CRDP académie de Créteil - Centre ressources littérature de jeunesse

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retour au calendrier L'art de conter

Atelier du Livre
Laure Delattre

Intervenant : Jean-Paul Jousselin

Jean-Paul JousselinJean-Paul Jousselin, conteur professionnel et instituteur, propose sur deux séances quelques pistes pour aborder l'univers des contes en classe, avec les élèves. Grâce au conte, l'enseignant va pouvoir retrouver son âme et son langage d'enfant. À chacun de créer sa version personnelle d'un conte, de se l'approprier et le faire vivre. En contant avec ses propres mots, on ne détourne pas le texte puisque, à l'origine, les contes étaient oraux. Mais il est important de conserver la trame, de la faire dégager aux enfants. On peut glisser dans l'histoire des mots obsolètes, des mots qui viennent du mystérieux, sans vouloir tout expliquer puisque l'on se trouve dans le merveilleux.

Avec les élèves, Jean-Paul Jousselin utilise beaucoup les Histoires pressées de Bernard Friot, courtes et humoristiques, qui se prêtent bien à un travail en classe. Il commence souvent par un conte ou une histoire. Lors de cette animation, il a choisi :

 

Rangement
(Nouvelles Histoires pressées - Bernard Friot)
Silence !
(Nouvelles Histoires pressées - Bernard Friot)
La chasse à l'ours
(Rosen, Michael )

Installer la magie du conte   

Le lieu

Il est important de créer un lieu de conte pour garder la magie et donner le plaisir de conter. En particulier, aménager un lieu, toujours le même, avec un décor approprié, par exemple un tapis. Ce lieu peut-être aménagé dans la bibliothèque, une salle de psychomotricité, un coin de la classe...
La position du conteur :
Le conteur s'assoit le dos au mur (éviter surtout de se placer devant une fenêtre), sur une chaise basse. Les enfants s'assoient par terre, en tailleur, les plus grands derrière. Disposer les enfants dans un angle de 120° maximum pour qu'ils puissent capter les regards, les gestes, les mimiques du conteur. Éviter d'avoir une porte dans le dos ou sur le côté (toute personne entrant en plein conte sera transformée en ce que le conteur vient de dire !).
Il peut parfois être plus facile de conter dans la classe d'un collègue que dans sa propre classe et donc de procéder à des échanges.

L'horaire   

En petite et moyenne section de maternelle, le matin (9h00-9h30) est la période idéale. Éviter le retour de sieste de l'après-midi. Il est parfois difficile d'obtenir une écoute silencieuse des 2-3 ans : ils se plaisent à répéter la formule magique ou les mots de l'histoire.
Pour les plus grands, le matin ou le début d'après-midi peuvent convenir. Le conte avant la sortie de la classe est plus difficile à mettre en place, et pour le conteur (fatigue) et pour les enfants inattentifs (déjà dans la pensée de la sortie). Éviter de laisser un conte en suspens (excepté pour une lecture suivie).

La durée   

Un conte de dix à quinze minutes par séance est parfait s'il y a une périodicité. Sinon, prévoir au maximum :
- 15 à 20 minutes en Petite Section
- 20 à 30 minutes en Moyenne Section
- 30 à 40 minutes en Grande Section
- 50 minutes en Cours Préparatoire
- 1 heure et plus en Cours Élémentaire et Cours Moyen

Un travail sur l'écoute   

un climat de magiePour les petits, une chanson ou une comptine chantonnée, répétée, avec des gestes, permet de capter et de recentrer l'attention ; une musique peut aussi convenir (percussion, flûte...). Le conteur peut utiliser des ustensiles (marottes, objets...) et les faire jouer.
Demander aux enfants de raconter à la maison les contes entendus et analyser le lendemain les réactions. Les histoires sont faites pour voyager, il faut les raconter aux personnes que l'on aime...
Afin de créer un climat de magie, utiliser des formules d'ouverture et de fermeture qui soient des rituels pour chaque séance (par exemple cric-crac-oreilles-sac à histoires ; il est possible d'utiliser un vrai sac contenant des objets en rapport avec les contes). Les formules d'ouverture vont marquer l'entrée dans l'imaginaire, celles de fermeture vont permettre au conte de poursuivre son voyage.
Exiger le silence ou le calme pour commencer : la douceur ou la musicalité de la voix peuvent amener ce climat. Quitter "sa peau d'enseignant" et prendre celle de voyageur de rêves...
Le conteur va faire comprendre la présence de différents personnages simplement en changeant de voix (cela permet d'éliminer les phrases intermédiaires du texte qui sont des ruptures à l'histoire).
Il est possible d'amener un enfant à raconter un conte déjà entendu en classe : il prend la chaise du conteur et utilise les formules d'ouverture.

