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Découvrir la bande dessinée

CRDP
mercredi 05 mai 2004

Intervenant : Didier Quella-Guyot, CRDP de Poitiers

Didier Quella-Guyot. Photo Chantal Bouguennec 
Didier Quella-Guyot, à l'origine professeur de lettres, nourrit depuis toujours une passion pour la bande dessinée. Cette passion l'a amené à créer le Petit bullaire (revue sur la bande dessinée), puis à concevoir et réaliser le site L@BD, dans le cadre du pôle national de ressources d'Angoulême.

Il est également l'auteur, pour le CRDP de Poitou-Charentes, d'un ensemble de productions d'exploitation pédagogique étudiant des albums de bandes dessinées.
D'autre part, il alimente pour le CNDP la rubrique Actualités pour la classe en proposant des sélections mensuelles de bandes dessinées pour les élèves.


 
 

Trois attitudes pédagogiques   

Trois attitudes pédagogiques sont envisageables face à la bande dessinée : inciter à la lecture, analyser et fabriquer.

Inciter à la lecture   

Illustration. Bandes dessinéesIl y a encore quelques années, la bande dessinée était pour tout public. Maintenant, elle est davantage ciblée pour des publics spécifiques (jeunes, ados, adultes). Il existe de nombreuses collections jeunesse de qualité. Il existe de tout dans le domaine de la BD, parce que les moules ont éclaté, mais tout n'est pas à lire. Il est important d'obtenir des informations sur ce que contient une BD avant de la mettre entre les mains des élèves. La notion de violence ou de X est variable car très personnelle.
Le choix que propose l'univers de la BD permet une offre éclectique. En dix ans, le nombre de titres s'est multiplié par quatre chez tous les éditeurs et cette multiplication a permis une diversification, et donc des graphismes et des styles différents. Traditionnellement, on trouve plutôt de la caricature, de l'hyperréalisme et de l'autobiographique. Ce n'est plus uniquement l'aventure qui domine, comme dans les années soixante-dix. Étant donné l'énorme quantité de titres, on a développé de nouveaux secteurs et touché de nouveaux publics. Le western est moins important, et on revient actuellement à la Science fiction.
Un gros secteur est en développement dans l'Héroic fantasy (médiéval ou merveilleux fantastique). Une tendance pour le mystique et l'irrationnel est aussi actuellement très fortement marquée.
La BD n'est pas un tremplin pour aller vers la lecture de romans, c'est un moyen d'expression à part entière, un jeu entre une bonne histoire et un bon dessin. L'important est de choisir un thème qui intéresse pour inciter à lire de la BD : intimiste, action, sur un pays... En général, on trouve les classiques à la maison ou au supermarché et il est donc intéressant de promouvoir en classe de jeunes auteurs d'aujourd'hui. Il convient de commencer progressivement, ne pas aborder d'emblée des BD très difficiles à lire (sens de lecture éclaté, graphisme dissuasif... ).

Analyser une BD   

Dans les années soixante, l'analyse des BD était surtout d'ordre idéologique, et elles étaient le plus souvent déclarées suspectes. Des effets de mode existent, par rapport à l'idéologie. Mais qu'on se place d'un côté comme de l'autre, on est toujours dans de l'idéologie, celle-ci étant plus ou moins recevable selon la période.
Même si une BD n'est pas valable sur le plan idéologique, elle peut présenter parfois d'autres intérêts (graphisme, couleur... ). Actuellement, on s'occupe davantage des codes de fonctionnement de la BD. Mais il ne faut pas étudier ces codes seuls, d'une part parce qu'ils ne sont pas indépendants du narratif, et d'autre part parce que maîtriser les techniques ne permet pas de maîtriser le narratif. La BD ne se réduit pas à un ensemble de codes. Des effets nouveaux peuvent être créés à partir de ces codes.
Il est nécessaire d'étudier une BD pour en faire ressortir les codes, car ce qui compte est la façon dont on raconte les histoires.
Décrire un code, c'est dire à quoi il sert. Par exemple, un panoramique sert à montrer les personnages. On doit donc présenter des planches aux élèves pour leur faire comprendre les codes.

Quelques pistes :   

A la recherche du temps perdu. Combray. Delcourt- Montrer une planche d'une BD très ancienne et la comparer à une récente. Dans la BD traditionnelle, les images sont plus tassées, il y a plus de redondances entre le texte et l'image, plus de textes d'un narrateur extérieur et moins de décalages.
- Faire remanier cette vieille planche par les élèves, après analyse.
- Comparer deux versions différentes d'une même histoire, comparer les planches et repérer l'intertextualité.
- Enlever les textes d'une planche pour les faire réécrire, ou réécrire des dialogues en voix off, ou rajouter des paroles aux personnages.
- Faire commenter des planches de BD : la planche présente un support important pour l'analyse texte / image.
- Faire une adaptation littéraire peut être aussi intéressant car il faut utiliser les moyens propres à la BD, ce qui implique de faire des choix narratifs. Des adaptations intéressantes ont été réalisées récemment, par exemple plusieurs titres de À la recherche du temps perdu de Proust adaptés par Stéphane Heuet, ou les Contes et nouvelles de Maupassant adaptés par Battaglia...

