Aller au menu Aller au contenu
Retour à la page d'accueil du site Réseau Canopé – Direction territoriale académies de Besançon et de Dijon Retour à la page d'accueil du site Réseau Canopé – Direction territoriale académies de Besançon et de Dijon Lien vers le site du ministère de l'Éducation nationale (nouvelle fenêtre) Retour à la page d'accueil du site Réseau Canopé – Direction territoriale académies de Besançon et de Dijon

Les générations issues de l’immigration dans l’espace public


© CRDP de l’académie de Dijon - 2000

Abdelkader Belbahri
Sociologie
Université de Saint-Étienne


« Mon visage est une page qu’on n’arrache pas.
Je sais que je serai surtout pas. »
Zebda [1]

Les enquêtes ne manquent pas qui disent d’une part la méfiance des jeunes vis-à-vis des organisations fortement structurées comme les partis politiques et les syndicats et d’autre part, leur intérêt pour les causes caritatives, humanitaires et antiracistes (les Restos du Cœur, SOS-Racisme, Ras l’Front), et leur préférence pour les associations et les regroupements informels. Par ailleurs, les recherches insistent également sur un point important, à savoir le rapport des jeunes au « local », c’est-à-dire au territoire qui constitue le cadre de leur vie quotidienne. Celui-ci est très souvent le point de départ de leurs revendications. Pour autant, cet ancrage local ne veut pas dire repli, car le local ne signifie pas fermeture. S’agissant des jeunes issus des quartiers populaires, rien ne serait plus faux que de penser ce local comme assignation à résidence ; il est plutôt un tremplin vers d’autres espaces de la cité. Ce qui caractériserait le plus les jeunes aujourd’hui c’est, comme le dit Anne Muxel, une certaine capacité à intégrer plusieurs types d’identités territoriales [2].

J’ai tenté de montrer que l’engagement des jeunes aujourd’hui se distingue fortement de celui de ceux qui se sont exprimés à travers la marche des beurs. Ce mouvement des années 80 était inédit. Pour la première fois de son histoire, la France a vu défiler dans les rues, et qui plus est sur le pavé parisien, des dizaines de milliers de jeunes, enfants de travailleurs immigrés, avec des baskets et des foulards palestiniens, et qui demandaient à être reconnus par la République [3]. Ces jeunes ne bénéficiaient pas de ressources en termes d’expériences militantes pour maîtriser les enjeux politiques et idéologiques et pour faire évoluer dans la durée le mouvement qu’ils venaient de créer [4].

Les acteurs associatifs des années quatre-vingt-dix ne bénéficient pas tous de cet héritage. C’est peut-être ce qui fonde la différence en matière d’engagement entre les militants qui ont trente ans et plus et qui disposent d’un minimum d’instruction et des plus jeunes qui vivent toujours dans le quartier. Dans ce contexte, la politique de la ville a souvent joué un rôle de socialisation à la vie locale, mais a souvent induit des comportements de dépendance, notamment par l’offre de financements. Les comportements des leaders des petites associations sont ainsi très conditionnés par leur relations avec les services publics et les élus.

Parallèlement, et malgré les divergences, subsistent des liens à l’échelle de la ville, entre les deux types de cultures politiques comme entre des personnes d’âges différents. Cela se traduit par la création de plusieurs arènes publiques où les acteurs tentent vainement de réanimer l’esprit de mobilisation des années quatre-vingt. Cela ne les empêche pas de fréquenter régulièrement des lieux centraux, mixtes culturellement. C’est une des caractéristiques de Saint-Étienne où les quartiers, malgré leur marginalisation sociale, restent fortement intégrés à la ville.

L’ensemble de ces arènes publiques, que j’ai essayé d’étudier dans l’espace stéphanois, contribuent ainsi à la fabrication de ce que j’appelle une communauté d’expérience. Je vais ici tenter de décrire les contenus de ces petites arènes publiques en dressant des portraits de militants qui ont tous pour point commun la revendication d’une appartenance à cette communauté. Cette réalité qui se retrouve dans plusieurs villes française concrétise une manière spécifique de s’inscrire dans la citoyenneté républicaine.

Mon propos part d’une manifestation culturelle qui s’est déroulée un soir dans la salle de spectacle d’une MJC dans le centre de Saint-Étienne.

Des immigrés sur scène

Un soir d’avril 1999, une fête a lieu à la MJC des Tilleuls, dans un vieux quartier proche du centre de Saint-Étienne, un de ces espaces urbains que l’agence d’urbanisme locale qualifie de « marges urbaines ». Elle est organisée par le Collectif « Pas de quartier pour l’exclusion » (PQE). Cette manifestation culturelle qui rassemble au moins une centaine de personnes, en majorité issues de l’immigration venue du Maghreb, doit constituer la rampe locale de lancement de cette nouvelle association née en février de la même année. Elle s’est assignée comme principal objectif la lutte contre toutes les formes de discriminations et regroupe des individus et de nombreuses associations, toutes domiciliées dans la région Rhône-Alpes :

« Dans une perspective d’échanges et de connaissance, nous souhaitons prendre contact avec les diverses associations du département de la Loire, engagées elles aussi dans la lutte contre l’exclusion. »
(Texte d’appel adressé à une série d’associations)


Dans l’esprit des organisateurs, le « nous » regroupe un petit réseau de stéphanois, d’âge et de niveau d’études différents et proches du mouvement associatif issu de l’immigration, par l’origine, par la profession, ou par les deux. De fait, le petit noyau qui a organisé la soirée comprend Messaoud, Mounir, vice-président de l’association La Fourmi, Chérif, animateur, rattaché à une maison de quartier du centre, Mounira, gestionnaire d’une association d’éducateurs spécialisés, Sabrina Beloued, ex-élue régionale et militante associative, Frédéric, éducateur spécialisé, Nassima, éducatrice de prévention, Florence, animatrice, Mustapha, bénévole dans une association travaillant sur le thème de « la mémoire de Montquartier », et bien d’autres [5]… Une centaine de personnes sont présentes à la soirée. Des adhésions sont recueillies, et le noyau à l’origine de l’organisation continue de se réunir pour assurer cette fonction de coordination que l’association s’est donnée comme objectif.

Cette manifestation publique a été conçue comme une fête, dans une salle de spectacle, avec un public et une scène où se produisent des groupes de musique (« Lam » de la Loire, « Zéphyr Percussion » de Lyon et un chansonnier qui, dit-on, commence à percer). Il y règne une ambiance chaleureuse de fête accentuée par le plaisir manifeste de se retrouver non seulement entre gens qui pour la majorité s’estiment rattachés par des origines communes, mais surtout des personnes qui partagent des expériences communes, une communauté de mémoire dans le domaine du militantisme immigré. Le public est en effet « immigré », au sens large du terme, celui défini par Michèle Tribalat, sociologue à l’INED [6] dans Faire France. C’est-à-dire que cet ensemble connoté à la fois socialement et culturellement inclut non seulement les immigrés dans le sens courant du terme, mais aussi les enfants des couples mixtes, franco-maghrébins entre autres. En fait les participants sont beaucoup plus hétérogènes qu’on pourrait le penser de prime abord en parlant d’immigrés. Font partie de cette assemblée, des jeunes venant des quartier périphériques, des mères de familles, des jeunes adultes maghrébins accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants métissés, des travailleurs sociaux issus ou non du milieu. Ce public est issu de différents milieux sociaux : le jeune médecin dévoué de Montquartier, accompagné de son épouse fraîchement diplomée de l’école locale d’éducateurs, une dizaine de médiateurs sociaux, des agents de médiation et d’intervention sociale (les fameux AMIS), des chômeurs bénéficiaires du Rmi, deux ou trois délinquants notoires, un directeur de centre social, cinq présidents d’associations de quartier, une dirigeante d’une association kabyle. Sans oublier les musiciens amateurs, qui gagnent leur vie en exerçant des métiers différents : deux garagistes, un instituteur, un animateur MJC, un brocanteur villeurbannais, un jeune sous contrat d’emploi solidarité (CES), un apprenti, une caissière dans une grande surface de la région parisienne. Enfin, deux universitaires, un sociologue et une géographe. Les participants sont venus en majorité de la Loire (Saint-Étienne), et quelques-uns du Rhône (Lyon) et d’Île-de-France (Paris).

