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Ouverture


© CRDP de l’académie de Dijon - 2000

Bernard Jannot
Directeur IUFM de Bourgogne


Je ne vais pas beaucoup déflorer le sujet auquel vous allez consacrer vos travaux en disant qu’enseigner la citoyenneté est l’un des grands problèmes actuels de l’école. L’éducation des hommes à la vie en société a été le souci de toutes les civilisations mais cet enseignement a toujours été sujet à de grands tâtonnements. En 1966, l’UNESCO adoptait une recommandation, toujours en vigueur, concernant le rôle de l’enseignant dans l’accès des élèves à une véritable citoyenneté. Depuis, de nombreuses tensions sont apparues, dues d’une part à l’essor démographique et au fort accroissement des flux scolaires, d’autre part aux mouvements migratoires qui ont engendré une société pluriculturelle. Ces tensions se sont vues renforcées par la mondialisation qui s’impose non seulement à l’économie mais aussi à d’autres secteurs de la vie humaine, et à celui de l’éducation en particulier.

Rappels historiques


C’est à la fin du XVIIIe siècle qu’émerge l’idée que le rôle capital de l’éducation n’est pas seulement de contribuer au bonheur des hommes mais de « préparer le citoyen à l’État ». Peu avant 1789, on relève dans les cahiers de doléance, le vœu de former les enfants à une éducation civique. En 1882, l’instruction religieuse disparaît des écoles publiques et est remplacée par l’instruction publique. Au premier rang des disciplines obligatoires figurait alors « l’instruction morale et civique ».

À l’époque de Jules Ferry, l’orientation donnée aux instituteurs était claire. Il s’agissait d’apprendre à l’enfant qu’il était français et citoyen d’un pays héritier des Lumières et de la Révolution. L’éducation civique était étroitement liée au patriotisme et supposait également la transmission de la morale laïque, celle du « bon père de famille ». Cette conception de l’éducation civique est tombée dans l’obsolescence après la seconde guerre mondiale, lorsque la formation des maîtres a changé. L’enseignement de la morale n’a pas survécu aux mouvements de 1968 et le quart d’heure qui lui était consacré a disparu de l’école à la fin des années soixante-dix. L’instruction civique s’est alors trouvé diluée dans les activités d’éveil. Et c’est seulement en 1985, qu’elle redevient une des sept disciplines fondamentales enseignées à l’école élémentaire.

Les nouveaux projets de lycées, collèges et écoles pour le XXIe siècle replacent cet enseignement au cœur des programmes scolaires. Mais l’école ne sait plus très bien comment aborder cette question. L’évolution historique du pays fait qu’on ne peut plus appuyer l’éducation civique sur la nation ou le nationalisme. Le droit international prend une place de plus en plus importante. Les lois ne sont plus seulement d’origine nationale et la morale que l’on enseigne aujourd’hui ne peut plus être la même qu’autrefois.

Qu’attend-t-on, dans ce contexte, de l’enseignant d’aujourd’hui ?


Le rôle de l’enseignant est toujours de transmettre les valeurs fondamentales de la société et les valeurs universelles de l’humanité. Il doit donc d’abord les connaître pour pouvoir les communiquer et les faire partager. Il doit être aidé dans cette mission par l’établissement scolaire, qui est le lieu d’exercice des valeurs au sein de l’école. Des expériences intéressantes ont eu lieu dans plusieurs établissements où la pédagogie de la discussion, le débat s’avèrent de très bons vecteurs pour la formation à la citoyenneté.

La pratique active de l’interdisciplinarité et le travail en équipe apparaissent aussi comme particulièrement bénéfiques pour cette formation. En effet, tous les enseignants sont aujourd’hui porteurs, dans leur discipline, d’un message civique et moral. Cela est clair lorsqu’il s’agit du cours de philosophie, ou d’histoire-géographie, dont les programmes sont conçus pour amener à réfléchir sur la morale et la citoyenneté européenne. Mais c’est également vrai des enseignants en sciences. Les sciences sont porteuses de progrès humain mais sont en même temps souvent montrées du doigt pour leur implication dans certaines catastrophes majeures liées à la pollution par exemple ou aux dangers potentiels des manipulations génétiques. Un professeur de sciences ne peut faire son cours en ignorant ces questions. L’éducation à la citoyenneté est donc présente à tous les moments du cours et dans toutes les disciplines.