Dans le détail des planches...   

La BD, c'est l'art de suggérer le mouvement, le son et le temps, par un phénomène de transposition mentale. Une planche est un ensemble d'images et d'ellipses. Certaines ellipses sont propres à tous les récits, d'autres sont typiques de la BD. Les bulles correspondent à la bande son de l'histoire.
Grâce à l'utilisation de transparents, Didier Quella-Guyot met en évidence certains fonctionnements : sens de lecture, processus de cause à effet, installation de la durée...
L'enjeu de la réalisation de la planche réside dans le choix du contenu qui est déterminant. Les cases d'une BD ne sont pas indépendantes dans le découpage. La double page permet de construire un rythme.
La page de gauche est construite différemment de celle de droite : la fin de page de droite doit être un temps fort pour inciter à tourner et à lire la page suivante. Le besoin d'incitation est moins nécessaire en bas de page de gauche car on passe à droite directement, mais le haut de page doit pourtant être accrocheur.
La lecture d'une BD offre une liberté de parcours, mais des axes de lecture sont imposés. Le chemin suivi est artificiel mais parlant. Ce sont les parcours dans l'image qui guident l'œil, et non la narration. Le raccord est formel mais il n'y a pas de véritable chaînage d'images. Il s'opère sur les personnages, quand on les reconnaît. Les éléments mis en relief créent le sens et le raccord visuel. La circulation du regard s'organise de l'ombre vers la lumière (par exemple, d'un feuillage sombre vers deux personnages qui cheminent dans la lumière).

Quelques définitions...   

Dans un roman, selon l'édition, une même phrase n'est pas placée toujours au même endroit. En BD, le support, la contrainte de la planche créent une contrainte de rythme de la narration. Beaucoup de BD ont entre quarante-quatre et quarante-six pages pour des raisons de coûts de production. La construction d'une histoire est donc très contrainte, mais c'est un atout qui permet de dynamiser la narration.
Une planche se définit comme l'ensemble des images et du texte d'une page.
- La planche s'organise en bandes de cases, qui peuvent parfois être chahutées pour créer des effets de modernisation.
- Une bande case est un bandeau qui a pour fonction de mettre en place un décor (panoramique). On joue ensuite de la mémoire visuelle du lecteur, et sur les phénomènes de codes chromatiques.
- La première case d'une BD s'ouvre seule, c'est traditionnellement une orpheline construite d'une façon particulière.
- La taille des cases est standardisée pour les cas de réutilisation par d'autres éditeurs ou sur d'autres supports. C'est une contrainte commerciale.
- Dans les cases, on trouve des bulles de dialogues, des onomatopées et des dessins.
- La voix des personnages dans les bulles n'est pas seulement sonore, elle est visuelle également. Ce qui aide à repérer qui voit, qui parle et à quel moment par rapport aux images. Les formes de bulles sont différentes. Leur forme est neutre mais avec des effets possibles. Ces effets doivent être toujours liés au contexte. Le cadrage a une incidence sur le placement de la bulle. Les textes se lisent de gauche à droite, de même que l'image. Le texte doit être au service de l'image. Il est souvent placé en haut, dans la zone du ciel, pour dégager l'image. La place des textes influence les cadrages. Il y a donc une construction technique, esthétique et narrative.
- On trouve des textes en voix off en dehors des bulles (souvent les sons, ou l'intervention du narrateur). Les bandes du bruit et du son sont juxtaposées.
- Les onomatopées évoquent des sons mais aussi le mouvement et la durée (par exemple un bruit de pneu de voiture qui crisse).
- La BD, ensemble de dessins figés, doit suggérer le mouvement : par le découpage en cases, ou à l'intérieur d'une case avec de petits traits autour du dessin (idéogrammes, que l'on trouve plus souvent dans la BD humoristique que dans la BD réaliste).
- La case est le morceau d'un puzzle, l'élément d'une séquence, un moment de déséquilibre entre l'avant et l'après.

