CRDP académie de Créteil - Centre ressources littérature de jeunesse

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Les récits en "Je" au cycle 3

CRDP
mercredi 29 novembre 2006

Intervenante : Arlette Weber, conseillère pédagogique

Les récits en je. IllustrationArlette Weber, conseillère pédagogique, nous présente des pistes d'activités pour mettre en place un travail de mise en réseau au cycle 3 autour de la thématique de l'écriture à la première personne. L'objectif principal de ce travail est de rendre la lecture de la littérature plus compréhensible et plus accessible aux élèves, en particulier le rapport entre auteur, narrateur, personnage, lecteur.
La valise sera constituée par l'enseignant avec l'aide des bibliothèques et des médiathèques (BM, CRDP, atelier du livre, BCD, livres personnels... ) et complétée par la suite avec les livres apportés par les enfants. Cette séquence s'étalera sur quatre  ou cinq semaines à raison de quatre à cinq séances par semaine.

Déroulement de la séquence :
Les séances porteront en alternance sur :
- un travail sur la mise en réseau par rapport à l'entrée choisie et l'observation réfléchie de la langue
- la lecture magistrale
- l'écriture
- la lecture silencieuse
- le débat oral
- la lecture approfondie d'un roman

Les livres cités dans la fiche sont référencés dans la bibliographie associée.
Propositions bibliographiques

Mise en réseau et observation réfléchie de la langue

Découverte de la thématique

La valise de livres reste en moyenne de trois à cinq semaines dans la classe et les enfants ont la possibilité d'emprunter ces livres pour les lire à la maison. Lorsque la thématique de la mise en réseau aura été découverte, l'enseignant acceptera également des livres que les enfants apporteront de chez eux, sur le thème. En effet, si l'école se doit d'apporter des livres peu connus, que les enfants ne possèdent pas chez eux, qu'on n'achète pas en grande surface, elle ne doit pas non plus établir une barrière entre la culture que l'on souhaite apporter aux enfants et celle qu'ils possèdent déjà.
Les livres apportés par les enfants seront donc intégrés au travail mis en place pendant quelques semaines.
La valise reste dans la classe et l'enseignant en explique la provenance aux enfants (BCD, bibliothèque municipale...). Les élèves savent qu'ils auront le temps de voir tous les livres, de prendre le temps de lire ceux qu'ils souhaitent lire. Il est nécessaire d'avoir un tiers de livres en plus que d'élèves dans la classe, sachant que la valise va s'alimenter de livres apportés par les enfants.

Lors de la première séance, l'enseignant demandera aux élèves de feuilleter les livres par petits groupes pour en chercher le point commun. Un tour de table va permettre de voir si la thématique trouvée est la même pour tous les groupes. Il est probable que non.
On continuera à comparer les réponses jusqu'à ce que certains élèves découvrent que tous les livres sont écrits en "je". Les autres vérifieront alors que leur livre est également écrit à la première personne. Cet objectif doit être atteint assez rapidement (1/4 d'heure).

Il ne s'agit pas à ce stade de se plonger profondément dans le livre mais de prendre des indices de lecture dans le titre, dans la quatrième de couverture, dans les titres de chapitres, dans quelques pages... éventuellement, lire le premier chapitre qui indique souvent, dans un roman, la façon dont le livre est écrit.
Moi et rien. L'école des loisirs. PastelLorsqu'il est établi que tous les livres sont écrits à la première personne, une synthèse permet à chacun de dire s'il a trouvé l'indication dans le titre, la quatrième de couverture ou l'écriture du premier chapitre.
Quelques exemples à partir du titre :
- Comment j'ai changé ma vie (utilisation du pronom "je")
- Moi et rien (pronom "moi")
- Oma, ma grand-mère à moi (pronom "moi")
- J'étais un rat (pronom "je")

Quelques exemples à partir de la quatrième de couverture :
- Le buveur d'encre ("Je suis bien caché...")
- Magasin Zin Zin ("Savez-vous, Mademoiselle, que j'ai dans mon Magasin Zin Zin, l'écharde qui jadis...")
- Ba ("Je ne comprenais qu'à moitié. J'étais faible et fiévreuse...")
- Le secret de grand-père ("Mes parents n'ont jamais vraiment aimé la vie à la ferme...")
A l'occasion de cette activité, l'enseignant pourra se rendre compte si les enfants comprennent le contenu de la quatrième de couverture et son utilité (résumé, extrait...). Ce sera également l'occasion de faire lire oralement chacun.

