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LE RAPPORT TEXTE / IMAGE DANS UN ALBUM

Un travail de Sylvie Eckert, Professeur des Écoles.

 
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Ce travail s’appuie sur une séquence réalisée lors d’un stage en responsabilité en classe de CM2.

 Intérêt des albums de jeunesse au cycle 3

Comme à bon nombre de personnes -parents sinon enseignants- la lecture d’albums de jeunesse m’apparaissait davantage destinée aux enfants de cycle 1, voire de cycle 2, les élèves de cycle 3 devant quant à eux accéder aux textes longs, c’est-à-dire principalement aux romans.

C’est à l’issue d’un cours sur la littérature en cycle 3 à partir d’albums que m’est apparu l’intérêt de ce type d’écrits. Cet intérêt est d’ailleurs démontré dans l’ouvrage dirigé par Catherine Tauveron : Lire la littérature à l’école ; les auteurs y montrent qu’à bien des égards l’album de qualité, c’est-à-dire « l’album qui entretient un rapport riche et complexe au texte », est au service de la lecture littéraire. Par sa richesse, il permet d’amener les élèves aux différents niveaux de compréhension : compréhension littérale, compréhension interprétative, compréhension symbolique (voir à ce propos un extrait de Lire la littérature à l’école, en annexe 1).

L’album joue également un rôle important sur le plan de la motivation à lire d’une part et sur celui de l’aide à la lecture d’autre part ; il agit en effet comme un objet transitoire dans le sens où il permet au lecteur d’accéder à une représentation mentale d’un univers :

Si l’image est indissociable du livre de jeunesse, elle l’est aussi de la lecture elle-même, même si le sens du mot se déplace. La lecture réussie suppose, en effet, chez le lecteur la création d’images mentales, une sorte de cinéma intérieur où s’animent le décor et les personnages, et sans lequel le texte risque fort de rester lettre muette. L’enfant doit lire des images mais aussi en créer. Cette interaction imaginative est spontanée chez certains, elle doit être aidée chez d’autres pour qui la suite ininterrompue des signes n’évoque rien de vivant.
Extrait de La littérature de jeunesse à l’École, Hachette, 1994.

Enfin, de nombreuses activités littéraires peuvent être abordées à partir d’albums :

- Travailler sur un même auteur et/ou illustrateur en mettant en avant un style ou un univers particulier.
- Étudier un genre tel que le genre policier, le genre fantastique, etc.
- Étudier la notion de point de vue et son incidence sur la structure du récit.
- Envisager l’intertextualité en s’appuyant par exemple sur des albums proposant une réécriture ou un détournement de contes.

C’est pour ces différentes raisons que j’ai souhaité mettre en œuvre une séquence portant sur l’étude d’un album de jeunesse au cycle 3 en centrant mon travail sur le rapport entre le texte et l’image.

Il existe en effet différentes articulations possibles entre le texte et les illustrations d’un album ; ce dernier est « un tout, constitué de textes et d’images, plus ou moins solidaires. Plusieurs cas de figure peuvent se rencontrer :
a. Le texte constitue un objet autonome et les images ne fonctionnent que comme des illustrations : l’auteur du texte et l’illustrateur sont souvent des personnes différentes (on peut trouver plusieurs illustrateurs différents pour un même texte).
b. Le texte présente des incomplétudes que comblent délibérément les images : le projet est un projet global qui suppose que l’auteur du texte et l’illustrateur soient une même personne ou qu’ils aient travaillé en étroite complicité sur un projet commun.
c. Le texte est en contradiction volontaire avec les images […] : les rapports de l’auteur du texte et de l’illustrateur sont en général les mêmes que précédemment.

Mon choix s’est porté sur l’album Tout change d’Anthony Browne, dont la compréhension nécessite une mise en relation du texte et des illustrations. Cet album se caractérise par un texte court et simple et par des illustrations faisant entrer le lecteur dans un univers fantastique, reflet de l’angoisse sous-jacente du jeune héros (voir annexe 4 pour de plus amples informations sur l’album et sur Anthony Browne).

