Atelier du livre
mercredi 17 novembre 2004
Intervenantes : Nathalie Mansuy-Todeschini et Laure Delattre
Laure
Delattre est responsable de l'Atelier du livre, une structure départementale
de Seine et Marne.
Nathalie Mansuy-Todeschini est bibliothécaire, responsable du secteur
jeunesse et petite enfance à la médiathèque départementale
de Seine-et-Marne. En parallèle, elle est chargée des acquisitions
de livres dans le domaine de la littérature (notamment poésie
et théâtre). Elle a dirigé pendant quatorze ans la bibliothèque
municipale d'Avon où elle a créé un fonds de poésie
contemporaine et a organisé des lectures-rencontres avec des poètes
contemporains (Juliet, Maulpoix, Goffette, Bianu, les poètes portugais
Judice, Echevarria et des ateliers d'écriture avec Malineau).
Elle a également suivi plusieurs stages sur la poésie contemporaine
dans le cadre de la formation continue des bibliothécaires et a étudié
la littérature allemande (licence d'allemand).
Au sommaire de cette animation :
Introduction
Extrait
de l'intervention de Jean-Pierre Siméon lors du colloque "Les rendez-vous
littéraires"
La
poésie, tentative de définition du genre
Les
différentes tendances de la poésie contemporaine
Les
éditeurs et les collections de poésie destinées à
la jeunesse
Pistes
pédagogiques pour présenter la poésie en classe
Le
printemps des Poètes
Bibliographies
Nathalie Mansuy et Laure Delattre nous proposent ici une animation à
deux voix.
Celle de Laure Delattre pour l'éducation nationale, qui tentera de répondre
à la question "que fait-on de la poésie en classe ? " et
celle de Nathalie Mansuy-Todeschini pour la lecture publique, concernant les
médiations et les choix de textes. La poésie se prête particulièrement
à la lecture à haute voix et l'animation fut ponctuée de
lectures variées.
La poésie est un genre littéraire assez méconnu, qui
suscite souvent des préjugés. Le premier constat est que la poésie
gêne, elle fait peur. On la qualifie d'ennuyeuse, de difficile, voire
d'intellectuelle. On la conçoit hors du monde. Mais il faut être
optimiste. En effet, lorsque Nathalie Mansuy-Todeschini était directrice
de la bibliothèque d'Avon, elle organisait des soirées poésie
et des rencontres lecture avec des poètes invités. Ces soirées
commencèrent par de petits comités de vingt ou vingt-cinq personnes.
Au cours des dernières années, elles réunissaient quatre-vingts
personnes. En amenant les lecteurs à pénétrer dans le monde
la poésie, on leur ouvre des portes vers une richesse et un partage culturel
qui les fidélisera petit à petit.
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Jean-Pierre
Siméon, porte-parole de la poésie et directeur de l'association
Le printemps des poètes donnait son avis sur les représentations
de la poésie, lors d'un colloque organisé en avril 2002 en
Seine et Marne : Les Rendez-vous Littéraires.
Quand on demande à la plupart des gens une définiton de la poésie,
ils répondent comme les enfants, "la poésie, c'est la rime,
c'est joli, agréable, c'est le rêve et l'évasion".
Ces trois grands piliers des représentations sont constants jusqu'à
l'âge adulte. Mais en fait, pour Jean-Pierre Siméon, il existe
autant de définitions de la poésie qu'il y a de poètes.
La poésie est dans une métamorphose perpétuelle dans le
temps et dans l'espace, ceux du poète et ceux du lecteur.
On ne peut pas définir la poésie par un aspect formel, aussi fréquent
soit-il dans le patrimoine poétique français. La rime n'est pas
plus indispensable à la poésie que la moustache l'est à
un individu : on peut la raser sans changer profondément cet individu.
C'est un ornement. Définir la poésie par un aspect formel, c'est
se risquer à de grandes désillusions et de graves erreurs.
