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Théâtre et littérature de jeunesse

CRDP
mercredi 20 avril  2005

Intervenante : Nicole Wells, formatrice IUFM

Nicole Wells. Photo Chantal Bouguennec

Aujourd'hui professeur à l'IUFM de l'académie de Créteil, Nicole Wells a mené de nombreuses expériences d'écriture créative en classes de lycée. Elle est chargée de l'enseignement artistique «Théâtre et écriture», auprès des professeurs des écoles stagiaires de seconde année.

Nicole Wells propose ici quelques pistes pour mettre en place une pratique théâtrale à l'école, à partir de textes littéraires. Basé sur une entrée "textes de théâtre", le travail décrit ne présente pas une plongée directe dans l'activité théâtrale de mise en jeu, Nicole Wells ne souhaitant pas balayer l'ensemble des activités possibles en si peu de temps.

 

Une formation théâtrale à l'IUFM   

À l'IUFM de Créteil, depuis cinq ans, il existe un enseignement de dominantes artistiques de cinquante heures par an dans la formation initiale des enseignants. Parmi ces dominantes artistiques, les élèves peuvent choisir théâtre. Les formateurs se sont donc posé la question de savoir comment donner en cinquante heures des pistes de réflexion à des stagiaires afin de leur donner envie de travailler le théâtre dans leur classe par la suite. Si l'on souhaite qu'un travail de théâtre en classe soit l'occasion d'apprentissages, il est intéressant de commencer une démarche en utilisant non pas des textes de théâtre, mais des textes narratifs, donc de puiser dans des albums ou dans des romans.

Quelques propositions de textes   

La chaise bleue. L'école des loisirsDes albums :
On proposera aux élèves des albums qui présentent des personnages en "tension", avec des énergies qui vont se heurter, bifurquer, des personnages forts individuellement et qui vont se rencontrer. En effet, le théâtre est d'abord action et il doit y avoir rencontre d'énergies.

La chaise bleue de Claude Boujon (C2) : on est en présence d'un objet théâtral (une chaise au milieu du désert), deux personnages qui vont jouer avec cette chaise, et un intrus qui va venir les provoquer et les contrer.

L'heure vide de Anne Herbauts (C2) : la nuit, le crépuscule, le jour, des personnages qui vont se heurter, se rencontrer, se séparer.

Et trois corneilles de Anne Herbauts (C3) : une histoire de création du monde, à partir de laquelle on invente des civilisations et des cultures.

L'enfant Océan. J-C Mourlevat. Pocket juniorDes romans :
L'enfant océan de Jean-Claude Mourlevat : l'errance d'un groupe de sept enfants, sur le chemin entre la ferme du Petit Poucet et la maison de l'ogre, à notre époque.

Les contes et les mythes permettent également aux élèves de retrouver leurs propres questionnements et de les mettre en jeu.
Dans le Petit poucet, le Chaperon rouge, on rencontre des adultes qui vous aiment tellement qu'ils risquent de vous dévorer. Le mythe de Dédale et Icare est un texte qui parle beaucoup aux enfants. L'histoire met en scène un père et un fils qui s'évade du labyrinthe construit par le père grâce à des ailes d'oiseaux. Les enfants sont en général frappés par le fait que si Dédale s'était retourné pour regarder son fils, il aurait vu qu'Icare allait se brûler les ailes en approchant trop du soleil. Ce texte provoque donc chez les élèves un questionnement sur la responsabilité des adultes.

Inventaire de textes de théâtre

Le corpus de textes de théâtre de la liste officielle pour le cycle 3 mérite qu'on s'y intéresse. Si la liste actuelle est établie pour ce cycle, les activités qu'elle permet sont transposables sur d'autres textes pour les autres niveaux. La dernière liste de 2004, beaucoup plus conséquente que celle de 2002, peut bien sûr être complétée. On se rend compte que, à part quelques exceptions, les textes de théâtre édités pour la jeunesse sont très récents
Nicole Wells nous propose par ailleurs des ouvrages de sa propre sélection.

L'eau de la vie, La jeune fille, le diable et le moulin de Olivier Py - L'école des loisirs (théâtre) 1999 - 1995
Acteur, metteur en scène, auteur, Olivier Py travaille dans toutes les directions. Ces deux pièces sont inspirées de deux contes de Grimm : L'eau de jouvence (une histoire d'apprentissage de trois frères), et La jeune fille aux mains coupées (par avidité, un père va vendre sa fille au diable ; elle en aura les mains coupées, mais grâce à cela, elle rencontrera son époux qui fera "repousser" ses mains d'une certaine manière. La pièce d'Olivier Py peut aider à travailler sur des textes narratifs et en particulier les contes.