Extrait d’un commentaire de Dominique Saitour sur l’album TOUT CHANGE : « […] Le contraste entre la simplicité de l’écriture et le foisonnement de l’illustration emmène le lecteur dans un univers où, sans fermer les yeux mais au contraire en les ouvrant, guettant le moindre indice, il devient spectateur de la transformation du réel et de la résolution des problèmes de la vie. Echo entre le monde intérieur et le monde de l’art, c’est l’univers du surréalisme : manière de voir, de vivre dans une autre conception du monde où l’art est partout. »

Pour ce travail, j’avais envisagé 4 séances.


 Présentation de la séquence

1ère séance

Dans un premier temps, l’activité, l’objectif (étudier le rapport entre le texte et l’image dans un album) et l’album sont présentés aux élèves, puis le texte de l’album sans les illustrations est remis à chacun d’entre eux.

Dans le texte, les élèves sont invités à relever les indices qui leur semblent importants pour imaginer l’histoire ; une mise en commun est réalisée pour répondre aux questions : À votre avis, que se passe-t-il dans cette histoire ? Que comprenez-vous ?

On demande ensuite aux élèves d’imaginer l’illustration d’une page dont le texte est : « La maison était silencieuse, très silencieuse, et la chambre de Joseph était exactement comme il l’avait laissée. Et puis, il vit la pantoufle. »

En fin de séance, la première de couverture est montrée aux élèves : quel rapport y a-t-il entre l’illustration de la première de couverture et le texte ?

2ème séance

Lors de cette séance, les illustrations sont données aux élèves mais dans le désordre ; je leur demande de travailler par deux pour associer la bonne illustration au texte de chacune des pages de l’album (l’emplacement de chaque illustration a été respecté). Mise en commun : affichage du texte et de l’illustration proposée par les élèves ; en cas de désaccord, les élèves justifient leur choix : soit on arrive à un consensus, soit on diffère la décision.

Les élèves sont invités à dire oralement ce qu’ils ont compris de l’histoire puisqu’ils ont maintenant à disposition le texte et les illustrations.

Attentes de l’enseignant :

Le père de Joseph lui dit que les choses changeraient bientôt… (compréhension littérale) parce que la naissance du bébé est imminente (implicite) ; malentendu/incompréhension entre le père et l’enfant sur cette phrase d’où imagination/inquiétude/angoisse de Joseph sur cette idée de changement (il imagine des transformations, des métamorphoses d’objets, crée un monde fantastique, irréel…).

3ème séance

Une lecture fine des illustrations est proposée aux élèves afin de mettre en évidence le travail de l’illustrateur sur l’enchaînement des transformations, des métamorphoses ; les élèves doivent repérer les éléments insolites surgissant dans le quotidien de l’enfant. Synthèse sur la séquence et sur son objectif : le rapport texte / image dans les albums. Il s’agit de rappeler la différence entre auteur et illustrateur en montrant des albums où auteur et illustrateur sont une seule et même personne et des albums où auteur et illustrateur sont des personnes différentes.

Dans le contexte de « TOUT CHANGE », on insistera sur l’apport des images par rapport au texte : il est impossible de comprendre l’album sans mettre en relation le texte et l’illustration (complémentarité du texte et de l’image). En s’appuyant sur d’autres albums, on montrera que dans certains cas, l’illustration n’apporte pas d’informations supplémentaires par rapport au texte (redondance) ou encore que parfois image et texte se contredisent (contradiction).

Une trace écrite est proposée qui reprécise ces différents points (voir annexe 2).

4ème séance

- Évaluation : en 10 lignes, écris un résumé de l’histoire de l’album « TOUT CHANGE » d’Anthony Browne.

- As-tu aimé cet album ? Pourquoi ?