La poésie est une langue étrangère dans la langue commune,
dans sa propre langue. C'est en cela qu'elle est capitale, essentielle dans
l'acte éducatif, car inventer la langue dans sa propre langue, c'est
inventer sa liberté. Quand on invente la langue, quand on la bouscule,
quand on la déplace, c'est la compréhension du monde qu'on bouscule
et qu'on déplace. C'est à chaque fois du neuf que l'on crée,
en soi et entre soi et le monde, et il n'y a rien de plus enthousiasmant dans
un acte éducatif.
Pour ce qui est du qualificatif de "joli", il ferait de la poésie une
harmonie et une conséquence édulcorée d'une mise en avant
du beau du 17ème siècle, des bons sentiments, qui impliquent fadeur
et fadaises. La poésie peut inclure le beau mais le poète utilise
aussi des barbarismes, des grossièretés. Quand on dit c'est beau,
on vise autre chose que le formel, symétrique. Cela renvoie à
un bouleversement en soi, une expérience heureuse.
Quand on parle d'évasion, on touche à la raison d'être
de la poésie. S'évader ? Échapper au réel,
au quotidien. Ce serait de la distraction, du divertissement.
À l'école, pendant longtemps, la poésie était considérée
comme un divertissement et dans l'emploi du temps, l'enseignant la plaçait
en fin de matinée, ou en fin d'après-midi, voire en fin de semaine.
Au moment où les choses sérieuses étaient évacuées,
assimilées, on se permettait le petit moment agréable de la poésie,
sans évaluation. Cette activité de récitation était
un moment de bonheur partagé qui allégeait la pression scolaire
et dont l'enjeu aux yeux des enfants et dans l'esprit des enseignants était
faible.
La poésie n'est ni la distraction ni le divertissement, qui sont synonymes
de fuite. Le divertissement prend toute la place dans notre société,
sans arrêt à nous arracher au coeur du problème. On nous
occupe, on nous divertit et les questions ne sont pas posées.
Or, la poésie est à l'opposé de cela : elle est le
retour de plein fouet dans le réel. Tous les grands poètes, de
Homère à Néruda, de Du Bellay à Shelley, nous parlent
des enjeux de l'existence, des questions métaphysiques, de la peur, du
désir, du dépassement de soi, le regard devant l'abîme...
Il faut rendre à la poésie sa gravité et lire aux enfants
dès la maternelle des poésie graves, qui ont du poids. Si on veut
que les enfants éprouvent en eux la nécessité de l'enjeu
poétique, qu'ils en fassent l'expérience, il faut leur lire des
poèmes qui parlent de la vie, de leur réel complexe, mystérieux,
fait de conflit entre le positif et le négatif.
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Ce que dit Jean-Pierre Siméon de la poésie pourrait se dire de l'ensemble de la littérature. Quand les enseignants se penchent sur le choix des textes, on entend souvent dire que la littérature contemporaine est triste, qu'elle ne parle que des malheurs du monde, de la mort... Jean-Pierre Siméon proposait lors de cette intervention un début de réponse à ces réflexions.
Son discours va à l'encontre des pratiques habituelles à l'école ou au collège et semble décalé par rapport aux représentations des enseignants sur la poésie. Il provoque des questions sur le statut de la poésie à l'école, sur le choix des textes, sur la façon dont les élèves sont invités à dire la poésie...
Le statut de la poésie peut être rapproché de celui de
la BCD, souvent considérée comme un lieu plaisir, où on
vient se détendre. Et dans l'esprit des enfants elle apparaît comme
un bonus de moindre d'importance, pas très sérieux. Si on veut
donner à la poésie un statut différent, il va falloir la
présenter différemment en tant que passeur, et lui donner une
place importante dans l'espace et dans le temps. Cette idée rejoint la
place de la création littéraire à l'école qui a
une responsabiblité très grande dans la transmission de l'envie,
de la flamme que vont récupérer les enfants. Nathalie Mansuy-Todeschini
se souvient que ses premiers émois poétiques datent de l'école
primaire où la récitation était sa discipline favorite.
La poésie doit être oralisée pour pouvoir être partagée.
La notion d'échange et de la place du corps quand on "dit"
devant les autres est très importante. Un climat de confiance est indispensable.
