CRDP académie de Créteil - Centre ressources littérature de jeunesse

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Quelle culture littéraire à l'école ?

Compte rendu réalisé par Frédéric Sérandour
Professeur des écoles à Villejuif (Val de Marne) - Ecole élémentaire Henri Wallon.
Contact : serandour.f@wanadoo.fr

Forum Retz - Le Monde de l'Education 2004   

Le Forum Retz - Le Monde de l'éducation s'adresse aux professionnels de l'éducation (chercheurs, pédagogues, enseignants). Il permet de faire le point sur les questions importantes qui traversent l'Ecole et de confronter expériences, analyses, interrogations et solutions.

Ce forum s'est tenu mercredi 10 mars 2004, à la Maison de la mutualité à Paris.

Ouverture de la journée   

Philippe Champy , Directeur général des Editions Retz
« Ce 5ème forum Retz est organisé avec la collaboration du Monde de l'Education et des C.E.M.E.A. (Centres d'Entraînement aux MÉthodes Actives).

Brigitte Perucca , Rédactrice en chef du Monde de l'Éducation
« Dans notre dossier Comment la littérature vient aux jeunes ? (Le Monde de l'Education mars 2004), nous souhaitions égratigner une idée reçue et erronée selon laquelle les jeunes auraient abandonné la lecture. Notre titre « De Potter à Gavroche » démontre que leur culture littéraire est vaste. Peur, frissons, angoisses sont autant de facteurs motivant la lecture. »

Présentation de l'invité d'honneur   

Par Britt - Mari Barth , professeur à l' UCO d'Angers
« Le professeur Jérôme Bruner est l'un des plus éminents psychologues du XXème siècle. Il fut le premier à préfacer en Anglais le livre de Vigotsky Pensée et Langage . De 1972 à 1981, il étudia les modes d'acquisition du langage chez le jeune enfant à l'Université d'Oxford.
Il est docteur honoris causa de nombreuses universités dont la Sorbonne, Harvard et Yale. En 1987, il obtint le très renommé Prix Balzan.
Il travaille actuellement à l'Université de New York et vient de publier Pourquoi nous racontons-nous des histoires ? aux éditions Retz. »

La réalité de la fiction

Conférence de Jérôme Bruner , Psychologue, professeur à la New York University

« Comment la grande fiction peut-elle nous paraître plus réelle que la vie ?
Nous devrions peut-être nous pencher sur le sens du mot réalité qui a fait débat au cours des siècles. La réalité existe-t-elle ou est-elle fabriquée ?
Elle est en fait le produit d'une imagination disciplinée, forgée et guidée par des conventions. Les réalités qu'elles soient scientifiques ou fictionnelles sont des constructions. Toutefois, ce n'est pas simplement le langage qui crée la réalité.
Une histoire part nécessairement d'un état canonique initial. Sa remise en question est la deuxième étape. Dans Le confident de Joseph Conrad, un homme va ainsi bouleverser la vie du jeune capitaine de vaisseau pour devenir son confident. Mais, chaque auteur a sa propre manière de perturber l'ordinaire. Marcel Proust le faisait ainsi de manière plus philosophique. Nous pouvons utiliser le terme d'Aristote, Peripeteia (la péripétie), pour décrire ce bouleversement de la réalité.
Ensuite, vient l'effort entrepris pour revenir à l'ordre canonique initial. Si l'action y parvient, on parle alors de résolution de l'histoire qui peut revêtir bien des formes. Enfin, dernière étape, une histoire bien menée a une morale.
On n'a pas besoin d'apprendre à un enfant comment l'histoire est construite, il le sait tout de suite. Le pouvoir du récit de créer ces mondes est tout à fait étonnant. Cela nous apparaît comme une évidence mais nous oublions que c'est un cadeau.

Quel rapport entretenons-nous avec les histoires ?
Elles reproduisent dans le langage les processus cognitifs que nous rencontrons dans notre vie quotidienne. Elles sont en mesure de nous fournir des schémas de mondes possibles et nous permettent de les connaître sans avoir besoin d'en faire l'expérience. Nous passons donc notre temps à faire des aller-retour entre la réalité fictionnelle et la vie quotidienne. Les différents mondes possibles et la réalité ne sont pas si différents et se nourrissent mutuellement. En bref, la vie imite la littérature qui imite la vie. Du point de vue de l'éducation, il est important d'encourager ce va et vient.