Il est possible de considérer ce regroupement comme une scène qui peut être analysée comme une arène publique telle quelle a été définie par Daniel Cefaï [7] et appliquée de manière intéressante par Nicolas Dodier à une recherche portant sur l’espace public de la recherche médicale. Ce dernier considérant que la diversité des lieux et des dispositifs associés aux notions de publicité et d’espace public impose une clarification conceptuelle, utilise le terme général d’arène pour qualifier un dispositif visant à mettre en relation des locuteurs et les audiences auxquelles ils s’adressent. Toujours d’après cet auteur, une arène est caractérisée généralement par quatre éléments : des conditions régissant l’entrée des locuteurs et ce sur quoi ils peuvent s’exprimer, des conditions relatives au mode de confrontation entre locuteurs ou entre locuteurs et audience, des supports d’inscription des discours produits (papiers, films et vidéos, support électronique…) et enfin, des conditions d’accès pour les audiences (grand public, membres d’une organisation, spécialistes…). « Les arènes spécialisées sont celles dans lesquelles les locuteurs et les audiences sont des spécialistes d’un domaine [8] ». Il est possible de considérer que cette définition pourrait s’appliquer à cette manifestation publique. En effet, dans ce regroupement, les participants, dans leur grande diversité sont des « spécialistes » d’un domaine, celui-là même qui les réunit, à savoir le monde de l’immigration, des quartiers, et de la lutte contre le racisme. Certains le sont à titre professionnel (les travailleurs sociaux), d’autres sont bénévoles, et d’autres enfin se vivent comme des personnes concernées au premier chef. De plus, cette assemblée répond aux quatre conditions énoncées par Nicolas Dodier pour délimiter une arène publique :
– Les participants partagent avec chacun des membres du groupe à l’origine de cette manifestation culturelle des relations affinitaires sur plusieurs plans. Il s’agit des amis, des compagnons de lutte, des membres de la parenté et des représentants d’associations et de groupes situés dans le champ de l’immigration. De même, tous les participants ont été invités parce que les hôtes considèrent qu’ils ont quelque chose à dire dans la thématique prédéfinie par l’occurrence « Pas de quartier pour l’exclusion ».
– Les conditions relatives au mode de confrontation entre locuteurs ou entre locuteurs et audience étaient déterminées par la nature même de la rencontre : des interventions suivies de questions et de débats ponctués par des expressions artistiques : musique métissée marquée par la mode « world music », danses, sketches.
Ces manifestations culturelles productrices d’émotions codifient le mode de confrontation entre locuteurs et le public présent dans la salle, dans une ambiance « fête de l’Huma » rehaussée de l’odeur des merguez. Les discours sont teintés d’une petite dose de combativité, de communion fusionnelle et, de temps à autre, de quelques petites notes misérabilistes.
– Une brochure présentant les objectifs de l’association invitante, un tract exposant les orientations politiques du groupe ainsi que les perspectives d’alliance et de partenariat avec un certain nombre d’associations de lutte contre le racisme et l’exclusion en rapport avec les banlieues (Ras-l’Front, par exemple), constituent les principaux supports des discours produits.
– Des conditions d’accès au public sont matérialisées par la dimension même de la salle mise à disposition et par la présence importante de représentants d’organisations et de spécialistes de l’immigration (universitaires travaillant sur le sujet, animateurs issus de l’immigration, assistantes sociales spécialisées dans l’accueil des migrants, responsables d’associations, etc.).

Cette assemblée aurait pu passer pour une réunion associative banale, comme il peut y en avoir dans d’autres lieux de la ville. Mais ce rassemblement, dans une structure à vocation culturelle, de personnes d’origines géographique, culturelle et sociale différentes représente aussi comme un condensé des différentes strates temporelles de l’histoire du militantisme immigré et issu de l’immigration. Cette fête a le mérite de synthétiser en un seul lieu et en un seul moment la naissance, les développements et les restes idéologiques du mouvement beur, plusieurs années après la marche de 1983. Dans ce sens, la marche est toujours en arrière fond des discours et de l’action. Réalisée par un noyau de militants stéphanois, il s’agissait, en quelque sorte, d’une mise en scène de moments différents, sédimentés, de l’engagement des jeunes dans l’espace public. Chacun de ces moments était représenté par une personne qui faisait ainsi fonction de figure emblématique. Certains acteurs présents sur cette scène tirent leur légitimité ailleurs. Chacun d’entre eux est intégré et se trouve en quelque sorte le représentant, ou plus précisément le référent d’une arène publique : une jeune femme, membre active du comité d’organisation de la marche des beurs au début des années quatre-vingt et aujourd’hui militante pour la cause des réfugiés politiques et demandeurs du droit d’asile (Houria, 40 ans) ; une deuxième femme, très active dans divers rendez-vous électoraux au niveau municipal et cantonal, très présente dans diverses associations stéphanoises et lyonnaises et dont l’expérience est un exemple représentatif de ces jeunes qui pensent qu’il est important que des personnes issues de l’immigration et des quartiers doivent figurer sur les listes électorales (Lamia, 30 ans) ; une troisième femme (Sabrina, 37 ans) ex-élue au conseil régional de Rhône-Alpes, et militante connue dans le monde associatif dans les domaines de l’immigration de la lutte contre le racisme, des droits de l’homme, de l’humanitaire et de l’accueil des réfugiés algériens menacés par l’intégrisme. Son cas est très exemplaire de l’engagement des générations issues de l’immigration dans la sphère politique, et plus généralement dans l’espace public. Un jeune homme, animateur d’une association de quartier à Saint-Étienne, représentatif quant à lui de ces très jeunes activistes qui se sont affirmés à l’occasion de la politique de la ville (Mounir, 22 ans) ; et enfin l’auteur du texte que vous lisez qui fait figure d’aîné dans cette galerie de portraits, qui a accompagné la marche des beurs et les diverses actions qui en ont résulté et qui, au risque de sortir de sa réserve de chercheur, profite de cette rédaction pour essayer de mettre au clair sa position dans ce réseau (l’auteur, 52 ans).

La suite de ce texte a été conçue comme une suite d’entrées en scène de tous ces personnages qui ne doivent pas être considérés pour autant comme des héros exemplaires. Il convient de les envisager plutôt comme des « lieux » ou des « sites » où se sont déroulées des confrontations politiques et culturelles importantes, dont on peut étudier le détail. Considérer une personne comme un lieu n’est pas nier son humanité ; c’est au contraire reconnaître les nombreux facteurs qui déterminent son action et la multiplicité et la complexité des voies à partir desquelles elle se construit comme acteur historique [9].