La démarche de Nathalie Mansuy-Todeschini par rapport à la découverte
de la poésie et son travail de passeur est en accord avec le discours
de Jean-Pierre Siméon qui cherche à bousculer les idées
reçues. Plus on lit de poésie et de théâtre, plus
on se rend compte que ces deux genres littéraires sont très en
prise avec le monde, même si parfois certaines poésies présentent
un côté disharmonieux et chaotique assez audacieux (L'inventeur
de l'amour de Gherasim Luca). Certains pays, comme le Portugal ou le Japon
donnent une place très importante à la poésie, beaucoup
plus populaire et accessible qu'en France. Les poètes parlent du réel,
du désir, de la menace, en particulier dans les poèmes inuits.
La poésie est le genre qui investit le plus la réalité.
Roberto Juarros , un poète argentin, a beaucoup travaillé sur
cette notion de poésie-réalité : "je vis le poème
comme une explosion d'être, par-dessous la langue".
La
poésie nous renvoie à la complexité, elle est questionnement.
La langue poétique est subversive, elle est une remise en cause de la
langue qui permet de toucher l'inconnu. Elle est plaisir, dans la confrontation
avec le réel. La poésie est une expérience profonde, comme
le montre un poète fondamental du vingtième siècle, Reiner
Maria Rilke. La poésie est également "intranquilité"
( Fernando Pessoa), lieu d'éveil, contraire à l'air du temps et
à l'endormissement, elle réveille. Lire la poésie, c'est
être prêt à accueillir l'étrangeté, l'imprévu
et l'incongru (poèmes d'Henri Michaux, de Norge, dans Le tireur de
langue, Rue du Monde). Ce type de texte porte à discussion avec les
enfants, très à l'écoute de ce qu'on peut leur transmettre.
Lire la poésie c'est l'aborder en tant que lecture polysémique. Le poème nous livre l'infini de chaque chose, de chaque être, et permet d'en découvrir l'illimité. La poésie est engagement d'un sujet (Neruda, Char, Juliet). L'engagement n'est pas seulement au sens politique, mais plus largement, engagement au monde. Par exemple, la résistance de René Char transparaît dans ses poèmes avec une grande subtilité, en filigrane (Le René Char, Mango).
La poésie est une manière d'habiter la langue. Elle peut parfois
être perçue par l'enfant, sensible au rythme du poème, comme
une langue étrangère. Elle est aussi dépaysement et appelle
à la lenteur et au trouble. Être passeur de poésie à
l'école ou en bibliothèque, c'est avant tout la lire et la faire
entendre, loin de toute analyse savante qui ne peut dire l'insaisissable. Il
faut investir le poème, être présent au texte. Chaque lecteur
établit un sens, l'interprête et le comprend à sa façon.
Chaque lecteur est autonome et libre face au poème qui s'appréhende
par le biais du sensible. De même que devant un tableau, on a le droit
de ne pas tout comprendre, de percevoir avec les sens. Le poème étant
encore plus ouvert à l'interprétation qu'un autre texte littéraire,
il peut rester des énigmes. Même le poème classique peut
être anecdotique en surface mais nécessite d'aller au-delà
de l'anecdote pour comprendre son sens véritable (Fables de La Fontaine).
Le poème est à lire en profondeur et non en surface dans sa linéarité.
Il faut l'aborder avec simplicité, confiance, en s'accordant le droit
de ne pas tout lire. Chacun doit pouvoir trouver un poème qui lui correspond
tant la diversité et la richesse des écritures poétiques
est grande. Le rôle du passeur est de faire découvrir toute cette
diversité (aphorismes, haïkus, poèmes classiques, prose...).
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De même que pour le théâtre, Nathalie Mansuy-Todeschini
ne met pas de barrière entre poésie adulte et poésie pour
enfant. La poésie contemporaine qui s'écrit aujourd'hui pour les
enfants est influencée par de grands poètes qui ont écrit
pour les adultes. L'enfant peut être sensible à des poèmes
très complexes grâce à la musicalité, même
si tout n'est pas compris. On ne parle plus de textes destinés aux enfants
mais de textes accessibles aux enfants.
