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Henri Marion : la discipline libérale et la vie scolaire

© CRDP de l’académie de Dijon - 2007

Hervé Terral,
sociologie, université de Toulouse-le-Mirail
L’éducation a tout à gagner à ce que les élèves s’appartiennent autant que possible, s’accoutument un peu à se garder eux-mêmes, à se gouverner… 
H. Marion - art. «  Discipline  » de La Grande Encyclopédie [1]


Rien ne naît vraiment ex nihilo – dans le domaine des idées tout particulièrement à propos duquel Auguste Comte a pu dire, dans son Catéchisme positiviste(1852), que « les morts gouvernent les vivants »… Pour autant il est des acteurs qui, sans être de « grands hommes », forment à leur façon, modeste et résolue, l’histoire scolaire génératrice sur bien des points de la « grande histoire ». Le philosophe Henri Marion (1846-1896) est indiscutablement de ceux-là, qui peut être considéré comme le père spirituel de la notion de « vie scolaire ». Cette dernière est, certes, déjà fort présente dans le Traité des études (1726-1728) du « bon Rollin » qui a dirigé près de deux siècles durant la « police des études » de nos établissements scolaires jusque dans les années 1880. La lecture de son livre VIII, « Du gouvernement intérieur des classes et du collège », mériterait aujourd’hui encore quelque considération puisque, derrière la rigueur d’une « éducation chrétienne », fondée sur « la vigilance, l’attention, l’exactitude » du « sous-principal », on peut lire l’appel à une connaissance psychologique des élèves et à une relation pédagogique où la persuasion et la connaissance de soi prennent toute leur place [2]. Ce disant, on considère de nos jours que la notion de « vie scolaire » apparaît bel et bien avec la circulaire du 7 juillet 1890 [3] : « Les récréations tiendront à l’avenir une large place dans la vie scolaire », y peut-on lire. À l’origine de cette dernière, Henri Marion en personne, auteur d’un rapport (1890) sur le régime intérieur des collèges et lycées, repris dans l’arrêté du 5 juillet 1890 et développé peu de temps après dans un ouvrage majeur, L’Éducation dans l’université [4] : la réflexion sur le « régime intérieur de nos collèges » (p. XV) est selon lui inscrite depuis toujours dans « la tradition française » (p. XXIII de l’introduction) – affirmation que l’on retrouvera chez Paul Lapie (1869-1927), directeur de l’enseignement primaire, lorsqu’il présentera à l’Exposition internationale de San-Francisco (1915) la « pédagogie française » au fil des siècles. Si la première partie du livre est consacrée à « l’organisation, l’administration, les maîtres » d’un point de vue strictement descriptif, la seconde – et c’est là toute son originalité ! – entend étudier, dans une perspective dynamique reposant sur la « discipline libérale », « les élèves » eux-mêmes, non sans un parti pris de bienveillance affiché [5]. Globalement, Marion se prononce pour une ouverture plus grande sur les familles, pour un rapprochement des divers types d’enseignants (agrégés, licenciés, maîtres-répétiteurs), pour une juste appréhension du « vrai besoin des enfants », pour une « nouvelle discipline », pour un tutorat professoral (inspiré de l’Allemand Fichte), pour un réel « stage » pédagogique préalable à la prise effective de fonction, pour les « méthodes actives » : « Faire la classe en professeur, c’est s’adresser à tous collectivement, en s’assurant au fur et à mesure que tout ce qu’on dit porte et que chacun profite. C’est exiger l’attention de tous, ou plutôt s’en emparer ; c’est piquer la curiosité, provoquer la recherche, aider l’effort de tous, tour à tour, ou mieux simultanément. Tout le monde sur le pont ! Loin de pérorer, on parle le moins possible : on fait parler. On interroge, on dialogue, on discute, mais jamais si longtemps avec le même élève, jamais de telle sorte que le grand nombre se désintéresse de ce qui se dit [6] »… Tout est neuf en cela, alors… et aujourd’hui même encore – est-on tenté de dire !