Houria
Houria, quarante ans, d’origine algérienne, est arrivée en France en bas âge avec sa mère pour rejoindre le père qui travaillait à Lyon. Elle est actuellement mariée à un marocain, qui était venu pour faire ses études universitaires, dans les années soixante-dix. Salariée par une association qui intervient dans le domaine du logement et de l’insertion, elle s’occupe de médiation culturelle et de développement dans les foyers Sonacotra. Dans ce cadre, elle a fait un travail de longue haleine avec des travailleurs immigrés à la retraite qui logent dans un foyer très isolé dans l’espace urbain, encastré entre des dépôts d’usine, une route express et un hippodrome. Ces anciens travailleurs continuent de vivre en France sans leurs familles et sont en attente d’un règlement du dossier de leur retraite parce qu’ils estiment à juste titre que le montant de la pension qui leur a été proposée est en-deçà de ce qu’ils devraient percevoir. Houria les assiste dans leurs démarches au milieu des maquis enchevêtrés de l’administration. Parallèlement, elle a entrepris un travail de médiation culturelle en discutant avec eux la possibilité de participer au défilé de la biennale de la danse « Mediterranea » qui a eu lieu en septembre 1998, de la rue de la République à la place Bellecour à Lyon. Cela a donné lieu à des heures et des heures de répétitions dont l’objectif était d’aider chacune de ces personnes à concevoir une présentation de soi dans une telle manifestation publique. Cela a progressivement pris la forme d’un travail de mise en scène de théâtre qui consistait, à l’aide de costumes fabriqués par les acteurs eux-mêmes, et avec les moyens du bord, de construire l’image publique qu’ils voulaient donner d’eux-mêmes, individuellement et collectivement. Fondamentalement, l’enjeu était celui de la restauration de l’identité de ces travailleurs privés de leur droits et isolés de toute vie sociale dans l’espace public.

Par la suite, Houria s’est beaucoup investie dans l’accueil des réfugiés kosovars, en relation avec le comité Rhône-Alpes pour les réfugiés et demandeurs d’asile (CRARDA). Dans l’esprit de Houria, toute son action prend son sens dans un engagement visant à la restauration de l’image publique des immigrés dans la société française. Dans le récit qu’elle livre de ses activités, sa participation à la marche pour l’égalité et contre le racisme en 1983 tient une place importante, voire fondatrice. Elle a en effet participé au mouvement qui a donné naissance à cette manifestation des jeunes dans l’espace public. Elle a fait partie du comité d’organisation et de soutien à la grève de la faim menée en 1980 par Christian Delorme, Jean Costil, responsable de la CIMADE à Lyon, et un jeune algérien. Il s’agissait de s’opposer à la double peine que subissent les jeunes délinquants nés après 1962 en Algérie, ne pouvant donc pas bénéficier de la nationalité française, et de ce fait, exclus du territoire national, après avoir purgé leur peine.

Lors de son intervention pendant la soirée culturelle, cette militante insiste sur la nécessité de tout faire pour se défendre, c’est-à-dire en essayant de reconstituer le mouvement. Elle précise qu’au début de la décennie quatre-vingt, dans un contexte de forte politisation de la question de l’immigration et à un moment où les crimes racistes atteignaient des records tristement célèbres, s’est développé un mouvement associatif important, véritable mobilisation initiée par des jeunes des quartiers populaires que comptent les nombreuses régions françaises. Houria ajoute que force est de constater qu’aujourd’hui ce mouvement, après de multiples transformations, a connu un fléchissement important. Certes, cette évolution témoigne plus généralement des phénomènes d’essoufflement que subit le mouvement associatif en France. Mais, souligne-t-elle, les formes de mobilisation collective nées des « banlieues », et a fortiori celles qui entendaient exercer, au niveau local, une participation effective, ont été mises à l’écart par les divers systèmes politiques, collectivités territoriales et partis. Et cela sans que jamais la question de l’immigration et ce qu’on appelle communément les « phénomènes de banlieue » n’aient cessé d’être un enjeu politique.

Le commentaire d’un jeune de 22 ans assis à côté de moi est lourd de sens, car c’est un des aspects de l’état d’esprit des plus jeunes : « ça c’est de la politique ! » a-t-il commenté. Devant mon regard interrogateur, il a cru bon de préciser sa pensée : « Elle parle d’un passé lointain. Cette politique ne nous a menés à rien. Maintenant, il faut du concret ! ». Cette réflexion pourrait suffire pour montrer la rupture au niveau des deux générations quant au rapport au politique.
L’exemple suivant montre plus précisément à quel point l’expérience de la marche des beurs a été fondatrice et a constitué une matrice de socialisation politique pour ceux qui étaient beaucoup plus jeunes à l’époque où elle s’est déroulée. Par contre, elle ne joue plus ce rôle structurant pour ceux qui n’étaient pas encore nés.

Sabrina
Le cas de Sabrina, militante très connue dans le monde associatif, est très révélateur du rapport des générations issues de l’immigration à la sphère politique, et plus généralement, à l’espace public. Elle a été élue au conseil régional de Rhône- Alpes de 1992 à 1998 sur la liste des Verts et apparentés. Pendant la durée de son mandat, elle a été une référence pour beaucoup de militants associatifs, dans la région et au-delà, d’autant plus qu’elle a présidé la commission urbanisme et habitat et a participé aussi aux commissions formation professionnelle et culture.
Ce qui a vraiment décidé Sabrina à accepter de se présenter à ces élections, ce sont surtout les pressions amicales d’anciens militants stéphanois. Ces derniers sont à l’origine de la fondation de l’association « Le Métier à tisser » en 1979, et ont été des acteurs importants de la marche des beurs. Abdallah, frère aîné de Sabrina, est actuellement directeur d’un centre social à Saint-Étienne. Salah est responsable d’un organisme de formation et d’insertion dans la vallée de l’Ondaine. Boualem est agent de développement économique d’une mairie dans la Loire, et chargé de cours en sciences économiques à l’université. Quant à Hafid, il est cadre supérieur dans une grande entreprise métallurgique. En 1992, ces « historiques » ont estimé qu’après l’essoufflement de SOS-Racisme, le contexte politique était propice à l’investissement de candidats issus de l’immigration dans les scrutins territoriaux. Lamia avait déjà été sollicitée au niveau des élections municipales. En 1992, elle s’est présentée en même temps que Sabrina mais aux cantonales.

« Ce sont ces gens-là qui ont fait pression en disant que c’était important qu’on soit représentés en politique. Quand je dis “ on ”, ce sont les enfants issus de l’immigration, les gens qui habitent dans les quartiers, même si on n’a pas vécu les mêmes situations de galère, les situations très douloureuses d’exclusion comme aujourd’hui… Pour cette génération-là, je me souviens, quand j’étais en fac, parmi mes copains d’origine immigrée, notamment algérienne, même s’ils étaient nés à Saint-Étienne, pour la plupart, ils étaient restés algériens, ils n’avaient pas le droit de vote, ils avaient des engagements associatifs difficiles, n’ayant pas le droit de faire de la politique parce qu’ils étaient étrangers… Tout ça m’a poussé à réfléchir, je me suis dit que c’était quand même débile de vivre dans un pays où on est né, et où on va rester, et en même temps d’être à la marge, de ne pas participer à la politique, à la vie de la cité. »
(Sabrina)

Un comité de soutien à Sabrina a été constitué par une dizaine de personnes de plusieurs catégories socioprofessionnelles et susceptibles de sensibiliser des milieux différents : les quartiers, l’immigration, les travailleurs sociaux, les enseignants et les organisations antiracistes. Des négociations ont eu lieu avec le milieu associatif en Rhône-Alpes et principalement à Lyon, Grenoble et Chambéry.

L’engagement de Sabrina illustre bien cette idée de l’individu comme produit d’une histoire dont il cherche à devenir le sujet [10]. Son exemple permet également de mettre en relief le caractère paradoxal de cet engagement : comment des individus peuvent-ils à la fois revendiquer une appartenance à une communauté spécifique et s’inscrire dans une citoyenneté républicaine dont un des principes fondamentaux est d’affranchir les individus de leurs multiples appartenance primaires [11] ?

