CRDP académie de Créteil - Centre ressources littérature de jeunesse

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retour au calendrier Les récits historiques pour la jeunesse

CRDP
Madeleine Couet-Butlen
Chantal Bouguennec

Intervenant : Michel Peltier, conseiller pédagogique, auteur

Michel Peltier, conseiller pédagogique de la neuvième circonscription dans le Val de Marne, travaille sur les communes de Champigny et du Perreux. Il est également auteur de plusieurs ouvrages pédagogiques dont vous trouverez les références complètes au bas de cette page : Apprendre à aimer lire, Trésors des récits historiques pour la jeunesse, Littérature : roman et Histoire, "Dire lire écrire" le nouvel atelier de Français - cycle 3.
Il nous offre une intervention sur les récits historiques pour la jeunesse et la façon d'aborder l'histoire en classe à partir de ces récits. Après une entrée dans les livres à travers une série BD, Les aventures de Barbe Rouge le pirate, il propose de dégager des pistes de travail concrètes qui correspondent aux programmes scolaires en histoire et géographie, puis des propositions de mises en réseau des ouvrages, et d'organisation de la classe autour de la littérature de jeunesse. Ces activités déboucheront sur une définition du récit historique et sur l'ouverture d'une "boîte à idées".
Dans les écoles élémentaires, l'habitude consiste souvent à découper l'Histoire en trois grandes périodes :
- la Préhistoire et l'Antiquité en CE2
- le Moyen-Âge et l'époque moderne en CM1
- le 19ème et le 20ème siècle en CM2
Une difficulté étant de proposer aux élèves de CE2 des récits courts, faciles à lire.

Sommaire de l'intervention :

Pirates, flibustiers et corsaires
- rappel historique
- les aventures de Barbe-Rouge le pirate 
        - le commerce triangulaire
        - d'autres pistes de travail en lien avec différentes disciplines
- élargir le réseau à d'autres récits
       - un auteur en particulier
       - un ouvrage en particulier
       - mise en place d'un contrat de lecture

Le récit historique
- quelques repères historiques
- quelques spécificités autour des récits historiques
       - le roman historique et les héros
       - le point de vue

La boîte à idées : des pistes en fonction des périodes historiques
- la préhistoire
- l'Antiquité
- le Moyen-Âge
- la galerie des ancêtres fondateurs
- le 19ème siècle
- la Commune
- le 20ème siècle

 

Pirates, flibustiers et corsaires...   

Michel Peltier nous propose donc de travailler sur une période qui est aussi un thème récurrent de la littérature de jeunesse sous forme de parodies, de récits historiques, parfois de clins d'œil . Il s'agit de la période des pirates, des corsaires, des flibustiers.
Pendant 50 ans (1630 à 1680), ils répandirent la terreur dans les colonies espagnoles d'Amérique centrale et d'Amérique du sud, dont les navires approvisionnaient en or, argent, en pierres précieuses et en denrées tropicales, la puissante métropole...
Après avoir dégagé les connaissances de chacun sur le sujet (époque, comportement, raison d'être, utilisation des butins, localisation géographique de leurs méfaits...)., il s'agira d'établir des liens historiques pour comprendre le contexte de l'époque.

Rappel historique   

Depuis que les hommes naviguent sur les mers, le grand banditisme maritime existe. Les bateaux transportent des richesses, des marins brigands les convoitent.
Après la découverte des Amériques par les Européens, flibustiers et pirates ont connu leur «âge d'or» au XVIIe siècle sur une région d'abord limitée aux mers du continent américain : mer des Caraïbes, golf du Mexique avant de s'étendre aux mers du sud et à l'océan indien.
Leur développement est le contrecoup de l'évolution des rapports de force en Europe : le déclin de la Monarchie espagnole, la rivalité de trois puissances : la France, l'Angleterre et la Hollande. L'Espagne protégeait avec intransigeance son monopole sur la mer des Caraïbes et les autres puissances refusaient d'être exclues du commerce régulier de l'une des plus riches régions du monde.
La guerre de Trente ans (1618-1648) vint à point nommé pour donner les justifications nationales ou religieuses aux attaques de galions. Des lettres de marque officielles furent distribuées aux flibustiers ; les états recevaient 10% des prises.
En France, entre 1664 et 1670, Colbert développa en France le commerce maritime. De grandes « Compagnies » se virent attribuer le monopole du trafic et d'importants crédits.
Depuis Lorient : les bateaux de la Compagnie des Indes orientales,
Depuis Nantes et Bordeaux, ceux de la Compagnie des Indes Occidentales organisèrent le trafic du sucre et des esclaves.
Depuis Marseille : la compagnie du Levant avec les Turcs.

