Aller au menu Aller au contenu
Retour à la page d'accueil du site Réseau Canopé – Direction territoriale académies de Besançon et de Dijon Retour à la page d'accueil du site Réseau Canopé – Direction territoriale académies de Besançon et de Dijon Lien vers le site du ministère de l'Éducation nationale (nouvelle fenêtre) Retour à la page d'accueil du site Réseau Canopé – Direction territoriale académies de Besançon et de Dijon

Introduction


© CRDP de l’académie de Dijon - 2001

Jean-Pierre Perriau
Bruno Suchaut
Thierry Troncin

L’évolution du système éducatif français, pendant ces dernières décennies, s’est progressivement réalisée par des réformes successives, qui ont globalement permis un développement quantitatif : l’espérance de scolarisation est passée de 16,7 années en 1982-1983 à 19 années en 1995-1996. D’un point de vue qualitatif, des améliorations sensibles ont également pu être constatées ; le nombre des diplômés a augmenté ainsi que le niveau moyen de connaissances. Une troisième dimension à prendre en compte est celle de l’équité ; là aussi des progrès ont été accomplis : les disparités entre régions ont diminué et tous les milieux sociaux ont profité de l’allongement des durées d’études (même si des progrès restent encore à faire dans ce domaine). Ces progrès réalisés sont en partie le fait de l’effort important réalisé par la collectivité nationale pour le secteur de l’éducation à la même période : la part de la dépense d’éducation dans le produit intérieur brut est passée de 6,3 % à 7,4 % entre 1974et 1996. Ces dernières années, il semble que les progrès réalisés au niveau du système éducatif soient moins sensibles (il est également plus difficile de progresser quand on se situe à un niveau déjà élevé) et surtout, des questions importantes semblent être difficiles à traiter par les politiques éducatives. Une de ces questions est celle relative à l’hétérogénéité du public d’élèves fréquentant à présent le collège.

À l’heure actuelle, tous les ans et grâce aux évaluations nationales, on sait qu’environ 10 % des élèves entrent en 6e sans maîtriser les compétences de base en français et en mathématiques (ce chiffre varie sensiblement d’une année sur l’autre). Les enseignants de collège doivent donc faire face à une population très hétérogène et développer des stratégies qui permettent à tous les élèves d’acquérir une base commune de connaissances pendant les quatre années de collège. De nombreuses actions ont été développées ces dernières années : soutien, remédiation, pédagogie différenciée, aide individualisée, aménagement d’horaires, regroupement d’élèves, sans que des résultats tangibles apparaissent et permettent de trouver une solution généralisable. L’origine du travail présenté dans ce document concerne précisément le traitement de cette hétérogénéité des niveaux des élèves avec un centrage sur les élèves les plus en difficulté à l’entrée au collège.

Confrontés, par leur fonction, à des problèmes délicats d’orientation d’élèves du second degré, Jean-Pierre Perriau (IEN AIS à Dijon) et Patrick Guyon (principal du collège de Chevigny-Saint-Sauveur) ont ressenti le besoin de faire le point sur le concept de difficulté scolaire et des différents dispositifs de prise en charge des élèves qui « posent problème » à l’institution. Ces élèves se distinguent de ceux qui ont été orientés dans des SEGPA et qui présentent des « difficultés graves et persistantes auxquelles n’ont pu remédier les actions de prévention, de soutien, d’aide et l’allongement des cycles dont ils ont pu bénéficier ». Il faut également noter que les SEGPA « n’ont pas à accueillir des élèves au seul titre de troubles du comportement ou de difficultés directement liées à la compréhension de la langue française. De même ces structures ne concernent pas les élèves qui peuvent tirer profit d’une mise à niveau grâce aux différents dispositifs de consolidation envisagés au collège. » (circulaire n°96-167 du 20 juin 1996)