Le texte narratif avec "tension" est un matériau littéraire riche dans lequel on va "piocher" pour trouver du matériau théâtral ; avec les éléments trouvés, les élèves jouent, et on peut ensuite écrire ce qu'ils ont inventé.
Cela permet aux élèves de "mettre en jeu". Lorsqu'on récupère le texte théâtral, il est intéressant d'aller lire Olivier Py : le premier paragraphe du conte de Grimm lui a donné sa première scène. C'est un guide pour l'enseignant qui veut travailler à partir du texte narratif lorsque les élèves ont inventé un jeu. On se place là dans des transcriptions théâtrales de contes.

 

Des auteurs de théâtre pour la jeunesse  

L'oeuvre de Nathalie Papin   

Mange-moi de Nathalie Papin - L'école des loisirs (théâtre) 1999
C'est l'histoire simple d'un ogre anorexique qui ne supporte plus la chair humaine ; il doit donc manger autre chose, en particulier des paysages, ce qui est dangereux pour l'humanité. Il rencontre une petite fille boulimique, partie sur les routes car on se moquait d'elle. De cette rencontre va naître une amitié qui ne pourra exister que dans la mesure où la petite fille va s'installer à certains moments à l'intérieur du corps de l'ogre. Elle y rencontre des paysages, des musiciens... La principale difficulté de ce texte, si on l'aborde directement, est ce passage du dedans au dehors, qui nécessite une visualisation par le jeu.
Ce texte doit donc être travaillé en jeu d'abord et en lecture par la suite. Certains auteurs mettent en place une oeuvre avec un univers, une langue, des préoccupations, des thèmes de réflexion... Lorsqu'on commence par le jeu (placement du corps, choix d'un lieu dans l'espace...), on modifie la rencontre du texte pour les élèves.

Debout de Nathalie Papin - L'école des loisirs (théâtre) 2000
Un sujet qui intéresse les élèves. Un jeune garçon n'en peut plus de la vie. Un fossoyeur le trouve un matin dans la fosse qu'il est en train Ouvrages de Nathalie Papin. L'école des loisirscreuser. Il va le prendre en charge, le lancer dans l'aventure d'une quête un peu magique et le remettre debout.

Le pays de rien, de Nathalie Papin ( à partir du cycle 2) - L'école des loisirs (théâtre) 2002
Un père a décidé de protéger son royaume de toutes les contaminations possibles en fermant toutes les frontières. L'intrusion d'un personnage va venir semer la panique dans ce pays où rien ne se passe et d'une certaine manière, obliger à ouvrir les frontières.

Yolé tam gué, de Nathalie Papin - L'école des loisirs (théâtre) 2002
Ce texte a été écrit au moment où les guerres ethniques faisaient rage en Afrique. C'est un thème très développé actuellement dans le théâtre pour la jeunesse. Des enfants meurtris par la guerre se regroupent, réagissent pour s'en sortir malgré tout. Dans cette histoire, un groupe d'enfants a tendance à se replier sur lui-même et à ne plus bouger. Si les humains ne bougent plus, ce sont les arbres qui se mettent à marcher. L'un d'entre eux va redonner le sens de la vie, du courage, et de la marche aux enfants perdus par la guerre.

Camino, de Nathalie Papin - L'école des loisirs (théâtre) 2003
Un texte qui permet un travail sur le double (masculin/féminin, corps/esprit). Les deux personnages prennent le relais l'un de l'autre dans une histoire de miroir qui fait écho aux préoccupations des élèves de cycle 3 à un âge où on commence à s'intéresser très fort à sa personne.

L'oeuvre de Jean-Claude Grumberg   

Jean-Claude Grumberg est un auteur de théâtre pour adultes qui s'est mis progressivement à proposer des textes pour la jeunesse. Le Le petit violon. Actes Sud Papiersthéâtre de Grimberg propose des rapports très forts entre l'individu, et la collectivité.

Le petit violon, de Jean-Claude Grumberg - Actes-Sud Papiers 1999
Son premier livre pour la jeunesse. Il s'agit de la rencontre de deux personnages exclus qui vont s'épauler mutuellement.