Mais dans l’expérience de Sabrina, comme pour beaucoup d’autres de sa génération qui ont grandi en France dans le contexte de l’immigration, ce qui est prégnant, c’est cette « fuite en avant » pour ne pas se laisser enfermer dans des identités instituées. Dès qu’un signifiant les stigmatisent, ils tentent immédiatement de s’en affranchir en élaborant un autre pour montrer qu’ils ne sont pas seulement ce par quoi on les désigne : beurs, jeunes, jeunes immigrés, jeunes issus de… Pour Bergson, aucune figure symbolique ne peut signifier la réalité de la vie. Il a justement mis en garde contre l’utilisation de catégories qui réduisent les individus à des groupes [12]. Ce qui est frappant dans les récits d’expériences d’enfants d’immigrés, surtout lorsqu’ils cherchent à définir leur place dans l’espace public, c’est leur propension à se dé-marquer des mots-cadres figés qui cherchent à les définir. Ils insistent plus sur le « je ne suis pas ceci ou cela » que sur le « voilà ce que je suis ».

Sabrina, 35 ans, est née à Saint-Étienne de parents immigrés originaires de Kabylie, d’où ils sont arrivés il y a 48 ans. Le père était retraité de la mine et la mère au foyer. Elle est entrée très tôt en contact avec les banlieues, ces grands ensembles dont elle s’est sentie proche. Inscrite en fac d’anglais, elle était à la fois dans le monde estudiantin et en contact étroit avec les quartiers.

Ses parents sont analphabètes, ils n’ont jamais été à l’école. Malgré tout, ils ont toujours pensé que l’école c’était important. À un moment donné, quand elle était au lycée, elle s’est retrouvée avec deux autres filles issues de l’immigration. C’était un lycée de filles, et elle trouve que ça été difficile de “ se bagarrer ” contre la famille pour essayer de leur montrer que le plus important, du moins en ce qui la concerne, c’est d’aller à l’école, de faire un métier, de s’instruire, plutôt que de se marier et de se retrouver avec beaucoup de gosses… ce qui aurait très bien pu lui arriver.

« C’est vrai que ça n’a pas été facile, et c’est vrai aussi que ce que je vivais en fac et ce que je vivais au niveau familial, c’étaient deux mondes complètement opposés… »
(Sabrina)

Pour caractériser ces deux mondes entre lesquels une jeune fille issue de l’immigration peut être tiraillée, il faut se référer aux concepts utilisés par Berger et Luckman pour décrire le processus général de socialisation [13]. Dans le récit de Sabrina, l’école a été le vecteur le plus important du passage au monde de « l’autrui généralisé ». Mais même dans cet espace non particularisant subsiste un sentiment d’altérité :

« Quand je suis rentrée en fac d’anglais, j’étais la seule fille issue de l’immigration, j’avais deux ou trois copains qui […], mais autrement au niveau des filles j’étais toute seule… »
(Sabrina)


Cela confirme d’autres recherches menées antérieurement [14]. Avec le développement des processus d’assignation à résidence, voire de ghettoïsation dans certains cas, la différence entre la mobilité sociale des filles et celle des garçons semble s’être creusée. Comme si pour les seconds, « le monde spécifique », en s’étendant de la cellule familiale au quartier, se transformait en espace spécifique élargi, réduisant ainsi les chances d’accès à la socialisation secondaire. Cette aptitude à puiser dans ses propres ressources pour trouver une certaine cohérence identitaire entre deux mondes a sans doute contribué à l’engagement public de Sabrina et à sa capacité à permettre des passerelles interculturelles :

« … C’est vrai que ma plus grosse difficulté (et je pense que c’est un cas particulier) c’est que moi quand on m’appelle, on appelle Sabrina, par mon prénom, et non l’élue verte, ou l’élue apparentée vert. On m’appelle simplement Sabrina parce qu’on pense : elle a une histoire, et qu’il y a un certain nombre de choses qu’elle comprend tout de suite. Concernant des jeunes des quartiers, il se disent quelle n’aura pas un a priori défavorable, elle nous connaît, elle connaît notre histoire. Je suis amenée à me déplacer dans d’autres départements où je n’ai pas été élue, donc du coup mon action est complètement invisible… »
(Sabrina)

Sabrina a pu développer des réseaux diversifiés. Ceux-ci ne sont basés exclusivement ni sur une appartenance ethnique, ni sur des relations liées au monde politique. Le réseau cumule des liens éphémères et ce que je pourrais appeler des opérateurs de la mémoire. Il y a tous les cas de figure, des gens avec qui elle a des relations ponctuelles et d’autres avec qui c’est une amitié durable. Les gens avec qui elle a des liens privilégiés sont aussi des gens qui gardent en mémoire ce qui a été dit collectivement :

« Ce sont aussi des gens qui sont présents dans les moments difficiles, il faut bien le dire. Moi je n’ai jamais oublié que ma légitimité je la tire des associations et des gens des quartiers, même si parfois il est difficile de le leur montrer. »
(Sabrina)

L’élue régionale a une légitimité plus large et plus diffuse dans le tissu social que ce que ses confrères élus régionaux appellent « les quartiers d’exclusion ». Par son refus de tout étiquetage, Sabrina donne un autre contenu au concept de citoyenneté. Elle contribue tout au moins à le dépouiller de son contenu impératif, sur le mode de l’injonction. Elle concrétise la conception de la citoyenneté évoquée par Hannah Arendt, à savoir que le vrai citoyen c’est celui qui s’enquiert avant tout des affaires des autres. Sabrina élargit également le champ géopolitique de la citoyenneté en intégrant dans son propre imaginaire la dimension de l’espace migratoire [15] :

« J’ai toujours dit que je suis au service du citoyen, et au-delà même des citoyens, parce que quand je vois mes parents, ils ne sont pas citoyens français, malgré tout, ils sont dans ce pays, ils payent des impôts depuis 48 ans… je suis au service des habitants…
Le fait d’avoir travaillé avec des associations africaines, là aussi il y a des relations extrêmement complexes… Cela veut dire que j’entretiens de bonnes relations avec des responsables d’associations turques, africaines, espagnoles, portugaises. Cela dépasse le Maghreb et l’Afrique, ça c’est important, le fait que des Espagnols disent : “ le travail que tu fais Sabrina à la Région est important, on s’y reconnaît et on te soutient. ” »
(Sabrina)

Parmi les blessures dont Sabrina m’a souvent fait part, c’est le spectacle de ses parents qui ont pris de l’âge en situation d’exil tout en ayant le sentiment qu’ils « n’intéressent plus personne », « ils ont tout donné, le meilleur de leur corps, ils ont mis au monde des enfants et ils se sentent hors du monde ». Privés de lieu d’origine à cause de la « deuxième guerre d’Algérie », ils continuent, 48 ans après, d’être en situation de simples hôtes, des réfugiés permanents dans un pays d’accueil. C’est au fin fond de cette blessure que Sabrina puise l’énergie qui l’anime. Comme si elle devait passer par ce « point traumatique » pour intégrer cette histoire dans sa propre réalité. Cela se répercute sur le processus de construction de soi. Michel de Certeau dit l’importance des restes, des fragments dans cette fabrication de l’identité. Une multitude d’indices montrent que la tradition chez les émigrés est déterminante, mais sur le mode de fragments relatifs à des systèmes effondrés ou perdus [16]. L’ethnologie nous a habitués à penser la différence culturelle sous la forme d’un système cohérent et stable. Ce modèle devient idéologique parce qu’il correspond de moins en moins à la réalité quand la mobilité urbaine et le brassage des groupes sociaux produisent une fragmentation des identités et des combinatoires insolites entre ces fragments.

