CRDP académie de Créteil - Centre ressources littérature de jeunesse

Télémaque

retourBCD informatisée en maternelle :
Un travail de recherche documentaire

par Chantal Bouguennec

Sommaire

I. Introduction

II. Analyse des difficultés. Diagnostic

III. Activités en amont de la recherche en BCD et de l'utilisation du logiciel

IV. La pratique : les activités avec le logiciel

V. Évaluation. Bilan

VI. Conclusion

I. Introduction

L'importance des activités langagières à l'école maternelle n'est plus à démontrer. Leur pratique entre dans la construction de tous les apprentissages. C'est dès les premières années de la scolarité que l'on doit tout mettre en oeuvre pour pallier aux inégalités révélées en particulier par l'étendue et la diversité du répertoire lexical. Dans cette perspective et dans l'esprit de mettre en pratique les Instructions Officielles de 1995, j'ai mis en place l'an passé un projet de classe centré sur le thème de l'eau et dont le support était l'utilisation en BCD, la Bibliothèque Centre Documentaire, du logiciel de recherche et de gestion documentaire BCDI2-école et de son interface maternelle. Je ne développerai pas ici les intérêts que peut présenter l'utilisation de l'outil informatique à l'école maternelle. Je m'attacherai plutôt à démontrer les avantages que présente dans le domaine des compétences langagières, l'utilisation de ce logiciel en particulier, le seul à ma connaissance dans le paysage actuel permettant une réelle recherche documentaire autonome par des enfants non-lecteurs.

II. Analyse des difficultés - Diagnostic

Le constat de départ est que la plupart des enfants de l'école, située en zone d'éducation prioritaire, sont en situation de grandes difficultés langagières. Mes élèves de grande section ne possèdent pas le registre de langage explicite et structuré nécessaire pour accéder à la pratique de la langue reconnue comme commune. Permettre l'accès à ce registre de langage commun et à l'utilisation d'un vocabulaire précis est une mission de l'école. L'élève prend ses distances avec les communications de connivence et de proximité au travers, entre autres activités, d'un travail sur le plan lexical.

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III. Activités en amont de la recherche en BCD et de l'utilisation du logiciel.

Le travail décrit ici s'est déroulé au long de l'année scolaire 1999/2000. Il s'inscrit dans le cadre d'un projet "Action Éducative Innovante" dont le double objectif est l'acquisition de compétences dans le domaine scientifique et l'amélioration des compétences langagières. Un ensemble cohérent d'activités variées permet de donner un sens aux différents apprentissages : visites à la Cité des Sciences ; mise en place d'ateliers d'expérimentations scientifiques avec l'eau ; manipulations régulières ; réalisation d'une exposition ; fabrication d'un orgue à eau avec l'aide des Petits Débrouillards, association scientifique loi 1901. La thématique de l'eau paraît particulièrement adaptée pour mener à bien des activités pluridisciplinaires centrées sur l'amélioration des compétences langagières des enfants, axe principal de notre projet d'école et du contrat de réussite du Réseau d'Éducation Prioritaire.

La première étape vise à se rendre compte et à faire prendre conscience aux élèves des représentations qu'ils ont déjà sur le thème de l'eau. L'objectif est de leur permettre d'exprimer ces représentations. Pour cela, les enfants cherchent tous les mots ou expressions qui leur viennent à l'esprit spontanément. Nous obtenons ainsi une liste d'une trentaine de mots que nous hiérarchisons selon leur importance. Plusieurs séances sont consacrées à des jeux verbaux à partir de cette liste de mots.

Vient ensuite le moment de classer les mots, d'élaborer des catégories. Il apparaît tout d'abord des regroupements par analogies phonologiques (flaque, lac) et par associations d'idées (sable, plage). Mon objectif à atteindre lors de cette étape du travail est un classement sémantique (mots en rapport avec les propriétés physiques de l'eau, avec la notion d'eau nécessaire à la vie, avec la notion du traitement de l'eau.), afin de faire émerger la notion de classification documentaire qui sera utilisée par la suite. Mais il est important d'accepter les différents classements des enfants avant de les faire réfléchir à d'autres critères. C'est aussi l'occasion d'aborder les premières distinctions d'ordre syntaxique possibles à cet âge (noms - verbes - adjectifs).

