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En classe de français

En classe de français

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L’Album de Robinson avec des 5es

Claire-Marie GREINER

Professeure de Français

Collège Les Perrières à Annonay (07)

Prêt CRDP du 9 mai au 23 juin 2011.

Remarques : la période pendant laquelle nous avons bénéficié de ce matériel n’était pas favorable : jours fériés rapidement suivis des perturbations de fin d’année et de la perte de motivation des élèves pour le travail scolaire dès le retour des vacances de Pâques (9 mai). Nos possibilités d’utilisation ont donc été restreintes.
Dans ces conditions, je n’ai pas eu le temps non plus d’organiser la transmission de ce matériel à mes collègues, qui sont seulement venus voir en classe ce que l’on pouvait faire.

RESSENTI ET IMPRESSIONS GENERALES

Les élèves : l’outil est convivial, facile à utiliser, agréable au toucher, ergonomique (rapport oeil / main). Des élèves en difficulté avec le PC ne le sont pas avec l’Ipad.

Enseignante : J’ai eu du mal à me passer du clavier car j’ai une formation de dactylographie très ancienne et parfaitement incorporée (je ne regarde pas du tout mes doigts, seulement l’écran et le texte que je tape). « Vieille » utilisatrice de l’ordinateur (depuis presque 30 ans) et de PC, mes réflexes sont très ancrés et j’ai du mal à penser sans certaines fonctions très automatisées pour moi : « enregistrer sous... » / « fichiers » / « dossiers ». Cependant, j’ai trouvé l’Ipad très convivial, très agréable au toucher, et très confortable pour la vue et la vision (d’autant plus que je suis assez handicapée pour ma vision). Pour moi, c’est un outil complémentaire de PC (du fait de l’absence de certaines fonctionnalités) et je le vois comme un « super-classeur » de l’élève, de la classe ou du professeur, interactif et évolutif , très intéressant.

USAGES PENDANT LE PRÊT

LA SEQUENCE DIDACTIQUE : L’Album de Robinson

Les activités de la séquence s’inscrivent dans un parcours plus large, mené depuis mi-mars 2011, de renforcement des compétences générales de lecture : se poser des questions, faire des liens, visualiser, inférer, transformer sa pensée.

Durée  : 6 heures

Tâche des élèves  : réaliser « L’album de Robinson » (imagier commenté) à partir du texte de Michel Tournier, Vendredi ou la vie sauvage, lu et travaillé en classe.

Objectifs didactiques :

  • Enrichir son vocabulaire et ses représentations mentales (en visualisant notamment) ; se représenter les lieux, objets, évoqués dans le roman pour inférer et favoriser l’identification aux personnages (compétence de lecture littéraire).
  • Apprendre à sélectionner des informations textuelles et iconiques, en relation avec un texte littéraire (recherche documentaire).
  • Justifier ses choix (évaluer, argumenter, développer son esprit critique).

Dispositions matérielles  :
Le collège est réparti sur 3 bâtiments. Nous sommes dans deux salles de classe « ordinaires » du même bâtiment, au 3e étage, sans ascenseur, avec connexion internet filaire possible. Les tables sont disposées de manière traditionnelle (4 rangées de 6 fois 2 élèves face au bureau/tableau). Il n’est pas possible de changer cette disposition : les autres utilisateurs de la salle s’y opposent et cela prend trop de temps de modifier la disposition à chaque fois et de remettre en l’état. Pour la séquence menée, il aurait été profitable aux élèves d’être en U, pour se montrer plus facilement les images qu’ils trouvaient et favoriser des interactions positives.

Nous changeons de salle 2 fois par semaine : il faut emmener la mallette (dont la poignée finit par céder). La mallette est rangée dans un autre local (passage par l’escalier) pour des raisons de sécurité. L’idéal aurait été d’avoir des roulettes, une mallette plus solide et mieux sécurisée, et une armoire très sécurisée dans une des deux salles (ce qui a l’inconvénient de « fixer » le matériel à un étage dans un bâtiment et ne facilite donc pas la mutualisation).

Applications utilisées pour la séquence  : Safari - Keynote

Public cible :
10 élèves en grande difficulté de lecture et d’écriture dont 3 élèves dont la dyslexie est avérée. Ces élèves n’ont pas construit auparavant un rapport positif avec l’écrit et de manière générale, avec les apprentissages. Le manque de confiance en eux-mêmes est évident. Certains restent néanmoins motivés par leur réussite à l’école ; d’autres ont « jeté l’éponge » et manifestement renoncé à élaborer toute activité intellectuelle consciente et construite. La plupart d’entre eux survivent à l’école grâce à des stratégies d’évitement du travail et de la réflexion aux effets plus ou moins pervers pour eux-mêmes.

Durée et organisation : 2 séances de 2 heures + 2 séances d’1 heure, soit 6 heures.

Le reste du temps les tablettes ont été utilisées comme outil de support pour des exercices de langue, de lecture, de recherche documentaire etc... (Safari).

Déroulement  :
Les élèves disposent de la consigne sur le blog : http://lewebpedagogique.com/joursapresjours/?cat=659. Ils travaillent en autonomie pour constituer leur présentation. Ils ont la possibilité de comparer ce qu’ils trouvent.