En Amérique Centrale, la Martinique et la Guadeloupe furent mises en valeur et des corsaires français s'installèrent à l'Ouest de Saint-Domingue (l'île de la Tortue) face au commerce des richesses de l'immense empire espagnol qui rapportait via ses galions d'immenses quantités de richesses. La course au large commençait.
Colbert espionna les navires espagnols et Hollandais, il abandonna le désastreux système de la « Presse », l'embarquement de force des hommes raflés dans les villes et les villages des régions côtières, au profit de « l'inscription maritime ». Il développa une « Caisse des gens de mer », financée par un prélèvement de 2% sur les soldes, assurant ainsi aux marins estropiés et mutilés au service du Roi une pension mensuelle, ancêtre de la sécurité sociale et des caisses de retraite.
Il fit améliorer la qualité des navires utilisés : qualité, beauté, quantité. Le roi ne s'intéressant que peu à ces projets, Colbert pu les développer avec succès. A la fin du siècle, il était généralement admis que les unités françaises étaient supérieures à toutes les autres.
Des compromis commerciaux, des renversements d'alliance en Europe mirent progressivement les flibustiers à l'index, ils se transformèrent alors en pirates.
La piraterie déclina en raison de l'action répressive des marines de guerre et de l'accroissement des moyens de défense des navires de commerce. A la fin de la guerre de Sept ans (1756-1763), elle avait pratiquement disparu.

La littérature s'est emparée de ces personnages, acteurs de l'Histoire maritime et coloniale dont les aventures témoignent de l'avancée de la connaissance scientifique, géographique et sociale.

Les aventures de Barbe-Rouge le pirate   

Cette série, qui date de 1959, est devenue un classique de la bande dessinée, plusieurs fois éditée et illustrée par différents créateurs. Elle permet aux élèves d'entrer dans le monde de la flibusterie, de la piraterie, pour :
- Établir les liens historiques, comprendre l'époque
- Comprendre le vocabulaire de la navigation
- Comprendre les différences entre les flibustiers, pirates, boucaniers, corsaires., les qualités et les défaut des flibustiers : esprit de corps, solidarité, respect de la parole donnée, discipline issue de la coutume. Mais aussi bestialité morale ?
- Éduquer à la citoyenneté : approcher la mythique pirate, la morale, la violence, le vol, la guerre...
- Lire des classiques.

Il s'agit par exemple, pour les lecteurs de feuilleter ces albums avec l'objectif de repérer deux éléments : relever le contenu des caisses des cargaisons des navires, et relever le lieu des aventures. Cette activité permet de construire ensuite une carte des différents déplacements de Barbe-Rouge. Chaque lecteur va ensuite coller sur une carte mondiale une gommette à l'emplacement qu'il aura repéré, après avoir expliqué de quelle manière il a cherché et trouvé ses réponses. Les élèves ont bien sûr à leur disposition atlas, dictionnaires, documentaires complémentaires.
L'observation des lecteurs permet de constater que différentes compétences sont mises en jeu (feuilletage de l'ouvrage, lecture linéaire, lecture sélective, recherche d'indices... ). La synthèse montre que les informations de lieu, dans cette série, sont écrites dans des textes sur fond jaune. On peut trouver des informations complémentaires dans les dialogues, qui aident à les vérifier ou à les croiser. Les bateaux transportent de l'alcool, du sucre, de l'or, des esclaves, du tabac, des voyageurs, des trésors...
Le repérage de ces indices permet d'ébaucher des pistes de travail avec des élèves. Michel Peltier nous en propose quelques unes.

Le commerce triangulaire   

Certaines histoires de cette série se déroulent en Europe, d'autres aux Antilles, une troisième partie en Afrique. Cela correspond à ce qui se passait à l'époque au niveau de la piraterie. Des richesses sont transportées des Antilles vers l'Europe (alcool, tabac, sucre, or, trésors...). Lorsqu'on regarde le contenu des cargaisons transportées entre l'Europe et l'Afrique, on trouve des bijoux de pacotille, du rhum, des armes... ou des objets sans grandes valeur. Lorsqu'on part d'Afrique pour se diriger vers les Antilles, les cargaisons sont cette fois composées d'êtres humains, d'esclaves.
Cette entrée par la littérature permet d'entamer avec les élèves un travail sur le commerce triangulaire, pour déboucher ensuite sur une réflexion sur la liberté, l'esclavage, les causes de l'esclavage.
On a donc un lien entre la littérature, qui permet de sensibiliser et d'entrer dans l'histoire, et les recherches documentaires qui approfondissent la connaissance de cette époque. La construction d'expositions sur ce sujet va également aider à mettre en place les compétences attendues dans les Instructions Officielles.