Michel de Certeau souligne que des systèmes référentiels d’hier, il ne reste souvent que des “ reliques ” : des gestes, des récits ou des signes détachés de l’ensemble auquel ils acquièrent une force plus grande.
« Il en va de même pour d’autres “ reliques ” d’histoires et de traditions : coutumes culinaires, vestimentaires, verbales, etc. ; habitudes qui ont trait à la manière de se loger, de circuler, de se soigner, etc. Ce sont des “ restes ” déterminants, et si je parle de “ reliques ” c’est par référence à la valeur structurante que la psychanalyse reconnaît aux fragments (aux “ petits morceaux de vérité ” dit Freud) qui survivent de totalités disparues. Ces détails constituent en effet la ponctuation à la fois matérielle et symbolique d’une appartenance, ou d’une pluralité d’appartenances [17] ”. »

Ces détails constituent la ponctuation à la fois matérielle et symbolique d’une appartenance ou d’une pluralité d’appartenances. Cette situation n’est certes pas propre aux immigrés, mais ne sont-ils pas en quelque sorte l’avant-garde de cette transformation des traditions ?
Le cas Sabrina illustre un modèle d’engagement qui prévalait surtout dans les années soixante-dix et qui a été caractérisé par le modèle du militant, c’est-à-dire celui qui donnait le maximum de lui-même, quelqu’un qui en quelque sorte se « livrait corps et âme », en laissant le moins de distance possible entre son engagement et le « souci de soi » :

« … C’est que la vie privée, y en a pratiquement pas ! et probablement, si j’étais comme un certain nombre de mes collègues [élues], mère de famille, c’est sûr que les enfants seraient à la fois un frein et une manière de se protéger, puisque quand on sait qu’il y a des enfants à la maison, on rentre. Cela donne des limites. Alors en ce qui me concerne, il n’y a pas de limites aussi parce que quand je fais quelque chose, je le fais jusqu’au bout quoi ! je suis quelqu’un de passionné, quand quelque chose m’intéresse, je vais jusqu’au bout, et c’est sûrement difficile aussi en politique d’être jusqu’au-boutiste. Quand on ne s’est pas trop investi, et quand on nous dit “ c’est bon on vous a assez vu, on passe au suivant ”, on ne doit pas le ressentir de la même manière que si on s’est beaucoup impliqué. C’est vrai que pendant six ans j’ai énormément travaillé, certainement beaucoup plus qu’un certain nombre de mes collègues, parce que je suis une grande bosseuse, mais aussi parce que je savais que je partais de très loin et que j’avais du temps à rattraper, et parce que je savais qu’on m’attendait au tournant. J’ai donc beaucoup travaillé, je me suis beaucoup investie, et ce que je fais me passionne, c’est avec plaisir que je l’ai fait. C’est vrai que venir travailler un samedi ou un dimanche, ce n’est pas évident, c’est au détriment de la vie privée… Quand j’y pense parfois, je me dis que ce n’est pas bien parce que les années qui passent, ce sont aussi les moments qu’on ne passe pas avec sa famille ou ses amis… Mais.. bon, c’est une réalité en tout cas… »
(Sabrina)

Le mode d’engagement de Sabrina est finalement atypique au regard des analyses récentes dans ce domaine. Ces travaux ont été conduits depuis plusieurs années sur l’évolution, durant les dernières décennies, de la structuration et du fonctionnement de groupements associatifs. Dans ces groupements reconnus, anciens et structurés, les individus sont de moins en moins identifiables, soit aux groupes d’appartenance d’où ils sont issus et qui constituaient en quelque sorte la matrice de la vie associative, soit aux rôles et statuts sociaux conférés par l’appartenance associative. Les individus joueraient eux-mêmes un rôle de plus en plus actif dans la création et l’animation collective : affranchissement des réseaux familiaux et idéo-politiques comme des appartenances communautaires, mobilisation des ressources personnelles dans l’activité militante [18]. Il me semble que l’expérience de Sabrina illustrerait les deux modèles à la fois : elle s’identifie, et est identifiable au groupe d’appartenance dont elle est issue (les immigrés, les jeunes issus de l’immigration, les quartiers), elle est très respectueuse des obligations juridico-institutionnelles imposées par le statut associatif. Cependant, son action militante s’appuie sur une capacité à mobiliser ses ressources personnelles.

Lamia
L’exemple de Lamia est représentatif de ces jeunes qui étaient encore adolescents au moment de la marche des beurs. Parallèlement à ses études à l’université Jean-Monnet de Saint-Étienne, elle a adhéré à « Métier à tisser », une association fondée à la fin des années soixante-dix et qui a eu un rôle moteur dans le démarrage de
la marche des jeunes issus de l’immigration, de Marseille à Paris. Cette structure a d’ailleurs été un lieu qui a permis à beaucoup de jeunes d’acquérir une socialisation politique, en permettant des rencontres de personnes de générations différentes.

Elle l’a fait à différents niveaux. L’association, dirigée par des aînés, âgés entre 35 et 45 ans, a un local au centre ville, dont la location est assurée par tous ceux qui disposent d’une bonne situation professionnelle. Dans ce local, où des permanences ont été assurées jusqu’en 1996, des jeunes, militants associatifs ou non, passaient périodiquement pour solliciter des conseils ou un soutien technique pour mener une action déterminée. Le Métier à tisser invitait deux conférenciers par an. Ces rencontres attiraient des personnes d’âges et d’origines différentes qui débattaient sur des sujets aussi divers que l’immigration, les jeunes et la politique, les rapports Nord-Sud, etc. Depuis la fin des années quatre-vingt, l’association a été un lieu
ressource pour beaucoup d’animateurs issus de l’immigration et qui interviennent dans les quartiers. Cela leur a permis d’enrichir les débats par leur expérience et de bénéficier des analyses de personnes plus âgées et bien informées de la problématique des banlieues au niveau national.

Née à Saint-Étienne il y a trente ans, de père mineur, Lamia est issue d’une famille nombreuse. Ses frères et sœurs font partie de ces jeunes qui doivent leur réussite sociale à l’école publique. Ils ont tous acquis un métier dans les domaines de la médecine (deux jeunes médecins), de la culture et du social. Elle est actuellement chargée de cours à l’université de Saint-Étienne. En 1992, elle s’est présentée aux élections cantonales où elle a réalisé un score non négligeable grâce sans doute aux voix d’électeurs issus de l’immigration, dont beaucoup de jeunes, mais pas seulement ; elle bénéficia également du vote du milieu associatif, d’électeurs écologistes et de celui d’électeurs habituellement abstentionnistes. Parmi ces derniers, beaucoup d’étudiants et de jeunes usagers réguliers de lieux considérés comme marginaux et situés en plein centre ville.

Deux lieux notamment, un pub tenu par deux frères d’origine kabyle qui organisent régulièrement des manifestations culturelles, expositions de peintures ou de sculptures d’artistes locaux, qui accueillent des groupes de rap, de jazz ou de rock ; et un bistrot « underground  », qui abrite également de petits groupes peu connus et qui organise de temps à autre des débats sur des thèmes internationalistes comme la situation actuelle en Algérie par exemple. Ce dernier lieu est le rendez-vous, entre autres, de jeunes militants antiracistes souvent adhérents d’associations qui se réclament d’un mode de vie végétarien. Les débats, où sont parfois invités des universitaires, se terminent par un repas végétarien où règnent une ambiance conviviale et un esprit libertaire. Il s’agit, dans les deux cas, de lieux cosmopolites où prévalent toutes sortes d’excentricités à tous les niveaux : jeunes pratiquant le piercing, des transsexuelles, des musiciens marginaux, des adeptes du hard rock, etc. L’âge des participants varie entre 17 et 45 ans. Ce sont aussi des lieux où l’origine ethnique des personnes n’est jamais évoquée. Il s’agit peut-être des seuls lieux de Saint-Étienne où se rencontrent des jeunes des couches moyennes et ceux des banlieues. S’agissant des jeunes issus de l’immigration, cela montre que leur pratique de la ville ne se réduit pas à des rencontres entre immigrés. Cette réalité ne fait que confirmer la célèbre phrase de Gilles Deleuze :