Interventions de l’enseignante : elles sont plus ou moins liées à l’outil.

  • Sur le support technique (manipulations... et au bout du compte, deux élèves se « débrouillent » mieux que moi pour certains aspects en s’appropriant très vite Keynote) ;
  • rappel de la consigne, des objectifs didactiques poursuivis, de la tâche à réaliser ;
  • rappel du lien avec le livre étudié (le travail aurait été plus efficace si j’avais disposé du texte de M.Tournier dans la bibliothèque de l’IPad, mais ce n’était pas possible techniquement) ;
  • faire verbaliser les choix d’image par les élèves (justification, démarche critique, comparaisons => démarche métacognitive explicite) ;

Notions à replacer plusieurs fois :

  • ce qu’est une « présentation » (trois élèves confondent « présentation » et « diapositive » (confusion entre le tout et la partie) ; « album » (2 élèves n’ont jamais vu un « album photos »-papier et n’ont aucune idée de l’objet, de ses fonctions et de son utilité).
  • Images : définitions des catégories d’images (dessin, photo, reproduction de peinture etc.).

OBSERVATIONS SPECIFIQUES EN FORME DE BILAN

Logistique et technique :

Point négatif  : la mallette n’est pas fonctionnelle si l’on doit changer de salle. Durée du prêt trop courte pour une expérimentation de fond.

Points positifs : légèreté et maniabilité de l’Ipad ; facilité et rapidité d’installation ; compatibilité et même complémentarité avec le classeur, le livre, la trousse sur la table de l’élève ; convivialité ; souplesse d’utilisation.

Limites : la récupération des productions des élèves est tributaire d’une connexion et d’une configuration opérationnelles que nous n’avons pu mettre en place qu’avec l’aide du correspondant du CDDP et nous n’avons pas pu imprimer : dans l’attente d’une (r)évolution culturelle, le support papier reste le signe d’un réel travail en classe et la matérialisation des apprentissages. Les élèves (et l’enseignante) ont l’impression en l’état actuel, d’avoir expérimenté, mais pas d’avoir réellement travaillé... ce qui reste « un peu » gênant !

Didactique

L’outil est stimulant et attractif dans une première intention. Ensuite, il n’est pas suffisant pour réveiller et soutenir durablement l’absence de motivation scolaire, à distinguer à mon sens de la motivation pour apprendre en général. En effet, deux élèves n’ont pas n’a pas utilisé l’iPad dans le cadre que j’avais imposé, mais j’ai pu observer que leur usage de l’outil était didactique, en ce sens qu’ils se servaient de l’iPad pour vérifier toutes sortes d’informations qui les intéressaient et qui pourraient être des entrées dans les apprentissages dans le cadre d’une scolarité aménagée ou de dispositifs particuliers (dispositifs relais etc.).

Un enseignement explicite est nécessaire pour ne pas laisser l’élève seul devant la « machine ».
Les interactions entre élèves sont facilitées par la légèreté et la maniabilité de l’iPad.

Pédagogique

Un élève souffrant de troubles du langage et des apprentissages sévères (dyslexie lourde non prise en charge) s’est véritablement mis au travail à l’occasion de cette séquence. 2 autres élèves dyslexiques témoignent par leur production de leur intérêt pour ce travail et de la qualité de leur investissement. Ces deux élèves n’ont pas de problème de motivation scolaire. Le même type de travail tenté sur PC n’avait pas donné le même résultat : beaucoup de temps perdu en problèmes techniques (insertions d’images, de textes, enregistrements de fichiers, pertes de données, choix de formats, compatibilités), en ré-explications (réseau pédagogiques, espace de travail, dossiers vs fichiers, logiciels vs systèmes d’exploitation vs internet / sites...).
L’outil reste un « outil » et non pas un but : on n’est pas obligé de réserver (et d’immobiliser) la « salle info » pour un travail qui nécessite un temps d’utilisation des ordinateurs variable selon les élèves. L’iPad est utilisé au moment du besoin de l’élève sans quitter la tâche en cours, laquelle n’est pas gouvernée par l’ordinateur mais par les objectifs didactiques et le dispositif pédagogique choisis par l’enseignant. Moyennant quoi, à mon avis, il faut un iPad par élève : comme l’ordinateur, ou le classeur papier, c’est un outil difficilement mutualisable. Il faut donc que les élèves puissent avoir un iPad chacun et si ce matériel sert à plusieurs élèves (usage dans plusieurs classes), un espace de travail et d’organisation personnels. On atteint là certaines limites techniques (et économiques !).

CONCLUSION

Cette première expérience a été trop brève pour que je puisse utiliser l’Ipad dans tous les domaines où je lui vois une utilité : apprentissages linguistiques, renforcement des compétences générales de lecture, « écrilecture », appropriation des genres mobilisant l’oral (théâtre et poésie notamment), recherche documentaire, construction autonome de connaissances (vers l’autodidactie « intelligente et consciente »)... Je possède de nombreuses séquences possibles pour lesquelles l’iPad serait un levier tout à fait pertinent et efficace. L’outil me semble toutefois aller de pair avec une réflexion didactique importante intégrant la verbalisation dans les apprentissages, les démarches de métacognition, et les gestes professionnels spécifiques de l’enseignant.