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Le voyage des mots

Publié le 9 novembre 2007, par Webmestre CRDP

Compte-rendu de la conférence « Le voyage des mots » du 24 octobre 2007 à l’IUFM du Limousin.

Henriette WALTER, professeur émérite de linguistique à l’Université de Haute-Bretagne, nous fait découvrir comment les mots circulent et, devenant grands voyageurs, passent souvent les frontières. Les mots français émigrent vers le portugais, l’italien, l’anglais, le suédois... tandis que bien des langues ont enrichi, et continuent d’enrichir, la nôtre...

Le voyage des mots

En introduction, H.Walter a posé une énigme qui s’est éclairée au fil de son intervention et qui montre à quel point les mots de la langue française ont été empruntés à diverses langues (plus de 100) :

Quelle est l’origine des mots qui composent ce menu :
Soupe de homard ; saucisson, radis et câpre ; pintade aux épinards ; sorbet d’abricot ; glace à la vanille et chocolat ?

LES MOTS QUE L’ON A EMPRUNTE À D’AUTRES LANGUES

Elle a montré comment, en remontant avant les Gaulois, on identifie des paquets de mots qui viennent de différentes langues. Il y a aujourd’hui des emprunts que l’on connaît (pizza : italien ; paëlla : espagnol ; fado : portugais ; sauna : finlandais ; putch : allemand ; football : anglais…). Pour d’autres mots on a oublié qu’ils viennent d’autres langues.

Avant les Gaulois

Mots venus de l’Iber comme caillou est un très vieux mot. Sa racine cal = amas de pierre. Avec le temps le son [k] s’est prononcé [ch] comme canem qui a donné chien. On sait que le c est resté [k] dans le normano picard qui correspond à notre Normandie Picardie et [ch] au sud. On retrouve ce même mot dans Palais de Chaillot à Paris qui est construit sur une butte : le caillou. Mais on trouve aussi [k] au sud dans le mot calanque. Sa prononciation donne un indice de son origine.

A la période des Gaulois

Ils sont venus en deux vagues
Ils nous ont laissé peu de choses car ils n’aimaient pas écrire. Ils avaient un alphabet peu commode : l’alphabet orgamique. On a ce qui concerne la roue : char, charrette, charrue, carriole qui vient de cette époque.

Les mots voyagent d’une langue à l’autre : carriole (est venue du midi pourtant on ne prononce par le c [ch]). On ne peut pas toujours s’appuyer sur la phonétique.
On sait qu’il n’y avait pas de p dans les mots gaulois de la première vague (avant 5e siècle av. J.C.). Après le p s’est transformé en v comme dans Savoie qui vient de sapin (= lieu où l’on trouve des sapins). Duno-dunum en latin , la forteresse a donné Verdun (super, hyper forteresse) et aussi Châteaudun, Issoudun Dunkerque (église sur la forteresse), Lyon (Lugdunum = forteresse du dieu Lug). La deuxième vague de Gaulois avait acquis le son [p].

Les Romains

Les apports ont été plus importants puisque le français est une langue romane issue du latin. Eux aussi sont arrivés en deux vagues. C’est la naissance de ce qui allait devenir la langue d’oc. Cinq siècles après leur arrivée, on ne parlait plus le gaulois. Quand on prend des mots de langues étrangères, on se les approprie. Exemple actuel : le mot panini. Il désigne en France un certain type de sandwich mais en Italie c’est un petit pain. Le sens est soit plus restreint, soit plus vaste. La langue latine a aussi bénéficié d’apports extérieurs.

Au 3e siècle après J.C. arrivent les Germains avec le francique. Ils étaient trilingues. Les couleurs blanc, bleu, gris, brun sont d’origine germanique car les romains avaient deux mots pour dire le blanc : albus, blanc mat et candidus, blanc brillant. Il y avait trop de choix, les Germains ont proposé « blanc ».
Le mot guerre ne vient pas du latin. En latin c’est bellum mais qui signifie la guerre disciplinée, avec les armées qui avancent en ordre. Le mot guerre renvoie à la bagarre, aux soldats éméchés qui en viennent aux mains. Pourquoi ne pas avoir gardé bellum ? parce que ce mot qui renvoie à la beauté ne peut représenter la guerre. On a pris le mot germanique.
Charlemagne adorait le latin. Il voit qu’on ne le parle plus. Il le fait enseigner. La langue est relatinisée de façon artificielle. Par exemple pour frère on va chercher le latin pour créer fraternel. L’adjectif est formé à partir du mot latin. On a certains doublets : directys à donné direct et droit ou écouter et ausculter. Les doublets ne sont pas des clones. Il y a toujours une nuance : froid et frigide ou raide et rigide. Ils sont parfois opposés : potionem a donné poison et potion.
Les mots banlieue, fauteuil, soupe, jardin, marquis, marche sont aussi d’origine germanique

Au 16e siècle, il y a beaucoup d’échanges de mots avec l’Italie : balcon, dessin,
festin, banquet, vermicelle, galantine, camisole, sentinelle caresser, batifoler, alerte, alarme, alerte sont de cette origine.