Certains élèves, qui ne relèvent donc pas d’un enseignement adapté, présentent toutefois des lacunes importantes dans la maîtrise des compétences de base en français et en mathématiques ; ils se caractérisent souvent par une inappétence scolaire, conséquente ou à l’origine de l’échec scolaire. Ces élèves, auxquels on peut ajouter ceux dont l’orientation en SEGPA a été refusée par les familles, vont vivre sans nul doute un cycle d’adaptation chaotique et plusieurs questions peuvent alors être posées relatives à l’importance numérique du phénomène (combien sont-ils ?), à l’identification de leurs caractéristiques (qui sont-ils ?), à l’aide qui leur est proposée, et enfin à la connaissance de leur parcours scolaire au collège.

Pour répondre à ces questions, une recherche action a été conduite par un groupe de travail « innovation » constitué dans le cadre de la Délégation académique aux formations et à l’innovation (DAFI) ; le thème central de ce groupe est « le collégien en grande difficulté ».

Afin de mieux connaître les dispositifs de prise en charge des élèves en difficulté à chaque niveau d’enseignement, mais aussi d’analyser leurs spécificités et l’articulation cycle 3 - cycle d’adaptation, ce groupe d’innovation nécessitait une composition mixte : primaire et collège. La notion de difficulté scolaire au collège renvoie à des situations parfois très variées et la réponse de l’institution ne peut en aucun cas être globale, mais elle doit au contraire s’appuyer sur une connaissance la plus large possible des élèves. Tous les membres de l’équipe éducative sont donc potentiellement concernés, et c’est à ce titre que des personnels avec des niveaux de responsabilité différents et exerçant dans des champs d’intervention variés (administratif, pédagogique, social, psychologique) ont été sollicités pour participer à ce groupe de travail afin de favoriser une approche multidimensionnelle du concept de la difficulté scolaire et de sa prise en charge. Le groupe innovation, qui a fonctionné sur une période de deux années scolaires (de septembre 1998 à juin 2000) est composé de la façon suivante :
- Nicole Bovigny, conseillère principale d’éducation, collège Marcelle-Pardé, Dijon
- Annie Buttard, assistante sociale, service social en faveur des élèves, IA de Côte-d’Or
- Agnès Denis, médiatrice scolaire, collège du Chapitre, Chenôve
- Claude Dufoin, psychologue scolaire, EREA, Beaune
- Céline Duley, assistante sociale, service social en faveur des élèves, IA de Côte-d’Or
- Isabelle Célestine, professeur, collège Carnot, Dijon
- Élisabeth Force, principale, collège de Genlis
- Alain Fromage, conseiller d’orientation psychologue, CIO Dijon 2
- Édouard Gauthier, directeur d’établissement spécialisé, INPACTE de Velars-sur- Ouche
- Jacqueline Gire, conseillère d’orientation psychologue, CIO Beaune
- Maurice Guidot, directeur adjoint de SEGPA, Genlis
- Christine Guillerme, conseillère d’orientation psychologue, CIO Semur-en-Auxois
- Patrick Guyon, principal, collège de Chevigny-Saint-Sauveur
- René Jacquet, directeur adjoint de SEGPA, collège Bachelard, Dijon
- Jean-Luc Lecas, principal adjoint, collège d’Auxonne
- Christian Lecoanet, directeur d’établissement spécialisé, IME de la Rente de Bel Air, Dijon
- Françoise Léger, assistante sociale, service social en faveur des élèves, IA de Côte-d’Or
- Sylvie Malfroid, psychologue scolaire, Chenôve
- Claudine Millot, responsable de SEGPA, Is-sur-Tille
- Florence Monnier, enseignante en CIPPA, collèges Épirey et Roupnel, Dijon
- Jean-Pierre Perriau, inspecteur EN, Dijon, AIS
- Alain Porret-Blanc, secrétaire CCSD, Dijon AIS
- Colette Reydelet, professeure collège Rameau, Dijon
- Agnès Schaack, professeure de LP en SEGPA, Genlis
- Thierry Troncin, conseiller pédagogique, Dijon AIS

L’accompagnement scientifique du groupe de travail a été réalisé par Bruno Suchaut, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’université de Bourgogne et chercheur à l’IREDU-CNRS.