- Dans cet album, quelles informations les illustrations fournissent-elles ?

- Dans les exemples suivants, penses-tu que le texte et les illustrations sont :

  • Complémentaires ?
  • En contradiction ?
  • Redondantes ? Justifie ton choix.

 Analyse critique de la séquence

Présentation de l’album

Concernant l’étude de cet album dans la classe, j’ai cru observer quelques réticences de la part de certains élèves à travailler sur ce type d’écrits, probablement considérés comme devant être réservés aux plus petits, à ceux qui ne savent pas encore lire…

Cette impression n’a pas été vérifiée mais il faudrait probablement faire émerger les représentations des élèves tout au moins pour les classes qui n’utilisent pas ou peu le support des albums en littérature.

Je pense pouvoir dire néanmoins que tous les élèves ont participé et ont pris du plaisir à la lecture de « TOUT CHANGE » (voir en annexe 3 : « j’ai aimé parce que… / je n’ai pas aimé parce que… »).

La programmation

La programmation telle que décrite précédemment n’a pu être menée à son terme. Je n’ai observé aucune difficulté particulière lors de la première séance mais la deuxième séance (mise en relation des images et du texte) a nécessité plus de temps que prévu.

Une des raisons est d’ordre matériel : je n’avais pas demandé aux élèves de coller les illustrations dans l’ordre sur lequel ils s’étaient mis d’accord par deux, mais une élève m’ayant demandé de le faire, j’ai laissé les élèves coller les illustrations ce qui a eu pour conséquences :
- une perte de temps conséquente sur cette tâche matérielle, qui, même en CM2, reste très consommatrice de temps…
- de poser problème pour la validation lors de la mise en commun (nécessité de décoller et de recoller…)

La seconde explication tient à la mise en commun ; ayant moi-même découvert et lu l’album dans son intégralité, je n’avais pas anticipé les difficultés de certains élèves à associer texte et illustrations d’une part et à identifier les indices permettant de trouver une suite logique aux illustrations d’autre part (le début d’une métamorphose apparaissant souvent dans l’illustration précédente). C’est ainsi que je n’ai pu conclure la mise en commun lors de la deuxième séance et qu’elle a même largement débordé sur la troisième séance.

S’agissant du premier stage en responsabilité, le stage ne se déroulait que sur deux semaines ce qui s’est avéré être un laps de temps trop court pour aller au bout de la séquence initialement envisagée. J’ai donc revu l’objectif en recentrant mon travail sur l’album étudié et en renonçant à élargir le champ de l’étude à d’autres albums et donc d’autres formes de rapport entre texte et images.


 Analyse critique de la séquence (suite)

La démarche

La démarche se basait volontairement sur une dissociation entre le texte et l’image, le parti pris étant de donner le texte dans un premier temps pour mieux faire percevoir l’apport des illustrations dans un deuxième temps.

Il me semble que ceci a eu pour effet de scinder l’étude de l’album sans aboutir à une véritable synthèse de la compréhension globale de l’écrit.

1ère séance : compréhension du texte

Je n’ai pas observé de difficultés importantes lors de cette séance, le texte étant court et simple. Néanmoins, j’ai pu noter que certains effets littéraires n’étaient pas perçus par tous les élèves ; ce fut le cas pour le sous-entendu dans la phrase « Et puis il vit la pantoufle. » , certains élèves n’ayant pas saisi l’effet voulu par l’auteur qui suggère quelque chose d’inhabituel, d’étrange sinon d’extraordinaire ; c’est seulement après la mise en relation du texte « la bouilloire avait un air bizarre » et de la première de couverture montrant la métamorphose de la bouilloire que les élèves ont pu faire des hypothèses sur le devenir de la pantoufle (phase d’illustration par les élèves en fin de séance 1).