Nous avons mené une expérience à l'Université de New York avec 15 étudiants en 1ère année de DEUG. Le sujet était : quel équilibre peut-on trouver entre les libertés individuelles et la sécurité d'un Etat ? Ce groupe de réflexion s'est penché sur des textes juridiques (concernant, par exemple, l'emprisonnement des membres d'Al Qaida à Guantanamo) et littéraires (en analysant deux versions d'Antigone, l'une de Sophocle et l'autre d'Anouilh, rédigées à 2000 ans d'intervalle).
A la fin du trimestre, nous avons rédigé deux dialogues imaginaires.
Le premier mettait en scène un membre de la Cour Suprême s'entretenant avec un juge américain de la Seconde Guerre Mondiale ayant confirmé l'internement des Américains d'origine japonaise avant de présenter ses excuses dans les années 50.
Le deuxième entretien orchestrait la rencontre des deux Antigone. Cette pièce possède une trame tragique parfaite. Les étudiants n'ont eu aucun mal à passer de la vie à Antigone.

Pour faire ce voyage entre la vie et la littérature, ils procédèrent de trois manières différentes :
- Ils pensèrent que cet imbroglio était le reflet amplifié de la nature humaine.
- Ils analysèrent aussi la nature de l'Etat tel qu'il existait dans la Thèbes antique et tel qu'il existe aujourd'hui.
- Enfin, ils s'intéressèrent à l'idée d'un destin.
Nos étudiants interprétaient les sentences judiciaires comme des romans et réciproquement. En quoi la littérature et l'éducation sont-elles concernées?
En démêlant les subtilités d'une histoire, nous découvrons tous les mondes possibles. Ce va et vient nous apporte une connaissance pour élucider la tragédie humaine. La littérature est une chose trop importante pour rester cantonnée au secteur littéraire des universités. Pourquoi ne pas utiliser des œuvres littéraires en Histoire, en Psychologie, etc. ?

Nous en sommes aux balbutiements sur la manière d'utiliser la littérature dans nos enseignements non littéraires. La littérature est un sujet bien trop sérieux pour être laissée entre les mains des universitaires littéraires. »

Quelle place occupe la littérature chez les jeunes lecteurs ?   

Conférence de Christine Détrez , Sociologue, Maître de conférences à l'Ecole normale supérieure de Lyon , auteur, avec Christian Baudelot et Marie Cartier, de Et pourtant ils lisent , Seuil, 1999.

« Notre ouvrage (opus cité) commence par une citation de Bertrand Poirot Delpech dans le journal Le Monde sur la mort de la culture littéraire chez les jeunes lecteurs. Nous l'avons choisi, car elle nous apparaissait représentative du pessimisme de notre époque. Selon les historiens, la littérature a fait l'objet de multiples débats. Il en est ainsi de la façon de lire : à voix haute ou à voix basse ? Si, aujourd'hui, la lecture silencieuse est la norme, il n'en a pas toujours été ainsi. A l'époque de Saint Augustin, c'est la lecture oralisée qui était plébiscitée.
De la même manière, si nous catégorisons aujourd'hui les lecteurs selon la quantité de livres lus, un bon lecteur fut longtemps le lecteur d'un seul livre.
Nous jugeons sévèrement la qualité du livre entre les mains de notre enfant. Or, il faut se rappeler qu'au XIXème siècle, les romans de Balzac ou de Zola n'étaient pas considérés comme de la littérature.
Enfin, comment peut-on définir un bon lecteur ? Qui est apte à dire que sa lecture est bonne ?

Ces différentes questions nous ont conduits à mener une enquête sur la sociologie de la lecture. Nous avons observé une baisse quantitative de sa pratique au fur et à mesure que les jeunes avancent dans leur scolarité. Le décrochage s'opère à 14/15 ans et touche tous les enfants quels que soient leur sexe ou leurs origines sociales. Nous avons constaté aussi une baisse de son pouvoir symbolique. Les héros préférés des jeunes sondés viennent de plus en plus du cinéma ou de la chanson et de moins en moins de la littérature, cette tendance s'accentuant avec l'âge. L'importance de se conformer dans ses réponses à une image de bon lecteur s'amenuise avec le temps. Les raisons de l'affaiblissement de la légitimité de la littérature sont de plusieurs ordres. L'économie médiatico-publicitaire et ses valeurs (la rapidité, la rotation et le scoop) porte une part de responsabilité. Dans notre enquête, à la question concernant les groupes musicaux préférés, nous avons observé que 90% des noms de chanteurs étaient renouvelés chaque année. De la même façon, la durée de vie d'une livre en librairie est de plus en plus courte. Toutefois, le phénomène Harry Potter démontre que ce nouveau marché de la culture peut aussi favoriser le livre. Ce succès a permis de voir des élèves lire 500 à 800 pages, parfois en Anglais, sans attendre la traduction, tant l'engouement était grand. Des comédies musicales, Notre Dame de Paris , par exemple, ont permis de faire connaître des oeuvres. L'adaptation au cinéma du Seigneur des anneaux a féminisé son lectorat. Ainsi, ce roman qui était auparavant cité uniquement par des garçons compte désormais un tiers de lectrices.

