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La lecture documentaire


CRDP
mercredi 19 mars 2008

Présentation de l’intervenant

Michel Peltier est conseiller pédagogique. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages
"Apprendre à aimer lire " Hachette Education
« Lire des romans historiques au cycle 3 »
« Collectionner et se documenter. La lecture documentaire » Repères pour agir 2006 CRDP Amiens

Problématique

Comment et pourquoi utiliser le plaisir des enfants à collectionner différents objets ? Comment leur communiquer les moyens de prolonger et d’amplifier ce plaisir ? Comment les aider à élargir leur champ de connaissances et de compétences et atteindre les attentes des nouveaux programmes pour l’école ?
Au cours de l’animation, MicheL Peltier montre l’intérêt de réaliser des collections et ouvre quelques pistes pédagogiques pour la classe pour développer les aptitudes des enfants à explorer les écrits en les incitant à utiliser et à maîtriser les outils documentaires et approfondir leurs connaissances en développant les recherches personnelles.

Une mise en activité pour vivre une situation de recherche documentaire

Les classes de découverte offre de nombreuses occasions de confronter les élèves aux ouvrages documentaires. L’achat des « souvenirs locaux » peut donner lieu à une mise en situation problème : quelle est par exemple la provenance des coquillages que l’on trouve dans les boutiques de souvenirs de Saint Malo.

Une collection de coquillages est présentée aux participants. Ils ont 20 minutes pour déterminer quelle est la provenance des coquillages, trouver celui qui est dangereux et celui qui a une très grande valeur.
Une collection d’ouvrages documentaires est à disposition : des livres spécialisés : « les coquillages de nos côtes », des ouvrages documentaires plus larges, des clés de détermination

Plusieurs stratégies de recherche sont mises en œuvre par les participants. Elles sont identiques à celles des élèves dans les classes
Certains utilisent les images des ouvrages documentaires, d’autres se précipitent sur les livres, feuillètent, des coquillages sont laissés de côté.
Les élèves travaillent souvent en binômes. Certains ont tendance à suivre les leaders.


Conseils pour organiser le travail en groupe

Les enfants sont en équipe de recherche.
Une alternance de la pratique de groupes homogènes (où certains enfants non-leaders vont être valorisés et être conduits à le devenir) ou hétérogènes paraît indispensable.
La constitution des équipes de travail doit faire l’objet d’une attention particulière de la part de l’enseignant.

Un travail en groupe
Le travail en groupe permet de multiplier les temps, les fréquences du temps de parole, d'agir sur les inhibitions : les enfants oseront plus facilement parler dans un petit groupe que devant la classe entière. D’un point de vue qualitatif, il permet de faire surgir une multitude de points de vue sur le sujet étudié et d'observations : on remarque plus de choses à plusieurs que tout seul. En affrontant des points de vue différents du sien on apprend à raisonner en s'efforçant de convaincre, parfois le groupe peut agir à la façon d'un répétiteur (en rappelant des éléments de connaissance oubliés) ou de moniteurs (en entraînant leurs camarades à la pratique de certains savoir-faire)
Attention à ne jamais proposer aux élèves d'effectuer en groupe une activité qu'ils pourraient accomplir aussi bien (sinon mieux) seuls !

Organisation de la tâche à faire
Dans sa préparation, l’enseignant soulignera l'importance de la précision des consignes, de l'objectif à atteindre, du temps, du lieu du travail et du support de travail.
Libre : C'est le groupe de copains. Le risque est que la structure " loisir " ne vienne parasiter l'objectif recherché : un leader du groupe de loisir n'aura pas forcément les meilleures idées pour guider une activité scolaire...

Intérêt des collections et de la BCD

Les collectionneurs ont la passion de collectionner. Ils aiment réunir des objets choisis, rassemblés et classés pour leur valeur documentaire, esthétique, pour leur prix, leur rareté.