« Nous ne sommes jamais qu’une seule chose à la fois. »
Lors de la soirée à la MJC, Lamia a également pris la parole. Elle a retracé les expériences électorales locales, à l’issue desquelles Sabrina, son aînée de quelques années a eu un siège au conseil régional de Rhône-Alpes, sur la liste des Verts, et a rappelé l’objectif poursuivi par le collectif :
« Créer un véritable réseau d’associations engagées ensemble et avec force dans la lutte contre les discriminations, refusant ainsi l’émiettement ou l’atomisation du tissu associatif. »
(Lamia)

Ce point précis de l’intervention traduit la volonté de ces militants d’orienter plus leur investissement dans le tissu associatif de préférence aux tentatives souvent infructueuses d’inscription sur des listes où les candidats cooptés par les partis politiques sont placés en fin de listes et considérés au mieux dans leur fonction de témoignage.
Les trois portraits précédents sont ceux de femmes. Ce n’est pas un choix délibéré de ma part. Il s’agit des seules personnes qui ont pris la parole sur la scène de spectacle de cette MJC à Saint-Étienne. Ce fait correspond à une tendance générale dans le champ du militantisme immigré et issu de l’immigration. La part des femmes leaders est nettement prédominante. Il n’en est pas de même dans l’animation des associations de quartier, du moins parmi les jeunes. L’exemple qui va suivre se situe dans ce cadre.

Mounir
Dès le début de la fête à la MJC, Mounir m’a confié qu’il se sent très mal à l’aise. Son trouble est lié à la tournure que prend cette soirée organisée : « trop politique ! » J’ai tout de suite décrypté son propos en m’appuyant sur ce que je connais de lui et sur le profil des organisateurs de cette manifestation et leur orientation politique. Trop politique, cela voulait dire pour lui « à gauche » et en opposition nette avec la majorité municipale avec qui il entretient de très bonnes relations. Du moins avec certains de ses membres et, en particulier, avec un ancien député de droite, adjoint au maire chargé de la politique de la ville.

Le discours de Mounir est complètement à l’opposé de celui de ses aînées, Houria, Sabrina et Lamia. D’ailleurs les relations entre Mounir et le reste du groupe sont empreintes d’une certaine méfiance. Les jeunes femmes considèrent que leur parcours militant bénéficie d’une filiation dont l’événement fondateur est la marche des beurs, même si elles l’ont connue de façon plus ou moins directe selon leur âge respectif. Cela se traduit, dans la Loire, par l’utilisation, par toutes les personnes proches du milieu associatif immigré, d’un qualificatif de ralliement qui traduit une sorte de parenté fictive : les cousins. Selon ces militantes, Mounir ne mérite pas d’appartenir à cette famille à cause de son comportement considéré comme politiquement opportuniste et parce qu’il ose affirmer froidement que tous les partis se valent, qu’ils soient de droite ou de gauche, et que l’essentiel est l’intégration sociale.

Le jugement négatif de l’attitude de Mounir de la part des membres de ce réseau de militants d’origine immigrée s’explique par ses prises de position au nom de l’association qu’il a fondée à Montquartier, un quartier situé à la périphérie de Saint-Étienne. La création de cette association s’est faite après une série de conflits locaux très complexes qu’il serait trop long de présenter ici.

« La Fourmi » illustre la tendance actuelle de l’associationnisme issu des
banlieues. Depuis sa création, cette association a été soutenue par un élu parlementaire également membre de la majorité municipale. Depuis les dernières législatives anticipées de 1997, à l’issue desquelles cette personnalité politique a perdu son siège, le relais a été pris par l’élu municipal en charge de la politique de la ville. Ce lien étroit et privilégié entre une association de quartier et des personnalités politiques confirme une tendance générale qui s’est développée dans les années quatre-vingt dix.

Mounir, 22 ans, principal animateur de l’association, a eu, il y a deux ans, la volonté d’aller plus loin que la gestion d’un simple local. L’objectif ambitieux de l’association vise notamment l’insertion par l’économique et le soutien scolaire, afin dit-il « de s’attaquer aux racines du mal ». Son projet consiste à créer des services de proximité qui amélioreraient le quotidien et donneraient du travail aux jeunes sans emploi. Soutenu par la fondation Agir contre l’exclusion (FACE), Mounir souhaite permettre aux jeunes et aux anciens de se rencontrer « pour détruire le mur d’incompréhension, relancer le dialogue et lutter contre le sentiment d’insécurité ». Il a pu avoir le soutien de cette structure à l’occasion d’une réunion tenue à Saint-Étienne par Martine Aubry pour présenter cette structure qu’elle venait de mettre en place. Mounir figurait parmi les invités à cette rencontre grâce à l’appui d’élus locaux.

Contrairement aux associations traditionnelles, les animateurs de La Fourmi n’aiment pas s’encombrer de formalisme. Les réunions pratiquées par les grandes associations de militants ou de bénévoles et qui ont pour objet, par exemple, de s’entendre sur des actions collectives, ou de permettre à la base de s’exprimer, ne sont pas considérées comme nécessaires :

_ « Le but c’est de faire marcher les choses qui font partie de nos objectifs et non pas de faire marcher l’association. Si les projets sont réalisés, l’association marche ; c’est forcé ! »
(Mounir)



En fait, même si, de façon informelle, il existe des concertations, toutes les décisions et les relations sont le fait de Mounir. Ce dernier est considéré comme un interlocuteur sérieux par les élus et les partenaires divers, notamment ceux qui sont en lien avec la politique de la ville : l’élu municipal, le service économique, le service « vie sociale » de la ville, les opérateurs en zones franches, l’entreprise Activa, avec qui l’association a un contrat de formation et d’embauche de jeunes avec des contrats à durée déterminée, l’entreprise de transport en commun de la ville de Saint-Étienne, et les établissements scolaires…

L’association touche deux types de publics de jeunes : d’abord les adhérents, c’est-à-dire ceux qui ont payé leur cotisation à l’association déclarée selon la loi 1901. Ils ont entre 30 et 40 ans et sont des familiers du vice-président, à divers titres. Il s’agit soit de membres de la parenté proche ou élargie, soit de copains ou des jeunes habitant le même quartier. Ils participent à l’organisation des activités ; mais cela ne veut pas dire que ce sont toujours eux qui bénéficient des activités ainsi organisées. Ensuite, les bénéficiaires qui sont précisément les jeunes venant d’autres secteurs de Montquartier et qui participent aux diverses activités mises en place par l’association (sorties, tournois de football, conférences, et autres manifestations sportives dans le quartier), mais qui ne se sentent pas faire partie de l’association à part entière. Ils la considèrent comme une structure qui leur permet d’avoir un certain nombre de loisirs, même s’ils la sentent très proche d’eux. Le fait qu’elle soit animée par un jeune qui leur ressemble n’est pas du tout indifférent. Mais cela n’empêche pas une certaine attitude critique de leur part quant aux failles concernant l’organisation, et parfois même à propos des ambitions présupposées du vice-président. C’est-à-dire sa proximité avec l’élu et les nombreux intervenants extérieurs qu’il invite à l’occasion de diverses manifestations dans le quartier, dont la fête du gymnase qui se tient tous les ans est un exemple significatif.