Quelle est l'évolution de l'enseignement de la lecture et de la littérature à l'école ?
Il y a une évolution entre la 1 ère année de notre enquête (3 ème de collège) et la dernière année. En année 1, les choix littéraires sont fonction du sexe de la personne sondée. En année 3, ce n'est plus le fait d'être garçon ou fille mais la réussite scolaire qui conditionne les choix de livres.
La comparaison de deux manuels, l'un de collège et l'autre de lycée est éclairante. Dans le manuel de 5ème Livres en tête, portraits de jeunes lecteurs , on insiste sur le fait qu'être lecteur c'est se laisser aller à ses émotions ou s'identifier au personnage. Dans le manuel de 2 nde Mieux lire, mieux écrire, mieux parler , on explique aux élèves que la manière dont ils lisaient auparavant n'était pas la bonne, on renie à la littérature le droit d'être lue de manière émotionnelle. Les réactions des adolescents sont diverses. Une partie va être séduite par cette nouvelle façon de lire, consistant à décortiquer le texte. Une autre va se contenter de répondre aux demandes de l'institution scolaire en utilisant la grille d'analyse des Profils de l'œuvre . Enfin, certains élèves vont revenir après leur cursus à ses œuvres et appliquer à la littérature, sur un corpus savant, une lecture plus émotionnelle.

L'Ecole est donc un moyen de diffusion d'une culture littéraire et on ne peut que regretter cette opposition entre la lecture savante et la "lecture plaisir". »

Christine Détrez vient de faire paraître La construction sociale du corps , Seuil, 2002.

Pourquoi les littératures d'énigme et de peur suscitent-elles l'engouement des jeunes lecteurs ?   

Conférence de Sophie de Mijolla-Mellor , Psychanalyste, professeur de psychopathologie et de psychanalyse à l'Université Paris VII Denis Diderot

« On peut définir l'engouement comme une tocade, une passion passagère. Les parents préféreraient voir leurs enfants porter leurs choix de lecture sur d'autres genres littéraires. Or, l'intérêt que les jeunes prêtent à ces lectures n'est ni indésirable ni passager. Ce type de littérature ne crée pas d'angoisse, elle est déjà présente chez l'enfant. A ses détracteurs qui estiment qu'il « vaudrait peut-être mieux leur parler d'autre chose plutôt que de la cultiver », on peut répondre qu'au contraire le passage à l'écrit permet une attitude réflexive par rapport à celle-ci.

La question de l'énigme est fondamentale. La littérature répond au besoin de l'enfant de savoir. Ce dernier passe son temps à explorer. Il va faire la découverte que le « donné » n'est pas une évidence. Il peut se rendre compte, par exemple, que ses parents mentent ou qu'il est capable de mentir sans que ces derniers s'en aperçoivent.

Face à ces découvertes, le jeune enfant peut avoir deux types de réaction. Dans la première, il adopte une stratégie d'évitement, une inhibition de la pensée qui sera source d'échec scolaire. Mais, il peut aussi opter pour des réponses actives par le jeu, par la lecture, par la pulsion de chercher, l'énigme est alors une aubaine et non un danger.

Nous pouvons donc dire que cette littérature n'a pas d'implications nocives sur le psychisme des enfants. Loin de faire naître la peur, elle permet de mettre des mots sur celle-ci. »

Débat animé par Brigitte Perucca   

Question à Sophie de Mijolla - Mellor  : D'où vient ce plaisir d'avoir peur chez le jeune enfant ?

« L'enfant, comme l'adulte, joue à se faire peur. Mais, il est dans la maîtrise complète, donc dans le plaisir. L'enfant peut être pris d'une peur irrépressible qui irait jusqu'à l'empêcher d'ouvrir le livre. Dans ce cas, il est indispensable de mettre en place une psychothérapie précoce pour prendre en charge très tôt ses angoisses. »

Table ronde "Quelle culture littéraire à l'école ?"   