Par ailleurs, une autre difficulté, encore prégnante en fin de cycle 3, tient à l’ordre chronologique des faits : lorsque l’auteur écrit : « Ce matin-là le père de Joseph était allé chercher la mère de Joseph. Avant de partir, il avait dit que les choses changeraient bientôt », quelques élèves n’ont pas déduit que Joseph se trouvait seul chez lui. De même, la structuration spatiale est parfois encore mal assurée lorsque le personnage passe de l’intérieur de la maison à l’extérieur ; cette difficulté a été mise en évidence lors du rapprochement du texte et des illustrations.

Quoi qu’il en soit, à l’issue de la 1ère séance, sur la base des indices relevés dans le texte et de la mise en relation d’une partie du texte et de la première de couverture, les élèves étaient d’accord pour dire :

a. qu’il se passe des choses étranges dans la maison mais qu’il est difficile d’imaginer ce dont il s’agit puisqu’on ne dispose pas des illustrations,

b. que le père de Joseph, lorsqu’il annonce des changements à venir, veut en réalité parler de l’arrivée imminente d’un bébé à la maison (clé de l’histoire, donnée à la dernière page de l’album).

2ème et 3ème séance : lecture des illustrations

Lors de ces séances, les élèves se sont appuyés sur le texte pour trouver l’ordre chronologique des illustrations ; il est à noter que le texte seul ne pouvait pas permettre de faire ce travail mais qu’il fallait également s’appuyer sur les indices donnés par l’auteur/illustrateur dans l’enchaînement des images. La richesse des illustrations et leur caractère insolite ont rapidement pris le pas sur le texte et les élèves sont véritablement partis à la chasse aux indices et à l’insolite, prenant un réel plaisir à les dénicher. Cette recherche a permis d’accéder à différents niveaux de lecture des images :

- 1er niveau : les objets du quotidien se transforment.

- 2ème niveau : les objets transformés une première fois se retransforment éventuellement une seconde fois (la bouilloire en chat, le chat en serpent…).

- 3ème niveau : une chaîne alimentaire s’instaure dans l’histoire : le chat poursuit l’oiseau avant de se transformer en serpent, le crocodile veut engloutir le serpent avant de se métamorphoser en banane et ce, au pied d’un gorille…

Tous ces éléments ont été perçus par les élèves (y compris l’œuf de coucou présent sur l’écran de télé) mais le temps a manqué pour un retour au texte et surtout à l’univers créé par Anthony Browne par le biais certes des illustrations mais aussi du texte, univers qui traduit l’inquiétude et l’angoisse du garçon.

Au cours de la synthèse de ces trois séances, les élèves ont reconnu que sans les illustrations, il était impossible de comprendre ce que voyait Joseph en imagination mais le caractère lacunaire du texte leur a posé problème :

Était-il possible que l’enfant n’apprenne que le jour du retour de sa mère de la maternité qu’il allait avoir une petite soeur ?

Pourquoi n’a-t-il pas compris le sens des paroles de son père s’il savait qu’il allait avoir une petite sœur ?

La naissance d’un bébé peut inquiéter les parents car cela implique des changements dans la vie quotidienne mais pourquoi Joseph serait-il inquiet ?

Il y avait là, pour les élèves, un élément incongru et improbable qui rendait l’univers suggéré par Anthony Browne difficile d’accès. Ainsi, on voit comment l’expérience, le vécu du lecteur, contribue à construire le sens du texte : la difficulté des élèves à se décentrer, c’est-à-dire à se mettre à la place de Joseph, qui pouvait fort bien avoir compris le sens des paroles de son père, mais qui traduit son inquiétude voire son angoisse (quelle place va prendre ce bébé à la maison ? Métaphore du coucou…) en créant cet univers fantastique.