Il faut parfois chercher l'indice dans le premier chapitre du livre, dans la première phrase ou encore plus loin.
Parfois le "je" est implicite : dans Grand-père, un enfant raconte l'histoire de son grand-père de son point de vue et c'est le "nous" de la première page qui le fait comprendre ("Il l'avait toujours évoquée devant nous").

À ce stade, on va donc pouvoir lister les éléments qui indiquent l'écriture en "je" (pronom personnel, adjectif possessif...) Sans entrer dans la grammaire de façon précise pour ne pas dénaturer le texte littéraire, on peut pointer le lien entre l'écriture et la grammaire. Ce type d'observation est très important. En effet, les faibles lecteurs rencontrent souvent des difficultés dans la compréhension du "je", "nous", "il"... et ne perçoivent donc pas alors l'enjeu de l'écriture.

Les différents types d'écrits

À travers ce travail, les élèves vont découvrir tous les types d'écrits à la première personne. L'enseignant va leur demander en lisant rapidement, en feuilletant, de classer les livres en fonction de différents types d'écrits qui ont un statut bien particulier.
Quelques exemples :
Grand-père. Circonflexe- journal intime (Le type, Mon Je-me-parle). Le journal présente souvent un ordre chronologique mis en évidence par les dates.
- pensées, réflexions intimes ou philosophiques (Nuit d'orage, Les mots du manœuvre, Le type)
- mémoire, témoignage historique (Grand-père)
- carnet de voyage, notes de voyage, récit de voyage (Lettres des Isles Girafines, Les derniers géants, Le petit navigateur illustré)
- échanges épistolaires (Lettres de l'écureuil à la fourmi)
-
dialogue (dans Dis-moi, le "je" est tantôt celui de l'enfant, tantôt celui de la mère)
-
récit de vie à la première personne (Le roi du jazz, Demain les fleurs, Léon...)
-
inclassables

On se rend compte à l'occasion de ce travail que certains ouvrages sont particulièrement difficiles à classer : Les mots du manœuvre sont des pensées personnelles poétiques qui décrivent un métier, les Lettres des Isles Girafines sont un carnet de voyage qui prend la forme épistolaire,
Magasin Zin Zin, autre ouvrage de pensées poétiques, commence comme une lettre mais n'attend aucune réponse...

À la fin de cette séance, les enfants auront listé les différents types d'écrits, auront classé certains livres, auront discuté sur d'autres. Le plus important n'est pas de fixer les ouvrages dans une catégorie sans se tromper, mais de réfléchir, comparer, discuter. Ce genre de travail se pratique dans une ambiance de classe basée sur la confiance. Pendant les quatre semaines de la séquence, l'enseignant va également lire les livres et échanger avec les enfants. Ceux-ci auront envie d'aller chercher des informations dans tous les livres de la valise et de les lire.

Classement au sein des récits de vie à la première personne

Cette séance est consacrée à l'étude du rapport auteur / narrateur / personnage principal.
L’auteur est identifié par son nom et prénom en première de couverture.
À partir des livres regroupés à la séance précédente dans la catégorie "récits de vie à la première personne", l'enseignant va proposer aux élèves d'effectuer un nouveau classement :
- autobiographie (Le journal d'Anne Frank, Léon) : les trois "je" se confondent (auteur, narrateur et personnage)
- autobiographie fictionnelle ou fausse autobiographie : l'auteur est différent du narrateur mais narrateur et personnage sont confondus et le récit rend compte d'une partie de l'Histoire (Otto, Little Lou, Loup rouge)
- récit de vie : le narrateur parle à la première personne et raconte l'histoire de quelqu'un d'autre (Grand-père, Le secret de grand père... )
- les récits en "je" le narrateur parle à la première personne et raconte une histoire dont il est ou non le héros (Le hollandais sans peine, Mon cygne argenté, Trèfle d'or... )