Animation : Marc Dupuis , Rédacteur en chef adjoint du Monde de l'Education .

Pour introduire la question, Marc Dupuis nous propose un bref historique de la littérature de jeunesse.

« La littérature de jeunesse n'est pas un phénomène nouveau, ce qui l'est, c'est son importance. Parmi les cinq meilleures ventes de livres pour l'année 2003, figurent deux titres de ce genre littéraire : Harry Potter et Astérix . De plus, l'école lui accorde désormais une place privilégiée. Le XIXème siècle fut dominé par l'idée de protéger les enfants dans leurs lectures. Quelques grandes figures se détachent pendant cette période : Louis Hachette et Pierre Jules Hetzel. Le premier a développé la bibliothèque rose destinée à être vendue dans les gares au moment du développement des chemins de fer. Le second a publié en 1861 les Contes de Charles Perrault illustrés par Gustave Doré. Il a édité aussi Jules Verne. A partir de 1880 jusqu'à 1914, nous allons assister au développement du nombre d'éditeurs pour enfants. Après la première guerre mondiale, vont apparaître les illustrés (avec le Sapeur Camembert ) et les bandes dessinées (avec Bécassine ). La dernière évolution date des années 60 - 70 qui marquent une rupture dans le jugement des parents sur les lectures enfantines. »

Henriette Zoughebi , Chargée de mission au Sceren - CNDP

« La littérature de jeunesse est entrée à l'école depuis les débuts de l'école publique. Il y a toujours eu un rapport entre la littérature avec une volonté éducative et la littérature plus récréative. La nouveauté consiste en son introduction dans les programmes depuis deux ans. Au niveau du cycle 3, chaque année, un enfant doit lire dix livres de genres différents (contes, BD, romans, etc.). L'absence de crédits de l'Etat pour financer cette innovation est un réel problème. Il est important de mettre la littérature entre toutes les mains, car c'est la meilleure introduction à la complexité du monde. Cela traduit aussi la volonté que l'abstraction et la sensibilité aient leur place dans l'école. C'est par des œuvres complexes que l'on peut aider à la réussite des enfants contrairement à une idée reçue qui voudrait qu'on donne aux élèves les plus en difficulté des livres faciles d'accès. Il est important que quels que soient les enfants, nous ayons une haute ambition pour chacun d'entre eux.

Face à la culture des marques, de la publicité et de la télévision, la littérature est une véritable porte vers une culture partagée. Il faut que l'enfant sente que la lecture recèle des trésors. La diversité des livres est importante pour que chacun puisse y trouver son compte. La singularité d'un auteur peut ainsi parfois rencontrer la singularité d'un élève. L'élaboration d'une liste indicative de livres a uniquement pour but d'aider les enseignants. S'ils ne sont pas familiers de ce type de littérature, ils disposent ainsi de pistes à explorer avec leurs élèves. »

Françoise Ballanger , La joie par les livres

« L'entrée dans les programmes de la littérature de jeunesse est intéressante. Elle offre l'occasion aux enseignants d'être ouverts, de se renseigner sur ce qui se passe à l'extérieur de l'école. De plus, cela permet aussi de rompre avec l'opposition entre la « lecture plaisir » et la lecture scolaire en faisant découvrir une palette plus large de livres. Il faut diversifier les pratiques de lecture pour répondre à la richesse des écrits qui existent. Il est important de proposer une variété de livres qui reflètent la diversité du monde et ne soient pas uniquement issus de la littérature française. L'importance nouvelle de la littérature de jeunesse pose deux questions. Face à une production pléthorique, quelle formation allons-nous dispenser aux maîtres pour les aider à s'y retrouver ? Quel temps de lecture entendons-nous aussi leur proposer ? »

Christian Bruel , Formateur, Directeur de Etre Editions

«La lecture d'articles sur la littérature de jeunesse montre qu'il y a encore du travail à accomplir pour faire comprendre que l'album n'est pas un simple marchepied dans l'apprentissage de la lecture mais un outil fondamental dans les apprentissages fondamentaux. Un livre comme Max et les maximonstres nous prouve que ces livres sont de vrais réceptacles d'humanité. L'Histoire à quatre voix donne l'impression que l'image est enceinte de la langue et c'est toute la force de l'album. Comment pourrait-on se passer d'une telle richesse ? »

