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École-familles : vers une nouvelle professionnalité des CPE ?


© CRDP de l’académie de Dijon - 2007

Lydie Pfander-Mény [1]

Aujourd’hui, on parle de tensions, d’incompréhensions entre l’école et les familles ; le problème est au cœur des réflexions du système éducatif et donne lieu régulièrement à la publication de nouveaux textes officiels et à l’incitation à de nouvelles pratiques innovantes [2]. Colloques, articles de presse se multiplient sur ce thème. On peut noter également la place importante de la production bibliographique qui y est consacrée.

Familles et école sont les deux instances d’éducation et de socialisation les plus importantes de l’enfant et du jeune ; elles doivent aussi compter aujourd’hui avec la concurrence du monde des images, internet, DVD, clips, TV et jeux vidéos sont également des vecteurs de valeurs qui modèlent les comportements adolescents.

Historiquement les relations entre école et familles ont été très différentes, évolutives et complexes. Elles se sont construites dans la quasi-ignorance voire la méfiance de l’école de la République à l’égard des familles, celles-ci étant jugées ignorantes, embourbées dans les patois ou suspectées de croyances plus ou moins obscures dont il fallait détacher les enfants. Aujourd’hui, nous sommes dans l’affirmation d’une nécessaire collaboration, indispensable au projet de construction du jeune en futur adulte.
La question du sens de l’école, de sa capacité à prendre en compte les attentes et les besoins exprimés ou non de familles de plus en plus diverses, ayant des cultures, des valeurs, des nationalités, des religions différentes est partout posée.

Il est certain que la réussite scolaire et l’épanouissement du jeune au sein de l’établissement tiennent, pour une certaine part, à la façon dont les familles et l’école conçoivent leurs rôles respectifs. Il s’agit souvent de part et d’autre de représentations que chacun se fait de la place à occuper, mais de là naît la manière dont le dialogue pourra ou non se nouer.

Établissements, vie scolaire et familles

On peut remarquer et s’étonner de la part très pauvre réservée au secteur vie scolaire dans ces questionnements et donc de la place que peuvent occuper les conseillers principaux d’éducation. La famille est pourtant une question centrale dans la pratique quotidienne des CPE. Par provocation et clin d’œil à François Dubet, nous pourrions dire : Familles, bien entendu [3] !

L’identité professionnelle du CPE se décline autour du mot éducation. Le CPE est, dans l’établissement du second degré, un professionnel de l’éducation. Il est à ce titre en relation constante avec l’élève et sa famille ou ses familles. En effet, il faut tenir compte des nouveaux modes de parentalité qui ordonnent ou désorganisent la vie des jeunes : monoparentalité, coparentalité, homoparentalité demain, autant de situations singulières qui témoignent de l’évolution importante que connaît aujourd’hui la famille.
D’une façon générale, la question centrale posée aux établissements est de savoir comment donner ou redonner sens à la place et au statut des parents dans les établissements scolaires ?

Et de ce fait comment la vie scolaire et donc les conseillers principaux d’éducation qui l’animent sont-ils des acteurs privilégiés dans les relations que l’école entretient avec les familles ? Les CPE disposent-ils à cette fin de leviers particuliers, propres à leur domaine de responsabilité, participant à une évolution voire à une amélioration de ces relations qui sont continuellement décrites comme « difficiles [4] » ?

Par ailleurs, dans une démarche systémique, il est important de prendre en compte cette question avec un ensemble de réflexions qui ont actuellement cours quant à l’évolution du système éducatif et aux mutations professionnelles qui en découlent. En effet, la vie scolaire s’inscrit dans un des nombreux ensembles qui participent à la vie de l’établissement. Elle ne peut donc être totalement isolée de logiques générales de fonctionnement des collèges et lycées ainsi que des relations qu’ils entretiennent avec leur environnement.

Que se passe-t-il dans les établissements ?

