèmes à lire, des jeux pour en écrire de Rolande Causse illustré par Jean Claverie propose de nombreuses pistes et jeux pour lire, dire, écrire…
Quelques pistes d’étude pour le lycée
Le nouveau programme de français de la classe de première recommande l’étude de la poésie selon deux axes :
- analyse des relations entre la forme et la signification dans le but de comprendre les spécificités de la langue poétique ;
- approche de l’histoire de la poésie afin de saisir l’évolution d’un genre longtemps considéré comme le plus noble.
Le poète joue de la langue et crée ainsi son propre moyen d’expression. En fonction des époques, le poète revêt des rôles différents, ainsi la poésie va tantôt exprimer, dénoncer, louer ou révéler… en utilisant la force des mots.
Il est intéressant tant d’un point de vue didactique qu’historique de se pencher sur les poètes en rupture. Cela permet de comprendre quelles formes poétiques sont remises en question mais aussi de dresser un panorama de l’évolution du rôle de la poésie et du poète à travers les époques.
La poésie romantique
Exprimer ses sentiments, ses passions contre la raison classique, peindre la nature comme un reflet des sensations, utiliser le vers libre et s’autoriser l’usage de tous les mots sans pruderie.
Victor Hugo (1802-1885) a composé une œuvre littéraire gigantesque qui témoigne de la richesse de son époque. Poète engagé, il affirme que le poète a une mission sociale et politique.
« Peuples ! écoutez le poète !/Écoutez le rêveur sacré !/Dans votre nuit, sans lui complète/Lui seul a le front éclairé. » (Les rayons et les ombres – 1840).
« France ! à l’heure où tu te prosternes, /Le pied d’un tyran sur ton front/La voix sortira des cavernes ;/Les enchaînés tressailliront. » (Châtiments – 1853).
La poésie moderne
Explorer tous les possibles, renoncer aux contraintes formelles, repousser les limites de la poésie classique.
Charles Baudelaire (1821-1867), par la nouveauté de ses thèmes et leur caractère scandaleux, joue un rôle dans le renouvellement de la poésie. Le poète est un « voyant », il est capable de déchiffrer les symboles et de créer des correspondances entre le monde du quotidien et le monde des sensations.
« Comme de longs échos qui de loin se confondent / Dans une ténébreuse et profonde unité, / vaste comme la nuit et comme la clarté, / Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. »
(Correspondances. Spleen et idéal).
Arthur Rimbaud (1854-1891) ne cesse d’être à la recherche d’un langage nouveau capable de révéler les sens.
« Le poète de fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. » (Lettre à Paul Demeny (1871).
La poésie contemporaine
Créer un anti-langage qui met à mal le sens au profit des sens, réinventer le langage, distordre les formes classiques, évoquer le silence, le vide, l’absurde.
Le poète est considéré comme l’interprète de la vie et des sentiments des hommes.
Louis Aragon (1897-1982) a d’abord été un poète surréaliste, avant que son œuvre soit engagée politiquement. Ses poèmes et ses romans reflètent les doutes et les troubles d’une période politiquement et historiquement mouvementée. Ses vers cherchent à raviver la mémoire ou à rendre hommage aux oubliés, comme Strophes pour se souvenir (1956).
« Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent / Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps / Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant / Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir / Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant. » (Strophes pour se souvenir in. Roman inachevé.)
Alain Bosquet (1919-1998) s’interroge avec dérision sur le rôle du poète et de la poésie dans le monde contemporain.
« Pour vivre quinze fois : si le poète hirsute / repasse avant l’été, / consultez-le car de chaque minute / il fait l’éternité. (Passage d’un poète).
- À travers la lecture de différents poèmes, définir les rôles des poètes à travers les siècles, les mettre en perspective avec le contexte historique et social.
- Élaborer les biographies de poètes de différents siècles.
Un poète en particulier
À titre d’exemple, une proposition de séquence sur un poète en particulier :
Raymond Queneau.
>> Travail réalisé par Élisabeth Desbrueres et Katy Vaccariello de l’école Albert Thomas à Champigny, à partir de Un poète, Raymond Queneau, Gallimard (folio junior) 2001.
Fil rouge : découverte de l’univers de Queneau, poète contemporain.
En prolongement
Sortir du genre littéraire de la poésie pour rechercher des univers poétiques, des passages poétiques dans les albums, les romans, les univers d’auteurs.
Sur le web :
Fiche pédagogique élaborée dans le cadre du comité de lecture Télémaque, mise en ligne le 28/01/2008.
© Académie de Créteil/CRDP/Télémaque - 28/01/2008 