Zoom sur des pratiques de collectionneurs

Michel Peltier relate l’origine de son intérêt pour les collections.
Elle vient de l’enfance, de l’exemple donné par des membres de sa famille et de rencontres avec d’autres collectionneurs : philatélistes, entomologiste…

À l’école, les albums d’images

Les élèves jouent longuement avec des images colorées au moment des récréations.
Ces images autocollantes sont destinées à garnir des albums. Les thèmes proposés dans ces albums varient en fonction des modes ou des évènements. Ils sont liés à des évènements sportifs ou culturels, à la sortie de films par exemple.
Les albums d’images du commerce peuvent donner du sens à un travail scolaire :

On fait calculer le prix total d’un album. On fait comparer avec le prix d’un « vrai » et bon livre sur le même sujet.
Ce qui est remarquable c’est que les enfants prennent du plaisir à pratiquer cette activité de collection. Ils s’appliquent à lire en comparant les numéros inscrits au dos des images afin de trouver le bon emplacement dans l’album. Cette activité engendre des moments de communication riches avec les copains pour compter le nombre d’images possédées, commenter les reproductions ou comparer le nombre d’images manquantes.
Les enfants impliqués dans cette activité font preuve d’attention et de concentration.
La collection génère du plaisir. Elle permet la concentration. Elle est prétexte à de nombreuses situations de lecture.

Éloge d’un généalogiste

Son père, au moment de prendre sa  préretraite, s'est mis à collectionner ses  aïeux. Fabriquer l'arbre généalogique de la famille était pour lui un vrai projet de recherche documentaire, plaisant et riche d'actions ! Il lui a fallu élaborer une stratégie et un champ de recherches en compulsant les ouvrages consacrés à cet effet. Puis, construire des tableaux, établir un fichier, écrire de nombreuses lettres, recevoir les réponses, remercier, classer, passer des annonces afin de rechercher des cousins éloignés, s'abonner à des revues, les lire, consulter des archives, utiliser le Minitel ou Internet, apprendre à connaître les lieux où les informations dont il avait besoin étaient stockées, s'organiser des voyages en province afin d'y consulter les archives qui ne pouvaient être déplacées (ce qui voulait dire prévoir à la fois l'hébergement et l'objectif de ses recherches), réserver des places, leur nombre étant limité, apprendre à lire d'anciennes écritures ou formules grammaticales et finalement tout nous raconter avec passion tout en nous tenant informés régulièrement de l'avancement de ses trouvailles...
Quelle récompense, quel plaisir à chaque fois de pouvoir "épingler" un nouvel ancêtre dans son classeur, dégageant ainsi de nouvelles directions de travail !
Il était philatéliste, et en observant bien, pour se documenter, utilisait la même méthodologie que pour faire évoluer sa collection de timbres.

Les écomusées
En classe de découverte, Michel Peltier a souvent proposé à ses élèves la visite d’un écomusée. L’objectif était en explorant cette collection de comprendre et partager l’histoire locale proposée dans ce lieu.
Souvent imaginée et organisés par l’instituteur du village ou une association dynamiques, la constitution de ces collections patrimoniales fait appel 

La construction des écomusées est intéressante : souvent des amateurs locaux qui rassemblent des objets pour sauvegarder le patrimoine.
Les anciens outils sont souvent jetés ou vendus dans des brocantes. Les exposer va provoquer des rencontres, des échanges, des recherches, des témoignages de personnes âgées. Des films permettent de conserver les anciennes techniques.
Dans les grands musées, les collectionneurs donnent leurs collections.

Les collections des enfants

Une simple enquête suffit et contribue à installer, dans le cadre du projet d’école, la politique de lecture de l’école. Elle enrichira le développement de la partie documentaire de la BCD et évitera ainsi de légitimes déceptions démotivantes si les livres ne sont pas là.
Ce questionnaire sera construit avec les élèves de la classe chargée de l’exploiter. Le questionnement peut être posé par écrit aux élèves les plus âgés de l’école et oralement en relation de tutelle avec les plus petits.

 

LE QUESTIONNAIRE DES PETITS CURIEUX

1.   Fais-tu une collection ?
2.   Si oui, laquelle ? si non poser la question 12
3.   Depuis combien de temps ?
4.   Où la ranges-tu ?
5.   Comment la classes-tu ?
6.   A quels moments t'en occupes-tu ?
7.   Pourquoi as-tu choisi de collectionner ceci ?
8.   Comment recueilles-tu les éléments de ta collection ?
9.   Connais-tu des gens qui font la même collection que toi ? Veux-tu préciser qui ?
10.  Sans en faire collection, y a t il des objets ou des choses que tu aimes ou que tu aimerais posséder en plusieurs exemplaires ?
11.  Voudrais-tu un jour exposer ta collection dans l'une des vitrines (fermée à clef) de la BCD ?
12.  Le questionnaire est terminé, nous te remercions de bien avoir voulu y répondre.  As-tu aimé y répondre ?