Liste des mots classés par les élèves par surlignage - Premiers dessins représentant ces mots.

Je propose ensuite aux enfants la fabrication d'un imagier. Là encore, les problèmes de classement et de vocabulaire, alliés aux difficultés techniques de réalisation, vont permettre aux élèves d'étendre leurs connaissances. En effet, les enfants découvrent très vite, à travers les différentes tâches à accomplir, toute une série d'obstacles. Pour les franchir, ils sont amenés à se poser différentes questions dont ils ne possèdent pas toujours les réponses, les expériences n'étant pas toutes réalisables en classe, par exemple : " d'où vient l'eau du robinet ? " Un des objectifs du projet étant de faire acquérir aux enfants des connaissances sur le thème étudié, cette démarche conduit à la nécessité de chercher ces réponses dans les documents de la BCD. Un outil va nous y aider : le logiciel BCDI2-école. Pour que la recherche soit efficace, nous avons besoin de dresser l'inventaire des questions, donc de les poser d'une façon précise : on entre là dans le domaine d'un langage syntaxique plus large.

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IV. La pratique : les activités avec le logiciel.

Plusieurs séances de travail collectif s'imposent pour permettre à l'ensemble de la classe de découvrir la recherche documentaire. Dans ce but, je relie l'ordinateur de la BCD au poste de télévision afin de projeter les pages du logiciel sur un grand écran. Les enfants sont ainsi en position de prendre connaissance des huit thèmes de premier niveau et se familiarisent avec le fonctionnement de l'outil. Par la suite, le travail de recherche approfondi dans le but de répondre aux questions que nous nous sommes posées, se fera par petits groupes.

Présentation de l'outil :

BCDI2-école est un logiciel documentaire qui, grâce à ses différentes interfaces, peut être utilisé de la maternelle au lycée, ainsi que dans les médiathèques. L'interface pour les non-lecteurs se présente sous la forme d'un album d'images qui traduit la classification hiérarchisée dont les libellés des thèmes sont à la fois écrits et sonorisés. Après s'être identifié en "cliquant" sur la photo de son enseignant, puis sur la sienne, l'enfant accède aux huit thèmes de premier niveau. Il a alors la possibilité de descendre dans l'arborescence en affinant la recherche. Ce parcours conduit à sélectionner une série de livres ou d'autres documents qu'il reconnaît grâce aux couvertures numérisées.


C'est lors des présentations collectives, en explorant l'arborescence, que les élèves se familiarisent avec les images qui correspondent aux thèmes, afin d'acquérir par la suite une autonomie de recherche.

L'utilisation de l'album est l'occasion pour l'élève d'un travail de lecture d'images : il me semble important dans un premier temps d'observer les illustrations des thèmes sans l'aide sonore et d'apprendre à les interpréter. Plusieurs séances sont nécessaires, toutes les images n'étant pas toujours très lisibles pour des enfants de cet âge, en particulier celles associées aux notions abstraites pour lesquelles ils ne possèdent pas le codage culturel. Ce travail permet aux enfants de développer un langage descriptif, puis argumentatif pour se mettre d'accord sur le sens, l'image étant polysémique. Par exemple le dessin représentant le verbe "danser" évoque pour certains enfants les mots "bagarre" ou "chahuter". Cette analyse permet également de montrer aux élèves la nécessité de légender les images et l'importance de la correspondance entre l'oral et l'écrit pour qu'il y ait compréhension commune. En effet, même si l'image est polysémique et si les enfants ont trouvé d'autres mots correspondant au dessin, le mot à retenir est celui qui est écrit. C'est le moment de faire prendre conscience aux enfants du choix arbitraire du langage documentaire.
Des activités plus spécifiques de lecture (reconnaissance, mémorisation de certains mots en rapport avec le thème de l'eau) sont pratiquées, parallèlement, en classe.

Travail par petits groupes avec le logiciel

Nous arrivons maintenant à l'étape de la recherche approfondie. Pour que ce travail soit efficace, il est indispensable de l'organiser par petits groupes. Pendant qu'un groupe travaille sur l'ordinateur, un autre groupe, avec l'aide des aide-éducatrices, travaille à la réalisation d'un jeu d'association d'idées à partir des images imprimées correspondant aux différentes entrées du logiciel. Ce travail leur permet de mémoriser ces entrées, de chercher d'autres idées de regroupements et d'aborder les notions de classement, de catégorie.