C'est l'expérimentation qui va définir cette notion d'accessibilité.
Les enfants vont tout à fait se rendre compte que les poèmes de
mots inventés ne sont pas dans la langue habituelle.
Ces vingt dernières années, six cents livres sont publiés
en moyenne annuellement, allant des publications à compte d'auteur au
livre de poche. Les tirages sont faibles et s'élèvent en moyenne
à mille exemplaires (Cheyne : 800 ex, P.O.L. : 1500 ex.). Il
y a très peu de réédition,
seulement
pour les valeurs sûres. Quatre-cent-cinquante à sept-cents revues
sont publiées par an et présentent en moyenne entre cinq et vingt-cinq
nouveaux auteurs.
Un jeune poète est un poète de quarante-cinq ans. Un bon poète
est un poète mort ! La critique littéraire dans la presse
n'aborde quasiment pas la poésie contemporaine. Le Monde des livres
qui paraît toutes les semaines, ne consacre qu'une page tous les trois
mois à la poésie contemporaine. Elle est par contre très
représentée chez les petits éditeurs qui par ailleurs sont
peu connus et peu diffusés. On peut d'ailleurs rendre hommage aux listes
préconisées par l'éducation nationale qui leur font une
large part. Certaines collections de grands éditeurs telle que la prestigieuse
collection Poésie de Gallimard ainsi que des anthologies sont largement
diffusées dans le circuit des librairies (tirage de cette collection :
15000 à 25 000 exemplaires). Mais la durée de vie des collections
est très précaire.
La poésie est absente du système commercial et médiatique : on parle peu des prix de poésie (prix Mallarmé, Apollinaire, prix de la ville de Lyon, prix de l'académie française, prix Artaud...). Cependant on peut constater ces dernières années que la poésie en France se situe en phase ascendante, en particulier grâce au travail de l'association Le printemps des poètes, qui est devenue une structure permanente chargée de la promotion de la poésie en France et un lieu ressource national. L'action culturelle des maisons de poésie (Nantes, Paris, Marseille, Belgique...) n'est pas toujours très connue, mais mérite d'être prise en compte. La Maison internationale de la poésie de Marseille, en particulier, est un lieu ressource incontournable.
Tenter de cerner les différentes tendances de la poésie contemporaine relève de l'impossible car la démarche procède de la schématisation, or le poète est par nature singulier ! On peut tenter de présenter les poètes importants par décennies, en se livrant à une approche chronologique, générationnelle.
Après
1945, la poésie de l'après-guerre est portée par les souffrances
de la guerre. Elle est soit d'essence politique (Aragon), soit d'essence religieuse
(Patrice de La Tour du Pin). Des poètes comme Eluard, Pierre Emmanuel,
Guillevic (Terraqué en 1942 paraît dans l'indifférence
totale) écrivent aussi à cette époque. De 1955 à
1960, la poésie se situe dans le contexte des utopies ruinées,
avec la remise en cause du communisme, le déclin de l'Église,
c'est la fin du surréalisme : Yves Bonnefoy (Du mouvement et
de l'immobilité de Douves), Philippe Jaccottet, Francis Ponge, André
Du Bouchet (Dans la chaleur vacante). En parallèle, on trouve
Henri Michaux, Pierre-Jean Jouve, René Char, St John Perse, Jean Follain,
Frénaux, Prévert.
De 1960 à 1970 : Michel Deguy, Denis Roche, Jacques Dupin... Des
mouvements voient le jour : Tel Quel et l'Oulipo (Queneau,
Roubaud...) sont deux groupes importants de cette période où,
mis à part les surréalistes qui se sont regroupés, ce sont
plutôt des individualités qui s'affirment. À l'origine de
l'Oulipo, Raymond Queneau joue autour de la langue et de l'écriture.
Les Oulipiens se retrouvent encore aujourd'hui pour travailler autour des contraintes
formelles de la langue et leur travail peut fournir des pistes intéressantes
d'écriture pour les enseignants et leurs élèves. Dans les
années 1980-1990, Jean-Michel Maulpoix, Prégent, Goffette sont
les tenants du lyrisme, alors que Emmanuel Hocquart se place davantage dans
une poésie formelle.
