Mettre l’élève en situation de réussite
Enseignante de français au collège Rabelais à Vitry-sur-Seine, Marie-Claude Pignol sʼinterroge sur la façon dʼévaluer le travail de Chi Wai, élève dʼorigine chinoise accueilli dans sa classe de 5e. Pour ce faire, lʼintroduction de documents visuels lui a semblé pertinent, en prolongement de lʼexpérience décrite dans « Introduire des documents visuels dans ses pratiques de classe ». Voici son témoignage.
Lʼobjectif de lʼéquipe dʼenseignants de la classe de 5e était dʼamener rapidement Chi Wai, si possible avant la fin de lʼannée scolaire, à être évalué selon les mêmes modalités que les autres élèves de la classe, considérant que ce serait le gage dʼune intégration pleine et entière en classe ordinaire et donc le signe de la réussite de notre projet.
Un calendrier progressif
Après quelques échanges pour rassembler idées, pistes de réflexion et dʼaction, lʼensemble de lʼéquipe a pensé que cʼétait en aménageant lʼévaluation que cet élève pouvait être aidé. Le calendrier suivant a été adopté :
- au premier trimestre, prévoir des formes dʼévaluation adaptées pour prendre en compte les difficultés de Chi Wai avec la langue, y compris en proposant des sujets aménagés spécialement à son intention ;
- au deuxième trimestre, évaluer Chi Wai comme les autres, très systématiquement et dans toutes les matières, en lui autorisant, si besoin est, lʼusage dʼun dictionnaire bilingue, sauf cas particulier. Par exemple, lʼusage de cet outil en cours dʼanglais ne sʼimposait pas nécessairement, car dans cette discipline, Chi Wai était en situation de relative égalité avec ses camarades tant que les consignes en français étaient suffisamment simples et répétitives dans leurs formes ;
- en fin dʼannée, nous souhaitions que Chi Wai puisse être évalué comme les autres, selon les mêmes modalités et sans aide particulière. En français, il est cependant arrivé quʼil ait le droit dʼutiliser son dictionnaire bilingue.
Introduction dʼune image dans le sujet dʼun contrôle
Lʼune des formes dʼévaluation adoptées est partie dʼune proposition faite par notre collègue dʼanglais et consistait à substituer des images aux textes pour compenser les difficultés de Chi Wai à comprendre les données dʼun contrôle. La substitution est pourtant rarement totale. Le plus souvent les données de lʼexercice sont organisées de façon à articuler textes et images, terme à terme.
À titre dʼexpérience, jʼai intégré dans un sujet de français une image pour son statut dʼillustration. La première séquence de lʼannée proposée en cinquième permettait de réviser les notions fondamentales concernant le récit et la fiction, telles que découvertes en sixième. Dans les séances précédant ce premier contrôle, nous avions en particulier longuement travaillé sur les substituts nominaux et pronominaux. Pour lʼévaluation finale, jʼaménageai le sujet prévu en accompagnant un texte issu de LʼAiguille Creuse de Maurice Leblanc assorti de questions de lecture et dʼinterprétation dʼun extrait de la bande dessinée éponyme dʼAndré-Paul Duchâteau (LʼAiguille creuse, André-Paul Duchâteau, Ill. Jacques Geron , Soleil Productions, 2001, p. 3, 4, 5).
Voici la forme définitive que je proposai aux élèves.
Lʼintégration de questions de cours ne posa aucun problème particulier à Chi Wai et lui permit dʼobtenir facilement cinq points. Inutile de préciser quʼil nʼen fut pas forcément de même pour tous les élèves de la classe ! Par ailleurs, comme je nʼavais absolument pas parlé des liens familiaux en cours, je choisis, pour ce contrôle, de dispenser Chi Wai de la question 6. Il me suffit pour cela de modifier à son intention le barème de la partie « Répondez aux questions ».
Lʼintroduction dʼune image ayant statut dʼillustration dans le sujet de contrôle lui-même me permit de vérifier la perception par lʼélève de lʼenchaînement des substituts nominaux et pronominaux, sans avoir à utiliser le métalangage dans une consigne complexe. En effet, jʼavais observé que Chi Wai savait remonter une chaîne de substituts grâce à la technique que jʼapprends à mes élèves (on attribue une couleur par personnage que lʼon a identifié et on souligne chaque groupe nominal ou pronom le désignant avec la même couleur), mais il nʼavait pas complètement retenu ce métalangage.
Lʼusage dʼune image illustrative, et en particulier la bande dessinée, lui permit de manipuler ces outils de la langue sans les nommer et dʼidentifier clairement chacun des personnages, sans pour autant parvenir à justifier sa réponse. De plus la bande dessinée présente les évènements de manière chronologique, ce qui lui donna des repères précieux.