Marie des Grenouilles, de Jean-Claude Grumberg - Actes-Sud Papiers 2003
Texte qui renvoie de manière théâtrale aux histoires et aux contes de grenouilles qui deviennent prince ou princesse. L'histoire est un peu décalée dans la mesure où le prince n'est pas tout à fait à la hauteur de ce que la belle peut attendre de lui.

Pinok et Barbie, de Jean-Claude Grumberg - Actes-Sud Papiers 2004
Met en scène le rapport entre les pays riches et les pays pauvres, à travers deux jouets, Pinocchio et la poupée Barbie, donnés par une petite fille à des enfants n'en ont pas. Les tribulations des deux jouets posent la question des besoins réels des enfants pauvres.

Iq et Ox, de Jean-Claude Grumberg - Actes-Sud Heyoka jeunesse 2003
Le texte met en scène des personnages tiraillés entre deux groupes divisés par la guerre.

L'oeuvre de Suzanne Lebeau   

Suzanne Lebeau nous offre une vraie oeuvre. Elle sera en résidence pour un an au théâtre Jean Vilar à Vitry à partir de juin 2005. C'est une femme extraordinaire à rencontrer, qui discute de son travail avec les élèves d'une façon impressionnante.

Ouvrages de Suzanne Lebeau. Théâtrales jeunesseSalvador, de Suzanne Lebeau - Théâtrales jeunesse 2002
Écrit au cours d'un voyage en Amérique du Sud, le texte fait allusion aux enfants de paysans qui se sont révoltés contre le pouvoir et ont été massacrés. Le petit héros n'a plus de chef de famille, il sait écrire, et grâce au soutien de sa mère et d'un instituteur, il va devenir écrivain.

L'Ogrelet, de Suzanne Lebeau - Théâtrales jeunesse 2003
On parle souvent des ogres, mais être le fils d'un ogre, quelle hérédité ! La mère veut protéger son fils de son hérédité lourde en l'empêchant de manger de la viande et en lui cachant la couleur rouge. L'Ogrelet finira malgré tout par affronter son destin.

Petit Pierre, de Suzanne Lebeau - Lanctot 2002
L'histoire se passe entre les deux guerres mondiales. Le personnage, un peu "simple d'esprit ", récupère tous les matériaux qu'il trouve et crée des objets.

Comment vivre avec les hommes quand on est un géant ? de Suzanne Lebeau - Leméac 1992
Un conte philosophique pour enfants dans lequel il est question de vie, de mort, de gaspillage, de marginalité, de normalité...
 

Et aussi...   

Mamie Ouate en Papouasie, de Joël Jouanneau - Actes-Sud Papiers 1999
L'ébloui. Actes-Sud PapiersUne des premières pièces pour la jeunesse en France de Joël Jouanneau. Le langage familier est tout à fait en accord avec la situation.

L'ébloui, de Joël Jouanneau - Actes-Sud Papiers 2004

Les trois jours de la queue du dragon, de Jacques Rebotier - Actes-Sud Papiers 2001
Une pièce en forme de grande parade où un bonimenteur commente un spectacle, mi-cirque mi-kermesse, inspiré du défilé des Rogations. Il est préférable de travailler avec un musicien ce très beau texte du poète Jacques Rebotier.

Les sifflets de Monsieur Babouch, de Jean-Pierre Milovanov - Actes-Sud Papiers 2002
Le personnage de M. Babouch, conteur généreux et poète dramaturge, met en scène à son tour six personnages en quête d'aventures. En soufflant dans sa sarbacane à décors et en jouant de son sifflet à personnages, il crée l'univers de la pièce et fait apparaître tour à tour les personnages.

Pierres de gué, Mike Kenny - Actes-Sud Papiers 2000
Le texte reprend des légendes irlandaises, riches de symboles.

Le pont de pierres et la peau d'images, de Daniel Danis - L'école des loisirs (théâtre) 2000
Cet écrivain québécois écrit un théâtre très poétique. L'histoire est celle de deux enfants perdus dans la guerre, confiés par leurs parents à des passeurs qui se révèlent des truands. Les deux enfants vont se débrouiller seuls pour tenter de survivre.