On peut noter que le décalage entre la simplicité et la sobriété du texte et le foisonnement, la richesse des illustrations, aurait également pu être mis en évidence comme élément participant à la création d’un univers fantastique ; cependant, comme le disent les instructions officielles, « elles [ces rencontres avec les œuvres] permettent d’affermir la compréhension de textes complexes, sans pour autant s’enfermer dans des explications formelles difficilement accessibles à cet âge » ; ou encore : « à l’école primaire, il ne s’agit en aucune façon de proposer aux élèves une initiation à la lecture littéraire qui passerait par une explication formelle des processus narratifs ou stylistiques ».

L’évaluation

Elle portait sur trois points :

• « en 15 lignes environ, écris un résumé de l’album Tout change. » • « pourquoi a-t-on besoin des illustrations pour comprendre vraiment l’album ? » • « écris en quelques phrases ce que tu as aimé dans cet album et pourquoi, ou, ce que tu n’as pas aimé dans cet album et pourquoi »

L’objectif du résumé était d’évaluer la capacité à restituer l’histoire et à donner son interprétation de l’album ; mes attentes portaient sur la trame suivante :

- Joseph va avoir une petite sœur : ce matin, avant de partir, son père lui a dit que les choses changeraient bientôt.
- Joseph ne comprend pas ce qui va changer ni comment cela va changer ; il imagine que les objets de la maison et de son environnement se transforment (exemples).
- Finalement, les changements sont ceux induits par l’arrivée du bébé (niveau interprétatif).

À noter que le principe du résumé n’a pas été travaillé avec les élèves (l’avait-il été auparavant ?) mais qu’un résumé de l’album avait été fait oralement et collectivement à 2 ou 3 reprises. Il n’était sans doute pas opportun de demander un résumé sans s’être assuré que cet exercice était connu des élèves (pré requis supposé en fin de cycle 3 ?) ; exemple de résumé traduisant une lacune sur ce type d’exercice :

Jeudi matin, le père de Joseph Kah est parti chercher la mère de Joseph. Mais avant de s’en aller, il avait dit qu’à son retour « TOUT ALLAIT CHANGER ». Mais que veut dire cette phrase mystérieuse « TOUT ALLAIT CHANGER ? » Joseph ne comprenait pas. Il chercha, chercha, CHERCHA ! mais il ne trouvait pas. Puis il vit cette pantoufle. Normalement une pantoufle ça n’a rien d’extraordinaire. Et bien ce matin la pantoufle de Joseph, elle avait un air bizarre. Et là il voit sa mère, son père et un bébé.

À la lecture des résumés, il apparaît que les élèves ont la plupart du temps restitué des pans entiers de texte sans s’appuyer sur les illustrations :
- « Un matin, Joseph Kah vit qu’il y avait quelque chose de bizarre. Sinon tout était normal. Et puis il vit une pantoufle… »
- « C’était un jeudi matin. Joseph Kah avait vu que la bouilloire avait un air bizarre. Sinon, la cuisine était comme d’habitude. Joseph alla dans sa chambre et il vit la pantoufle. Le père de Joseph avait dit que les choses changeraient bientôt… »
- « C’est l’histoire d’un petit garçon qui s’appelle Joseph Kah. Un jour Joseph vit une bouilloire avec un air bizarre. Sinon la cuisine était normale. La veille son père lui dit que tout allait changer… »
- « …puis il vit la bouilloire dans la cuisine. Il monta dans sa chambre qui avait l’air normale puis il vit la pantoufle… »
- « Jeudi matin à dix heures et quart Joseph Kah vit la bouilloire… »
- « …la maison était silencieuse, très silencieuse… »
- « … voici ta sœur… »

A contrario, certains ont donné pléthore d’exemples de transformations sans livrer les informations communiquées par le texte :
- « C’est un garçon qui voit des choses bizarres : une bouilloire qui se change en chat, après une pantoufle qui se transforme en oiseau, le canapé en crocodile, le fauteuil en singe et il va dehors et il lance un ballon de foot qui se change en œuf, la roue de son vélo en pomme… »

Pourtant, certains élèves ont livré des informations relevant d’un niveau d’interprétation prenant appui sur le texte ou les illustrations :
- À la fin de la journée, Joseph ne se posait plus de questions.
- Il était très perturbé.
- Son imagination lui joue des tours.
- Joseph Kah est un garçon qui prend tout au pied de la lettre… il s’imagine des choses.
- Joseph s’imaginait des choses et se posait plein de questions.
- Joseph, le seul fils de la maison…
- À partir de ce moment là… Joseph se posait des millions de questions dans sa tête… il s’imaginait des choses mais rien de réel.