D'autres pistes de travail en lien avec différentes disciplines   

- Les personnages principaux : Eric, le fils adoptif de Barbe-Rouge, Barbe-Rouge lui-même, pirate tantôt sanguinaire, tantôt au grand coeur, Baba, un géant, Triple-Pattes... personnages qu'on retrouve dans presque tous les albums. Etablir la carte d'identité des personnages principaux.
- Les différents bateaux, qu'ils soient de guerre ou de commerce, croisés, coulés, utilisés, combattus... Relever leurs noms : galion, brick, flobot, felouque, galère, trois-mâts, canots, frégates, pirogues, goélette, chaloupe, gabare... ).
- Les moyens de navigation et les objets qui peuvent aider à naviguer (longue-vue, sextant, cartes maritimes, cartes au trésor...).
- Les moyens de se déplacer (en lien avec les sciences) : le vent, les rames...
- Le vocabulaire de la navigation (escadre, "virer lof pour lof", membrure ... ). En outre, on se rend compte de la documentation des auteurs et de la précision des illustrations (par exemple la position des voiles à l'entrée au port).
- Les lois de la mer, le pouvoir et le comportement des capitaines, à terre et sur mer. Comparer avec le pouvoir du maître en classe...
- Les différentes parties du voilier :
Un Trois-mâts à voiles carrées est le vaisseau marchand et de guerre le plus courant du XVIIe siècle au début du XIXe siècle, il porte successivement :
le mât de misaine, portant la misaine, le petit hunier, le petit perroquet, le petit cacatois ;
le Grand-mât, portant la grand-voile, le grand hunier, le grand perroquet, le grand cacatois ;
le mât d'artimon, portant l'artimon, le perroquet de fougue, la perruche, le cacatois de perruche.
- Les emplacements du navire (carré des officiers, gaillard avant, gaillard arrière, écoutilles...).
- Apprendre à se situer sur un navire aide à comprendre le lieu exact où se passe l'aventure.
- Les lieux refuges de Barbe-Rouge (on utilise les atlas pour les repérer), l'utilisation de ces lieux (Barbe-Rouge ne cache jamais ses trésors dans les Caraïbes).
- Relever les trajets suivis lors des voyages, construire une carte des lieux fréquentés (CaraÏbes, Océan Atlantique, Méditerranée).
- Repérer sur une carte la fameuse Île de la Tortue.
- Relever les autres personnages de pirates célèbres rencontrés dans les aventures de Barbe-Rouge.

- D'autres pistes sont intéressantes à exploiter à partir de la construction des bandes dessinées : à quel endroit on trouve des informations, le système des bulles, la façon de lire, le rapport texte-image...
- En fonction des goûts différents des lecteurs, on peut proposer aussi de relever les inférences à Barbe-Rouge et aux pirates dans la série Astérix . En effet, à partir du 8ème album d'Astérix (Astérix gladiateur), les auteurs se font des clins d'oeil entre eux. Dans "Astérix gladiateur", à la troisième case de la onzième planche, des pirates attaquent la galère phénicienne dans laquelle Astérix et Obélix ont pris place. Les pirates ne peuvent pas lutter contre la potion magique et se retrouvent pour la première fois naufrageurs naufragés. Ils le seront désormais dans chaque épisode d'Astérix, paraissant également à l'époque en planches dans Pilote.