Bouli Miro, de Fabrice Melquiot - L'arche (théâtre jeunesse) 2002
Bouli Miro reprend un peu le sujet de Mange-moi : rencontre d'un enfant obèse et d'une petite fille qui va le devenir par amour.
Fabrice Melquiot, metteur en scène et écrivain, est en train de construire une oeuvre : Perlino Comment (L'Arche 2001), Le gardeur de Dans ma maison de papier, j'ai des poèmes sur le feu. L'école des loisirssilence (L'Arche 2003), Albatros (L'Arche 2004). Le jardin de Beamon (L'école des loisirs 1999).

Dans ma maison de papier, j'ai des poèmes sur le feu, de Philippe Dorin - L'école des loisirs (théâtre) 2002
Une reprise de l'allégorie de la mort ; la grand-mère demande un délai pour régler sa relation avec sa petite fille.

Sacré silence, de Philippe Dorin (cycle 2) - L'école des loisirs (théâtre) 1997
Une rencontre extraordinaire entre une marchande de bruits et une personne qui ne le supporte pas.

En attendant le petit Poucet, Un oeil jeté par la fenêtre, de Philippe Dorin - L'école des loisirs (théâtre) 2001
L'oeuvre de Philippe Dorin est également basée sur les contes.

Pour tous ces textes, la lecture ne se pratique qu'à la fin, surtout avec des petits. Il faut d'abord jouer avec les textes, puis les lire.

Dire pour lire et interpréter

La démarche   

Cette méthode de travail ne peut pas être développée en deux heures d'une manière satisfaisante. Nicole Wells se propose donc d'en présenter un extrait en relation avec les instructions officielles.
Dans les programmes de 1995, le théâtre était présenté comme une activité artistique, avec des objectifs de créativité. Dans les programmes de 2002, le théâtre a disparu de ce rôle ; il n'apparait que pour le cycle 3, inclus dans l'enseignement de la langue et non plus dans le domaine artistique. Les instructions officielles préconisent aujourd'hui de travailler le texte littéraire, d'organiser des lectures à voix haute, puis, éventuellement, de le mettre en espace et de faire du théâtre.

Nicole Wells pense pourtant qu'il est intéressant pour les élèves de faire travailler le théâtre comme une discipline artistique qui met en jeu l'intelligence mais aussi la sensibilité, l'imaginaire, la mémoire... Il est nécessaire de regarder ensuite ce que ce travail artistique peut permettre dans le domaine de la langue. On se rend compte que lorsque des enfants lisent un texte après l'avoir joué, ils le comprennent de l'intérieur, car ils sont "entrés dedans".
On travaille alors sur la relation de l'élève au livre en préparant la rencontre entre le lecteur et le texte. Cela revient à mettre en chantier l'imaginaire d'un élève pour que son imaginaire puisse rencontrer celui de l'auteur et qu'il y ait réciprocité.

Nicole Wells propose au groupe de travailler sur la mise en voix d'un texte avec une légère mise en espace car l'enseignant gagne à être lui-même passé par ce cheminement avant de le proposer à des élèves. Il n'est pas facile de se présenter devant un groupe et de "dire". Il est donc indispensable pour les enseignants de se trouver parfois dans la situation qu'ils installent en permanence pour les élèves.
Cette mise en pratique se déroule en trois étapes :
- Proposition de fragments de texte répartis sur plusieurs groupes pour permettre des lectures différentes sans indications, volontairement.
- Une activité décrochée de travail sur la diction
- Retour au texte de départ avec de nouveaux outils pour qu'il soit parfaitement dit.

Les activités proposées s'appuient chaque fois sur un texte différent, choisi pour le travail qu'il permet sur le matériau lexical, mais aussi et autant pour un implicite aisément repérable, susceptible d'alimenter la lecture interprétative.

Mémorisation collective   

Mémorisation collective d'un fragment de pièce de théâtre à partir d'une mise en espace

Improvisation autour de deux répliques de la pièce de théâtre de Philippe Dorin Dans ma maison de papier, j'ai des poèmes sur le feu.

Le groupe est partagé en quatre petits groupes de deux à quatre.
Chaque petit groupe reçoit un passage court et dense, dont les autres groupes n'ont pas connaissance. Deux groupes se retrouvent donc sans le savoir avec le même fragment. Cela permet de découvrir, au moment de la présentation des improvisations, des lectures plurielles d'un même passage.
Chaque participant choisit une phrase et est invité à l a mémoriser.
Travail en petits groupes. Préparer une mise en espace dans la classe avec la charge de se répartir l'ensemble du passage. Présentation.
La décontextualisation des passages permet de garder l'apport d'un texte d'écrivain, la force de ses mots, et rend possible, en même temps, un investissement imaginaire intense des participants qui comblent les lacunes du texte.