Michel Peltier donne quelques éléments concernant l’analyse d’une enquête réalisée dans une école située en ZEP.
Les trois principales collections étaient : les timbres, les images Panini et les coquillages.
Les collectionneurs de timbres se recrutent principalement dans les CM1 et CM2
Une collection est bien un jardin secret, l’ensemble de ces collections est rangé dans leur chambre, certains précisent même l’endroit :

En maternelle, on collectionne des perles, des petites voitures, des pétales de fleurs, des cailloux
À l’école élémentaire, les objets sont plus finis. Il y a des modes : les « diddles » du commerce, les porte-clés, les cartes téléphoniques, les bouchons. Les collections ont une durée limitée dans le temps : images en lien avec l’actualité cinématographique
Pas ou peu de classement dans les petites classes (bien aligné, comme je veux, par couleur) puis, plus l’âge augmente, plus le classement se précise : Par ordre alphabétique, du plus gros au plus petit, par ordre d’arrivée, les moches et les beaux, par formes, du plus petit au plus gros, par thématique (transport, animaux, pays)….
Au collège et au lycée : on collectionne les timbres, les pièces, les briquets…
Beaucoup d’élèves font des collections. Peu s’occupent de ranger leur collection.


Trois catégories de collections

Les collections sauvages

Elles ont une vie très limitée dans le temps, ce sont les "trésors" de notre enfance. Les enfants conservent ensemble une pierre qui brille, un joli morceau de bois, un ticket de transport et le ticket d'entrée d'un parc de loisirs.
Tous ces éléments sont rangés précieusement dans un endroit tenu presque secret (« boîte sous mon lit », « partie cachée de mon armoire »), sans aucune classification, la clef de leur accumulation étant propre à l'histoire personnelle de chacun (un peu au hasard du plaisir).

Les collections d’ensemble de…

Ces collections comportent plusieurs éléments semblables.
Ils sont regroupés en fonction du vécu et des caractéristiques propres à chaque collectionneur.
Exemple : « Mes jolies pierres ramassées sur la plage pendant mes vacances », « Mes fèves des rois », « Mes capsules en métal », « mes jolies gommes », « de jolies feuilles d’arbres ramassées chez ma mémé », « mes livres de bibliothèque rose ou verte », « mes capsules de bouteilles ramassées aux terrasses des cafés », « mes timbres représentant des fleurs ».
L'objectif de cette collection est surtout d'obtenir un ensemble joli, disposé avec goût qu’avec une volonté scientifique rigoureuse (les petites voitures seront disposées sur une étagère de la chambre, les capsules dans la poche du pantalon, les timbres dans une enveloppe ou sur une plaque d’album..
La durée de vie de ce type de collection est plus longue que celle des collections sauvages.
Le recours aux outils documentaires est déjà possible.

Les collections scientifiques 

Elles existent parce qu'il y a eu à un moment un désir de déterminer, c’est-à-dire identifier et connaître ce que les enfants conservaient.
Ces collections sont nées de l'intérêt porté aux éléments servant de support (timbres, images, feuilles d'arbres, roches, coquillages,   herbier) et du besoin de partager avec d'autres. C'est souvent au contact d'une belle collection que des "novices" ont été sensibilisés, motivés, afin d'entrer dans le cercle des "initiés". (L’entrée en habitus)
Pour arriver à réaliser cet objectif, il est évidemment indispensable de bien savoir regarder ce que l’on récolte, comparer les trouvailles, découvrir les caractéristiques particulières et grâce à une recherche documentaire, les enfants peuvent parvenir à mémoriser l’identité des objets collectionnés.

Les collectionneurs ont souvent commencé une collection avec quelqu’un qu’ils admiraient. On apprend toujours avec quelqu’un qui donne envie. L’enseignant peut jouer ce rôle.
La collection évolue : on passe de la collection sauvage non classifiée (boîte à trésor, limitée dans le temps, à forte charge affective) à la collection « d’ensemble de » (marrons, jolies pierres ramassées sur la plage, feuilles) pour finir par la collection scientifique caractérisée par le désir de déterminer, de vérifier la provenance, de partager avec d’autres et de donner une valeur aux objets collectionnés.
Collectionner, c’est jouer. Mis en présence d’objets nouveaux, le collectionneur observe, organise. Il éprouve le besoin de voir où il peut trouver d’autres objets.