Élargir le réseau à d'autres récits   

Ces pistes de travail variées peuvent être mises en place à partir des 26 albums de la série des aventures de Barbe-Rouge le pirate. Mais on peut ensuite élargir les propositions de lectures à d'autres livres sur la piraterie et effectuer des croisements avec les histoires de Barbe-Rouge.
Ces autres récits peuvent amener travailler d'autres pistes :
- La vie à bord : hiérarchie, mutinerie, le supplice de la planche, les perroquets bavards, les coffres, les butins, le sabre entre les dents pour l'abordage, les trésors enfouis dans le sable d'une île discrète, l'île de la Tortue, l'abordage, la course en mer, les différences de statut entre les flibustiers, pirates, boucaniers, corsaires, les qualités et les défaut des flibustiers : esprit de corps, solidarité, respect de la parole donnée, discipline issue de la coutume. Mais aussi bestialité...
- La symbolique pirate ( les fanions, le Jolly Roger et la signification des drapeaux)
- L'archétype du pirate (jambe de bois, borgne, boucles d'oreilles... )
- Les récits qui parodient les pirates, mettent en scène des pirates (comparer ces différentes représentations de pirates)
- Le commerce en mer et les lieux importants du commerce maritime (Bristol, Lorient, La Rochelle voyaient débarquer les marchandises, embarquer les pacotilles).
- Les manufactures (les sucreries à la Martinique)
- Établir un lien entre la lecture de récits historiques sur les pirates et les mathématiques :
Relever dans les récits les unités de mesure rencontrées : à partir de l'époque moderne, les échanges accélérés de nouveaux produits originaires des empires coloniaux font apparaître de nouveaux besoins mathématiques : pour mesurer, compter, échanger, on a besoin d'utiliser de nouveaux termes de mesure (brasse, coudée, lieue, empan, mille, tonneau... ), de nouvelles monnaies (écu, ducat, liard, denier...).
Noter simplement leur nom et la page de la trouvaille. Puis, à la BCD ou en classe, vérifier dans la collecte générale ce qui relève bien de l'unité de mesure.

Un auteur en particulier    

Stevenson et L'île au trésor
Né en 1850 en Ecosse à Edimbourg, Robert Louis Stevenson, de santé fragile ne resta pas dans cette ville humide et glacée et préféra vivre sous des climats plus doux, dans le sud de la France et dans les îles des mers du sud.
L'île au trésor est sa première œuvre importante, écrite en 1881, elle fut d'abord destinée aux enfants et parut sous forme de feuilleton dans la revue Young Folks , sous le pseudonyme de « Captain John North » . Deux ans plus tard, le récit fut publié en un volume qui connut un succès énorme. Durant cette période, Stevenson qui avait toujours adoré les voyages, partit pour les mers du sud. Il visita les Marquises, Tahiti, Hawaii, Honolulu... Il trouva son paradis dans les îles Samoa, en Polynésie. C'est là qu'il vécut les derniers jours de sa courte vie. Il mourut en 1894 à l'âge de 44 ans et y est enterré.

Dans l'Art d'écrire, Stevenson raconte à quel point la carte imaginaire de l'île au trésor fut importante dans la genèse de son roman : la longitude et la latitude nous indiquent seulement qu'elle est située dans les Antilles.
Lire L'île au trésor dans différentes éditions que l'on pourra croiser avec les différences relevées avec les films que l'on pourra regarder.

Un ouvrage en particulier   

Deux graines de cacaoDeux graines de cacao
Évelyne Brisou-Pellen
Hachette 2001

C'est un ouvrage complexe, résistant, qui aborde plusieurs thèmes. Les enseignants peuvent faire le choix de n'en lire qu'une partie.
Au début de l'histoire, le personnage principal, un garçon de douze ans, découvre un secret de famille qui l'éclaire sur ses origines. Il monte sur un navire qui se révèle être un négrier qui se dirige, contrairement à son attente, vers l'île de Gorée, au large de l'Afrique, pour y embarquer des esclaves.
Un collègue a choisi de sensibiliser les élèves au thème à partir de la série des Barbe-Rouge, puis d'effectuer une lecture à voix haute du chapitre 9 de Deux graines de cacao (découverte par l'enfant de la vraie nature du bateau sur lequel il s'est embarqué). Les élèves ont ensuite travaillé sur deux chapitres du livre (11 et 12) dans le cadre du projet en classe.
Ils avaient pour consigne de relever tous les personnages présents sur ce bateau en repérant leur nom, leur travail ou leur activité, la raison de leur présence sur le navire. Les recherches complémentaires en BCD aident à comprendre certains métiers peu connus des enfants, tels que, par exemple, charpentier.
Après avoir listé les différents personnages, la seconde consigne fut de repérer ceux qui, dans l'histoire, sont d'accord avec les actes du capitaine, ceux qui ne le sont pas, qui le disent ou le montrent par leur attitude, et ceux qui sont indifférents.

Mise en place d'un contrat de lecture   

Dans une autre classe, l'enseignant a proposé un contrat de lecture à partir de livres dont le sujet (l'esclavage) se croisait avec celui de Deux graines de cacao. Il s'agissait d'une "lecture post-it" : lire les deux passages indiqués par un post-it et, par deux, présenter sa lecture aux autres élèves. Montrer en quoi les morceaux choisis sont en rapport avec le thème de l'esclavage.
Après la lecture du corpus par les différents groupes, des discussions se sont installées au sein de la classe. Les élèves ont échangé, comparé. Le maître a ensuite proposé un classement chronologique des ouvrages.
voir le corpus proposé sur le thème de l'esclavage.