Annoncé par Victor Duruy, ministre de l’Empire libéral et grand défenseur des excursions pédagogiques, le mouvement de réforme(s) a donc pour principal acteur un homme aujourd’hui trop oublié : Henri Marion. Né dans la Nièvre, dans un milieu rural et modeste, Marion devint agrégé de philosophie aux lycées de Pau, Bordeaux puis Henri IV à Paris : il connut donc cette obligation de « faire classe », selon une formule de Roger Cousinet (Leçons de pédagogie, }1950), qui en impose malgré tout ; rien d’étonnant dès lors à ce qu’il écrive par exemple des articles décisifs sur l’enseignement dans La Grande Encyclopédie (1885-1902) à la destinée de laquelle il préside avec Marcelin Berthelot (1827-1907) – tel celui consacré au « Cancre » où il affirme non sans humour : « La nature ne fait pas de cancres, a dit un homme d’esprit, pourquoi l’université en ferait-elle ? […] En aucun cas ni sous aucun prétexte, un éducateur digne de ce nom, ayant charge de quarante élèves, ne peut honnêtement borner ses soins à ceux qui lui font honneur et trouver tout simple d’avoir dix souches devant lui. Ce n’est pas sa faute si cela lui arrive, mais il déchoit s’il en prend gaiement son parti. » Le ton est donné !

Docteur-ès-lettres en 1880 (sa thèse, influencée par les philosophes Renouvier et Secrétan, paraissant sous le titre La Solidarité morale, essai de psychologie appliquée, fut immédiatement saluée par la presse internationale), il s’est très tôt occupé des questions d’éducation : une monographie sur Locke, sa vie, ses œuvres, une élection comme représentant des professeurs de philosophie au Conseil supérieur de l’Instruction publique créé par Ferry, une charge de cours à Fontenay sous la houlette de Félix Pécaut (1828-1898), « âme » de ladite institution, aux côtés de Gabriel Compayré (1843-1913), une participation à la rédaction des nouveaux programmes de morale (ceux de la laïcisation), le conduiront à donner le premier enseignement de science de l’éducation en Sorbonne (dès 1883) – où lui succéderont Buisson lui-même (en 1896) et Émile Durkheim (en 1902) – excusons du peu !

L’homme fait donc partie d’un « collectif intellectuel » républicain… Gabriel Compayré ne manque pas de saluer dès sa parution le rapport de Marion sur la discipline, issu de la commission dite du « surmenage » – inquiétude de l’époque… sans cesse reconduite : « Le rapport de M. Marion a pris un caractère officiel depuis que M. le Ministre l’a inséré intégralement dans le fascicule intitulé Instructions, programmes et règlements, adressé à tous les membres du personnel administratif et enseignant des lycées et collèges le 15 juillet 1890 [7]. » Ajoutons toutefois, particularité remarquable, que Marion plaide dans le même moment pour une rencontre entre l’école privée et l’école publique : « Il est trop certain que la division de la jeunesse en deux camps dès l’école primaire, que l’antagonisme de deux éducations se disputant les enfants des familles aisées, avec une conception contraire du bien social et de l’orientation à donner à l’esprit public, contribuent d’une façon désolante à perpétuer les désaccords qui nous agitent et nous affaiblissent [8]. » Mais, plus encore, commentant la distinction entre la communale et les classes élémentaires du lycée public (le « petit lycée » payant qui disparaîtra vers 1950 seulement) aux programmes scolaires différents, sa critique vient toucher l’école de la République de plein fouet : « Il n’y a plus de classes [sociales] dans notre société (sic), du moins plus de barrières entre les classes […] Nous voulons dès lors que, au lieu d’être voué à la culture primaire, par je ne sais quelle prédestination, [l’enfant du peuple] puisse s’il y a lieu, de l’école du village, passer de plain-pied au lycée. L’idéal serait même que tous les enfants du pays puissent faire l’apprentissage de l’égalité déjà sur les bancs de l’école, comme plus tard dans les rangs de l’armée : tout ce qu’on peut faire en ce sens est semence de paix sociale [9] . » On ne saurait guère dans la période trouver plaidoyer plus vif pour réaliser la devise républicaine au plan scolaire et défendre, avant l’heure, la revendication d’une « école unique » qui, lancée vers 1905, culminera de façon très officielle à la fin des années vingt seulement… quand les classes de grammaire vont devenir gratuites et quand sera établi alors – histoire de maintenir un « niveau » potentiellement menacé par la masse – un « examen d’entrée en sixième [10] » (1933) !