L’important c’est la démarche

Un exemple : lorsqu’on cherche à nommer des oiseaux sur un territoire donné, lors d’une classe de découverte ou d’une sortie scolaire, ce n’est pas l’activité de nommer qui est importante, mais la démarche mise en œuvre (observer, décrire, rechercher, vérifier…)

Collectionner, c’est jouer

On peut comparer l'activité de collection à celle du jeu. Dans une première étape, l'enfant mis en présence d'objets de jeu nouveaux et hétéroclites commence par une sorte d'inventaire, prise de contact avec ces éléments. Si les objets sont connus, alors l'organisation du jeu peut leur attribuer un sens, il recherche alors activement les pièces manquantes, et voit alors ses raisons de collectionner confortées.
La collection est faite pour durer, elle crée un espace où le temps semble maîtrisé.
La collection est le reflet de la vie sociale, le milieu influe sur elle, ainsi elle peut prendre appui ou déboucher sur des relations sociales. Au travers des échanges, des achats, des expositions, se multiplient les occasions de rencontrer, de découvrir d'autres personnes partageant le même goût commun.

Choisir c'est renoncer

Ramasser c'est opérer une disjonction entre les objets qui seront pris et ceux qui demeureront là où ils sont. Piaget a montré que lorsque l'on propose à de jeunes enfants (4 ans ) de " mettre ensemble ce qui est pareil ou ce qui va ensemble les plus jeunes procèdent par collections figurales " et non pas par classification selon des critères  formes, dimensions.Ainsi en géométrie, lorsque l'on demande aux enfants de "classer" des figures géométriques, avec l’objectif pédagogique de faire comprendre ce qu’est un carré, il faudra aussi accepter dans un premier temps- les classements " de maisons, d'immeubles… Pour lui, le très jeune enfant ne pourra recourir à un autre critère de classement que dans une étape ultérieure. Les collections scientifiques ne pourront être développées qu’à partir du cycle III.

La BCD, une grande collection 

Les BCD sont des lieux de collection, de conservation, de mémoire et de vie !

Entrer dans la lecture par les ouvrages documentaires

La curiosité, l’intérêt pour les objets collectionnés vont permettre une approche de la lecture très importante.
Les recherches concernant les collections vont donner des occasions d’aller à la BCD, à la bibliothèque municipale.
Ce sont des situations problème structurantes, permettant aux enfants de découvrir la fonctionnalité de ces écrits et celle des outils documentaires dans le cadre défini par les I.O., sans réel coût financier.

Il est important de prévoir la partie documentaire de la BCD et d’y mettre à l’avance les ouvrages correspondants afin d'éviter des déceptions très démotivantes. D’autres ouvrages peuvent être ajoutés suivant les besoins ou les nouveautés…

Avant

Il faudra aider les élèves à formuler le sujet de leur recherche, souvent la recherche est trop vaste " Je recherche de la documentation pour classer mes images de dinosaures ", le rôle du maître est de les aider à se représenter la tâche à faire pour ne plus chercher au hasard. Utiliser leurs connaissances, comprendre un questionnement précis, décomposer un sujet en rubriques et les aider à établir un plan de recherche en fonction de leur projet.

Le parcours documentaire à la BCD

Les enfants, motivés par les recherches liées aux collections ou à la construction d’une exposition, vont acquérir pendant cette démarche de projet la maîtrise des lieux où l'information est rangée.

Il va falloir apprendre à localiser l'information dans l'ouvrage consulté. Souvent, les enfants (et un bon nombre d’adultes) lisent les ouvrages documentaires comme les romans : du début à la fin et les feuilletant au hasard.
Pendant la démarche, le maître va aider les enfants (il circulera entre les groupes et donnera l'aide en fonction des besoins. Des affiches méthodologiques seront construites et affichées (qu'est ce qu'un sommaire, à quoi sert-il ? etc.). La mise en oeuvre de la lecture sélective en montrant l'utilité des outils documentaires dont ces ouvrages sont équipés (pagination, index, table des matières, glossaire,), leur organisation (chapitres, rubriques),  leurs documents (textes, images, cartes, croquis, tableaux) etc.

 

  • Des exemples de collections et de projets
  • Les collections d'écrits usuels
  • Les sujets d'études
  •  

    Compte rendu mis en ligne le 24 juin 2008

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