Au 17e siècle, des mots nous viennent de l’espagnol et du portugais. Par l’espagnol des mots venaient d’Amérique. Les mots en ille par exemple : vanille, cédille, résille moustique qui signifiait petite mouche (mouskito), on a inversé le k et le t. Marmelade, pintade viennent aussi de cette époque.
Cacao, cacahuète, tomate, avocat, chocolat viennent de la langue nahuatl au Mexique par les amérindiens

Au 18e siècle, des mots nous viennent de l’anglais. Le système parlementaire nous plaît. Nous prenons des mots latins comme parlementaire, majorité, minorité. Ce sont des mots latins qui nous arrivent par l’anglais.

Les langues slaves : on leur a plutôt donné. Steppe, zibeline, blinis. Du polonais on a pris mazurka, polka, baba mais le baba en Pologne est un gâteau sec du genre kugelhof. L’histoire veut que Stanislas Leszczynski en Lorraine ayant des problèmes dentaires demandent à ce que l’on ramollisse le baba.

Les mots anglais comme showbiz, primetime, cool ce sont des mots de la mode. Ils disparaissent très vite. Au début du siècle on utilisait le mot fashionable. On ne l’entend plus. Le mot doping est devenu en français le dopage. Le gaule pour le gardien de but en foot ne se dit plus trop.

LES MOTS QUE L’ON A DONNES A D’AUTRES LANGUES

Beaucoup de nos mots sont partis dans d’autres pays : le mot garage par exemple, on le trouve dans 10 ou 15 langues différentes.

EN NEERLANDAIS

Chef, aventure sont partis aux Pays-Bas
Il y a aussi des faux amis comme perron qui signifie quai de gare aux Pays-Bas ou bon qui signifie contravention ou lune qui signifie caprice, avis qui veut dire journal

EN DANOIS

Omnibus avis est un journal généraliste
Les mots suivants sont utilisés en danois : garage, restaurant, boutique, élégance, chauffeur, élevé. Pédante dans le sens tatillon, méticuleux. Plis dans le sens de bonne manière. Patron dans le sens la cartouche.

EN ALLEMAND

Certains mots aussi sont utilisés dans un sens différent :
Fidèle qui signifie joyeux ; comparse, le figurant ; compagnon, l’associé ; champignon qui désigne uniquement les champignons de Paris

C’est pareil EN ITALIEN

EN PORTUGAIS

Certains mots aussi sont utilisés dans un sens plus restrictif : bâton signifie le rouge à lèvres, soutien désigne le soutien-gorge ; chalet est une petite villa au bord de la mer ; carnet désigne les papiers d’identité etc.

EN RUSSE

La lecture de romans russes traduits en français montre que beaucoup de mots ou d’expressions sont reprises du français (ils sont en italique dans le texte). Ex. cause perdue, dernier cri, à plus forte raison, joie de vivre, secret de polichinelle etc.

EN ANGLAIS

L’anglais emprunte des mots à la langue française depuis 1000 ans :
To wait vient de gaîté ; to waggen de barguigner, curtain de courtine (rideau de lit), blanquette de couverture (couverture blanche au Moyen Age). Les mots ont gardé leur ancien sens comme supporter qui vient du vieux français et qui signifie soutenir. Le sens a été modifié en français mais les anglais ont gardé l’ancien sens.

Autre exemple : pantry qui vient de la panetière pour garder le pain

Réponse à l’énigme :

Menu Origine des mots
Soupe de homardgermanique
Saucisson, radis, câpreitalien
Pintade aux épinardsespagnol et persan
Sorbet à l’abricotarabe et latin
Glace à la vanillelatin et espagnol
chocolatlangue nahuatl

Henriette Walter a conclu son intervention en rappelant qu’aurait lieu du 14 au 24 mars 2008 la semaine de la langue française sous le signe de la rencontre.

Elle a souhaité que son intervention encourage les jeunes à étudier des langues étrangères.

Voir aussi : sélection de documents que l’on peut se procurer dans les librairies du réseau CRDP du Limousin pour accompagner le « Voyage des mots ».

À lire aussi :

Des ressources en ligne du réseau Scérén pour l’enseignement du français

A l’occasion de la parution du premier numéro de la revue « Planète français », sitographie des ressources du réseau Scérén pour les enseignant-e-s de français.

Pour accompagner le « Voyage des mots »

Une sélection de documents que l’on peut se procurer dans les librairies du réseau CRDP du Limousin

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