Pour répondre à ces questions, il convient d’abord de cerner les dispositifs existant généralement dans les établissements scolaires destinés à favoriser une rencontre avec les familles. Dans le cadre d’un groupe de recherche-action conduit par l’IUFM de Bourgogne [5] entre 1999 et 2003, nous avons recensé un panorama assez divers des pratiques de chaque établissement qui se révèlent être très nombreuses et très riches. L’implication des établissements est relativement importante dans l’organisation des contacts avec les parents :
– présentation de l’établissement aux parents de 6e ou de 2de au début du mois de juillet,
– remise en mains propres des bulletins scolaires,
– journées portes ouvertes,
– commissions projet personnel de l’élève,
– petits déjeuners en 6e avec les familles (initiation à la nutrition),
– voyages en compagnie de parents,
– soirées-débats à thèmes choisis par les parents,
– inscriptions des futurs élèves après 18 heures avec visite de l’établissement,
– semaine des parents avec possibilité de prendre les repas avec les enfants à la demi-pension,
– etc.
Néanmoins quelques remarques s’imposent :
– certaines actions au quotidien sont difficiles à formaliser dans un tel recensement car elles relèvent de démarches spontanées ;
– ce sont les actions de type institutionnel qui sont les plus nombreuses (rencontres parents-professeurs, accueil de rentrée…) ;
– ce sont souvent les mêmes acteurs qui s’investissent (direction, vie scolaire, documentaliste) ;
– les établissements mettent plus l’accent sur quelques actions phares (semaine des parents, journées portes ouvertes…) qu’un travail au long de l’année ;
– la demande issue des parents est difficile à identifier, ce qui est assez paradoxal dans une telle démarche ;
– l’évaluation des dispositifs est rarement envisagée.

La place de la vie scolaire

De façon plus synthétique, nous pouvons identifier quatre axes de travail permettant de regrouper les initiatives des établissements concernant la relation avec les familles et la part prise par les CPE.
– L’accueil des familles et des élèves est le travail le plus important, celui qui recueille le plus grand nombre de dispositifs. Le plus institutionnel aussi (accueil des familles à la rentrée, inscriptions individualisées, journées portes ouvertes, accueil à l’internat…). Les CPE sont systématiquement impliqués dans ces actions.
– Le suivi et l’accompagnement pédagogique et éducatif du jeune regroupent aussi bien les demandes institutionnelles faites à l’établissement (rencontres parents-professeurs auxquelles participent de plus en plus les CPE, conseils de classes, comptes rendus des évaluations de 6e) que les rencontres individuelles en cas de problèmes (rendez-vous à la suite de sanctions, d’absences, d’incidents divers…) que de pratiques innovantes laissées à l’initiative de l’établissement dans le cadre de son autonomie et souvent inscrites dans le projet (fiche bilan internat, remise de bulletins en mains propres…).
– L’orientation de l’élève ou la construction de son projet d’orientation est un domaine qui donne lieu à des dispositifs plus « classiques » généralement bien balisés par les textes officiels (conseils de classe, rencontres parents-professeurs, rendez-vous avec les professeurs principaux, réunions d’information en collège pour les futurs secondes, carrefour des carrières…). Ces dispositifs rassemblent
toujours un nombre important d’acteurs et sont assez fréquentés par les familles. Les CPE y ont une place de plus en plus importante, relayant une présence insuffisante des COP, mais également au titre du suivi de l’élève un des points forts du projet vie scolaire.
– L’ouverture culturelle à destination des familles est sans aucun doute le travail le plus original. En effet, s’il est habituel de trouver dans la pratique des établissements et dans leurs projets de nombreuses manifestations culturelles destinées aux élèves, il est nouveau de les voir à destination spécifiquement des parents. Cette nouvelle orientation est due à une réflexion conduite par certains établissements dont le public d’élèves est peu favorisé culturellement et socialement. Offrir aux parents la possibilité d’assister à une conférence, un débat, une représentation théâtrale, participer à une sortie spécialement conçue à leur intention, c’est leur donner une ouverture culturelle dont leurs enfants pourront être ultérieurement les bénéficiaires. C’est aussi donner de l’école un autre visage, plus ouvert, et donc attirer une population de parents qui ne viendrait pas. Les CPE sont fortement impliqués dans ces dispositifs de contact transversaux.