Léon posera peut-être problème aux enseignants de cycle 3 à la lecture du résumé du document d'accompagnement pour la littérature au cycle 3. En effet, la notice précise qu'il s'agit d'un récit de vie rédigé par une auteure-illustratrice à partir d'enregistrements de Léon Walter Tillage qui lui a fait oralement le récit de sa vie. On serait donc en présence d'une autobiographie fictive ou plus généralement d'un récit de vie ; pourtant, lorsqu'on a le livre en mains, tout laisse à penser qu'il s'agit d'une autobiographie réelle. En fait, Susan L.Roth a écrit le récit en veillant à être la plus fidèle possible à la parole de son interlocuteur. Il sera de toute façon intéressant de se poser ces questions avec les enfants et éventuellement d'en rechercher les réponses en s'adressant à l'auteur lui-même ou à son éditeur.

Étude complète et approfondie d'un roman

Les Chemins de la littérature au cycle 3. CRDP CréteilDans l'ouvrage Les chemins de la littérature au cycle 3, Pierrette Slama, professeur à l'IUFM de Créteil consacre un chapitre à l'étude de l'écriture en "je" à partir de la lecture complète et approfondie de plusieurs romans et albums de la liste ministérielle pour le cycle 3. Les entrées choisies sont celles du journal intime (à partir de Mon Je-me-parle de Ginette Hoffmann), de l'autobiographie réelle (à partir de Léon de Léon Walter Tillage), de l'autobiographie fictionnelle (à partir de Otto, autobiographie d'un ours en peluche de Tomi Ungerer et Loup rouge de Friedrich Karl Waechter).

Les chemins de la littérature au cycle 3
sous la direction de Marie-Luce Gion
SCÉRÉN-CRDP de l'académie de Créteil
2003

Classement en fonction du destinataire

La séance suivante aura pour objectif de classer les livres en fonction du destinataire de l'écrit  :
- écrire ses pensées, pas de destinataire
Carnet de pensées, journal intime, poésie...

Dans Lettres des Isles Girafines, le destinataire est virtuel et le narrateur n'attend pas de réponse, il écrit ses pensées et au cours des lettres, la relation évolue entre le destinataire et le narrateur. Il s'agit de pensées sous forme de lettres. Il est important de le montrer aux enfants. Lorsqu'ils retrouveront au lycée Les Lettres Persanes, les Correspondances de Madame de Sévigné, ils reconnaîtront les pensées sous forme de lettres.

- se souvenir (pour soi ou pour un éventuel destinataire)
Lettres de l'écureuil à la fourmi.  Albin Michelcarnet de voyage, journal de bord, critique

- échanger avec un destinataire
la correspondance (récit épistolaire).
Montrer aux élèves qu'il peut y avoir échanges entre deux (Frérot Frangin), ou plusieurs personnages (Lettres de l'écureuil à la fourmi).

- transmettre, raconter à …
autobiographie, récit à la première personne

La structure narrative de certains ouvrages en particulier peut provoquer des difficultés de compréhension pour les élèves. Par exemple :
- Les changements de point de vue : plusieurs « je » différents (L’enfant océan)
- Le récit dans le récit (Le secret de grand père)
- Le dialogue (Dis-moi)

Certains livres, cette fois encore, resteront inclassables. C'est en se posant des questions, en réfléchissant, que les enfants vont apprendre à cerner la thématique de l'écriture en "je", et la comprendre de plus en plus finement. On leur laissera le choix de changer ou non de livres entre chaque séance. Pour certains livres, des prises d'indices rapides suffisent, parfois il sera nécessaire d'entrer plus profondément à l'intérieur du livre pour pouvoir le classer. Cette séance est difficile et les enfants procèderont sans doute par tâtonnements. D'autre part, souvent il n'existe pas de vérité dans les réponses. L'intérêt est de lire les livres, d'avoir envie d'en discuter.