La Leçon d’ouverture du cours [11], professée par Marion le 6 décembre 1883 en Sorbonne, permet de mesurer les grandes options d’une pensée pédagogique connue sous le nom de « méthode active » (Marion emploie de préférence le singulier). Se référant à la fois à Platon, à Aristote, à Bacon, à Locke, à Kant, à Herbart, à Spencer, mais prenant ses distances avec la métaphysique où « l’obscurité est grande [12] », il s’inscrit dans le champ de la philosophie dite « IIIe République » (influencée conjointement par le positivisme et le kantisme), où il s’efforce de construire une « philosophie pédagogique » (encore dénommée « pédagogie philosophique » dans son texte). Cette dernière, toutefois, ne doit pas manquer de se décliner en « histoire des doctrines de l’éducation », en « psychologie et morale appliquées à l’éducation » (selon le titre de ses premiers cours à Fontenay [13]), en « pédagogie technique » – laquelle rencontre la « pédagogie usuelle » – puisque « tout éducateur est nécessairement un psychologue »… La « psychologie pédagogique » (le terme est employé par Marion bien avant Claparède qui le rendra célèbre vingt-cinq ans plus tard en le contractant en « psychopédagogie [14] ») est en quelque sorte au carrefour de ces différentes approches et témoigne de la montée en puissance de la psychologie comme discipline régulatrice des faits d’éducation (mais non des principes qui relèvent de la philosophie) : « C’est toujours à la psychologie, en fin de compte, qu’il appartient de juger entre les doctrines ou les méthodes contraires, et de motiver, si elle le ratifie, le jugement que notre instinct nous dicte. » Au demeurant la psychologie que revendique Marion demeure une psychologie fondée sur l’esprit de finesse (plus que de géométrie) dans la tradition des grands moralistes français (La Bruyère par exemple).

Quand il prend la succession de Marion, à son décès, Buisson ne manque pas, dans sa propre leçon inaugurale du 3 décembre 1896, de saluer l’œuvre de son prédécesseur et d’y reconnaître « un traité de la science de l’éducation » – ni plus ni moins –, à savoir ses quatre premiers cours publics : « Fins et principes de l’éducation en général (1883-1884) ; l’éducation physique (1884-1885) ; l’éducation morale. Culture de la volonté, de la sensibilité (1885-1886) ; l’éducation de l’intelligence (1886-1887). » À quoi il convient d’ajouter la suite, témoignage d’un engagement véritablement républicain dans la période : « L’enseignement primaire (1887-1888) ; l’enseignement secondaire (1888-1889) ; la psychologie de l’enfant (1889-1890) ; la psychologie de la femme. L’éducation des jeunes filles. Éducation physique, morale, esthétique, pratique ou domestique (1892-1894 – après deux ans d’absence pour maladie) ; l’éducation à l’étranger  : Angleterre, États-Unis, Allemagne (1894-1896). » La réflexion sur la « vie scolaire » prend donc place dans ce vaste ensemble et ne saurait véritablement s’en détacher.

On peut néanmoins isoler, parmi bien d’autres, deux axes particulièrement originaux d’une intervention concrète en faveur d’une élite éclairée, républicaine d’esprit, et les lier entre eux de façon très symbolique :

