Samedi 19 octobre 2002 de 9h00 à 13h00 à La
Sucrerie à Coulommiers
Les Inspections de l'éducation nationale de Coulommiers et La Ferté-sous-Jouarre ont consacré la première animation pédagogique de l'année 2001-2002 à la littérature à l'école. Cette manifestation avait essentiellement pour objectifs de présenter l'histoire et les représentations de la littérature de jeunesse à l'école, d'en situer les enjeux actuels et de proposer des démarches autour de la lecture littéraire.
Organisateurs:
L'Inspection
de l'Éducation nationale de Coulommiers
L'Inspection
de l'Éducation nationale de La Ferté-sous-Jouarre
CRDP de l'Académie
de Créteil
La Municipalité
de Coulommiers
Ce samedi matin 19 octobre a été une matinée de réflexion,
d'écoute et d'échanges sur la littérature de jeunesse à
l'école. Si de nombreuses actions ont déjà été
entreprises et réalisées dans ce domaine et si la mobilisation
est grande à tous les niveaux de notre administration, il reste encore
de nombreuses pistes à explorer.
Les nouveaux programmes de 2002 pour l'école primaire laissent en effet
une place de choix à la littérature de jeunesse à l'école.
Pourquoi ? Comment ?
Deux intervenants, Anne-Marie Chartier et Max Butlen, ont tenté de répondre
à ces questions par une approche historique d'une part, et l'analyse
des enjeux et démarches de la lecture de textes littéraires à
l'école, d'autre part.
Intervention d'Anne-Marie Chartier - Chercheur au service de l'histoire de l'Education à l'I.N.R.P.
Intervention
de Max Butlen - Professeur de lettres à l'IUFM de Versailles :
"La lecture littéraire à l'école : enjeux et démarches
"
Synthèse faite par M. Paul Benaych, IEN Tournan
On peut distinguer trois grandes périodes :
- Dans le premier degré, on donne le goût : sentir les textes.
Par exemple : La Fontaine
- Dans le second degré, on forme le goût : analyser les textes
Dans le premier degré, la littérature est perçue avec
des réticences, tant de la part des instituteurs que de celle des parents.
Pourquoi ?
" La littérature, c'est ambigu, il y a des interprétations
possibles, d'où le danger.
Il vaut mieux enseigner la pêche à la sardine ou la culture du
houblon, ça, c'est du sûr, du concret, de l'indiscutable. "
A la rigueur, parents et instituteurs veulent bien de cette littérature
récréative qu'on lit le dimanche après-midi. Dans les milieux
populaires, cette littérature n'est tout de même pas bien perçue.
Voir dans Le Rouge et le Noir , l'attitude violente du père (charpentier)
de Julien Sorel lorsqu'il trouve son fils en train de lire !
La vraie valeur, pour le peuple, c'est le travail. La Fontaine, on veut bien,
mais L'île au trésor , ce n'est pas une priorité.
- On assiste à l'émergence de l'idée que le plaisir peut
être un vecteur de l'apprentissage (Wallon, Piaget, …). Marguerite
Gruny, Claire Huchet fondent " l'heure joyeuse ", modèle de
la bibliothèque riche et accueillante.
- Les instituteurs expriment une demande de lecture supérieure à
celle des parents qui disent : " Faites-lui lire L'île au trésor,
on veut bien, pourvu qu'il ait son certificat ! "
- Arrivée des illustrés (Mickey, les Pieds nickelés, …)
- Mobilisation commune des maîtres et des bibliothécaires : " défendons le livre contre l'illustré ! "
- Les enfants aiment lire, donnons-leur de bonnes lectures : émergence d'une liste de 20 livres à lire en trois ans ( !). Ce sont les " classiques ", les inusables, pour les meilleurs élèves des milieux cultivés (Daudet, Stevenson, …).
- Ils veulent lire : qu'ils disent de tout, des illustrés, des "
Oui-Oui ", du club des cinq, n'importe quoi plutôt que RIEN, car
l'adversaire, c'est désormais la télévision, le multimédia.
- Laissez-les lire. Tous les goûts sont dans la nature. Se développent
alors :
- les lectures variées
- les lectures silencieuses
- les droits du lecteur de Daniel Pennac sont progressivement reconnus
- les modalités modernes de la lecture rapide, la presse, le survol, sont légitimées.