À la fin de cette séance, les enfants devraient parvenir à différencier auteur, narrateur et héros.

Les ouvrages présentés lors de cette animation font partie pour la plupart des livres de la liste ministérielle pour le cycle 3, mais des livres de tous niveaux d'âge peuvent être écrits en "je". Même à des enfants de cycle 3, on peut présenter des livres pour tout-petits s'ils entrent dans la thématique (Maman était petite avant d'être grande). Les élèves d'élémentaire ont en général beaucoup de plaisir à retrouver des livres qu'ils ont connus en maternelle. Il sera d'autant plus intéressant de faire les liens entre thème, illustration, écriture et littérature, comparer ce qu'on ressent quand on est petit et ce qu'on comprend quand on est grand.

 
Le secret de grand-père. GallimardObservation réfléchie de la langue

Un livre de littérature est écrit pour le plaisir d'être lu et il est dommage de l'utiliser directement pour faire de l'observation réfléchie de la langue, et de la grammaire. Il est donc préférable de partir de phrases construites exprès pour ces activités. Pourtant certains réseaux de littérature sont appropriés pour réfléchir à la construction de la langue et l'écriture à la première personne en fait partie.

On peut imaginer par exemple, à partir d'un court passage d'un roman tel que Le secret de grand-père, remplacer "je" par "il" et comparer l'effet produit sur le sens, et sur le côté littéraire.

Exemple d'extrait à transposer
Le secret de grand-père
Michael Morpurgo - Gallimard jeunesse
à partir de ... Il y a un vieux tracteur Fordson vert, toujours recouvert de sacs de blé, au fond de la grange de grand-père. Quand j’étais petit, j’avais l’habitude d’aller là... jusqu'à : J’avais toujours senti que mes parents avaient un peu honte de Grand-père et de ses attitudes vieux jeu... ]

Cette activité donne l'occasion d'un travail sur le pronom personnel, l'accord du verbe... Sur le plan grammatical, la transposition est tout à fait possible, mais sur le plan littéraire, on se rend compte que le passage devient insupportable car tous les "ils" se confondent. On aborde alors la nécessité d'utiliser des anaphores (tout ce qui peut remplacer le pronom personnel). La compréhension des anaphores est la plus grande difficulté des enfants en échec de lecture et ce type de travail sur la langue se justifie donc si l'on travaille sur l'écriture à la première personne, en pointant les difficultés et la nécessité d'être précis sur le personnage qui parle.

La lecture magistrale

Remettre à l'honneur un livre lu par épisodes par l'enseignant est important : cette activité permet de donner goût à la lecture, de mettre en place des constats par rapport à texte commun, de formuler des hypothèses sur la suite.
L'enseignant peut avoir choisi le livre au préalable parmi les livres de la valise ou parmi ses livres personnels, à condition qu'il réponde au thème de la mise en réseau.
L'enfant océan de Jean-Claude Mourlevat est particulièrement intéressant à lire magistralement au cycle 3. Il va permettre :
- d'identifier qui est "je" à chaque épisode (à chaque chapitre, une personne différente raconte l'histoire en "je" : le "je" du premier chapitre est celui de l'assistante sociale ; celui du deuxième chapitre est celui de la mère...)
- d'aborder les notions de "point de vue", référence au conte (Le Petit Poucet), transposition dans le temps
- d'imaginer différentes fins possibles.

L'écriture

Tout travail de lecture gagne à s'articuler avec un travail d'écriture. Pour le mener à bien les élèves devront aller puiser dans ce qu'ils auront découvert dans les lectures ; plus ils auront affiné les critères, plus ils seront à même de les utiliser pour écrire.

Qui est "je", qui est "tu", qui est "il" ?