Les CPE apparaissent donc bien, acteurs incontournables dans la mise en œuvre de la politique de l’établissement dans le domaine des relations école-familles.
Ceci à deux niveaux :

Au plan individuel, dans la relation quotidienne
En direction de toutes les familles, le CPE et le service vie scolaire assurent
le suivi des absences. L’absentéisme est en effet la plaie qui gangrène peu à peu toute l’école 5. Ainsi, par nécessité, la vie scolaire constitue le point de rencontres systématiques avec les parents, autant d’occasions de contacts journaliers. En accomplissant ce suivi, la vie scolaire donne une certaine image de l’établissement quant à la nature des relations souhaitées avec les familles (médiateur, compréhensif, recadrant, procédurier…). Si le CPE a conscience de cet enjeu, ce contact constitue une bonne opportunité, une occasion privilégiée de nouer une relation positive avec les familles. Un moyen de les connaître et de se faire connaître d’elles. C’est enfin la démonstration de la facilité et de la rapidité de réaction qui peut exister entre l’établissement et les familles.
En cas de problèmes, le CPE assure le suivi éducatif de l’élève en difficulté. Dans ces situations, on peut remarquer la mise en place de rencontres, de réunions centrées autour du CPE associant le professeur principal, les parents et l’élève (voire d’autres partenaires selon le cas).
Enfin, chaque jour, à la demande des parents, le CPE apporte des réponses aux interrogations et questions, aux sollicitations individuelles de tous ordres dans des domaines qui touchent à toutes les formes de la vie de l’élève dans l’établissement (orientation, santé, relations avec camarades, internat…).

Au plan collectif par un contact organisé avec les familles
Le CPE participe en tant qu’acteur et souvent en tant qu’organisateur aux dispositifs d’accueil et de rencontres des familles (inscriptions, réunions bilan, rencontres-débats, etc.).
L’importance des moments d’accueil n’est plus à démontrer. Cet aspect est extrêmement consommateur de temps. Mais il représente, sur le plan relationnel, un investissement qui s’avère très productif. Tous les établissements savent qu’en humanisant et personnalisant ces premiers contacts avec les familles, la communication est ensuite facilitée pour la prise en charge de l’élève. Par sa formation dans le domaine de la communication, le CPE doit prouver là une nouvelle dimension professionnelle. C’est ce qui explique l’omniprésence des personnels d’éducation dans le domaine de l’accueil.

L’évolution de la professionnalité des CPE

L’évolution de la société et par conséquent du système éducatif a des répercussions très vives quant aux nouvelles orientations données à la vie scolaire et à la façon de travailler des conseillers principaux d’éducation. Et cela dans plusieurs domaines.

Le premier est le renforcement de l’affirmation de la vie scolaire comme un territoire professionnel spécifique avec un responsable, le CPE, à la tête d’une équipe rassemblée autour d’un projet qui se doit d’être clairement identifié par tous en termes d’espace et de gestion du temps. Par conséquent, les CPE doivent s’astreindre à former et réguler leur équipe, formaliser leur travail dans un projet et participer aux instances. La mise en place du conseil pédagogique offre une nouvelle opportunité.

À ce titre, si la pédagogie, c’est donner du sens aux savoirs, les CPE sont nettement entrés dans une démarche pédagogique, par l’accompagnement qu’ils mettent en place au quotidien pour amener l’élève à construire ses savoirs et sa place dans l’établissement (tutorat, études dirigées, soutien scolaire à l’internat…). Par conséquent, on peut dire que la vie scolaire est partie prenante dans le projet pédagogique de l’établissement.

Les CPE sont au contact du questionnement du système éducatif actuel et de l’évolution de la société. Ils doivent donc intégrer non seulement la globalité mais aussi la complexité qui y est afférente (ex. : la diversité des élèves, la parentalité évolutive…). Ils sont donc dans une dialectique permanente entre la prise en compte de l’individualité de chaque élève et la logique universelle de l’école. C’est le même mouvement dialectique qui inscrit de plus en plus la nécessité d’une réponse locale aux questions posées dans un cadrage qui reste national.