La Fourmi organise en effet une fois par an, depuis deux ans, un événement sur le thème : « le cross contre le racisme ». Il est destiné aux enfants et aux adolescents. En fin de journée, le cross est clôturé par une distribution de lots aux différents champions en herbe. La cérémonie se déroule dans un gymnase. C’est une manifestation sportive, somme toute assez courante dans les quartiers ; mais La Fourmi, toujours sous la supervision de Mounir, y apporte une touche originale : des intervenants patentés sont conviés pour parler de la violence, de la tolérance, et de l’éducation, sans oublier, bien entendu, le fameux rôle des parents. L’élu municipal, le député, le sociologue, l’élu issu de l’immigration, les deux sportifs de haut niveau, les responsables de la sécurité dans les transports en commun, ont toutes les peines du monde à se faire entendre par les parents présents, tant est fort le brouhaha des enfants, excités par la caméra de télévision et impatients de recevoir le porte clé et le tee-shirt aux couleurs de La Fourmi qui doit récompenser leurs performances sportives. Cela empêche toute possibilité de dialogue entre les participants adultes et les divers intervenants. Lorsque certains parents ont fait remarquer à Mounir que pour une meilleure communication, il pourrait séparer les deux activités en deux moments différents (distribution des lots et débat avec les parents), celui-ci a répondu que s’il adoptait cette organisation, il n’y aurait pas beaucoup de parents pour la discussion. Cela montre à quel point c’est la médiatisation qui compte, plus que l’activité en elle-même. _
En effet, à chaque manifestation il y a immanquablement le correspondant du journal local et la télévision régionale. La caméra suscite, comme d’habitude, l’intérêt des gamins dont l’excitation accentue l’intensité du bruit. À la tribune, les orateurs habitués aux colloques et aux universités d’été où ils ont affaire à un public d’adultes, désarçonnés par cette ambiance de cour de récréation, rangent les papiers, où ils avaient consigné quelques notes, pour se rabattre sur quelques affirmations générales qui, sous la pression du brouhaha, sont suivies de quelques recommandations moralisantes qui feraient des jaloux dans les prétoires religieux. Voici deux échantillons de discours :

« La STRESE, à la suite d’une série d’incidents dans les bus de la ville, a mis en place un dispositif d’étude, de recherche et d’expérimentations sur l’insécurité dans les transports urbains… (brouhaha)… Écoutez-moi les enfants !… (brouhaha)… Notre entreprise à déjà recruté dix amis… S’il vous plaît !… (brouhaha)… Dix médiateurs, dont deux viennent de votre quartier… (brouhaha)… L’école est le seul lieu où on apprend à vivre ensemble… Merci ! » (Applaudissements)

L’orateur passe le micro à son voisin sociologue :

« Il convient d’abord de distinguer entre la violence physique et la violence symbolique… (brouhaha)… En venant de leurs contrées lointaines et en trimant toute leur vie, vos parents… (silence)… ont subi de vraies violences… (brouhaha)… Mais elles ne se voient pas celles-là… (brouhaha)… Patience, j’en ai presque fini !… Merci ! »
Il faut remarquer que seuls les discours du footballeur local et du champion d’Europe de karaté ont bénéficié de l’écoute attentive des enfants.

Traditionnellement, quelques jours après le « cross contre le racisme », une réception se tient à la mairie en l’honneur des membres de l’association La Fourmi et des autres participants adultes. Mais presque tous les intervenants déclinent l’invitation.

Mounir fait preuve d’une capacité à développer des réseaux au-delà des seuls cercles des adhérents et des usagers de l’association. Ce processus est présent dans sa démarche. Celui-ci fait preuve d’une aptitude à nouer des relations qu’il s’efforce d’élargir et d’entretenir avec persévérance. C’est cette intégration dans des réseaux qui donne une efficacité à son action et qui confère un sens à son engagement dans l’espace public. Ces réseaux, au nombre de deux, sont de nature différente et révèlent l’existence d’une stratégie de la part de l’acteur en question. Pour la clarté de l’analyse, j’ai essayé de qualifier ces réseaux en tenant compte à la fois des personnes incluses dans ces relations et de leurs apports effectifs ou potentiels. Ils peuvent être d’ordre matériel (moyens, financement d’actions ponctuelles…) ou symbolique (légitimité politique et culturelle). On peut ainsi distinguer :
– Des opérateurs de légitimité : Mounir a une conception personnelle de « ceux qui comptent » dans le domaine de l’immigration, des quartiers, des jeunes et de la ville. Ce sont des personnes qui ont un nom dans ce champ, en raison de leurs réalisations dans les domaines de la culture, du sport, et en raison de ce qu’ils représentent dans l’espace public. Tous ont comme point commun une notoriété médiatique : Christian Delorme (prêtre des Minguettes), Azzouz Begag (écrivain et sociologue), Yamina Benguigui (vidéaste et co-animatrice d’une émission de télévision, auteur de Mémoires d’immigrés), Samir El Kandili (champion de boxe française et un des chantres de l’insertion par le sport), Mohamed Ghayat (conseiller sur la question des jeunes auprès de Martine Aubry).
– Des opérateurs d’accessibilité : ce deuxième type de réseau comporte deux variantes. L’une, stable et directement efficace, est constituée par les relations avec des élus, et des membres du personnel municipal : services techniques, service « vie sociale », chefs de projet dans le cadre de la politique de la ville, des journalistes, des cadres d’entreprises. L’autre, instable, se traduit par des relations avec des pairs d’autres quartiers du centre (« les marges de la ville »), ou de l’agglomération stéphanoise, comme La Romière, dans la vallée de l’Ondaine, ou des aînés plus expérimentés dans la vie associative et politique. Ces derniers sont une source d’informations et une ressource permettant d’alimenter le carnet d’adresses de Mounir.

C’est justement cet activisme alimenté par un carnet d’adresses qui est reproché aux jeunes comme Mounir par les militants qui gardent la mémoire combative de la marche des beurs. C’est ce qui explique le départ inopiné du responsable de La Fourmi pendant la fête organisée à la MJC et décrite au début de ce texte. Il ne s’agit manifestement pas d’un simple mouvement d’humeur. Cela traduit le changement profond qui s’est produit au cours des années quatre-vingt-dix entre les quartiers et les institutions. Autrement dit, la décentralisation, les dispositifs accompagnant la politique de la ville, conjugués à des faits de générations, ont eu des effets sur les capacités de mobilisation des jeunes, au-delà de leurs quartiers. L’analyse d’Anthony Oberschall peut aider à comprendre l’évolution de ce phénomène [19]. Selon lui, la mobilisation construite ne peut naître que d’une organisation structurée et non d’une société atomisée. Les mécontents originels forment un « quasi-groupe » que des leaders vont être chargés d’améliorer. Il s’établit ainsi un niveau de participation différent entre eux et la base. Il y a deux dimensions : verticale et horizontale. Sera considérée comme intégrée verticalement toute collectivité entretenant des relations avec d’autres collectivités supérieures, ce qui coupe des centres de pouvoir les collectivités segmentées. Ces derniers types de collectivités formulent des demandes mal transmises aux autorités. Le niveau horizontal est celui de l’organisation interne de la collectivité : les formes de la protestation dépendent étroitement du type d’organisation inhérent à la collectivité en cours de mobilisation. Pour qu’un groupe social se mobilise, il faut que le niveau de participation de ses membres à la vie politique soit faible. En effet, s’il est intégré, son action sera d’abord institutionnelle. Or, contrairement à l’idée générale qui s’exprime en termes d’atomisation, les jeunes issus de l’immigration qui ne vivent pas dans la galère et dans la marge ont un niveau de participation à la vie politique qui n’est pas négligeable. Les intérêts communs sont pris en charge par des organisations disposant d’un centre de décision, actionnant un processus de lobbying offrant peu de prise à une mobilisation. Dans le contexte actuel, on assiste à la mise en place d’un lobbying, représenté au niveau local par des relations privilégiées entre de jeunes leaders de quartier et la municipalité et, au niveau central, par toute une série de conseillers dans des cabinets ministériels. Ces derniers sont souvent cooptés en raison de leur excellence dans un des domaines de la vie sociale. Leur légitimité auprès des décideurs est liée à leurs performances individuelles, au fait qu’ils sont susceptibles d’avoir une valeur d’exemple auprès de leurs pairs. Il s’agit surtout de personnes qui se sont illustrées dans des compétitions sportives ou qui se sont distinguées dans une activité artistique ou académique. Les gouvernants pensent que ces personnalités sont susceptibles d’être des modèles pour leurs pairs qui vivent encore dans les quartiers sensibles. Beaucoup parmi ces derniers, lorsqu’ils sont leaders d’une association locale, essaient souvent d’être en contact avec ces personnalités en vue. Mounir profite de toutes les opportunités (réunions, manifestations culturelles diverses) pour se présenter à la personne qu’il faut et pour donner son numéro de téléphone portable. De ce fait, les seuls liens que conservent encore les célébrités médiatiques, qui désormais ont un appartement parisien, avec les quartiers semblables à ceux dont ils sont issus, sont ceux qu’ils entretiennent avec des leaders locaux.