L'enfant Océan. Pocket jeunesseÀ partir des mêmes livres ou à partir de livres différents, l'enseignant va proposer aux enfants de s'intéresser non plus au narrateur ou au destinataire mais au personnage. Qui est le personnage qui parle à la première personne ? Comment se décrit-il ? De quelle façon arrive-t-on à le connaître mieux ?
Pour cette séance, les enfants sont obligés d'entrer en profondeur dans les livres ; ils devront donc soit les emprunter pour les lire à la maison, soit travailler en classe sur des livres courts.

Quelques exemples d'activités (CM2) :
- Faire le portrait ou l'autoportrait du personnage principal. On obtiendra deux sortes de portraits :
- un portrait objectif rédigé en fonction de ce que le personnage dit de lui : ce qui est sûr, ce qui est écrit (il est brun, c'est un garçon, il a un frère...)
- un portrait plus subjectif en fonction des ses actions, des sentiments qu'il exprime, du regard que portent sur lui les autres personnages (il est gentil, courageux... ) Dans ce cas, c'est le lecteur qui pense que...
On pourra différencier les deux portraits par des colonnes, des couleurs différentes, des dessins... Le lecteur devient à son tour écrivain pour faire l'autoportrait du personnage principal en dessin et en écriture en distinguant bien ce qui est objectif et subjectif. Se représenter les personnages, les imaginer, se les approprier, c'est bien "entrer en littérature", comprendre qu'il existe des éléments écrits sur lesquels on ne peut pas transiger, et des éléments qu'on peut s'imaginer en tant que lecteur.

Le caractère du petit Yann, par exemple, personnage principal de L'enfant océan, sera particulièrement subtil à découvrir. En effet, vu par sa mère, il n'est qu'un "affreux jojo" stupide, vu par son grand frère, c'est le petit être fragile qui doit être protégé, et vu à travers ce qu'il fait, c'est le plus dégourdi, le plus malin... c'est le petit Poucet.

Après avoir fait le portrait du personnage qui parle, on demandera aux enfants de faire le portrait des autres personnages du récit. Dans cette phase d'écriture, l'élève passera donc de l'écriture en "je" à l'écriture en "il".

Des supports d'écriture en "je"

Il est intéressant de proposer aux enfants d'autres supports que le cahier ; par exemple, réaliser des fiches qui pourront un jour être suspendues pour devenir la forêt des personnages des livres qu'on a lus, ou placées dans des boîtes pour être retrouvées au besoin et faire se rencontrer les personnages au cours d'une autre activité d'écriture.
Il est préférable que l'écriture aboutisse à une construction collective, plutôt qu'à un travail individuel noté et corrigé. Ce qui n'empêche pas l' évaluation. Celle-ci pourra s'effectuer à travers la comparaison des notes de lecture de deux lecteurs différents : les éléments objectifs seront sans doute semblables, les éléments subjectifs seront différents mais chacun a le droit de percevoir les personnages différemment.

Création d'un carnet de voyage imaginaire

Proposer des travaux d'écrits courts permet à tous les enfants d'écrire sans être effayés par la quantité de pages à couvrir. L'enseignant va proposer aux enfants de fabriquer un vrai carnet de voyage sur un support très petit (agraffer de petites pages et intituler ce support "carnet de voyage").
Soit l'enfant décrit un voyage (ou une sortie) réellement effectué, en rédigeant à la première personne, soit il choisit de se transporter dans un pays qu'il ne connaît pas, ou un pays imaginaire. Il va associer, comme dans un carnet de voyage du texte, des photos, des dessins...
Ce travail d'écriture va servir à mobiliser ce qu'on a découvert dans les livres : le droit d'écrire sa propre histoire, ou une histoire réaliste qui pourrait être son histoire, ou une histoire totalement fictionnelle complètement inventée.
À la fin de ce travail, on pourra réaliser une exposition de tous les carnets de voyage et chacun ira lire les carnets des autres. Il faudra sans doute passer par des étapes de "brouillon" avant la réalisation finale. La forme sera corrigée par l'enseignant.