Les effets   

Broussaille. DupuisLa notion de gauche / droite dans une case permet d'installer la notion de temps et la notion de cause à effet (par exemple un téléphone qui sonne et un personnage qui va répondre), mais aussi celle de mouvement, ce qui implique une gestuelle développée dans le dessin (par exemple, quand deux personnages viennent de droite à gauche, ils donnent l'impression qu'on les croise, alors que s'ils se déplacent de gauche à droite, on les regarde passer simplement).
La position du lecteur est importante pour la dramatisation de ces effets de mouvement (par exemple, une voiture qui fonce sur le lecteur paraît plus angoissante que si on la voit arriver de côté). La dramatisation oblige aussi à mettre les objets du risque à droite (par exemple, une voiture qui va foncer sur un arbre. Si l'arbre est à gauche, ce n'est plus un risque car on le voit avant). Les jeux d'ombre augmentent les effets dramatiques.
La gestuelle est placée aussi par rapport au temps. Le texte et l'image fonctionnent ensemble. Le temps passe, dans une case : c'est le temps de la parole, de la mimique et de la gestuelle. Des choix sont à faire pour condenser l'action en une seule case. Dans un dialogue, le premier personnage a l'attitude qui correspond au début de son texte et le deuxième personnage adopte la mimique qui correspond à la fin du discours du premier ou à son discours à lui, conventionnellement. La BD, par le traitement des dialogues, semble plus proche du théâtre que du cinéma.

Les ellipses   

En BD, le phénomène d'ellipse est essentiel. C'est-à-dire qu'il faut savoir suggérer des images absentes, qu'on doit comprendre et deviner. Les raccords permettent d'enchaîner les images. Ils se font avec les couleurs, les textes, les dessins, les mouvements, les sons...
Les séquences d'images sont différentes de celles du cinéma ou de la littérature. Interrompre une scène, laisser passer du temps correspond à une ellipse spatio-temporelle. Les ellipses de la BD sont contenues dans les bandes blanches qui séparent les cases (espace inter-iconique). Les ellipses en fin de bande sont plus fortes qu'entre les cases, pour inciter à la lecture de la bande suivante.
Les tuniques bleues. DupuisLes BD sont souvent lues et relues, les auteurs le savent et en jouent quand ils conçoivent l'histoire. Il y a tout un jeu entre ce qui est vu et ce qui est lu. La première lecture est plus gourmande, on suit les parcours fléchés. Une fois qu'on connaît l'histoire, on entre davantage dans les décors, aux lectures suivantes. Les petits personnages secondaires enrichissent les lectures successives et fidélisent. Quand on lit une BD, on maîtrise la durée de sa lecture, avec des retours en arrière ou parfois en avant en cours de lecture. Ces souplesses enrichissent le support et apprennent au lecteur à le savourer.
La BD fonctionne parfois comme le théâtre ou le cinéma mais elle présente aussi des fonctionnements spécifiques. La souplesse de la taille de la case est différente de l'écran du cinéma. Les décors sont placés seulement lorsque nécessaire. On peut tourner autour des personnages. Les dialogues ont l'air enchaînés alors que parallèlement l'espace-temps est fragmenté.
On peut jouer sur différents rythmes, de l'image et des dialogues. Un même personnage peut penser et parler en même temps. Les personnages sont parfois coupés pour les serrer de façon plus moderne ou dramatique. Le passage d'un plan à l'autre est plus saccadé en BD qu'au cinéma. Des changements de plans et de cadrages interviennent à chaque image ou presque.

Fabriquer une BD   

L'analyse et la fabrication d'une BD sont deux activités très différentes. Fabriquer une BD avec les élèves demande un énorme travail et l'ambition est parfois trop grande. Avant d'aborder une planche, il faut écrire l'histoire et faire le découpage pour mettre en cases. Ce travail est différent de l'écriture du texte littéraire, où tout est raconté. Il convient également de tenir compte de l'histoire et de la géographie et de se documenter sérieusement avant de dessiner les décors pour poser l'histoire.

Les différentes étapes de la réalisation d'une BD   

- écrire le scénario (inventer l'intrigue et l'univers)  ;
- prévoir le découpage en planches et cases ;
- réaliser les crayonnés (esquisses au crayon). Le story board se construit comme au cinéma ;
- réaliser l'encrage (mise au propre des traits à l'encre) ;
- opérer le coloriage (mise en couleur) ;
- écrire le lettrage manuscrit dans des bulles (aujourd'hui, cette étape est souvent réalisée sur ordinateur).

Lorsqu'un dessinateur et un scénariste travaillent en duo, de nombreux échanges et adaptations sont nécessaires, mais l'un n'est pas forcément au service de l'autre. Certains auteurs réalisent seuls l'ensemble du travail.

Si l'on souhaite inviter un auteur illustrateur en classe, il est préférable de choisir une personne qui a l'habitude et la maîtrise du sujet, même s'il s'agit d'un jeune auteur. La connaissance de la production et des livres de cet auteur est indispensable avant tout travail en collaboration. Les auteurs se déplacent en général selon les tarifs de la Charte des auteurs et illustrateurs.