Le contexte de la mondialisation (1995-2004) et la revue Les Inrockuptibles mettent en avant l'avant-garde de l'écriture qui se fait sur traitement de texte et se revendiquent de Dada et de Duchamp. Ces jeunes auteurs travaillent une poésie formaliste (Olivier Cadiot, Espitalier, Nathalie Quintane, Tarcos, Alphéry...) descriptive, empirique, où l'affect n'apparaît pas dans un premier temps.
Deux grandes tendances apparaissent :
- une poésie qui prend la parole sur le monde, qui se place du côté
du sens. Ses représentants parmi les poètes connus du vingtième
siècle sont les surréalistes (René Char).
- en opposition, une poésie qui récuse la parole et se veut poésie
du texte et de la forme (Nathalie Quintane, les poètes de l'Oulipo, de
Tel Quel, Valère Novarina...).
On
peut établir un parallèle entre deux autres tendances :
- la poésie lyrique où la voix du poète exprime ses affects.
Le nouveau lyrisme, le lyrisme critique, est la tendance importante dans ce
type de poésie (Jean-Michel Maulpoix - Une histoire de bleu ;
Guy Goffette - La vie promise ).
- la poésie conceptuelle, qui travaille la forme et refuse tout affect
et tout message. Emmannuel Hockart et Olivier Cadiot sont vraiment des tenants
de cette poésie.
Les poètes lyriques, qui se placent dans la transmission de la parole
et de l'oralité, qui expriment leur univers et leur sensibiblité
avec une poésie qui parle à l'âme, permettent une approche
plus facile du genre pour les néophytes qui n'ont pas l'habitude d'entendre
de la poésie. Néruda, en particulier, est emblématique
d'une poésie incarnée. La poésie formelle est plus hermétique,
plus intellectualisée.
Mais ce versant de la poésie lyrique, pourtant plus facile à aborder,
est peu connu. La bibliographie proposée recense quelques titres qui
méritent d'être lus pour aborder le genre.
La poésie se présente sous des formes très variées :
vers compté, vers libre, poème en prose, happening, performance,
le slam... Ce sont ces voix multiples qu'il faut essayer de faire entendre.
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Gallimard
7, rue Sébatien-Bottin
75007 Paris
Guy Goffette dirige la collection Enfance en poésie qui propose
un riche catalogue de sélections de textes d'un poète, ainsi que
de petites anthologies thématiques (les animaux, l'école...)
Folio junior, pour des plus grands, propose aussi des anthologies (20
poètes pour l'an 2000).
Folio benjamin réunit quelques titres, par exemple Jacques
Prévert illustré par Jacqueline Duhême.
Mango
2, rue Caroline
75017 Paris
La collection Il suffit de passer le pont (albums Dada) présente
un chanteur ou un poète (Prévert, René Char...). L'intérêt
de la collection réside principalement dans la complémentarité
et la richesse du travail graphique réalisé par des plasticiens,
en écho avec le poème. La collection propose aussi des anthologies
(poésie surréaliste, poésie arabe, allemande...).
Rue du monde
5, rue de Port-Royal
78960 Voisins-le-Bretonneux
Le catalogue de Rue du Monde est à présent très
riche et ouvert à la poésie internationale : anthologies
sur la nature, l'environnement, l'interculturalité, le racisme, la paix...
Ces anthologies proposent souvent des poèmes bilingues. Il sera intéressant
d'associer les parents parlant une langue étrangère à leur
lecture. Cette activité crée des relations fortes et touchantes
dans un moment de partage.
La collection Les petits géants reprend un poème d'un poète
célèbre (Charles Cros, Boris Vian, Paul Éluard, Paul Fort,
Blaise Cendrars...) illustré par un artiste (Nathalie Novi, Katy Couprie...)
dans un petit fommat carré. C'est une collection très réussie.
Cheyne
43400 Le Chambon-sur-Lignon
Un petit éditeur dont Jean-Pierre Siméon dirige une collection
poésie : Poèmes pour grandir.
