Il semble opportun de préciser d’emblée quelques évidences incontournables au sujet de la couleur.
Les objets n’ont pas de couleur. Ils ont une capacité variable à réfléchir la lumière. En conséquence la question de la couleur est indissociable du problème de la lumière. Or la lumière est la matière première du cinéma, lui même héritier de la photographie (phôtos = lumière et graphein = écriture).
Cette maîtrise de la lumière a toujours été un problème difficile à résoudre. En effet, l’œil humain capte de 1 à 50 000 lux et cette étendue de cette gamme lumineuse correspond à 18 diaph. Or les optiques d’appareil photo sont incapables d’approcher ce chiffre (les meilleurs en couvrant à peine 10).
La photographie est donc une réduction de la réalité encadrée par deux barrières : la sous-exposition et la surexposition. Ceci vaut également pour le cinéma.
LES PROCEDES
Procédé additif :
Rappelons quelques règles du procédé additif
Bleu + vert + rouge = blanc
Bleu+vert = cyan
Vert+rouge = jaune
Bleu+rouge = magenta
Donc bleu+vert+magenta= blanc
Etc.
Procédé soustractif :
Jaune+magenta = rouge mais MOINS de lumière
Le jaune a absorbé le bleu, le magenta absorbe le vert, reste du rouge
C’est le procédé d’imprimerie (trichromie + noir pour avoir des ombres plus nettes) les procédés de couleur au cinéma (dont le Technicolor qui est imprimé)
Le cinéma est en couleur dès sa naissance. L’effet produit en 1895 est tel que des journalistes enthousiasmés par l’invention des Frères Lumière écrivent qu’ils ont vu " rougir " le fer du maréchal-ferrand !
Au delà de cette anecdote, il faut souligner que Auguste et Louis cherchent d’emblée à perfectionner leur Cinématographe. En attendant d’inventer en 1908 le procédé photographique autochrome, les frères Lumière font peindre leurs films image après image. Dans leur usine de Montplaisir leurs ouvrières peignent au pochoir chacune des images des films. Une des réussites de cette technique est la danseuse dont la robe change de couleur au fil de la Danse Serpentine (1897).
visitez l’Institut Lumière
Méliès utilise le même procédé, par exemple dans le Chaudron Infernal (1903)
découvrez l’oeuvre de Méliès
Cette méthode a parfois utilisée très ponctuellement dans certains films, par exemple dans le Cuirrassé Potemkine (Eisenstein, 1925) où le drapeau fut colorié en rouge, ou dans la réédition du Jour de Fête de Jacques Tati.
En 1910 est crée le Film en Gaumont-Color, tentative réussie pour filmer avec le procédé additif. Mais le dispositif est lourd et coûteux. Il sera abandonné à la fin des années 10 : un des derniers tournages en Gaumont-Color immortalisa le défilé de la Victoire en 1918.
La pellicule orthochromatique est la plus utilisée dans les années 20. Très riche en sels d’argent, elle ne prend pas le rouge : les actrices mettent du noir à lèvres !
On chercha donc à la colorer en utilisant deux méthodes (qui pouvaient se combiner)
La teinture : application uniforme de couleur : bleu pour la nuit, rouge pour les scènes dramatiques, etc.
Le virage où le film noir et blanc est transformé en couleur et blanc : bleu et blanc, rouge et blanc,
Puis la pellicule panchromatique se généralisa à la fin des années 20. Cette nouvelle pellicule à émulsion rapide était sensible à toute la gamme chromatique plus vaste et devint au fil du temps capable de rendre toutes les nuances de gris.
En 1914, Pastrone tourne Cabiria. Il s’agit de la première superproduction en décors immenses, réels ou créés. Film innovant (Pastrone inventa la première machine à faire des travelling : le carello) le film travaille aussi l’idée de couleur. Le cinéaste italien obtint un sépia, grâce à un virage des sels d’argent isolés ou remplacés par un autre métal. En 1916 Griffith se lancera sur les traces de Pastrone : ce sera Intolérance où le réalisateur américain et son chef-opérateur Billy Bitzer inventent l’éclairage dramatique.
En 1922, paraît le Nosferatu de Murnau. Ce chef d’oeuvre du muet est en NB mais Murnau utilise l’image aussi l’image en négatif (avec pixillation) pour noircir le ciel et blanchir le paysage. De plus les scènes de nuit ont été tirées avec une teinte bleutée, les scènes diurnes en sépia.