– La réflexion sur l’enseignement spécifique des jeunes filles
Certes la pensée de Marion, pour avancée qu’elle ait pu paraître alors, faisant par exemple sa place au féminisme d’un J. Stuart Mill (1806-1873), porte, bien évidemment, les marques de son époque. Ainsi souhaite-t-il en finir avec un « état de l’instruction dans la masse où elle était nulle, mais [aussi] dans la petite, dans la moyenne, et souvent même dans la haute bourgeoisie, où elle était tout ce qu’il y a de rudimentaire » – « la règle souveraine [étant] que la femme doit être admise librement, à égalité de titres et d’aptitudes, à tous les emplois légitimes de son activité, c’est-à-dire à tous les moyens de gagner honnêtement sa vie, qui ne mettent pas en péril la famille et, par elle, la société ». Pour autant : « dans la famille unie, la femme est suffisamment représentée par son mari : qu’elle nous laisse le vote et la guerre, et qu’elle se contente de panser les blessures ici comme là. […] L’éducation, voilà la vraie politique, la politique supérieure, à longue échéance et à longue portée. » In fine, cette mater familias, taillée à l’image d’une Romaine de la République « devenue trop sage », finirait même par renoncer d’elle-même au « suffrage universel des femmes [15] » !
On comprend mieux alors le soutien direct (rédaction d’un programme de psychologie et de morale) qu’apporta Marion au tout nouvel « enseignement secondaire des jeunes filles » créé – avec beaucoup de difficultés – par la loi du 21 décembre 1880 et destiné en premier lieu aux enfants de la moyenne bourgeoisie détachée du cléricalisme mais non de la religion : « On ne veut faire ni des savantes ni des brevetées, mais simplement des femmes du monde, éclairées et sérieuses, amies du savoir solide et de la raison, des Françaises ouvertes à tous les progrès, prêtes à être pour leurs maris les meilleures compagnes, pour leurs enfants les meilleures éducatrices [16]. »

– Le régime disciplinaire des lycées et la pédagogie mise en œuvre
La critique de l’enseignement secondaire n’est pas tout à fait neuve alors tant du point de vue des contenus d’enseignement que des méthodes d’éducation (Victor Laprade, L’Éducation homicide, 1868 ; Michel Bréal, Quelques mots sur l’Instruction publique en France, 1872 ; Raoul Frary, La Question du latin, 1885, etc.). Les révoltes des élèves en 1882-1883, à Paris, Toulouse ou Montpellier, vont raviver le problème et la réforme moderniste des curricula de 1902 s’efforcera d’adapter le vieux lycée napoléonien aux évolutions de la société : entre les deux, l’ouvrage-clé de Marion, que nous avons déjà plusieurs fois convoqué, L’Éducation dans l’université, vient plaider en faveur d’une « éducation libérale » – notion revendiquée par Ferry lui-même pour caractériser toute sa politique scolaire [17]. L’article « Discipline » de La Grande Encyclopédie, signé de Marion pour sa composante pédagogique, surenchérit : « Le premier effort de la discipline libérale doit être de rendre à tous les élèves autant que possible, en les traitant délicatement, la délicatesse de sensibilité et de conscience si fort émoussée chez quelques-uns, dans l’internat surtout, par la rudesse des moyens traditionnels. Nous n’avons pas à rechercher ici dans quelle mesure on peut, sans duperie et sans danger, appliquer à ceux mêmes qui sont déjà endurcis la discipline libérale. Selon les cas, et surtout selon l’habileté qu’on y met, elle peut échouer ou faire des prodiges. Mais ce qui est sûr, c’est qu’elle est de beaucoup la plus facile et la plus efficace aussi bien que la seule raisonnable, avec les enfants tant soit peu doués, et non pervertis par l’éducation première, qui apportent au lycée le minimum de candeur naturelle à leur âge et la moyenne normale de qualités et de défauts. De ceux-là, si l’on sait s’y prendre, on obtient autant et plus par le blâme ou l’éloge, discret mais senti, par une note, moins que cela, par la promesse ou la menace d’une note bonne ou mauvaise, que par le grossier attirail des punitions et des récompenses matérielles. Punir peu avec discernement et scrupule, c’est la première condition pour que la punition porte, pour qu’elle corrige sans asservir ni abêtir… »