Le travail par groupes implique, pour les élèves qui recherchent les documents, la nécessité d'expliquer leurs différentes stratégies de recherche, les différentes possibilités d'entrer dans les thèmes proposés par BCDI. Il implique également la nécessité de restituer à l'ensemble de la classe l'information trouvée et de la soumettre ensuite à l'analyse, la critique, la synthèse.

N'oublions pas que le but est de trouver dans la BCD des documents pour répondre aux questions que nous avons listées. Plusieurs stratégies sont possibles : tenter de sortir un maximum de documents sur le thème de l'eau pour répondre à l'ensemble des questions ou cibler une question et chercher des éléments de réponse. Je propose aux enfants d'adopter la deuxième démarche, plus adaptée à l'initiation à la recherche documentaire. Les élèves ont tôt fait de comprendre que de nombreuses entrées de la classification du logiciel peuvent amener à trouver des documents sur l'eau. Mon objectif est de les conduire à réfléchir et argumenter entre eux afin d'éliminer certaines entrées ou en essayer d'autres que celles qui paraissent évidentes. Par exemple, pour trouver des réponses à la question " d'où vient l'eau du robinet ? ", il est inutile de cliquer sur l'image représentant "les animaux" ou "les personnages". Par contre, l'entrée "la terre et le ciel" attire immédiatement les enfants. C'est ainsi que, après expérimentation, par questionnements, essais-erreurs, ils comprennent que les deux entrées "les choses" et "notre vie quotidienne" proposent les réponses les plus pertinentes à leur question.

Avec le groupe classe : travail d'analyse des documents sélectionnés.

De retour en classe, les élèves sont chargés de présenter au groupe classe les documents issus de leur recherche. La nouvelle situation-problème à faire émerger à ce moment est la pertinence du résultat : " le document répond-il bien à la recherche et va-t-il nous aider à répondre à nos questions ? " En s'intéressant au contenu des documents, les élèves abordent l'étape du travail d'analyse et une approche du travail de synthèse. Ils prennent alors conscience, avec mon aide d'adulte lecteur, que certains documents n'ont pas de rapport avec la question ; par exemple Le voyage de Plume ne peut pas nous informer sur le circuit de l'eau et pourtant le logiciel l'a proposé. Mon rôle consiste ensuite à amener chacun des élèves à expliquer aux autres le contenu de son document (livre ou autre) le plus précisément possible à partir de la lecture des images. Là encore, les élèves apprennent à développer un langage descriptif, un langage de lecture de l'image, tout en enrichissant lexique et syntaxe. Le langage argumentatif est également valorisé puisqu'il s'agit de donner son point de vue, de le défendre, et éventuellement d'en changer. Enfin, l'esprit critique se trouve mis en œuvre : ce n'est pas parce qu'il y a écrit le mot "eau" que le livre donne des informations sur l'eau. C'est l'occasion d'aborder parallèlement un travail sur la différence entre fiction et documentaire, de montrer aux enfants que c'est le contenu qui importe et non la forme. Le livre documentaire peut avoir une forme narrative, mais il représente la réalité et l'explique.

Une autre de mes préoccupations est d'amener les élèves à comprendre que l'ordinateur n'est pas "magique" et que le résultat d'un traitement informatique est fonction de ce que des personnes ont écrit. C'est en comprenant comment le logiciel et l'indexation fonctionnent et en comprenant que le langage documentaire est différent du langage naturel, que les enfants deviennent capables d'indexer eux-mêmes de nouveaux livres acquis par la BCD en dictant les mots-clés à l'adulte. C'est grâce à l'activité d'indexation qu'ils prendront conscience, par la suite, du fonctionnement d'un langage documentaire et de l'importance du choix des mots clés.

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V. Évaluation - Bilan

On peut constater que l'utilisation d'un logiciel de bibliothèque ne se limite pas au côté pratique de la gestion de prêt, mais qu'il possède dans ses fonctions de recherche documentaire un intérêt qui autorise une utilisation pédagogique riche.