D’autres encore, fournissent des informations relevant de leur seul imaginaire :
- la maison était sombre.
- Joseph Kah entendit des bruits bizarres.
- Joseph est tout étonné.
- Joseph avait vu la pantoufle, la pantoufle qui avait été déplacée. Avant d’être déplacée, elle était dans la chambre de Joseph.

Seul un faible pourcentage de résumés réussit la synthèse entre texte et image (≈ 20 %) ; ceci pourrait laisser penser que la démarche ne convenait pas ou, et je pencherai pour cette option, que la synthèse de la séquence était insuffisante et que la 4ème séance, prévue initialement avec l’apport d’autres albums et d’autres rapports entre texte et illustrations, a fait défaut.


 Conclusion

Pour conclure, je voudrais dire que la mise en œuvre de cette séquence a été un réel plaisir, plaisir partagé, je pense, avec les élèves de la classe (on n’enseigne bien que ce qu’on aime… ???)

Elle m’a montré à quel point la préparation des séances a son importance mais aussi à quel point la réaction et la participation des élèves influent sur le cours de la séquence.

Ayant découvert depuis peu la production d’albums de jeunesse destinés au cycle 3, je trouve que ces écrits ont tout à fait leur place à l’école.

Tout d’abord, parce qu’ils sont souvent engageants et motivent l’entrée en lecture ; ce n’était pourtant pas le cas de l’album « TOUT CHANGE » dont le texte puis les illustrations ont souvent décontenancé les élèves de la classe.

Ensuite, parce que la relation qu’entretiennent le texte et l’image est généralement complexe : les élèves doivent « se frotter » à l’œuvre pour en construire le sens et la confrontation des points de vue est souvent une source supplémentaire de motivation. Enfin, parce que la spécificité de l’image apporte un éclairage, une dimension supplémentaire : dans Tout change, on reconnaît l’univers si particulier à Anthony Browne mais on s’amuse aussi à retrouver les pistes, les indices laissés par l’illustrateur. De ce point de vue, la lecture d’images, qu’il s’agisse d’images d’albums de jeunesse, d’œuvres artistiques ou de publicités, contribue à forger une culture visuelle et à exercer l’œil critique des élèves.

En guise de mot de la fin, je voudrais citer l’album Devine qui fait quoi de Gerda Muller (École des Loisirs) dans lequel la lecture ne s’appuie sur aucun texte, aucun mot ; tout est suggéré par les images qui guident le lecteur en distillant des indices. Je cite :

« Ce livre est un grand succès. Pourtant, il déroute les amateurs d’histoires que nous sommes tous. Habituellement, un texte accompagne un livre d’images. Il lui donne un sens, une direction. Ici, pas un mot ! Ou plutôt si, trois mots : « Suivons des traces…. ». C’est tout ! Certains adultes sont perplexes. Ils suivent les traces de pas et restent muets. Que faire de cette recommandation ? Les enfants sont moins désarçonnés par les albums sans texte. Ils savent bien que les images parlent. Qu’elles font naître des mots, tout comme un texte seul fabrique des images.[…] "

Patricia Delahaie.

Annexes

Annexe 1 :extrait de l’ouvrage Lire la littérature à l’école, dirigé par Catherine Tauveron ; Hatier Pédagogie 2002

Annexe 2 : trace écrite prévue lors de la séquence


A noter :

Pour aller plus loin :

LIRE UNE IMAGE
PHOTO, CINEMA, TELEVISION

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