Publié le 12 novembre 2007, par Webmestre CRDP
Le CRDP du Limousin en partenariat avec le département Ville-Ecole-Intégration du Scérén, et avec le soutien de l’IUFM du Limousin, a organisé une rencontre débat, le mercredi 5 décembre 2007 sur le thème

animée par Julie DEVILLE, docteur en sociologie, maître de conférences à Paris VIII qui a publié dans la revue Diversité du centre de ressources Ville-Ecole-Intégration, une étude intitulée « La construction des identités sexuelles à l’école : l’exemple de lycéens d’un quartier populaire ».

Introduction
- Premier constat : L’école joue un rôle central et paradoxal dans la construction des identités sexuelles parce que, d’une part, elle cherche à promouvoir des valeurs d’égalité (égalité de traitement, par ex.), mais que, d’autre part, elle contribue à perpétuer les modèles d’identités sexuées.
D’ailleurs cette prise de conscience ramène régulièrement, dans les nombreux débats sur l’école, la question de la pertinence de la mixité scolaire.
- Autre constat : ce rôle paradoxal de l’école, qui crée un déséquilibre en défaveur des filles, nuit principalement aux classes populaires.
Cette intériorisation des notions de compétences scolaires distinctes des filles (« plutôt littéraires ») et des garçons (« plutôt scientifiques ») s’exprime dans l’orientation et se manifeste dans l’attitude face à l’institution scolaire ( dans la classe : conformisme des filles, rébellion des garçons).
I. La construction de la mixité : quelques repères
1850 : Loi FALLOUX qui crée l’école primaire pour les filles
1880 : Loi Camille SÉE qui crée un enseignement secondaire laïque pour les filles, mais sans baccalauréat.
1919 : Création du baccalauréat pour les filles
1924 : Unification des programmes et des diplômes pour filles et garçons
1957* : Circulaire sur la possibilité d’ouvrir des établissements scolaires mixtes
1959 : Réforme BERTOIN : allongement de la scolarité obligatoire à seize ans et transformation des cours complémentaires d’enseignement primaire supérieur en collèges d’enseignement général.
1975 : Généralisation officielle et effective de la mixité scolaire
Ce court historique montre :
1. que la mixité scolaire est une réalité très récente
2. qu’elle s’est faite au hasard des évolutions sociologiques* sans être ni préparée, ni pensée, par exemple dans ses rapports avec l’égalité.
* ainsi, la mixité que la circulaire instaure a été imposée par la pression démographique et la difficulté pour les communes de financer deux écoles séparées
II. La construction d’une différenciation : quelques éléments notables
1. Si on peut constater quelques différences dans les compétences des filles et des garçons dans l’enfance (par ex. une précocité langagière chez les filles), les écarts ne sont pas significatifs par la suite et ne justifient pas une orientation systématiquement différente ( par ex. écarts non significatifs dans les performances en math.)
2. L’étude statistique des diplômes montrent que plus de filles sont diplômées, tous diplômes confondus ( par ex. depuis 1971, il y a constamment plus de bachelières que de bacheliers) et que davantage de garçons sont orientés vers le technique.
La filière L accueille 80% de filles, pour 47% en S. Les filles sont quasiment absentes (exclues ?) des IUT et des master 2.
3. Quand les filières sont élitistes (classes prépa, grandes écoles, écoles militaires), elles recrutent essentiellement des garçons.
4. Enfin, on constate globalement lune permanence dans la partition des tâches : éducatives et de soin pour les filles, liées à la « matière », la technologie et l’informatique pour les garçons.
Il convient de conclure de ces constats parcellaires que les garçons peuvent souffrir autant que les filles de ces catégorisations.
III. Les facteurs d’une construction sexuée des identités
1. Il est important de noter que cette construction de la différence, s’exprimant dans des images stéréotypées, ne se fait pas en premier lieu à l’école. Elle résulte d’abord de différenciations familiales et sociales. D’ailleurs les filles en franchissent davantage les frontières : que ce soit pour les jouets, les couleurs ou les métiers, elles entrent plus aisément et régulièrement dans le « champ » des garçons.
2. L’observation des attitudes en classe** montrent que :
- les garçons utilisent la majorité du temps de parole (de 50 à 72%) et mobilisent plus de 50% de l’attention de l’enseignant.
- l’enseignant, dans une prestation écrite d’élève, par exemple, valorise, davantage la forme pour les filles (le « soin »), et le fond pour les garçons.
- les garçons envisagent de progresser par le travail, alors que les filles croient au don ( discours masculin : « je n’ai (tu n’as) pas assez travaillé » - discours féminin « je ne suis (tu n’es) pas douée pour cette matière »)
3.Dans la plupart des cas la différenciation est annulée par un alignement des valeurs et des images sur le « masculin neutre » : ainsi les filles sont-elles lancées vers des carrières « masculines », et non l’inverse.
**Cette observation de classes, filmée en vidéo, a été exploitée en IUFM avec des stagiaires, dans le cadre de leur formation.
Conclusion :
la scolarisation mixte n’empêche pas la reconduction de l’inégalité.
la différence s’exprime dans un discours utilitariste pour les garçons (qui se concrétise dans le choix des filières), et un discours humaniste pour les filles.
Bibliographie sélective
L’école des filles - Marie DURU-BELLAT - L’Harmattan – 2004
Filles et garçons jusqu’à l’adolescence - Yannick LEMEL et Bernard ROUDET - L’Harmattan – 1999
Genre et avenir - Nicole MOSCONI – L’Harmattan – 2007
Hommes, femmes, avons-nous le même cerveau ? - Catherine VIDAL – Le Pommier
2007
Filles, garçons et pratiques scolaires - Julie DEVILLE* – L’Harmattan – 2007
Revues : Diversité *** et Les cahiers ***
Compte rendu réalisé par Martine Brugière - IUFM du Limousin
Le CRDP du Limousin propose des ressources et des animations sur la thématique de l’égalité fille-garçon depuis plusieurs années. Récapitulatif pour accompagner les équipes éducatives qui souhaitent marquer le centième anniversaire de la journée de la femme dont le thème est « Un siècle de féminisme ».
Une manifestation sur le thème de l’égalité filles/garçons.
Les médiathèques et les librairies du réseau CRDP du Limousin proposent des ressources sélectionnées en fonction de la thématique de la rencontre.
Vous trouverez ci-dessous une liste des documents en prêt dans les médiathèques des trois départements et en vente dans les librairies. Documents en prêt (...)
Les travaux d’élèves ont été exposés dans le hall du CRDP du Limousin. Ils sont ensuite allés dans le hall du Rectorat. Quelques-unes des réalisations.
Un compte rendu enrichi de bibliographies
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