Pour évaluer l'impact de ce travail dans le domaine lexical, il est nécessaire d'amener les enfants à verbaliser ce qu'ils ont appris. En effet, plus on sait dire ce qu'on a fait et comment on l'a fait, mieux on apprend. J'ai, à cette fin, constitué une grille d'évaluation dans laquelle l'un des critères est la comparaison de l'ensemble des mots ou expressions sur le thème de l'eau verbalisés à la fin du travail, avec la liste produite en début d'année. Alors qu'une trentaine de mots ont été énoncés la première fois, la seconde liste en propose quarante-cinq, donc guère plus en quantité, mais ils apparaissent mieux classés et tous en rapport direct avec le thème. D'autre part, le type de mots a évolué : certains sont plus en rapport avec des notions moins immédiates (évaporation, cycle.), qui n'apparaissaient pas du tout au début du travail. Il est indéniable que le travail de recherche documentaire informatique y a contribué, même s'il est difficile d'évaluer réellement la part de cet apport relativement à celle des autres activités (manipulations, expérimentations). C'est l'intérêt de la pluridisciplinarité : la collaboration des différentes disciplines à un objectif commun d'apprentissage.

En ce qui concerne l'évaluation de l'efficacité de la recherche, les enfants ont été capables de retrouver 80% du fonds des documents de la BCD qui traitent de l'eau, ce que je considère comme un résultat positif.

Un autre critère d'évaluation est la capacité à réinvestir les mots acquis : je constate qu'une partie du lexique est réinvestie à l'occasion d'autres activités dans la journée et dans des contextes différents, par exemple l'utilisation de verbes tels que imbiber, flotter, s'évaporer, ce qui permet aux enfants d'en préciser peu à peu la signification. Toutefois, une année de travail de ce type ne suffit pas pour que des enfants de cinq et six ans aient véritablement transformé la nature de leur répertoire lexical, et tous ne progressent pas au même rythme. Mais le travail en groupes réduits autour d'un thème de recherche commun, permet aux enfants qui parlent peu d'exprimer leur avis, de se sentir concernés.

De plus, le plaisir de communiquer nos découvertes aux autres classes, au sein du projet d'école, impose d'employer un langage adapté et la réalisation d'une exposition commentée permet de proposer un nouveau contexte à l'utilisation de ce lexique tout frais. Ainsi, le lexique commun découvert au cours des séances de travail en classe, et différent de celui que propose le milieu familial, prend progressivement sa place dans le discours des enfants. Pour compléter la présentation des productions qu'ils ont réalisées et des connaissances qu'ils ont acquises sur le thème de l'eau, les enfants ont ajouté une bibliographie, réalisée à l'aide de vignettes découpées, qui indiquent aux autres élèves les différents documents à partir desquels ils ont effectué leurs recherches. Lors de la constitution de cette bibliographie, en classe, j'ai particulièrement apprécié qu'une discussion s'installe entre les enfants pour savoir ce qu'ils ont préféré apprendre tout au long de la réalisation de ce projet. Cet intérêt, ainsi que le désir d'utiliser le logiciel pour d'autres recherches, sur des sujets différents, indique que l'envie de connaître et d'apprendre a pris place dans les attitudes des enfants.

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VI. Conclusion

Il me semble primordial d'aborder la recherche documentaire dès la maternelle et de la mettre en place dans un esprit de continuité des apprentissages que permet bien l'organisation par cycles.

L'accès facilité à de très nombreuses sources d'informations nécessite des compétences de recherche documentaire indispensables à "l'honnête homme du XXIème siècle". La BCD et le CDI, constituent les dispositifs au sein desquels elles s'acquièrent d'une manière active afin d'être mobilisées ensuite hors de l'école, à la bibliothèque municipale ou sur la toile, pour un besoin de curiosité culturelle comme pour les recherches dans un cadre professionnel.

En engageant les élèves dans une pratique de l'argumentation, sur une élaboration orale, outre l'amélioration des compétences dans le domaine des langages, je contribue à l'acquisition d'un comportement autonome et respectueux des autres.

Aussi bien l'autonomie que l'esprit d'analyse se pratiquent tout petit si l'on veut que nos élèves deviennent des citoyens informés, capables d'être critiques par rapport à ce qui les entoure.

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