Marie- Aude Murail , Ecrivain

« Il existe trois façons d'être un auteur "scolarisé". Dans le premier cas, le texte n'est qu'un prétexte à la venue de l'auteur dans l'établissement, c'est le moins intéressant. Dans le second, le roman a été proposé en lecture cursive et a suscité des exercices tels que la rédaction d'une suite, une illustration, .etc. Dernier cas de figure, l'enseignant applique au livre la grille d'analyse qu'on réserve habituellement à la littérature classique. »

Clarisse Cresson , Professeur des écoles

« Comment peut-on apprendre à lire sur des supports intéressants qui ne soient pas nécessairement des manuels ? Il faut à la fois avoir le souci d'être dans le code et dans la dimension littéraire. Mais il convient de différencier les supports d'apprentissage du code, de ceux permettant un apprentissage littéraire. Grâce à la littérature, l'élève peut acquérir une souplesse intellectuelle. Il est important, en cas de difficultés cognitives, de sortir l'élève de son quotidien par des œuvres complexes et fortes. Le développement de la pensée critique se fait par l'abstraction et la conceptualisation. Tout le monde en est capable. Nous ne sommes pas obligés d'être dans le concret avec des élèves en difficulté. On peut essayer d'amener les élèves à participer à un débat contradictoire même modeste. Si on veut que l'école remplisse sa mission intégrative, il faut que les élèves puissent acquérir une culture commune. La littérature peut y contribuer.

Mon expérience avec des élèves de CLIS est à cet égard intéressante. Dans cette classe, les textes choisis étaient suffisamment forts pour intéresser tout le monde. Une fois la lecture achevée, les enfants ont mis en réseau ces textes, en faisant partager aux autres leurs impressions. A la lumière de ce travail, on peut proposer quelques conseils pour la mise en place d'un tel dispositif :

- Il est important que les livres existent dans la classe.
- Il faut les lire aux enfants pour construire le rapport à la langue afin de les faire entrer dans la culture littéraire. La lecture modèle du maître, à voix haute, est primordiale même si on peut lire un texte de différentes façons.
- On peut créer des carnets de lecture.
- La lecture peut déboucher sur un débat quotidien.
- On peut mettre par écrit ce qui est intéressant dans un livre pour en faire, par exemple, une exposition.

La diversité de ces conseils démontre qu'il n'y a pas de réponse unique. »

Questions de Marc Dupuis , Rédacteur en chef adjoint du Monde de l'Education
« Quelle légitimité peut-on reconnaître à la liste de livres proposée aux enseignants ? »

Françoise Ballanger  :

« Dans cette liste, il faut se demander quels sont les livres qui peuvent être émancipateurs pour les élèves, les inciter à s'estimer, car il y a peu de livres qui ont cette fonction. De plus, si la liste n'est pas définitive, chaque auteur n'a droit qu'à une référence. Que fait-on quand deux ouvrages du même écrivain méritent d'être signalés ? Jean-Claude Mourlevat, après avoir publié L'enfant-océan (référencé sur la liste), vient de faire paraître La ballade de Cornebique qui semble promis au même succès critique, il serait dommage de ne pas pouvoir le recommander. »

Henriette Zoughebi  :

« Quand on voit le succès de Harry Potter ou Titeuf , on constate qu'il existe une force de frappe marketing. Face à cette situation, on ne peut que déplorer le manque d'espace pour la critique. L'école doit donc avoir un rôle prescripteur pour aider les familles à faire des choix. La liste n'est pas là pour restreindre le choix mais au contraire pour l'élargir. On peut classer les livres par thème. Ainsi, si on travaille sur la question du point de vue, on peut recommander la lecture d' Histoire à quatre voix ou de Verte . La liste n'a pas été établie en tenant compte des rapports économiques de l'édition. »

« Quelle formation peut-on proposer aux enseignants ? »

Françoise Ballanger  :

« Il existe des stages avec les bibliothèques municipales et départementales. On peut aussi envisager des partenariats entre l'école et des partenaires culturels. Un Pôle national de ressources a été créé autour du CRDP de l'Académie de Créteil concernant la littérature de jeunesse. »

 

Compte-rendu réalisé par Frédéric Sérandour - professeur des écoles à Villejuif (Val de Marne) - Ecole élémentaire Henri Wallon.
Pour tout contact : serandour.f@wanadoo.fr

Cette synthèse ne représente pas la totalité des débats.

L'intégralité des interventions est publiée sur le site de l'éditeur.

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© Académie de Créteil/CRDP/Télémaque - 12/12/04 contact
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