Extrait de texte 1 Extrait de texte 2

 
LA PETITE FILLE
 :
Là, c'est la porte. Là, c'est le couloir. Là, c'est la cuisine. Là, c'est la table. Là, c'est la chaise. Lui, c'est mon petit frère. Pousse-toi !
Là, c'est la fenêtre. Derrière, c'est la mer. Non, c'est la montagne. Non, c'est le désert. Non, c'est juste un petit pré, avec des moutons, un berger et son chien. Là, c'est le salon. Là, c'est le tapis. Ça, c'est moi qui attends.

Éteins !

Extraits de Dans ma maison de papier, j'ai des poèmes sur le feu, de Philippe Dorin (L'école des loisirs)

 
VOIX DE LA PETITE FILLE
 : Allume !

LA VIEILLE DAME  : Déjà ? Comme elle est venue vite, la nuit ! À peine le temps d'une pensée, et le jour a passé. Où étais-tu pendant cet éclair ? Comme elle est devenue petite, ta maison, ma vieille, tout à coup ! Comme t'es devenue vieille, ma petite, soudain ! À peine le temps d'y voir et, déjà, il fait noir.
Bonne nuit, moutons ! Bonne nuit, fenêtre ! Bonne nuit, porte, table, chaise, tapis, chaussures !

Bonne nuit, toi !
Éteins !

Cet exercice permet de se rendre compte de la démarche. Les élèves sont amenés à être alternativement spectateurs et acteurs. On peut remarquer, suite à l'exercice dans le groupe, que les interprétations sont différentes pour les mêmes textes, ce qui permet de visualiser l'idée capitale que chaque lecteur est seul devant un texte et qu'il projette dans le texte un certain nombre d'éléments de son univers, même si cet univers est collectif.
La possibilité reste ouverte pour les élèves de choisir entre dire le texte et le jouer. Les deux propositions sont intéressantes car elles font entendre le texte de manière différente. La position debout est un début de mise en espace : par cette position, on quitte la position d'élève habituelle.

Le statut d'acteur demande des compétences diverses : mémorisation du texte, lecture, appropriation, diction, prise en compte de l'autre, accord entre les partenaires... Chaque groupe doit mettre en place une cohérence pour restituer le texte. Le manque de temps pour préparer nécessite d'autant plus l'adaptation et l'écoute de l'autre au moment du jeu.
Les acteurs sont amenés à réagir aux imprévus, sans s'arrêter pour autant, et donc à faire preuve de créativité à tout instant. Chacun est responsable du travail du groupe devant le reste de la classe : il est rare par exemple qu'un fou rire s'éternise dans un groupe d'élèves.
La situation d'apprentissage est importante : on revient sur ce qu'on a fait, on tente de comprendre ce qui s'est passé et d'installer l'alternance acteur-spectateur.

Travail sur les fondamentaux   

Travail sur les fondamentaux du théâtre pour améliorer la mise en espace et la diction 

Activité décrochée qui donne l'occasion de revenir sur l'improvisation et de la retravailler avec des outils plus appropriés.
L'instant fatal. GallimardIl s'agit d'un travail sur la clarté du message à partir de la maîtrise du souffle, de l'articulation et du regard.

La démarche :
En cercle : respiration abdominale. À partir d'un texte poétique de Raymond Queneau (Il pleut, in L'instant fatal, © Gallimard, 1987), chacun à son tour lit un vers sur l'expiration.
- Mettre davantage d'énergie sur le vers en faisant « sonner » les consonnes.
- Lier l'ensemble en travaillant la préparation de l'expiration et en modulant l'attaque relative des consonnes.
- Texte dit sans respecter la ponctuation, puis en tendant le bras pour désigner le destinataire. Regard d'abord, puis adresse d'un bout de phrase. Le regard devient le soutien de la ponctuation orale.
- Même travail sur l'unité de sens avec l'énergie d'une adresse à un interlocuteur qu'on agresse avec la puissance des mots ( Le grand combat - Henri Michaux, Qui je fus, © Gallimard, 2000).
- Création d'une scène : ouverture du cercle. Venir dire un vers en l'adressant à l'ensemble du cercle, poser le regard circulaire.