Des ressources  

Une collection d'ouvrages didactiques   

Le CRDP de Poitiers édite La BD de case en case, une collection d'ouvrages d'exploitation pédagogique de bandes dessinées.
Le dernier en date de cette collection, Comment explorer la BD, de Didier Quella-Guyot, paru en 2004, est un ouvrage généraliste, conçu pour les enseignants comme pour les élèves et illustré d'environ trois cents extraits de BD. Outil d'analyse, l'ouvrage aborde les aspects techniques, narratifs, esthétiques et rhétoriques propres à cette forme de narration en images : effets de cases, effets de bandes, effets de planches.

Explorer la BD. CRDP de PoitiersQuelques ouvrages de la collection :

Pour l'école et le collège :
- Décrire et raconter avec Mélusine de Clarke et Gilson (Jérôme Pintoux) ;
- Les contes de Grimm
adaptés par Mazan (Franck Pouzargues) ;
-
Les trois albums de la série Broussaille de Frank et Bom et le dossier d'exploitation pédagogique (collectif) ;
-
Document d'exploitation pédagogique de deux albums de la série Jojo de Geerts (Isabelle et Didier Quella-Guyot) ;
- Document d'exploitation pédagogique de deux albums de la série Soupetard (Franck Pouzargues).

Pour le collège et le lycée :
-
La BD Travailleurs à dix ans de Tini, José, Shabbir, et le dossier d'exploitation pédagogique ;
- VASCO ou comment faire de l'histoire au collège
(François Righi) ;
- Les deux tomes d'Algérie avec Azrayen' de Lax et Giroud (François Righi - Lax et Giroud) ;
- Contes et nouvelles de Maupassant, adaptés par Battaglia
(Franck Pouzargues).

15 albums pour l'école. CRDP Orléans-ToursEt aussi :

15 albums pour l'école
Patrice Gentilhomme
CRDP d'Orléans-Tours, 2006
Après un historique des relations entre l'école et la BD, qui permet de situer la BD dans son cadre actuel reconnu, l'auteur aborde un travail sur la liste de littérature pour le cycle 3 dans son intégralité selon les stratégies de lecture préconisées par les nouveaux programmes (mise en réseau des albums, diversité des supports...).
La troisième partie aborde chacun des 15 albums en fonction de leurs caractéristiques littéraires et narratives et propose des activités interdisciplinaires (maîtrise de la langue, arts visuels, histoire et géographie...).

Un site   

Le site L@BD est une base de données sur la bande dessinée (albums, ouvrages documentaires, revues pédagogiques, magazines spécialisés, fanzines, sites, vidéos... ) et sur l'actualité des parutions. Il offre des possibilités de recherche multicritères.
Les critères de sélection pour les coups de cœur sont l'intérêt de l'histoire, le thème et le graphisme, pour une tranche d'âge donnée. Le graphisme ne fait pas forcément unanimité parce que c'est aussi une question de goût dont les critères sont subjectifs.

Des formations   

Le CRDP de Poitiers et le Pôle national de ressources sur la bande dessinée d'Angoulême organisent également des stages de formation pour les enseignants et les partenaires culturels. Le prochain stage du PNR portera sur "BD et documentation" : déclinaison de tous les aspects de la BD en jouant sur tous les sens du mot document (documenté, documentaire) dans toutes les interactions possibles. Il s'agira d'une valorisation du contenu des bandes dessinées, qui abordera le fond plus que la forme. Les informations concernant ce stage national de trois jours seront fournies en septembre sur le site du CRDP de Poitiers.

Voir aussi

Page des libraires (juin 2004)

- Un numéro de la revue Page des libraires :
La revue Page des libraires propose un numéro hors série sur la bande dessinée (juin 2004) qui regroupe des articles et des sélections.

 

 

- Un outil pédagogique :
La bande dessinée, c'est facile !
Gilbert Bouchard
Co-édition CRDP de l'académie de Grenoble / Editions Glénat

La bande dessinée, c'est facile ! CRDP Grenoble/GlénatCe manuel en 50 leçons et 50 exercices met la BD à la portée de tous ! Fruit de vingt-cinq ans d'observations et d'animations dans des établissements scolaires, cette méthode ludique et éducative permet au professeur de se lancer avec ses élèves dans la conception et la réalisation d'une bande dessinée.

 

 

 

Compte rendu rédigé avec l'aide de Anne Dupin et mis en ligne par Chantal Bouguennec le 30/05/2004

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© Académie de Créteil/CRDP/Télémaque - 30/05/04 - dernière mise à jour 19/03/07 contact
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