- La grande nouveauté des Programmes 2002, c'est au fond :
- Ce dont les élèves ont le plus besoin désormais, c'est
le MEDIATEUR, c'est la culture partagée. Les Instructions Officielles
de Jules Ferry commencent enfin à être mises en uvre !!…
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Synthèse faite par M. Paul Benaych, IEN Tournan
I - La lecture littéraire
II - Les démarches du maître
I - La lecture littéraire
Trois enjeux :
1) la formation du lecteur
2) la maîtrise du langage
3) la formation culturelle
a) Lire un texte : la lecture à haute voix et la lecture silencieuse
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La lecture à haute voix par le maître, par les élèves
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La lecture silencieuse : |
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- la reformulation - la discussion et donc les interprétations. |
b) Lire l'image
L'image doit être interprétée au même titre que le
texte.
Exemple : l'album " Que font les petits garçons ? " : écart
entre texte et illustration à analyser.
c) Accéder à la compréhension sur les six genres de littérature contenus dans la liste MEN 2002, c'est aller de l'explicite à l'implicite, c'est faire des inférences intra et extra-textuelles. Ceci est une invitation forte à développer l'émergence des interprétations, pour questionner l'écrit au-delà de ce qu'il annonce. Toute lecture est une enquête dans l'inconnu. Le lecteur doit donc se positionner : interpréter, c'est construire un point de vue.
Exemple : le loup est-il :
- une bête dangereuse ?
- un séducteur ?
- un assassin ? un nazi ? un pédophile ?
- un nigaud ?
Exemple : Dans Le Petit Prince, que représentent le mouton,
le prince, la rose, la planète, l'allumeur de réverbère
? …
Il n'y a pas de réponses closes et définitives. Mais des questions
de ce type, les jeunes lecteurs se les posent.
C'est la preuve que l'interprétation guide et nourrit la compréhension
, elle renforce le plaisir du texte.
Quel rôle pour le maître ?
- entretenir les questions
- créer l'espace de parole des interprétations, donc susciter des débats
- favoriser et étayer l'émergence des représentations
- mettre en voix, en scène, en espace
- être le garant des droits du texte et des droits du lecteur
- nourrir les lecteurs de références culturelles. Par exemple : " Otto " : la seconde guerre mondiale ; ou encore Mon cygne argenté (Morpurgo) référence à Tristan et Iseult, Roméo et Juliette. Tout texte littéraire joue sur un déjà dit, sur un réseau.
a) Le texte littéraire se prête à la mise en voix, à l'argumentation : tenir des discours pour entrer dans la culture.
b) Travail sur l'écrit
Exemple : Que font les petits garçons ?
I il y a autant de réponses que de lettres de l'alphabet. Or, la vraie
question est " Que sont les petits garçons ? " : dès
lors, on peut écrire ou faire écrire " Que font/sont les
petites filles ? " à partir de la même matrice.
Alice au pays des merveilles ou Les petits bonshommes sur le carreau sont des livres de la liste du Ministère qui conduisent vers des interrogations sur les valeurs, sur une culture partagée. Ils invitent à apprécier les différents systèmes de valeur.
Qu'est-ce qu'un texte littéraire ? " Il est rapide
à lire et lent à comprendre ! "
- Il cultive les écarts
- Il invite à la fois à l'illusion référentielle
(identification) et à la mise à distance (regard critique)
- Il est à la fois réticent (difficile à comprendre)
et proliférant (se prête à de multiples interprétations)
- Il suscite un lecteur actif, chercheur infatigable.
II - Les démarches
- Le cours de littérature
- L'explication stylistique
- Les lectures obligatoires à la maison
- La rédaction de fiches de lecture
- S'éterniser sur un texte (plus de 3 semaines)
| - La lecture à haute voix, du maître, des élèves | |
| rappel de ce que l'on a compris | |
| anticipation | |
- Le débat : expériences personnelles et connaissances
du monde sont interpellées.
- La mise en réseau (l'intertextualité) : explorer la dimension
intertextuelles des textes : au maître d'organiser le voyage de l'élève
entre les uvres, du point de vue du texte, du thème, de l'image,
…(carnet de lectures).
Conclusion
- La lecture est à la fois engagement individuel et plaisir du partage
avec des pairs et des médiateurs adultes.
- Lire vient de legere, qui signifie à la fois choisir et élire.