Cette manière de dire modifie totalement la perception du texte. Lorsque le lecteur est placé dans cette recherche, son débit est ralenti, il ne pense plus à jouer. Le texte devient très audible car cette technique oblige à articuler. La musique des mots ressort d'autant plus.

Porter la voix, muscler la voix
Il s'agit de faire résonner la voix en soi : "Je suis gong, gong, gong, gong" (Je suis gong - Henri Michaux)
Articuler au maximum, en sentant les vibrations du crâne que provoque la prononciation de cette phrase.
Voix normale, voix aiguë, voix grave

Qui je fus. GallimardArticuler
- Déambulation dans l'espace avec, dans l'esprit, « secouru, dur, sûr ».
- Au signal, énoncer silencieusement les trois mots, continuellement. En exagérant l'articulation de toutes les syllabes, et en avançant au maximum les lèvres sur le son « u » et « ou ». Regard, arrêt, face à face, répéter autant de fois que nécessaire pour que l'autre comprenne. - Lorsque le message est passé, se remettre en marche, sans rien dire. Arrêt lorsque tout le monde a fini.
- Même chose avec « y, tristesse, vie, qui, dis, je suis ». Même consigne, écarter au maximum les lèvres pour prononcer les « i ». Travail spécial sur « je suis ».
- Chaque couple assis face à face. À tour de rôle, l'un de chaque couple articule sa phrase silencieusement tandis que l'autre, regardant les lèvres du premier, émet le son du texte. Quand tout le monde est passé, on inverse.

Chuchoter
Chacun choisit en secret deux vers et les adresse à un autre élève situé à un mètre au moins pour forcer la concentration de chacun.
Le chuchotement permet de faire travailler l'articulation des lèvres, l'ouverture de la mâchoire.

La chambre des murmures
- Chaque élève reçoit un morceau du texte et est invité à le mémoriser tout en marchant. Regard tourné vers soi. Le signal de la mémorisation achevée est la disparition du papier dans la poche. En même temps celui-ci est toujours accessible en cas d'oubli. C'est une mastication intérieure, les mots sont tournés et malaxés dans la bouche comme du chewing-gum.
- L'étape suivante consiste à articuler silencieusement le vers en utilisant uniquement les lèvres. Aucun son, aucun souffle. Le regard est toujours tourné vers soi.
- Puis au hasard de la déambulation, laisser son regard aller à la rencontre des autres regards, en accrocher un, s'approcher de l'autre et écouter sa présence, sa respiration.
- Au hasard de la déambulation, accrocher le regard de l'autre, s'approcher et murmurer à l'oreille, à la suite, son vers. Avoir le souci de rencontrer tout le monde, depuis le vers dit mentalement dans sa tête à la voix projetée à un petit groupe puis à un public dans des gradins. Toujours un appui sur le regard.

Jeu avec la porte. Photo Chantal Bouguennec. 20-04-05Travail sur la création d'un espace
Le travail a pour support le premier texte auquel on ajoute deux éléments : une chaise ou une porte.
Cinq ou six participants volontaires viennent s'installer l'un après l'autre autour de la chaise, par exemple, comme ils le veulent. La seule contrainte est pour chacun d'avoir un point de contact avec l'objet. Lorsque la figure paraît construite, un temps d'immobilité, et on la défait.
Autour d'une chaise, du cadre d'une porte.
Application de ce système à la présentation des deux répliques : on ne touche pas à la mise en voix du texte, on se contente de la reprendre avec le support de cette mise en espace.

Travail sur l'espace du plateau
Porte, couloir, escalier.
Dire les deux répliques dans ces différentes situations, en situation de proximité ou d'éloignement. On passe plus facilement d'une lecture de restitution pure et simple à une lecture interprétative, influencée par le lieu d'où l'on parle.

Travail avec l'objet théâtral : un morceau de tissu
Trois groupes se font passer un morceau de tissu avec des intentions différentes, suggérées par l'enseignant : « il est lourd, terriblement lourd et pourtant on ne le laisse pas tomber, il est léger comme une bulle, il est fragile... ».
Application aux deux répliques : utiliser le tissu avec une intention.