À son lancement, le groupe innovation s’est fixé un premier objectif : s’informer et se former.

S’informer, se former

S’intéresser au concept de la difficulté scolaire dans toutes ses dimensions et ses déclinaisons nécessite l’élaboration d’un état des lieux approfondi des différents dispositifs existants, afin que le groupe développe une culture commune de la notion de difficulté à l’école primaire et au collège. Cette photographie du fonctionnement du système éducatif ordinaire a pu être enrichie d’interventions ponctuelles émanant de responsables de structures spécialisées sur des thèmes précis tels que les réunions de synthèse, le projet d’établissement, le projet individuel de l’élève et la notion d’équipe éducative, thèmes susceptibles d’aider à connaître et à mieux comprendre les réponses apportées par les institutions spécialisées qui ont en charge les élèves les plus fragiles et les plus en difficulté de l’institution scolaire, à savoir les enfants et adolescents présentant une déficience avérée. Cette connaissance des dispositifs ordinaires et des initiatives locales a été complétée par la présentation des résultats de recherches en sciences de l’éducation qui ont concerné les effets de certains dispositifs ou de pratiques sur les élèves, en termes d’acquisitions et de carrières scolaires, notamment sur les élèves repérés en difficulté scolaire sur la base de leurs faibles résultats. En outre, la réalisation d’une recherche-action implique que les participants du groupe s’approprient des éléments méthodologiques nécessaires à la démarche d’enquête, la confection d’outils et le traitement des données.

Les axes de travail

La composition variée du groupe de travail, le nombre des participants pouvaient laisser craindre une certaine dispersion dans les activités ; ceci était d’autant plus risqué que, d’une part le groupe devait déboucher sur une production concrète à la fin de la période de fonctionnement, et d’autre part le nombre de réunions était limité. Il a donc été décidé, outre des séances de présentation et d’exposés d’intervenants variés sur la question étudiée, de se focaliser sur trois types de production.

Le premier axe concerne une approche externe, objective et quantitative du phénomène étudié. Il s’agit de réaliser un suivi longitudinal d’un échantillon d’élèves repérés en difficulté sur la base de leurs résultats aux évaluations nationales à l’entrée en 6e. Afin d’étudier les parcours des élèves et de dégager l’influence des facteurs qui sont susceptibles d’agir sur ces parcours, des informations ont été collectées sur les élèves et sur les établissements qu’ils fréquentent.

Le second axe de travail est de nature plus qualitative et dans une certaine mesure illustrative de situations caractéristiques se rattachant à notre problématique. Il s’agit de s’intéresser aux différentes représentations de la difficulté scolaire à travers des témoignages sur le rôle et l’action des différents acteurs concernés par cette question, mais aussi par la présentation des différents dispositifs qui existent dans le système scolaire. Cette approche sera complétée par la présentation d’études de cas concernant des élèves pour lesquels la grande difficulté scolaire peut avoir une origine et des effets complexes et variés. Ces études de cas permettent également de mettre en évidence le rôle des différents acteurs et intervenants impliqués dans la recherche de solutions. Nous nous intéresserons également dans cet axe à une question centrale qui est l’amélioration de la liaison école - collège qui transite en particulier par une meilleure connaissance des fonctionnements des premier et second degrés pour ce qui est du dépistage, du diagnostic et du suivi des élèves en difficulté. Au-delà des spécificités de formation, de champ d’intervention et de mission des membres du RASED dans le premier degré et des conseillers d’orientation psychologues dans le second degré, seront formulées des propositions afin de rendre moins étanches ces deux niveaux d’enseignement et de favoriser la circulation des informations, source d’une réelle continuité dans la prise en charge globale des élèves les plus en difficulté.
Le troisième axe de travail débouche sur des propositions concrètes cherchant à traiter de façon plus satisfaisante la situation des élèves en difficulté au collège. Le groupe de travail s’est penché sur l’élaboration et l’utilisation d’un outil susceptible d’améliorer la situation actuelle.

