Témoignage de Mme Isabelle Arbessier-Pochet, professeure de français au collège Paul-Éluard de Bonneuil-sur-Marne, pour la nouvelle Dans le 13ème Hall, 2ème prix 2010 sur le thème « Traces... ».
C'est ce titre que mes quatrièmes ont trouvé, lorsque nous avons confectionné un immense journal mural, après notre succès au prix littéraire du Val-de-Marne en 2010, organisé par le CDDP.
Septembre 2009, on me confie les 4°E. C'est une joyeuse meute de chiens fous turbulents - que l'on me pardonne cette métaphore animalière ! Seul un projet me permettra de les rassembler, de les faire progresser. Ceci dit, je vois bien que l'écriture est bien loin de leurs préoccupations, elle n'a pas de sens pour un grand nombre d'entre eux. Je dois partir de leurs préoccupations pour les amener à les analyser, à les décrire, à les transcender. Il se trouve que de très vieux immeubles seront bientôt démolis, pour faire place à des bâtiments plus petits. Le quartier se nomme Fleming, mes élèves y habitent, ou ont leurs grands-parents qui y résident, cette démolition est souhaitée, appréhendée. Par ailleurs, nous avons étudié quelques nouvelles fantastiques de Théophile Gautier, ils ont bien aimé et compris les ressorts de ce genre. J'établis la péréquation.
Un matin, j'arrive en classe, je propose de participer au concours. Un vote est organisé. Une très grande majorité se prononce pour jouer le jeu.
J'avais leur adhésion, c'était déterminant. A moi de leur donner la main et de tracer l'itinéraire.
Ils se mettent au travail. Au bout d'une heure, voire moins, ravis, ils me rendent leur copie. Ils ont écrit leur nouvelle ! Elle fait de six à quarante lignes, parfois sans paragraphes, parfois dans une orthographe médiévale, ponctuée de barbarismes, parfois à la ponctuation latine.
Je corrige la première mouture. Dans chaque copie, je reprends un élément intéressant, je les regroupe par thèmes. Je rends les rédactions, leur explique le sens de la démarche.
Sept axes se dégagent : l'incipit, le paillasson, la poubelle, les boîtes à lettres musicales, les boîtes à lettres personnifiées, le courrier d'amour, les courriers des bulletins scolaires, la démolition du bâtiment et le retour au réel.
Chaque thème est le propos de deux rédactions au moins. À la correction, je prends les éléments intéressants de chaque copie. Je suis très vigilante à emprunter à toutes les copies des passages à chaque moment d'écriture.
Je rends les rédactions, donne aux élèves ce que j'ai retenu, un embryon de portrait, un début de champ lexical... ils retravaillent sur ces nouveaux axes. Je ramasse de nouveau les copies, les corrige, retiens, redonne, redistribue, recentre, ils approfondissent.
Quelque quinzaine de rédactions plus tard, nous avons un immense patchwork.
Nous faisons des patrons. Quel thème avant l'autre ? Pourquoi ? Ils s'écoutent. Trois secrétaires enregistrent les minutes des débats. La classe les a élus pour trancher. Et ils le font...
La nouvelle est écrite !
Chacun a écrit une quinzaine de rédactions, à chaque fois notée.
Ils étaient déjà contents d'avoir tant travaillé, mais, lorsque je leur ai annoncé que notre nouvelle avait été retenue, une lueur d'incrédulité altéra leur regard, suivie, très vite, de manifestations de joie... débordantes !
Témoignage de Mme Roustant pour la nouvelle Être et paraître 2ème prix ex-aequo 2011 sur le thème « Reflets... »
Jʼai proposé, sans imposer, le projet aux élèves, qui se sont montrés pour la grande majorité dʼentre eux très enthousiastes. Ce projet a été mené avec une classe de 3e constituée de 21 élèves : le « faible » effectif a contribué à la réussite de la nouvelle. Les élèves avaient un niveau très hétérogène mais je me suis attachée à confier des « missions » différentes à chacun en fonction de ses goûts et de ses capacités, de sorte que tous ont eu le sentiment de jouer un rôle et dʼapporter une pierre à lʼédifice. Les séances se sont déroulées à raison dʼune heure par semaine, la dernière heure du vendredi après-midi, ce qui a permis malgré la fatigue et la lassitude des élèves de maintenir leur écoute et leur intérêt. Parallèlement, nous menions, au début du projet, une séquence sur les nouvelles à chute.
Je regrette de nʼavoir pas eu plus de temps à consacrer à ce projet. En effet, jʼai été contrainte de faire des choix dans leurs écrits, dʼagencer beaucoup ce que je piochais chez les uns et les autres. Or, jʼaurais préféré que chacun retravaille davantage son propre texte et que tous contribuent davantage au choix des éléments et à leur agencement.
Chacun des élèves, à lʼissue de projet, sʼest senti fier du résultat accompli et a eu lʼimpression de retrouver une part de son travail dans cette nouvelle collective.