Une analyse du film
Lorsque Fred Niblo tourne Ben Hur en 1924, il utilise le Noir et Blanc et le Technicolor bichrome avec des passages teints en bleu (œil sensible au bleu en lumière faible) d’autres en vert et rouge mais sans bleu car le Technicolor est alors bichrome (collage dos à dos de deux positifs virés chacun dans une couleur différente)
Parmi les chefs d’oeuvre que les années 27-28 offrirent au monde le Casanova (Volkoff 1927) aux couleurs éblouissantes grâce à la reprise du coloriage de la pellicule.
Pour son Vampire de 1932, Dreyer obtint des noirs extraordinaires grâce à un film orthochromatique voilé (flashé). Ce procédé sera repris et adapté par la Nouvelle Vague (film de 200 ASA poussé en 400)
Les tentatives furent nombreuses pour inventer une technique convaincante de production de films en couleurs. Dès les années 15, les procédés additifs furent abandonnés.
C’est justement en 1915 que trois ingénieurs américains fondent une société : la Technicolor Motion Picture Association. Renonçant assez vite à la synthèse additive, Technicolor lance le Technicolor bichrome qui eut un certain succès au temps du muet, en général pour teinté ou viré quelques scènes fortes. Réussissant la synthèse trichrome à partir de trois négatifs d’une caméra unique, Technicolor s’impose au milieu des années 30 grâce à ses couleurs très stables (encore très bonnes à l’heure actuelle) et très saturées.
http://www.almodovar.fr/fr/nosactiv...
La firme triomphe grâce à d’énormes succès : Blanche Neige et les sept nains de Disney (1937), Les Aventures de Robin des Bois de Curtiz (1938), Autant en emporte le vent, Le Magicien d’Oz de Fleming (1939) .
Toutefois les films en Technicolor nécessitent une volumineuse caméra très peu maniable, et comme ils sont fort coûteux, ils sont réservés aux très grosses productions.
Parallèlement, le Kodachrome se perfectionne et vers 1945 son procédé monopack (une seule pellicule) commence à rivaliser avec le lourd Technicolor (procédé tripack) grâce à sa légèreté et à sa souplesse.
En Allemagne, Agfa, firme allemande, met au point en 1939 un procédé très au point soustractif avec trois couches sur la pellicule. C’est en Agfacolor que Harlan réalise Kolberg en 1944, 1er film en couleurs tourné avec une seule caméra.
Alors que Berlin est sous les bombes, on termine ce film où des régiments entiers furent mobilisés pour montrer ce symbole de la volonté du peuple allemand : Kolberg, forteresse dans laquelle les Prussiens opposèrent une farouche et victorieuse résistance aux troupes napoléoniennes en 1807.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Kolber...
La chute du IIIe Reich fit tomber le procédé Agfa dans le domaine public et il fut abondamment utilisé et copié dans le monde entier. Ainsi la scène en couleurs de Ivan le Terrible d’Eisenstein fut tournée sur de la pellicule Agfa récupérée par l’Armée rouge.
Mis au point pendant la guerre et commercialisé en 1951, l’Eastmancolor apporta une amélioration décisive : la correction automatique du rendu des couleurs. Désormais on pouvait tourner en couleurs avec une caméra légère équipée d’un film négatif monopack. La généralisation de la couleur fut encouragée par l’industrie cinématographique qui y voyait une arme contre la concurrence de la télévision, sans grand succès car la TV couleurs apparut dès 1954 aux USA.
La couleur n’a totalement tué les films en NB même si c’est de la pellicule couleurs qui est utilisée dans les films NB postérieur aux années 60 (USA) ou 70 (Europe) : Stranger than Paradise (Jarmusch 1983), Mala Noche (Van Sant 1985), Jacquot de Nantes (Agnès Varda 1990), Persépolis (Satrapi 2006), etc. L’alternance NB /couleurs est maintenant utilisée à des fins dramatiques : Bonjour Tristesse (Preminger 1958) ,Nous nous sommes tant aimés (Ettore Scola 1974), Eloge de l’amour (Godard 2002)
Pour aller plus loin
http://cinemanageria.ifrance.com/ci...
http://www.cineclubdecaen.com/analy...
http://www.canal-u.education.fr/pro...
http://www.dvdenfrancais.com/dvd/fr...
LE MONTAGE AU CINEMA
Fichier(s) à télécharger :
| Couleur au cinéma | 88.6 ko |