Lo Pais d'enfance
160, rue de Combat
83300 Draguignan
Le Dé Bleu (Collection Le Farfadet bleu)
85310 Chaillet-sous-les-Ormeaux
L'illustration de la collection est très belle et apporte une poésie
supplémentaire, un côté précieux.
Motus
Landemer
50460 Urville Nacqueville
Les éditions Motus produisent en particulier des textes de Michel Besnier
(Le verlan des oiseaux), très en phase avec le langage contemporain.
Soc et Foc
3, rue des Vignes
La Bujaudière
85700 La Meilleraie-Tillay
SOC et FOC est une association qui édite des textes courts (essentiellement
de la poésie). Le plus souvent, un poète est associé à
un illustrateur, parfois à un compositeur.
Seuil jeunesse
7, rue de Savoie
75006 Paris
Milan
300, rue Léon Joulin
31101 Toulouse Cedex 09
Jean-Hugues Malineau a publié chez Milan une anthologie incontournable :
Mille ans de poésie. La pertinence du corpus est impressionnante
et aborde le répertoire du Moyen-Âge à nos jours. L'ouvrage
propose un index et des entrées par genres, dont le haiku.
Didier
jeunesse
8, rue d'Assas
75006 Paris
La collection Pirouette regroupe des comptines variées très
joliment illustrées. La comptine, forme poétique du domaine de
la tradition orale, peut permettre d'aborder un travail autour de la langue
avec les petits, mais le choix des textes mérite une attention particulière
si on veut rester dans le genre de la poésie.
L'école des loisirs
11, rue de Sèvres
75006 Paris
Les albums de poésie de L'école des loisirs
ont pour intérêt de mettre en rapport poésie et peinture.
Le
haïku est un petit poème en trois vers écrit pour saisir
l'instant, le restituer sans vouloir faire d'effet. Dans la poésie contemporaine,
on s'attache à l'importance des rythmes et à la place du texte
dans la page. Mallarmé en est le précurseur. Le haïiku est
un bel exemple d'agencement du poème et de la langue sur la page. D'où
l'importance de proposer l'objet livre aux élèves, les photocopies
ne restituant pas cet élément, ni la place du poème dans
le recueil.
Quelques références pour découvrir le haïku :
- Fourmis sans ombres, le livre du haiku (Maurice Coyaud) - Phebus
- Issa et Buson : deux poètes japonais à lire pour découvrir
le haïku.
La poésie peut être brièveté et émotion.
La forme poétique donne au lecteur la possibilité de déambuler,
se promener à travers les textes, y revenir avec la plus grande liberté.
Jean-Hugues Malineau anime des ateliers de haïkus dans les classes, et
sait rendre l'esprit de ce genre pour faire un beau travail autour de la poésie.
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Pistes pédagogiques proposées par Laure Delattre pour présenter la poésie en classe
Le propos de Laure Delattre s'inscrit en cohérence avec les instructions officielles pour voir comment aborder la poésie sous les quatre dimensions : lire, dire, mémoriser, écrire.
Guy Goffette pense que les enfants sont naturellement sensibles à la poésie "parce qu'elle parle plus à l'oreille et à l'imaginaire qu'à l'intelligence ; les enfants sont donc plus à même de la recevoir que les adultes déjà formatés par une logique toute cartésienne qui vient de l'école, de l'université, des médias. Les enfants ne cherchent pas à comprendre, ils ressentent, ils entendent des couleurs, voient un monde se dessiner. La poésie, on la lit avec le nez, avec les oreilles, beaucoup plus qu'avec les yeux... Le poème est un condensé de vie qui appartient à un monde où l'irrationnel a la plus grande part."
C'est dans ce domaine que les enfants vont avoir le plus de possibilités
d'échanges, d'interprétations possibles, de part la nature de
ce texte singulier.
Les listes et les sélections montrent surtout qu'il est primordial de
diversifier les textes au maximum. En effet chaque enfant reçoit les
textes, personnellement, de façon différente.
Avoir un rendez-vous régulier avec la poésie est très important.
On peut placer ce moment au début de la journée : le maître
lit un poème qu'il a choisi, ou encore un enfant, à l'issue d'un
atelier de lecture, lit un texte qu'il a particulièrement aimé.