Du point de vue de l'organisation de la classe, comment proposer aux élèves des livres dont certains sont épais, complexes, parfois difficiles à lire ? Choisir un même livre pour toute la classe implique une situation pédagogique difficile, les compétences des lecteurs étant hétérogènes. C'est rarement satisfaisant : certains élèves ont déjà développé des compétences en lecture, d'autres sont en train de les développer avec l'aide du maître, d'autres ne sont pas intéressés par le thème...
tableau Il est donc intéressant d'organiser la classe, qui devient un lieu central de vie, en mettant en place un contrat de lecture.
Il se matérialise sous la forme d'un tableau à double entrée dans lequel les élèves viennent écrire leur nom. L'enseignant choisit des ouvrages suffisamment différents dans leur forme (plus ou moins complexes, avec ou sans illustrations, romans, nouvelles, autobiographies, albums... ). L'un des objectifs est de développer chez les élèves la polyvalence de lecture, de les aider à s'adapter à la lecture de tous les types d'écrits.
Les couvertures des différents livres sont numérisées ou photocopiées, et collées sur la première ligne du tableau. Lorsque les enfants rendent les livres, ils doivent coller un avis (on se met d'accord au préalable sur le code qui peut être un dessin, une note, un signe...) afin d'évaluer pour chacun la qualité du plaisir qu'on a eu (ou non) à lire ce livre.

Ce travail peut se réaliser sur un temps assez long, par exemple entre deux périodes de vacances. Le tableau va aider l'enseignant à lancer des débats, lorsque les avis sur les livres sont différents. Les enfants ont la parole, l'un après l'autre et doivent s'écouter, argumenter, développer des compétences de maîtrise de la langue et de citoyenneté.
L'organisation matérielle de la classe doit être en rapport avec l'activité et lors des moments de débats, les enfants sont regroupés de façon à pouvoir discuter et échanger.
Il faut habituer les enfants à profiter de chaque instant, entre deux activités pour lire, à la maison comme à l'école. La lecture devient rituelle.
Le premier objectif du contrat de lecture est "d'entrer dans la bande des lecteurs". Certains élèves vont lire beaucoup de livres, d'autres peu ; l'important est de progresser dans la quantité par rapport à soi-même. L'enseignant est là pour aider à la compréhension de certains passages, débloquer, aider à franchir une étape difficile dans le texte, travailler certains passages. Par exemple, dans une série telle que Barbe-Rouge le pirate, il peut revenir sur les relations entre les personnages principaux, les lieux géographiques, les aventures, les thématiques récurrentes, même si tous les livres n'ont pas encore été lus par tous les enfants.
Pour travailler sur la mise en réseau de ces livres, il va ensuite s'agir, pour les élèves, de repérer les points communs et les différences entre ces ouvrages variés. Les thématiques dégagées pourront servir de points de départ à des activités transdisciplinaires.
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Le récit historique   

Michel Peltier utilise le terme de récits historiques car il permet de regrouper aussi bien des albums que des recueils de nouvelles, des romans épistolaires, des romans d'aventures, des romans policiers, des autobiographies vraies ou fictionnelles, des adaptations de films, des bandes dessinées... Ces récits historiques constituent une offre de lecture importante pour les élèves, puisque Michel a répertorié quatre à cinq mille titres du genre. L'offre étant large, les enfants ont d'autant plus de liberté pour entrer d'une façon différenciée dans ces récits. Le rôle de médiateur du maître est primordial.
Qu'est-ce qu'un récit historique ?
C'est une évocation du passé à travers une fiction, une passionnante plongée dans le passé, à condition que l'auteur soit suffisamment respectueux des faits historiques. Une des premières questions qu'on peut se poser à propos du récit historique est le problème de la véracité du contenu. Mais la lecture des documentaires est souvent difficile et la fiction permet d'aborder plus aisément certaines thématiques.
On peut s'attacher avec les élèves à chercher dans ces fictions, en les mettant en réseau, ce qui est plausible, anachronique, impossible... La rencontre avec des auteurs de récits historiques est rassurante. En effet, ceux-ci s'appuient souvent sur des documentaires écrits par des scientifiques ou des historiens.
Par exemple, Anne-Marie Desplat-Duc effectue des recherches dans les archives de son département pour commencer ses romans. Elle choisit ses personnages principaux à partir d'aventures vécues et construit ensuite son histoire autour.
Brigitte Coppin, pour La route des tempêtes, s'est documentée dans des ouvrages universitaires, et s'est livrée à un véritable travail de détective auprès de professionnels (par exemple les pompiers) pour éviter des détails incohérents, ce qui l'a amenée à modifier certains passages de son écriture première.