Création d'un carnet de pensées

Tout le monde se pose des questions existentielles et on peut proposer aux enfants de les écrire sur des supports originaux, par exemple sur des cartons de couleurs présentés dans une petite boîte. S'il s'agit de pensées intimes, l'enfant aura le choix de les partager ou non.

Les échanges épistolaires

Le gentil facteur ou lettres à des gens célèbres. Albin Michel jeunesseLes échanges épistolaires sont également un bon support d'écriture en "je". Il est sans doute plus passionnant de rédiger des lettres à un vrai destinataire (le maire, un auteur) dont on attendra la réponse, mais on peut aussi mettre en place des échanges fictifs. Par exemple, choisir dans la boîte de portraits deux personnages imaginaires des livres lus, qui ne se sont jamais rencontrés, et leur faire échanger des lettres. Chaque personnage va raconter à l'autre qui il est dans son livre et dans son histoire.
On peut aussi proposer qu'un héros écrive à l'auteur pour lui dire s'il est content ou non de la façon dont cet auteur le décrit ou le fait agir. Par exemple, imaginer la lettre du Petit Chaperon rouge à Charles Perrault pour lui reprocher la fin de l'histoire ou lui suggérer une autre fin. Les enfants rédigent un texte en "je" en s'identifiant au Petit Chaperon Rouge.
Dans le cadre de cette mise en réseau, ces échanges fictifs sont tout à fait appropriés et Le gentil facteur ou lettres à des gens célèbres semble un bon point de départ pour mettre en place ce type d'activité.

Autres exemples d'écrits courts

- L'histoire du chat botté, rédigée à la première personne, vue du côté du chat.
- Un imagier articulé à partir d'œuvres d'art : l'enfant rédige une autodescription du tableau d'un artiste, associée à un tableau. Le carnet, relié par une spirale et découpé en deux parties présentera d'un côté les descriptions, de l'autre les œuvres. Le jeu consiste à retrouver le tableau décrit par le texte. Ces écrits courts vont permettre à l'enfant d'écrire à la première personne en s'impliquant dans l'œuvre artiste.

Travaux d'élèves. Champigny-Joliot Curie

 

- Rédiger son autobiographie à un moment donné de sa vie d'enfant ; le narrateur est alors bien l'auteur.
- Rédiger une autobiographie fictive en imaginant être quelqu'un d'autre, personne ou même objet ( "je suis Toto le train électrique ; je suis arrivé chez Pierre pour Noël... ") Le narrateur sera alors différent de l'auteur.

Pour être mieux comprises ces notions compliquées seront abordées d'abord en les précisant à la lecture des livres, puis en passant par l'écriture.

Le carnet de lecture personnel

Le carnet de lecture est un outil personnel auquel on ne donnera pas une forme scolaire (cahier, A4…). Il serait intéressant de montrer aux élèves l’importance de garder un souvenir des livres lus (liste) et une trace plus forte de ceux que l’on a beaucoup aimés ou détestés. Dans l'idéal, ce carnet pourrait suivre les enfants tout au long de leur scolarité, ou même de leur vie...
Après discussion collective, on établit une fiche méthodologique pour aider les élèves à dire pourquoi on aime ou pas un livre (les personnages, l’action, l’écriture, l’illustration, la fin, l’intrigue, les caractères des personnages… ). L'enfant rédige des commentaires en s'impliquant personnellement, à la première personne, pour les livres qui l'ont touché. Il est très important d'être capable de mettre en mots les raisons pour lesquelles on n'aime pas un livre. Le désaccord doit passer par le langage et notre rôle d'éducateur est de l'apprendre aux enfants.
Les traces laissées pour ces livres peuvent être un résumé, un avis, un dessin, des phrases recopiées… Ce ne sera surtout pas la fiche de lecture évaluée ou notée. L'enseignant ne le lit que si l'enfant le demande et l'y invite. Dans ce cas, il aura le devoir d'en corriger la forme pour ne pas laisser les erreurs d'orthographe.
Les élèves pourront également garder des traces des auteurs et illustrateurs qui les ont touchés à travers des fiches biographiques.
Ce travail permet de construire la culture littéraire.