Ces poèmes collectés pourront ensuite constituer le répertoire
commun des lectures poétiques de la classe, élaboré par
les élèves eux-mêmes.
L'enseignant
peut proposer des ateliers de lecture de poésie : par petits groupes,
les élèves choisissent des textes, les travaillent soit pour se
les approprier dans le but de les présenter aux autres, soit pour en
faire des lectures à plusieurs voix. Lorsque l'activité est très
régulière, ces échanges provoquent souvent un engouement
et même les élèves timides ont envie de dire les poèmes
qui les touchent ; ainsi, très peu d'enfants restent à l'écart.
La sélection des poésies est faite préalablement par le
maître, avec la possibilité de procéder à des entrées
thématiques, dans le cas d'un projet de classe plus global (par exemple :
la nature, le feu, la ville, le racisme, la guerre, la mémoire, l'amour).
Dans ce cas, il est très intéressant de mettre en perspective
les différents textes sélectionnés. Les enfants aiment
se livrer à ce travail de comparaisons des différentes sensibilités,
des différentes écritures.
Les recueils sont intéressants car la préface ou la postface donne
souvent des éléments de contexte de l'écriture, ou des
éléments biographiques du poète qui peuvent éclairer
la lecture et aider à la compréhension du texte.
Aujourd'hui, tout le monde est unanime pour reconnaître la nécessité
de dire la poésie.
Quelques anthologies peuvent nous aider : l'anthologie de Jacques Roubaud,
128 poèmes composés en langue française de Guillaume
Apollinaire à 1968, donne de précieux conseils et informations
sur l'accentuation et la façon de la travailler. Par exemple, l'accent
dit tonique est toujours sur la dernière syllabe d'un syntagme, ce qui
permet de mettre en avant la structure syntaxique du texte, et par là
d'aider
à l'accès au sens.
L'enseignant peut mettre en place des exercices d'entraînement vocal,
par exemple, demander aux enfants de choisir un mot dans un poème ou
dans un fragment de poème. Puis, en se déplaçant, oraliser
le mot :
- en chuchotant puis en augmentant le volume jusqu'à crier ce mot
- en variant le rythme
- en variant la hauteur (tonalité normale, grave, aigüe)
- en chargeant le mot de diverses émotions (peur, colère, tristesse,
hilarité ?) Il est possible ensuite de faire le même exercice
avec un vers entier.
La mise en voix est un outil d'aide à la compréhension des poèmes (comme de tout autre texte littéraire) et les petits exercices destinés à travailler la voix pourront être réinvestis dans la lecture de poésie.
La mémorisation de textes et de phrases fait partie de notre vie, de
notre comportement. La mémorisation d'un poème est une sorte de
souvenir intime que l'on garde en soi pour la vie. Le désir d'apprendre
par coeur vient très facilement aux enfants habitués à
entendre et à
lire.
On peut expliquer aux plus grands qu'apprendre par coeur, c'est tenter de saisir
et retenir la forme d'un sens.
Il est important de laisser le plus possible le choix aux élèves
des poèmes qu'ils souhaitent dire et apprendre, leur faire confiance.L'adulte
est parfois surpris par les choix des enfants qui sont souvent touchés
par des textes complexes. Même des poèmes aux mots difficiles,
voire inventés peuvent attirer l'enfant et il peut avoir envie de les
mémoriser de la même façon que d'autres poèmes plus
classiques. L'humour ou la gravité, la musique, la sonorité peuvent
aider à la mémorisation. La mémoire s'appuie parfois sur
autre chose que le sens.
Le maître lui aussi choisit à certains moments des poèmes
à lire, dire et à faire apprendre.
- Exemple de jeu d'aide à la mémorisation : sur un poème écrit au tableau, on pointe ensemble quelques repères (de forme, esthétique, rythmique...). Petit à petit, on efface le reste pour ne garder que ces repères. On se souvient et on restitue ce qui est effacé.