Quelques années plus tard auront émergé les tentatives du philosophe André Lalande – le père du célèbre Vocabulaire de philosophie – de donner, avec l’aide de la jeune Société française de philosophie, des proviseurs et des professeurs des grands lycées parisiens, un Précis raisonné de morale pratique fort consensuel (1907), les travaux d’Alfred Binet présentés dans le cadre d’une très officielle Société pour l’étude psychologique de l’enfant (créée en 1899) pour faire apparaître la paresse comme insuffisance de motivation et non plus comme déficience morale constitutive, la roborative Psychologie de l’éducation (1902) du polygraphe Gustave Le Bon en appelant à une école concrète car fondée sur la vie – à l’américaine selon lui –, les cours d’Émile Durkheim, tant pour les instituteurs parisiens que pour les agrégatifs, sur L’Éducation morale (1902) ou L’Évolution pédagogique en France (1905), etc. Paul Lapie lui-même aura écrit dans l’innovante Revue de métaphysique et de morale (1901) un long article sur un lycée… rêvé, réorganisé au plan architectural autour de sa bibliothèque, non sans quelques aspects cénobitiques d’ailleurs puisque les professeurs sont invités à résider avec leur famille dans l’établissement et à faire pratiquer la « confession pédagogique » à leurs élèves aux côtés desquels ils vivent au quotidien [18]… Il anticipe ainsi sur le vœu programmatique d’un auteur qui deviendra par ailleurs l’un des grands spécialistes de l’adolescence : « du dressage à l’éducation [19] ». Ce mouvement est certes composite – ainsi Le Bon qui se flattera plus tard d’être devenu un ami personnel de Mussolini ne peut être tenu pour un démocrate, mais il entend sous ses diverses formes répondre aux défis d’une société en mutation profonde, prenant appui de façon classique sur les réflexions venues d’Outre-Rhin mais tout autant, et c’est nouveau (Marion joue quelque rôle dans ce recentrage), sur les innovations britanniques, anglophilie aidant (cf. tout particulièrement le best-seller publié en 1898 par Edmond Demolins  : À quoi tient la supériorité des Anglo-Saxons ?). Le jeune Roger Cousinet (1881-1973), qui rédige l’article « Intelligence » dans le Nouveau dictionnaire de pédagogie de Buisson en 1911, s’interroge sur les vertus et limites du self-government britannique [20], prélude à ses expérimentations futures sur le « travail libre par groupes » (1945) et aux innovations des « classes nouvelles » surgies à la fin des années 1940. Le proviseur du lycée de Vanves, Jules Morlet, défend, pour ce qui le concerne et dès 1891 « la direction du travail à l’étude » – avant de collaborer de très près avec Lalande à la rédaction de son opuscule de morale précité. Il affirme ainsi : « La classe est terminée. Les élèves, après la récréation, rentrent à l’étude ; ils ont, pour un temps déterminé, des devoirs à faire et des leçons à apprendre. C’est le moment du travail personnel. Après avoir écouté la leçon du professeur, il va falloir prouver, dans des exercices spéciaux, que cette leçon a été comprise ; il va falloir faire œuvre d’initiative. […] En Angleterre, l’initiative de l’élève est complète. Il a une besogne tracée pour le lendemain ou le surlendemain ; nul ne s’inquiète de savoir comment il la fera, pourvu qu’il la fasse. Qu’il y emploie le temps qu’il voudra, à telle ou telle heure, nul n’en a souci. L’important est qu’il remette son devoir achevé et que ce devoir porte la trace d’un travail consciencieux. Ce système a pour but de donner à l’élève le sentiment de la responsabilité, et nous ne saurions en nier les avantages [21]. »
À l’évidence, les années 1880-1914 ont été fort riches pour fonder une nouvelle approche éducative – dans le contexte global des réformes républicaines et des transformations de la société française. Ouvertes sur le monde, la connaissance du passé mais aussi les expériences des pays voisins, la réflexion et la pratique d’un Henri Marion méritent aujourd’hui encore d’être connues… et saluées pour leur modernité. Elles font, indubitablement, date car elles sont sur bien des points fondatrices.

[1La Grande Encyclopédie. Inventaire raisonné des Sciences, des Lettres et des Arts, Paris, Société anonyme de la grande encyclopédie, 1885-1902, 39 tomes.

[2C. Rollin, Traité des Études, Paris, A. Delahaye éd., circum 1875, p. 675 à 680.

[3Selon Michel Soussan, “ Vie scolaire : approche socio-historique ” », Revue française de pédagogie, no 83, avril 1988, p. 39 à 49.

[4H. Marion, L’Éducation dans l’université, Paris, Armand Colin, 1892, 400 p.

[5Ainsi peut-on lire, dans un esprit très Françoise Dolto avant l’heure : « L’enfant a besoin pour être bon d’être content, surtout de se sentir aimé. » Cité p. 289.