Mise en espace veut dire
Que l'on réfléchit à voir ce que donne le regroupement des voix, le changement de niveau, le choix d'un endroit où dire ( ex de la porte, dans un escalier, de dos, sur une table). Faire varier la proximité du public, pour varier la voix et son intensité. Pendant ce temps le texte est de nouveau brassé.

Dans une classe, il est important de pousser les tables et de dégager un espace suffisamment large. Il est important aussi de définir l'espace de jeu, l'espace spectateur, et l'espace de discussion. L'objet peut être utilisé comme accessoire ou comme lieu dans lequel l'histoire se déroule.

Un comité de lecture Théâtre
Présentation du fonctionnement du comité de lecture :
- Faire un bref résumé de l'histoire racontée par le texte. Prise de parole libre sur ce que cela raconte. Échange autour des textes. En général ce qui caractérise ces textes, c'est qu'il n'y a pas beaucoup de références à leur propos.
- Thèmes, structure de chaque texte.
- La langue (il n'est pas facile de parler d'une langue), d'où l'intérêt d'une mise en voix.
- Le choix du texte doit être un choix collectif, il faut que des avis personnels émergent.
Critères : choisir le texte dont on a envie de faire la mise en voix.

Synthèse de la démarche   

Cette animation propose le minimum pour travailler la mise en voix et la mise en espace ; il existe bien sur de nombreux points à approfondir et à ajouter.
Chaque étape décrite est l'objet d'une ou plusieurs séances avec les élèves. Il est important de respecter la démarche : on commence par jouer ou dire, puis on pratique des activités décrochées pour travailler la voix, travailler sur l'espace.
Exercices d'initiation au théâtre. Actes Sud juniorAu théâtre l'objet devient autre : la porte ou la chaise peuvent servir de porte ou de chaise ou être totalement autre chose. On part de l'objet pour "poser" le texte, alors que souvent, en classe, on pratique l'inverse. Les contraintes d'objet, de lieu, obligent à inventer, creuser ce que contient le texte et permettent donc de mieux y entrer.

Pour varier les façons d'entendre le texte, on peut également changer la place du public : un public placé loin obligera à travailler la voix portée, un public placé près permettra le chuchotement, le murmure. Un travail dans les escaliers est très intéressant de ce point de vue.
En étant placé dans des lieux différents, le texte résonne différemment et prend ainsi de la valeur, même s'il est dit par des élèves timides. Des lectures simples à plusieurs voix sont encore une autre manière d'entrer dans le texte. L'interprétation, très difficile, n'est donc pas nécessaire dans un premier temps.

Pour travailler avec les élèves, chez Actes Sud Junior, par Catherine Morrisson   :
- 40 exercices d'initiation au théâtre : L'improvisation (tome 3) 2001
- 35 exercices d'initiation au théâtre : La voix, le jeu (tome 2) 2000
- 35 exercices d'initiation au théâtre : Le corps (tome 1) 2000

Trois petits livrets qui proposent des exercices de théâtre ayant le souci de rattacher le travail à un apprentissage. Ces volumes sont proposés par Catherine Morisson, comédienne et metteur en scène, sur le corps, sur la voix et le jeu, sur l'improvisation. Chaque volume propose trente-cinq ou quarante exercices à mettre en pratique sous forme d'atelier.

Conclusion  

Pour préparer une entrée dans un livre avec les élèves, on choisit l'alternance entre des moments de lecture et des moments de jeu. Cette façon de travailler permet une compréhension du texte plus profonde : Dans ma maison de papier, j'ai des poèmes sur le feu par exemple, est une réflexion sur la vie, le temps qui passe, sur la mort. Les deux premières scènes posent la question centrale de la pièce. En ajoutant quelques autres passages, par petits morceaux, on construit peu à peu le sens, on se fabrique une histoire personnelle. Toute entrée dans un livre est un partenariat : l'auteur a laissé des blancs que le lecteur vient combler. Le travail de lecteur suit le principe de ce travail de construction. Quand les élèves auront ensuite entre les mains le livre entier, ils découvriront qu'ils ont compris beaucoup de choses à l'histoire. Ils connaissent le texte puisqu'ils ont "circulé dedans", et en le lisant, ils ont l'impression de l'avoir déjà lu. Ils ont construit un fil en jouant ou en disant et ils deviennent alors des lecteurs émerveillés.

Compte rendu rédigé et mis en ligne par Chantal Bouguennec le 20/06/2005

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