On constate ainsi la multiplication des domaines d’expertise auxquels les CPE doivent répondre, qui s’ajoutent à ceux traditionnellement exercés. Le suivi de l’élève nécessite de plus en plus de connaissances sociologiques, psychologiques, mais également dans le domaine des apprentissages. Il y a donc nécessité d’un renforcement de compétences acquises (dynamique de projet, relationnel, médiation, psychologie du jeune…) mais surtout de développer des compétences nouvelles comme l’analyse de pratiques, la gestion des conflits et le travail sur l’estime de soi à destination des élèves ; sachant qu’en formation, le plus important n’est pas de changer les techniques mais les représentations.

Ceci comporte donc un risque de dérives vers la tentation de « l’omni-compétences » ainsi que celui de la concurrence avec d’autres fonctions.
Par ailleurs, l’accélération du temps scolaire qui met l’urgence au premier plan présente le risque pour les CPE de ne plus pouvoir ni anticiper, ni analyser, ni évaluer leur travail. Or évaluer, c’est expliquer un cheminement, chercher la valeur ajoutée donc donner du sens. On sait que la vie scolaire cherche à développer chez les jeunes des compétences comportementales comme le gain d’autonomie, et qu’il très difficile de mettre en place des indicateurs dans ce domaine, mais à force de ne pas en mettre, les conseillers principaux d’éducation perdent en crédibilité. La vie scolaire ne saurait être un fourre-tout.

Un autre processus s’est également accéléré, il s’agit de la prise en charge non seulement de l’élève mais également du jeune : c’est-à-dire de tout ce qui touche au développement de l’adolescent. Ce n’est pas nouveau. Mais la multiplication des contacts avec les familles fait entrer le CPE dans le domaine du privé, de l’intime de celles-ci. Certaines ont d’abord besoin du passage dans le bureau vie scolaire pour être réinstallées dans leurs responsabilités parentales et leur autorité (conseils sur horaires, rythmes de travail…).

Cela pose la question des seuils limites privé-public à mettre en place. À quel moment stopper des parents dans leur évocation d’une situation familiale particulière ou leur demande d’aide face à des problèmes familiaux ?

Mais aussi de la coupure nécessaire à l’adolescent pour développer son autonomie. Si les familles sont trop présentes dans l’établissement et le CPE trop prégnant dans les modalités de vie familiales, l’autonomisation ne pourra se faire.

La vie scolaire c’est aussi une autre façon d’établir, de créer du lien social par une approche individuelle pour combattre le renoncement, le décrochage qui isole et marginalise certains élèves en difficulté.
Ce qui nous intéresse ici, ce sont les processus de changement qui peuvent être ébauchés et lancés, à savoir :
– donner du sens à la scolarité,
– construire un vrai projet d’apprentissage sur des compétences repérées avec l’élève,
– être capable de gérer les incertitudes, les échecs, les découragements, comme faisant partie du processus d’apprentissage.
Pour conclure, à la lumière non-exhaustive de toutes ces réflexions, plus que jamais il faut insister sur les compétences politiques et stratégiques dont doivent faire preuve les CPE. Ceci nous permet de dire qu’il existe une didactique de l’apprentissage de la vie sociale dont les CPE sont un des maîtres d’œuvre. Il convient aussi d’insister sur la posture éthique des CPE qui forme l’assise de leur travail à travers les trois valeurs essentielles de l’école qui sont la solidarité, la laïcité et l’égalité.

[1Lydie Pfander-Mény, proviseur-adjoint dans un lycée technologique de Dijon, a été successivement CPE, chargée de mission auprès de l’IPR EVS et responsable de la formation des CPE à l’IUFM de Bourgogne. Elle a publié des articles sur l’analyse des pratiques, l’autorité et plusieurs ouvrages dont La Citoyenneté européenne, Dijon, CRDP, 2001 ; Préparer le concours de CPE (en collaboration avec Colette Woycikowska), Paris, Hachette, 2004 ; Prendre des fonctions de direction (en collaboration avec Colette Woycikowska), Paris, Hachette, 2006.

[2Décret no2006-137 du 25-8-2006, Le rôle et la place des parents à l’école.

[3F. Dubet, École, famille, le malentendu, Textuel, 1997.

[4J. Migeot-Alvarado, La Relation école-familles, Paris, ESF, 2000.

[5Groupe de recherche de douze CPE sous la direction de Lydie Pfander-Mény et Judith Migeot-Alvarado.

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