[6H. Marion, op. cit., p. 347.

[7G. Compayré, “ La Discipline scolaire et le rapport de M. Marion ”, in Études sur l’enseignement et l’éducation, Paris, Hachette, 1891, p. 200 à 207. Cité p. 201

[8H. Marion, L’Éducation dans l’université, Paris, A. Colin, 1892, p. XXXIII.

[9H. Marion, op. cit., p. 41. Ce passage est de surcroît repris par Marion dans l’article « Enseignement primaire » de La Grande Encyclopédie – non sans rajouter : « Il y a en effet une conception aristocratique de l’enseignement secondaire qui ne veut pas qu’il ait pour base le primaire, qui le veut secondaire déjà et distinct, pour ainsi dire, dès les éléments ; et il y a une conception correspondante de l’enseignement primaire qui n’admet pas qu’il soit seulement un échelon. »

[10Cette inquiétude était déjà présente lors de la réforme des lycées en 1902. Comment ne pas penser à ce classique, écrit vraisemblablement avant-guerre, E. Goblot, La Barrière et le Niveau, Paris, Alcan, 1925 ?

[11H. Marion, “ Leçon d’ouverture du cours sur la science de l’éducation ”, Revue pédagogique, }1883, no12, p. 481 sqq. Repris de la Revue internationale de l’enseignement.

[12Dans l’article « Psychologie » du Nouveau dictionnaire de pédagogie dirigé par F. Buisson (1911) et repris de l’édition de 1882, Marion précise : « Simple science de faits, [la psychologie expérimentale] prétend regagner en rigueur ce qu’elle perd en intérêt métaphysique ; elle aspire à se fonder sur l’expérience seule, à l’image des sciences physiques et naturelles, c’est-à-dire à découvrir, par l’observation et l’analyse, des relations constantes ou lois des phénomènes moraux. »

[13H. Marion, Leçons de psychologie appliquées à l’éducation (1881) et Leçons de morale appliquées à l’éducation (1882), Paris, A. Colin. Les Leçons de psychologie se terminent par une 46 e leçon consacrée à « la spiritualité et [à] l’immortalité de la personne ». Les Leçons de morale affirment quant à elles en conclusion : « Tous les devoirs sont des devoirs envers Dieu. Accomplissons tous nos devoirs individuels, faisons tous nos efforts pour atteindre à la plus haute perfection que comporte notre nature : nous ferons en cela acte de piété… C’est cela même que la divinité nous commande. » (p. 382).

[14Sur ces variations, nous renvoyons à notre ouvrage : H. Terral, Les Savoirs du maître. Enseigner de Guizot à Ferry, Paris, L’Harmattan, 1998.

[15H. Marion, Psychologie de la femme, Paris, A. Colin, 1900. Cet ouvrage posthume, revu par l’inspecteur général A. Darlu, est composé à partir des préparations du cours de 1892-1894. Les citations sont issues des pages 265, 271-272, 306-307.

[16H. Marion, Article « Enseignement secondaire des jeunes filles », La Grande Encyclopédie. Signalons que Mme Marion sera directrice de l’école normale de Sèvres de 1896 à 1906 avant d’être démise de ses fonctions pour d’obscures raisons (politiques, semble-t-il) et d’enseigner à l’école normale catholique.

[17Notamment dans son Discours au congrès pédagogique des instituteurs du 19 avril 1881.

[18P. Lapie, “ La Réforme de l’éducation universitaire ”, Revue de métaphysique et de morale, septembre et octobre 1901, p. 646 à 665 et 774 à 800.

[19P. Mendousse, Du dressage à l’éducation, Paris, Alcan, 1910. Thèse sous la direction de E. Durkheim. Mendousse donne au même moment L’Âme de l’adolescent.

[20R. Cousinet, “ La Méthode du self-government dans les écoles françaises ”, Revue pédagogique, }1912, no3, p. 214 à 226.

[21J. Morlet, “ La Direction du travail à l’étude ”, Revue de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur, janvier 1891, p. 25 à 31. Repris in H. Terral, L’École de la République. Une anthologie (1878-1940), Paris, CNDP, coll. Documents, actes et rapports pour l’éducation, 1999, p. 163 à 168.

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