Deux hypothèses se dégagent de ce travail. La relation exclusive de certains élus avec les quartiers via des leaders, dont la représentativité est souvent contestée par les pairs, risque d’encourager des rapports clientélistes qui, s’ils sont profitables aux personnes concernées, risquent d’accentuer la défiance des jeunes vis-à-vis des politiques et de discréditer encore plus la position des parents qui sont rarement pris en compte. La tendance des militants à s’investir dans une communauté idéalisée, celle des « cousins [20] », pourrait être interprétée comme une protestation de leur part contre le fait que leurs parents soient exclus de la citoyenneté. Nous sommes en effet dans une période où les travailleurs immigrés vieillissants et étrangers, jadis citoyens de fait par leur contribution au monde du travail, se trouvent réduits à une condition d’altérité dans l’espace public. Cette situation pourrait être illustrée par un graffiti lu un jour pluvieux sur un mur stéphanois. À la suite du sinistre slogan « la France aux Français ! », une main hésitante et fébrile a ajouté : « Et l’étrange aux étrangers ! » Sans doute que la citoyenneté des enfants ne sera-t-elle effective que lorsque sera reconnue celle de leurs parents, fussent-ils étrangers. Or, la France, dans le cadre de l’Union européenne ne semble pas s’orienter vers cette éventualité. Bien au contraire, nous nous orientons vers une accentuation de cette mise à l’écart d’une partie non négligeable des parents de ces nouveaux citoyens que sont les beurs. En 1992, le traité de Maastricht institue une citoyenneté européenne : « Tout citoyen de l’Union résidant dans un État membre dont il n’est pas ressortissant, a le droit de vote et d’éligibilité aux élections municipales et aux élections au Parlement européen dans l’État-membre où il réside, dans les mêmes conditions que les ressortissants de cet État. »
Ce nouveau droit réservé à une catégorie d’étrangers est apparu inégalitaire vis- à-vis de résidents non communautaires venant pour la plupart d’anciennes colonies françaises et installés depuis longtemps dans le pays. Cette injustice a relancé les revendications pour un droit de vote et d’éligibilité aux élections locales de tous les étrangers en situation régulière. Une campagne sur le thème : « Même sol : mêmes droits, même voix » est menée par une soixantaine d’associations avec un temps fort en novembre 1999.

[1Le groupe Zebda : groupe de chanteurs toulousains d’origines différentes dont des jeunes issus de l’immigration. Leurs textes racontent la vie de banlieue avec une musique où se mélangent rock, rap et folklore occitan.

[2A. Muxel, p. 62.

[3A. Battegay, “ Les Beurs et l’accès à l’espace public ”, texte ronéoté, 12 p., 1984.

[4A. Battegay, A. Boubeker, Parcours et mouvances associatives : entre affirmation d’un droit de cité et gestions politiques. Étude en région lyonnaise. Étude en réponse à la consultation du FAS, décembre 1996.

[5Nous avons changé tous les noms ou prénoms des personnes et des lieux. Les dénominations des quartiers sont toutes indiquées par le substantif « Montquartier ». Il faut noter que, par un effet du hasard, les quartiers considérés parmi les plus sensibles à Saint-Étienne portent un nom avec le préfixe Mont : Montreynaud, Montferré, Montchovet. Ils dominent géographiquement, mais sont dominés politiquement et socialement.

[6M. Tribalat, Faire France, une enquête sur les immigrés et leurs enfants, Paris, La Découverte, coll. Essais, 1995.

[7D. CefaÏ, “ La Construction des problèmes publics. Définitions de situation dans les arènes publiques ”, in Réseaux n°75, Paris, CNET-Hermès Science Publications, 1999, p. 43 à 66.

[8N. Dodier, “ L’Espace public de la recherche médicale - Autour de l’affaire de la ciclosporine ”, in Réseaux n°95, Paris, CNET-Hermès, Science Publications, 1999, p. 109 à 147.

[9J. W. Scott , La Citoyenne paradoxale. Les féministes françaises et les droits de l’homme, Paris, Albin Michel, 1998, p. 35.

[10V. de Gaulejac, “ Identité et lutte des places ”, in Citoyenneté / identités. Nouvelles figures de la citoyenneté et formes actuelles de l’engagement des jeunes, document de L’Injep. hors-série 4, janvier 1997, p. 17-33.

[11J. W. Scott, La Citoyenne paradoxale, Paris, Albin Michel, 1998, p. 175.

[12G. Deleuze, “ La conception de la différence chez Bergson ”, in Les Études bergsoniennes, vol. IV, Paris, PUF, 1959.

[13P. Berger, Luckman, La Construction sociale de la réalité, Paris, Méridiens Klincksiek, 1986.

[14A. Belbahri, “ La socialisation de l’enfant marocain dans l’immigration ”, in Cahiers de recherche n°2, Université Lyon II, GRPS, juin 1978.

[15Le concept d’espace migratoire a été développé par le géographe Gildas Simon dans son étude sur l’émigration des Tunisiens en France. Dans cette recherche qui donna lieu à une thèse d’État, soutenue à Poitiers en 1979, l’auteur définit cette notion par l’ensemble des relations que les émigrés entretiennent et font fonctionner entre la région où ils vivent et travaillent et celle d’où ils sont originaires.

[16Cf. W.I. Thomas, F. Znaniecki, Le Paysan polonais en Europe et en Amérique. Récit de vie d’un migrant, trad. Yves Gaudillat, Paris, Nathan, 1998.

[17Michel de Certeau, “ Diversité culturelle ”, in Actes du colloque organisé à Créteil du 9 au 11 mai 1983}. Paris, L’Harmattan, 1985.

[18J. Ion, B. Ravon, “ Causes publiques, affranchissement des appartenances et engagement personnel ”, in Lien social et Politiques- Riac, 39, printemps 1998, p. 59 à 71. Voir également J. Ion, La Fin des militants ? Paris, l’Atelier, 1997.

[19A. Oberschall, Social Conflict and social Movements, Prentice Hall, Englewood Cliffs, 1973.

[20Il ne s’agit pas d’une communauté ethnique, mais de réseaux sociaux.

Imprimer cette page

 

Réseau Canopé – Direction territoriale académies de Besançon et de Dijon - 3, avenue Alain Savary - CS 21390 - 21013 Dijon Cedex
Tél. : 03 80 73 85 00 - Fax : 03 80 73 85 18 - Courriel : crdp@ac-dijon.fr

©  Réseau Canopé | Réalisé sous SPIP
Mentions légales

Interface privée