La lecture silencieuse

Dans les différentes séances mises en place, un temps systématique de lecture silencieuse des livres de la valise permet à certains élèves d'entrer dans la lecture. Chacun, enseignant compris, est plongé dans la lecture de son livre, dans le calme, à son rythme personnel. Cette activité est à pratiquer régulièrement (une fois par semaine).
Au début, les enfants qui ne sont pas habitués à ces moments de silence sont mal à l'aise. Les premières séances ne dureront donc que cinq ou dix minutes. Puis les enfants y prendront goût et deviendront demandeurs de l'activité.

Le débat oral

Un autre temps à instaurer est celui du débat oral, un temps systématique pendant lequel on va parler des livres qu'on a lus. Ce sera l'occasion de sortir le carnet de lecture qui servira de mémoire.

Ces moments de discussion collective autour des différents fils rouges vont permettre de :
- comparer et accepter les choix et le rythme de lecture de chacun
- faire apparaître les manières de comprendre l'explicite et l'implicite du texte
- interpréter
- argumenter et justifier ses choix, ses avis

- Le tableau de lecture
Dans un tableau à double entrée, l'avis des élèves sur les livres lus pourra être codé en fonction du choix du groupe classe : cœur, note, tête de personne…

Noms des élèves / Titres des livres Titre du livre Titre du livre Titre du livre Titre du livre
Élève
 
avis avis ... ...
Élève
 
avis ... ... ...
Élève
 
... ... ... ...

Ce tableau servira de base de discussion :
- des livres aimés par certains et pas par d’autres
- des livres abandonnés
- des livres choisi et des livres non choisis
- pourquoi certains élèves lisent-ils beaucoup et d’autres peu...

- Le planisphère et la frise chronologique sur un mur de la classe seront des outils indispensables pour accompagner et situer les lectures dans l'espace et dans le temps. L'histoire se déroule-t-elle au Moyen-âge, pendant les guerres de religions, à notre époque, dans le futur, en France, en Europe... ? Les élèves écriront le titre du livre sur un post-it et le placeront sur le planisphère ou la ligne du temps. Des post-it de deux couleurs différentes pourront être utilisés selon que le lecteur est sûr de son information ou bien qu'il formule une hypothèse. Si les mêmes titres sont placés à des endroits différents, une discussion et une argumentation seront nécessaires. Lors du débat oral on pourra demander à chacun d'expliquer son choix (information explicite, déduction ou supposition).
Ces informations trouvées dans les lectures seront éventuellement reprises en histoire, en géographie.

Conclusion et prolongements

Les valises pour travailler en réseau doivent contenir tous les genres littéraires. Il ne faut pas oublier la bande dessinée qui apparaît peu dans ce compte rendu mais qui peut trouver sa place dans les livres de la valise. La polyphonie mise en valeur par les bulles ne signifie pas qu'il n'y a pas de narrateur.
Cette mise en réseau des livres écrits à la première personne va permettre aux élèves de comprendre :
- l’utilisation des anaphores
- le rapport entre l’auteur, le narrateur et le lecteur
- le processus d’identification du lecteur
- la frontière très sensible entre fiction et réalité(réalisme)
- le point de vue de celui qui parle
- le traitement de la temporalité (le temps de la narration/le temps de l’histoire)
- le rapport aux autres, les questions existentielles…

Si la classe parvient à effectuer quatre mises en réseau différentes dans l'année, les enfants auront lu un grand nombre de livres, même dans les milieux où ils sont en difficultés de lecture.

Des pistes pour compléter le sujet de cette animation :
Sur Télémaque :
vers la notion de point de vue
du carnet de voyage au récit de voyage
Sur le site de l'Université de Lille 3 :
le journal intime dans la littérature de jeunesse

Propositions bibliographiques

Compte rendu rédigé et mis en ligne par Chantal Bouguennec le 12/12/2006

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