Quelques repères historiques...   

Un des premiers romans historiques, Quentin Durward, a été écrit par Walter Scott et beaucoup critiqué à l'époque. On disait de l'auteur qu'il avait "perverti le roman et l'histoire" en osant, en 1898, mettre en scène certains personnages historiques.
Au début du 19ème siècle, les livres, chers, étaient édités en petit nombre, puis avec les progrès de l'imprimerie, les colporteurs les ont fait connaître partout. La prise du pouvoir de la bourgeoisie et le relâchement de la censure ont permis d'écrire l'histoire, alors qu'auparavant il était difficile, voire interdit de mettre en scène un personnage historique, surtout s'il était noble ou s'il s'agissait du roi. Au début du 20ème siècle, la croissance de la presse bon marché a aussi joué un rôle dans l'augmentation de l'écriture d'histoires du passé. La technique de la lecture-feuilleton a permis à de nombreux romans de voir le jour à cette époque.

Quelques spécificités autour du récit historique   

On ne peut pas classifier le récit historique dans un corpus à part, parallèle au roman policier, roman d'amour, roman d'aventures... On peut trouver des récits historiques de façon transversale à tous ces genres. Dans cette offre de lecture, toutes les époques et tous les lieux géographiques peuvent être visités. C'est un vrai travail à proposer aux élèves de dater chaque récit. Parfois, à l'instar de Deux graines de cacao, l'information est donnée dès le début ou en quatrième de couverture. D'autres fois, il faut la chercher, établir des inférences, des recoupements ou même des calculs à partir d'indices plus ou moins évidents. Classer les ouvrages par ordre chronologique en fonction des rois de France, par exemple, peut être une façon de faire comprendre aux élèves la succession et l'enchaînement des événements.

Le roman historique et les héros   

On trouve plusieurs types de héros de récits historiques :
- les héros totalement inventés : les auteurs s'appuient sur des faits, des lieux, des aventures vécues, des capacités scientifiques de l'époque, et créent une histoire de toute pièce, en faisant évoluer le héros en toute liberté dans cette époque.
- utilisation de personnages historiques très connus (par exemple Louis XIV) : dans ce cas, l'imagination et la création littéraire sont limitées car on sait déjà tout sur ce personnage.
- mise en scène de personnages gravitant autour de personnages célèbres (servantes, amis, contemporains de personnages célèbres... )
- utilisation d'un personnage ayant réellement existé, mais dont une période de la vie est mal connue. On va alors lui prêter des aventures imaginaires pendant cette période obscure.

Le point de vue   

Une des difficultés pour les enfants est de se repérer parmi les différents personnages : qui parle, qui est le narrateur, qui est l'auteur... Il faut poser la question systématiquement, rituellement, c'est une aide à la compréhension du texte.
Par exemple, dans Le secret de grand-père de Michael Morpurgo, on peut distinguer, au fur et à mesure de la lecture et des discussions autour de l'histoire, trois grandes parties. Le narrateur change à plusieurs reprises, le point de vue n'est donc pas le même.
Le début du récit historique se passe pendant la guerre de 1914, au milieu des tranchées. Des photos de tranchées présentées aux enfants les aident à comprendre.
Dans la deuxième partie qui se passe à notre époque, le grand-père avoue à son petit-fils qu'il ne sait pas lire. Ce passage est très émouvant et peut faire l'objet d'une lecture par le maître.
Dans la dernière partie, la police de caractères change, le grand-père a appris à lire et raconte à son petit fils, par écrit, un événement de sa vie familiale passée. Ce passage fait référence à la célèbre fable de La Fontaine Le lièvre et la tortue, avec laquelle une mise en réseau sera intéressante à effectuer.
On voit donc que bien que ce roman ne soit pas très gros, il mérite d'être accompagné du point de vue de la compréhension.
Le maître peut trouver toutes sortes d'astuces pour donner envie de lire : ne lire qu'un chapitre d'un livre, présenter un auteur et suggérer les autres titres... La lecture en réseau multiplie les incitations à la lecture.
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La "boîte à idées"   