Le mode de fonctionnement du groupe de travail

Il a été prévu que le groupe innovation au complet se retrouve lors de journées de regroupement programmées sur les deux années de fonctionnement, soit au total huit journées. Le contenu de ces journées plénières s’est volontairement voulu varié en faisant intervenir : des présentations de dispositifs par des personnes extérieures, des informations théoriques et méthodologiques, des discussions thématiques, des débats… Entre ces journées de regroupement, des réunions d’un groupe de pilotage ont été intercalées. Le groupe de pilotage comprend trois principaux de collège (Élisabeth Force, Patrick Guyon et Jean-Luc Lecas), deux membres de l’inspection AIS (Jean-Pierre Perriau, inspecteur de l’éducation nationale et Thierry Troncin, conseiller pédagogique), ainsi que l’accompagnateur scientifique (Bruno Suchaut, universitaire). Ces réunions du groupe de pilotage (au nombre de douze sur la période des deux années) ont servi à préparer dans le détail les journées de regroupement ainsi que de faire le point sur l’état d’avancement dans les différents axes de travail. En plus de ces réunions du groupe de pilotage et des journées de regroupement, des séances de travail ont également été programmées pour l’analyse des données collectées sur le suivi d’élèves.

Le présent document est la synthèse des activités du groupe innovation pendant ces deux années de fonctionnement. Produire un tel document n’est pas une chose aisée quand une trentaine de personnes, à des degrés divers, est impliquée dans ce travail. Il faut donc faire des choix, tout en essayant de ne pas occulter tel ou tel aspect évoqué lors des différentes séances de travail. Le plan choisi dans ce document essaie, dans la mesure du possible, de refléter une démarche constructive dans le traitement de la question posée au départ et rend compte des trois axes de travail qui ont été présentés plus en avant dans cette introduction.

Dans une première partie, nous examinerons la problématique relative à la difficulté scolaire au collège sous un angle historique et sociologique en faisant apparaître les questions principales.

Dans une deuxième partie, nous nous intéresserons au premier axe de travail qui est relatif à la connaissance des élèves en difficulté scolaire par un suivi d’un échantillon de collégiens. Cette partie, dont l’objectif principal est de fournir un constat, sera composée de trois éléments : les aspects méthodologiques, une phase descriptive de la population d’élèves, une analyse des parcours scolaires de ces élèves.

Dans une troisième partie, nous présenterons une synthèse de la notion de difficulté scolaire telle qu’elle peut être perçue et vécue à travers divers dispositifs et expériences, des études de cas illustreront des parcours typiques d’élèves qui ont été à un moment ou un autre de leur scolarité en situation d’échec scolaire.

Dans la quatrième partie du document, nous formulerons trois propositions susceptibles de favoriser une meilleure prise en charge des élèves en difficulté au collège. La première de celles-ci s’articule autour d’une fiche de suivi coordonnant les actions engagées en faveur des élèves ciblés ; la seconde aborde l’instauration de lieux d’écoute dans les établissements scolaires, la troisième préconise une amélioration de la liaison école – collège. Ces trois axes de réflexion s’accompagnent d’une évolution souhaitée du fonctionnement des équipes éducatives.

Imprimer cette page

 

Réseau Canopé – Direction territoriale académies de Besançon et de Dijon - 3, avenue Alain Savary - CS 21390 - 21013 Dijon Cedex
Tél. : 03 80 73 85 00 - Fax : 03 80 73 85 18 - Courriel : crdp@ac-dijon.fr

©  Réseau Canopé | Réalisé sous SPIP
Mentions légales

Haut de page

Interface privée