Les principaux thèmes développés par les contes   

La sociabilité   

- L'histoire des animaux qui cherchaient l'été (N.Caputo)
- Le petit lapin (A Fayol)
- Le petit agneau de lait (A. Fayol)
- Les contes du chat perché (M. Aymé)

La rupture du lien maternel   

- Le petit Poucet (Grimm)
- Hansel et Gretel
(Grimm)
- Le petit chaperon rouge
(Grimm)
- Le loup et les sept agneaux
(Grimm)

La marâtre   

cendrillon- Cendrillon (C.Perrault)
- Les fées
(C.Perrault)
- Raiponce
(Grimm)
- Madame la neige
(Grimm)
- Un petit œil, deux petits yeux, trois petits yeux
(Grimm)
- Le petit frère et la petite sœur
(Grimm)
- Trois petits hommes dans les bois
(Grimm)

 

Le bien et le mal   

- La biche au bois (C. Perrault)
- Cendrillon (C. Perrault)

La conception du bonheur   

- Le roi Barbe de Grive
- Le nain Tracassin
- Neige-Blanche et Rose-Rouge
- Raiponce
- Le petit Tailleur
- Le garçon meunier et la petite chatte
- Les trois heureux
(Grimm)

Le thème de la mort   

l'arbre qui chante- La mort Marraine
- La reine des Abeilles
- L'arbre qui chante
- L'oiseau qui dort
- Le fidèle Jean
(Grimm)

 

 

 

Les métamorphoses   

- Blanche-Neige et Rose-Rouge
- La maison dans la forêt
- Les trois plumes
- L'oiseau trouvé
(Grimm)
- Le chat botté
- Cendrillon
(C. Perrault)
- Le petit sapin (S. Cone-Bryant)
- La visite des araignées (S. Cone-Bryant)
- Le calife cigogne

Les différents types de contes   

Un classement par grands types de contes   

Les contes merveilleux : Cendrillon - Barbe-Bleue - Peau dâne - Le petit Poucet - Le petit Chaperon rouge... (cf : les frères Grimm, Perrault...)
Les contes de mensonges : Compère qu'as-tu vu ? - Contes de Turquie - Lewis Caroll et les contes de non-sens...
Les contes facécieux : Les exploits, les plaisanteries de Nasrudin - Contes de Turquie (anecdotes de Karatepe) - Trésor des Contes (H.Pourrat)...
Les Fables : Esope - La Fontaine - Le Roman de Renart - Petits contes nègres pour les enfants des blancs (B. Cendrars)...
Les proverbes : Le tigre et l'homme - Nasrudin - Contes arabes...
Les énigmes :
Le chou, la chèvre et le loup - Qui est le menteur ?
Les randonnées :
La maison que Jacques a bâtie - Le mariage de la souris - Le coq et la souris - La ville de Rome...

Une autre façon de classer les différents contes   

L'échelle de la terre à la lune :

  de la terre à la lune

Pour jouer avec la langue et la voix   

Les devinettes
 Les sabés
 (formulettes utiles quand on a un trou de mémoire) :
exemples :
Saute, crapaud, ta queue va tomber
Reprend courage, elle va repousser

Je vous ai menti souvent
M'avez-vous toujours dit vrai ?

virelangues en répétitionLes virelangues :
L'enseignant peut les proposer en début de séance, debout, en marchant, deux par deux. Ils servent à mettre en confiance, se chauffer la voix, mieux articuler. On les choisira de façon progressive, en fonction de leur niveau de difficulté, ou de la sonorité mise en valeur.
Par exemple :
- Un imberbe bambin d'un bien barbu berbère
- La nounou de Ninon ne dit ni oui ni non
- Didon dîna dit-on de dix dos dodus de dix dodus dindons
- Suis-je chez ce cher Serge ? Je suis chez ce cher Serge
- Ton thé t'a-t-il ôté ta toux ? Oui, ton thé t'a ôté ta toux
...


Pour aller plus loin...   

Activités réalisées lors de la deuxième séance d'animation (19 novembre 2003)  

La crédibilité   

Pour raconter, il faut être crédible, même si on raconte quelque chose de faux.

Jean-Paul nous raconte une menterie :
Chez moi, c'est tout petit, j'habite sous les toits, dans des combles aménagées. C'est sympa, mais lorsque je fais des crêpes, ou des galettes, là, c'est plus galère : à chaque fois que je les fais sauter, elles se collent au plafond ; alors elles sont moins bonnes, pleines de poussière, et l'état du plafond , je ne vous explique pas !
J'ai réfléchi longtemps, longtemps et j'ai enfin trouvé : j'ai ouvert la fenêtre et j'ai fait sauter ma crêpe. Eh ! Bien ! J'ai attendu pendant sept jours et sept nuits, elle est retombée recouverte d'étoiles ; c'est alors que je me suis dit que je ne pouvais pas recommencer. Vous vous rendez compte, si j'avais continué, il n'y aurait plus d'étoiles dans le ciel et les amoureux allongés sur le péliau ( l'herbe, comme on dit chez nous en solognot ), ils ne verraient plus de ciel étoilé. Alors, j'ai réfléchi de nouveau, et j'ai trouvé : j'ai inventé une recette de crêpe. Avec cette recette, les crêpes, elles sont fines, si fines, tellement fines qu'elles n'ont qu'un seul côté et ça c'est vrai ! C'est pratique, comme cela on peut en manger le double, la pile est deux fois moins haute, il faut deux fois moins de pâte et évidemment il n'y a pas besoin de les faire sauter.
Mais bêtement, la première fois, comme j'avais pris l'habitude, j'ai ouvert la fenêtre et j'ai fait sauter ma crêpe qui n'avait qu'un seul côté.
Eh ! Bien ! J'ai attendu pendant sept jours et sept nuits, elle n'est pas retombée, j'ai attendu encore pendant sept jours et sept nuits, toujours rien et encore sept jours et sept nuits ; là, j'ai compris qu'elle était retombée du côté où elle n'avait pas de côté.
Si un jour vous la retrouvez, surtout faites attention de ne pas marcher dessus et rapportez-la moi, nous la mangerons ensemble, nous partagerons en deux le côté où elle a un côté.
Voilà, "Il ne faut jamais mettre de côté ce que l'on peut faire le jour même" (nouveau proverbe Solognot).