Des pistes pour lancer des recherches en fonction des périodes historiques

La préhistoire   

Une frise chronologique
Le premier travail est un travail de classification. En effet, les récits sur la préhistoire sont extrêmement nombreux. Le maître consulte des bibliographies, emprunte les livres en bibliothèque...
À partir de ces livres, complétés de manuels scolaires et de documentaires, on définit les trois grandes périodes de la préhistoire (niveau CM2) : la période paléolithique, la période néolithique, l'âge des Métaux. Puis on repère pour chaque livre la période en soulignant les informations données par les auteurs qui permettent de dater l'époque préhistorique (il peut s'agir du début de l'histoire, ou des événements relatés). On va ainsi peu à peu éclairer la connaissance historique des élèves par les récits.
Pour finaliser ce travail, la classe construit une grande frise murale qui va classer tous les récits proposés chronologiquement, dans les trois grandes époques. Cette frise sera accrochée dans la BCD, ou présentée sur le site de l'école, ou dans une publication...
Chaque projet sera ainsi finalisé par une mise en valeur. D'un ensemble très large de livres, les élèves vont prélever certaines informations, les extraire comme un trésor et à la manière d'un orfèvre, les mettre en valeur.

Le dico des animaux
Certains animaux se promènent dans nos récits historiques. On va demander aux enfants de prélever le nom de ces animaux et de les définir (sous forme de dictionnaire, d'exposition à la BCD, fiches pratiques... ). Ce travail permettra de comprendre l'environnement dans lequel les hommes préhistoriques ont évolué (animaux, climat, nature), et d'aborder le thème des changements climatiques.

Les outils, techniques et modes de vie
Dans les récits sur la préhistoire, on va prélever les différents outils utilisés, la manière de s'en servir, s'intéresser au feu, aux matériaux employés... Essayer les technologies employées par les hommes préhistoriques pour les comprendre.

Visiter le site de Lascaux
Peinte et gravée il y a 17000 ans, elle révèle les traces d'un art extrêmement maîtrisé. Cette visite pourra établir un lien entre maîtrise de la langue, arts plastiques et histoire.

La guerre du feu
On pourra comparer différentes éditions de la guerre du feu et s'intéresser aux personnages, aux lieux, à la durée du récit, la technique du feu, les repas...

Rahan
Proposer aux enfants une lecture exploration de la BD Rahan, très présente dans les BCD, afin de cerner ce qui est du registre de la Préhistoire et ce qui ne l'est pas. Rahan, qui défend des valeurs humanistes, vit ses aventures dans un décor préhistorique imaginaire basé très largement sur la réalité mais les auteurs se sont permis de nombreux aménagements. Par exemple, le héros réussit à combattre des tyrannosaures ou des brontosaures, animaux qui avaient disparu des millions d'années avant l'apparition du premier homme. Ce qui nous ouvre de larges pistes de recherches documentaires afin d'aider les lecteurs à comprendre ce qui est impossible. Relever avec les enfants les éléments vrais et les éléments impossibles.

L'Antiquité   

Travailler là encore sur une classification : avant et après -52
Vercingétorix et les Gaulois
Rechercher des livres sur Vercingétorix, chef gaulois devenu le symbole de la résistance à la conquête romaine et César, conquérant romain et historien de la Gaule.
Relever ce qui est vrai ou faux dans Astérix (pastiche ou réalité), rapprocher les noms de lieux et leur signification (Babaorum , Aquarium, Laudanum, Petitbonum...)
Les voyages d'Astérix (René Goscinny, Albert Uderzo - Dargaud) : construire la carte des déplacements.
Observer à travers les histoires les habitations de l'époque gallo-romaine, la vie gauloise, la vie romaine, les Carnutes, le rôle des druides...(Vercingétorix - Bertrand Solet - Pocket 2001 - Diatorix et Marcus - Bertrand Solet - Flammarion), la lutte des différentes classes sociales, l'agitation politique (Complot à Rome - L. Gonzalès 1999)...

L'Égypte antique
Chercher des récits qui se passent dans l'Égypte ancienne, extraire des informations et comparer avec des documentaires de la BCD. Il s'agit de faire découvrir les permanences d'une civilisation. On peut amener un travail sur la découverte par Champollion de la pierre de Rosette.