Quelles conséquences sur la formation des futurs enseignants ?


Le métier d’enseignant évolue et on ne sait pas ce qu’il sera dans dix ans, dans vingt ans, dans trente ans et pourtant les enseignants que l’on forme à l’heure actuelle enseigneront encore dans dix ans, vingt ans, trente ans. Il faut donc anticiper et donner aux futurs enseignants une capacité nécessaire à évoluer.

L’attente de la société à l’égard des enseignants a elle-même beaucoup évolué et va encore changer dans les années à venir en particulier en raison de la complexification du système éducatif liée à la mondialisation, où les cultures se croisent et s’entrechoquent, où on est tiraillé entre l’héritage et les nécessités du progrès.

La société attend de l’enseignant qu’il se situe par rapport à ces évolutions, qu’il en soit un acteur. L’enseignant se trouve souvent au cœur des changements de la société qui lui donne aujourd’hui deux missions principales :
– d’une part, faire acquérir des savoirs,
– d’autre part, former des citoyens dans un monde marqué par le changement.

Il s’agit d’apprendre ou de faire apprendre à vivre ensemble dans des sociétés caractérisées par des tensions permanentes et qui doivent être démocratiques et respectueuses des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Le savoir que l’enseignant doit faire acquérir à ses élèves n’est plus le même que celui que nous avons nous-même reçu. En effet, il ne s’agit plus d’un savoir figé mais d’un savoir qui se construit. L’enseignant n’est pas auteur du savoir mais il participe à sa production et à sa dynamique surtout, par exemple, lorsque le savoir est numérique, beaucoup plus interactif et sur lequel on peut agir plus facilement.

La manière dont se transmet ce savoir change également. L’élève peut maintenant poser des questions dont l’enseignant ne connaît pas forcément la réponse et l’enjeu est devenu de savoir si la réponse existe, si quelqu’un la connaît, si on peut la trouver. Les nouvelles technologies révolutionnent la nature du savoir et la manière dont le savoir se transmet et posent bien sûr des problèmes éthiques et déontologiques. Comment éviter de former des consommateurs de savoirs ? Comment éviter de tomber dans les travers de la commercialisation des savoirs et de la culture ? C’est aussi une question que doit se poser l’enseignant et qui rejoint sa seconde mission, celle de former des citoyens.

Dans beaucoup de pays, ces changements se sont inscrits dans une transformation profonde de la société, une subversion des attitudes et des comportements caractérisés chez certains jeunes par un rejet des valeurs, le refus de toute autorité et d’abord de celle du « maître », et parfois le refuge dans la violence.

L’enseignant face à cette situation à laquelle il n’est pas suffisamment préparé se trouve souvent démuni, voire désemparé, seul devant des élèves qu’il ne comprend pas et qui ne le comprennent pas. Le métier a changé et ne saurait s’exercer de la même manière dans des contextes où les données géographiques, démographiques, économiques et sociales sont extrêmement différentes.

Alors, à nouveau métier, pourrait-on dire, nouvelle formation. Peut-être faudra-t-il rechercher un meilleur équilibre entre l’acquisition des savoirs académiques et l’apprentissage des techniques d’un métier dont la particularité restera de s’exercer sur des êtres humains qui sont aussi de futurs citoyens. Le métier d’enseignant est de plus en plus un véritable métier et non un simple don qu’il suffit de valoriser. Il nécessite une véritable formation professionnelle et l’acquisition de compétences nombreuses et variées, qui ne sont plus simplement celles liées aux disciplines à enseigner.
Les réflexions que vous allez conduire au cours de ces deux journées se situent donc au cœur d’un problème fondamental qui croise celui de la formation des nouveaux enseignants. La diversité et la qualité des intervenants permettront, je n’en doute pas, d’apporter des éléments de réponse aux nombreuses questions posées par le concept et l’enseignement de la citoyenneté à l’intention de nos élèves, étudiants et stagiaires qui sont ou vont devenir citoyens européens.

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