L'enseignant doit s'efforcer de proposer une diversité maximale de poèmes. Il peut trouver ses ressources dans les bibliothèques, les médiathèques, à l'Atelier du livre... Préparer une sélection est nécessaire, c'est une ouverture pour les élèves, à condition que cette sélection soit suffisamment variée. On peut différencier les textes proposés à la mémorisation et ceux proposés à la lecture et à l'écoute.
L'écriture est un acte solitaire même si l'impulsion est collective.
La poésie, et en particulier les textes de poésie formelle sont
souvent, depuis quelques années, support d'écriture.
- On utilise souvent le pastiche comme amorce efficace, à partir d'une
forme repérée. Par exemple à partir d'un texte de Tardieu,
faire imaginer une suite.
- On peut aussi aborder le travail de création de manière ludique :
collages, cadavres exquis, contraintes du type de celles initiées par
l'OULIPO. Après lecture, la classe choisit les textes qui semblent les
plus intéressants sur le plan de la langue ou sur le plan poétique
et en constitue un recueil.
-
On peut encore créer des ateliers d'écriture à partir d'une
recherche lexicale qui constituera le matériau de l'écriture,
ou partir de situations inductives (écoute musicale, observation d'oeuvres
picturales...)
Le travail de collectage et de copie d'extraits est également intéressant car il permet aux enfants de travailler leurs choix, de réfléchir à la résonance que les poèmes ont en eux. De même qu'un carnet de littérature, les élèves pourront posséder leur carnet de poésie personnel. Dans ce carnet, ils pourront travailler la mise en forme du texte dans la page, l'organisation et le rythme.
Il est intéressant aussi d'explorer l'illustration à partir
des collections de poésie illustrées proposées par les
éditeurs. L'enseignant pourra par exemple demander aux enfants de rendre
une tonalité, une couleur, un rythme, par les arts plastiques.
Inversement, il peut proposer aux élèves une illustration, un
tableau, et après avoir discuté avec eux de la place de l'illustration
dans la poésie, leur proposer d'écrire à partir de cette
image. On pourra ainsi travailler sur le va-et-vient entre illustration et texte.
Par exemple, dans Pour un peu (Olivier Masuet - Le Dé bleu), le
poète explore certains objets de la vie quotidienne (caillou, tiroir,
avion...) et utilise une illustration très symbolique.
La production d'anthologies des poèmes appréciés par
la classe peut être l'occasion pour les élèves de s'exprimer
sur la façon dont ils perçoivent les poèmes et de débattre
de leurs choix. Il faut penser à établir un lien perpétuel
entre la lecture et l'écriture.
La première démarche pour faire aimer la poésie aux élèves
est de mettre les livres à leur disposition et de lire très souvent
pour que ce type de texte leur devienne familier, habituel.
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Un
dossier sur Éduscol : La poésie à l'école
Ce dossier s'appuie sur les sélections ministérielles des ouvrages
de poésie pour proposer des suggestions pédagogiques, fruit de
la réflexion d'un travail d'équipe.
Le
Pôle National de Ressources Poésie
Mis en place à l'initiative de la Mission de l'éducation artistique
et de l'action culturelle, le pôle de ressources consacré à
la poésie rassemble une ou plusieurs structures artistiques, un Institut
Universitaire de Formation des Maîtres et un CRDP susceptibles de proposer
des actions de formation à vocation nationale et d'être des lieux
ressources pour la documentation.
Le
Printemps des Poètes est une manifestation nationale initiée en
1999 et soutenue par le Ministère la culture et de la communication (Centre
National du Livre) et par le Ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement
supérieur et de la Recherche.
L'action de l'association "Le printemps des poètes" est très importante. La manifestation se déroule chaque année en mars. Les poètes sont très soucieux de travailler en direction du public scolaire. Leur démarche permet de mettre la poésie à l'honneur dans différents lieux (bibliothèques, écoles, gares...) et de réaliser un travail au niveau de l'édition. La thématique du printemps des poètes 2005 est la mémoire et une anthologie sortira cette année autour de ce thème.
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Des
sélections de poésies
L'édition
de poésie
Compte rendu rédigé et mis en ligne par Chantal Bouguennec le 15/01/2005