Le Moyen-Âge  

C'est la période la plus longue de l'Histoire, un millénaire. Les sources sont nombreuses et variées, mais d'autant plus abondantes qu'on se rapproche de la fin de la période. Les auteurs ont suivi exactement la même voie. On peut choisir d'aborder ainsi la connaissance d'une notion, d'une période donnée, d'un personnage, d'un événement.
De nombreux romans racontent les grandes constructions des cathédrales. Penchons-nous avec nos élèves vers la vie de ces apprentis ou de ces commerçants qui vivaient dans les villes autour d'elles, proposons leur une mise en réseau comparative des contenus de ces récits.
Une frise chronologique traitant de la période du Moyen-Âge est présentée dans le numéro 23 de la revue Argos (avril 1999). Chaque numéro de la frise renvoie à une bibliographie, ce qui permet de choisir aisément la période sur laquelle travailler (les Vikings, la guerre de Cent Ans, les Croisades, les châteaux forts...).
 

La galerie des ancêtres fondateurs   

Les Temps modernes possèdent certains personnages fondateurs qui ont inspiré les auteurs qui nous offrent des regards différents selon qu'ils sont rencontrés par leurs ennemis ou leurs alliés.
Relever avec les élèves les éléments contradictoires, établir la carte d'identité de ces personnages (par exemple Léonard de Vinci, Louis XV, Toussaint Louverture... ).
Réfléchir aux raisons pour lesquelles leur souvenir s'est transmis jusqu'à nos jours.

Le 19ème siècle et le travail des enfants   

La soie au bout des doigts. HachetteLes récits relatant le 19ème siècle sont nombreux. C'est également l'occasion de proposer à la lecture certains classiques marquant l'époque (Les Misérables, La case de l'oncle Tom, Sans famille, Poil de carotte...).
Un ensemble de récits permet des recherches pour savoir si les textes publiés dans les manuels scolaires à l'époque de Louis Philippe étaient respectés ou non (Claudine de Lyon, de Marie-Christine Helgerson, La soie au bout des doigts d'Anne-Marie Desplat-Duc...).
Repérer leur âge, leur travail... À partir d'enquêtes dans les lectures, comparer leurs conditions de vie avec celles des élèves d'aujourd'hui. Repérer comment les auteurs ont évoqué les conditions des pauvres gens et l'exploitation des enfants.

 

La Commune de Paris   

La littérature de jeunesse a, comparativement à d'autres époques, peu raconté ces événements. Vous pouvez consulter une bibliographie et les repères historiques pour ce thème sur le site Roglaba, ainsi que dans l'ouvrage Trésors des récits historiques pour la jeunesse (voir les références en bas de page).
On pourra s'attacher à suivre la chronologie des événements, à relever la présence de personnages historiques réels (telle Louise Michel) et établir leur carte d'identité, à relever ce qui est du domaine du récit ou de la vie quotidienne de l'époque.
Un site :
La bibliothèque de l'univertsité Northwestern d'Evanston (Illinois USA) présente 1200 photographies d'origine sur l'épisode historique de la Commune. À visiter pour y repérer les personnages et les lieux rencontrés dans les récits.
visite de la galerie de photos

Le vingtième siècle   

Nous célébrons actuellement des soixantièmes anniversaires, entre autres celui de la rafle du Vel d'hiv.
La mise en réseau de livres sur cette période et cet événement tragique, qui met en jeu tout particulièrement des enfants, est indispensable et intéressant.
L'analyse littéraire portera sur la mise en comparaison des différentes formes de récit, les procédés utilisés pour traduire l'horreur de cet événement, et surtout les effets produits sur le lecteur.
Ce projet conduira à la mise en mémoire, par le détour de la littérature, d'un événement historique bref sur la frise du temps de l'Histoire. Il sera sans aucun doute un travail sur la compréhension de nos valeurs.
Une démarche pédagogique autour de cette mise en réseau est présentée dans un chapitre du nouveau livre de Michel Peltier : Littérature : roman et Histoire (Bordas - 2003).
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En complément...   

De nombreux articles sur l'utilisation des récits historiques figurent dans plusieurs numéros de la revue Argos. En particulier, les pistes sur le Moyen-Âge, les Vikings, les pirates, la Commune...
consulter le catalogue Argos

consulter la bibliographie des ouvrages écrits par Michel Peltier

Sur le site Roglaba, dans la rubrique "livres" alimentée par Michel Peltier, vous pouvez retrouver des bibliographies qui correspondent à certaines pistes de la "boîte à idées" :
la préhistoire
autour de Vercingétorix
la Gaule romaine après -52
le Moyen-Âge
la Commune
littérature de jeunesse et histoire

Compte rendu rédigé et mis en ligne par Chantal Bouguennec le 29/01/2004

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