Par deux, les participants à l'animation sont invités à rechercher une anecdote et à y ajouter un élément faux :
- explication du retard à cette séance
- repas de famille
- randonnée malheureuse
- départ en vacances (cf : C'est la vie Lili de Valérie Dayre, Ecole des loisirs)

Les conseils de Jean-Paul :
- se poser, parler tranquillement
- se faire confiance : on sait parler, et si on prend le temps, l'imaginaire prend le dessus, et les mots viennent sans difficulté
- quand on raconte, laisser la porte ouverte aux mots et aux images qui surgissent
- les gestes esquissés suffisent, ne pas trop théâtraliser.

La mémorisation d'une histoire   

Jean-Paul nous raconte l'histoire d'Alex (histoire inventée par Jean-Paul Berthet).
Il nous présente ensuite la trame de l'histoire qui comporte les éléments énoncés chronologiquement : les personnages, les lieux, les "objets", les actions. Cette trame est une aide à la mémorisation ; elle permet de s'approprier l'histoire et de la restituer chacun à sa façon, en ne conservant en mémoire que les mots-clés.
Télécharger la trame de l'histoire d'Alex (format PDF)

La création d'histoires à l'aide de jeux   

Certains jeux vendus dans le commerce incitent à créer des histoires :
- Le tarot des mille et un contes (images très stylisées qui laissent place largement à l'imagination),
- L'atelier des contes, Nathan
- Histoires sonores, Nathan (création possible à partir des sons ou des images)
- Contes à la carte (il est possible de le trouver à l'IUFM de Livry Gargan)

Ces cartes comportent plusieurs catégories : les héros, les ennemis, les lieux, les objets magiques. Chacun tire une carte à son tour en choisissant sa catégorie, et l'histoire se construit ainsi à plusieurs. Ou encore, un "candidat au conte" tire plusieurs cartes dans chaque catégorie et invente son histoire.

Il est aussi possible de créer son propre jeu avec des images de magazine, avec des photos, en numérisant des illustrations de livres…

En pratique...   

Les participants sont invités à préparer et à conter une fable d'Esope ou une histoire inventée à partir des cartes d'un jeu.

On remarque :
- les histoires d'origine sont très souvent étoffées
- il est plus facile dans un premier temps de conter à deux
- il est plus facile de dire l'histoire au présent (pour ne pas avoir, dans l'émotion, à se débattre avec la concordance et les accords des temps du passé !)
- une même histoire est racontée de façon très différente et très personnelle par deux participants successifs.

Les conseils de Jean-Paul :
- ne pas dire le titre de l'histoire avant de commencer
- éviter de dire trop souvent : "tel personnage a dit", mais plutôt jouer avec la voix pour fixer ces personnages
- ne pas s'enregistrer dans les premières tentatives de conte ou de racontage. Il vaut mieux pratiquer et s'entraîner quelques temps avant.

Joli cadeau...   

Pour clôturer cette animation, un participant a lu au groupe un texte qu'il avait écrit à l'occasion de cette séance de formation … joli cadeau :

"RENDEZ VOUS COMPTE !

Rendez vous compte.
Un réveil obligatoire à 6 heures, jour de vacances
Le compte n'est pas bon !

Servi en veillée au coin de la cheminée, oui
Par ce vilain matin, perdu dans Melun, comme un grand "Petit Poucet"
Je vis la triste réalité du conte.

Ecoutez ! Le djembé du conteur enchante subtilement nos oreilles. Cric !
Le conteur tourne Crac ! Le conteur détourne le temps de mon âge.

Midi déjà ! C'est le retour
Ai-je 5 fois 10 ans ou 10 fois 5 ans.

Peu de jours passent sans que je plane dans un conte
A quoi penses-tu ?
Je suis dans mes comptes !"

Bibliographie   

Nous vous proposons une bibliographie de base, non exhaustive, de recueils, études, essais, adresses de lieux ressources pour le conte et les conteurs.
consulter la bibliographie

Compte rendu rédigé et mis en ligne par Chantal Bouguennec le 26/10/2003

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