Jean Cocteau

A l’occasion de l’ouverture du nouveau musée de Menton consacré à Jean Cocteau, le CRDP de Nice vous propose un ensemble de ressources sélectionnées et classées sur l’œuvre du poète français aux multiples talents.

 

Contexte culturel
1. L’œuvre 2. Les thèmes et les motifs de son œuvre 3. L’univers artistique de Cocteau 4. Les lieux : le sud de Jean Cocteau
L’artiste protéiforme La mythologie La Belle et la bête : l’hommage à Vermeer et Gustave Doré Dans les Alpes-Maritimes
Danse et musique La Méditerranée Dans le Var
Dessin et peinture Le miroir : passage entre monde réel et surnaturel Cocteau et le Surréalisme Dans les Bouches-du-Rhône
Roman et théâtre    
Le cinéma      

Contexte culturel

Jean Cocteau est né à Maisons-Laffitte en 1889. Issu d’une famille de la grande bourgeoisie parisienne. A 19 ans il fait la connaissance du grand tragédien Edouard de Max. Ce dernier est subjugué par l’écriture de Cocteau et organise en son honneur une matinée poétique où les poèmes du jeune auteur sont lus. L’année suivante Cocteau fait la connaissance de Marcel Proust et de la comtesse de Noailles. Dès sa jeunesse, il écrit des poèmes et s’intéresse aux arts de la scène, notamment aux Ballets russes.

A partir des années 1920, Cocteau devient une figure importante de l’avant-garde notamment grâce à ses collaborations au ballet Parade (1917) et au « Groupe des six« , qu’il a créé pour promouvoir de nouvelles formes musicales, comme celles d’Erik Satie. Il écrit également beaucoup : poèmes, romans (les Enfants terribles, 1929) et essais autobiographiques (Opium, 1930). Après avoir scénarisé des ballets, il se lance dans le théâtre à partir de 1927 (Œdipe Roi, 1928). Tout en continuant ses autres activités artistiques, il entame, dans les années 1930, une carrière de journaliste et de cinéaste. Il réalise ainsi de nombreux films dont le Sang d’un poète (1930), la Belle et la Bête (1946) et Orphée (1950).

Les liens


1. L’œuvre

Artiste multidisciplinaire, Jean Cocteau demeure une figure protéiforme du XXème siècle.
Dramaturge, romancier, cinéaste, essayiste, critique, peintre ou encore dessinateur, il fit de la poésie le dénominateur commun d’une œuvre abondante et multiple. Même si Jean Cocteau insista toujours sur le fait qu’il était avant tout un poète, l’ambition d’un art total trouve une incarnation dans son œuvre.

L’artiste protéiforme

La vie de Cocteau l’a également conduit à aborder tous les domaines de l’art qui connaissent de profondes mutations dans cette période de l’entre-deux-guerres.

Danse et musique

On cite souvent la phrase de Diaghilev, Directeur de la troupe des Ballets russes, dont la Première eut lieu à Paris en 1909, au jeune Cocteau: « Étonne-moi! ». Elle pourrait, en effet, servir d’exergue à toute son œuvre, toujours en quête d’innovation.

Dessin et peinture

C’est par l’intermédiaire de Diaghilev qu’il découvre le musicien Stravinski, le danseur Nijinski, et il se lance pour eux dans l’écriture d’arguments de ballets. Le premier, Parade, en 1917, est tout à fait représentatif de cette avant-garde novatrice, puisqu’il a été réalisé en collaboration avec Diaghilev, Massine, son chorégraphe, Picasso pour les décors et les costumes, sur une musique d’Erik Satie.Cocteau devient ainsi le défenseur des musiciens du « Groupe des Six », parmi lesquels Milhaud et Honegger avec lesquels il réalisera de nombreuses créations. C’est aussi en compagnie de Milhaud qu’il découvre le jazz et, en 1922, participe aux soirées du cabaret « Le Bœuf sur le toit ».

Le Groupe des six – avec Jean Cocteau au piano

 

Dans la scolarité peu brillante de l’élève Cocteau, une exception: le dessin. La revue Comoedia publie même, dès 1910, ses premiers œuvres, insolites…

Encore une passion qui ne se démentira pas, et sortira renforcée de sa rencontre avec Picasso en 1915, auquel il dédie d’ailleurs une Ode à Picasso, en 1919, et qui restera un ami fidèle. La première exposition des œuvres de Cocteau a lieu en 1926, puis elles se succèdent, avec de nombreux dessins qui illustrent ses propres écrits, par exemple Les Enfants terribles ou ceux de l’édition originale de La Machine infernale, dont certains sont reproduits dans l’édition du Livre de Poche.

Du dessin à la tapisserie, il n’y a qu’un pas, franchi en 1948 avec la réalisation du carton de Judith et Holopherne, puis Cocteau se met au chevalet en 1950, puis au pastel en 1954. Vient enfin le temps des grandes fresques murales, avec, notamment, la décoration des chapelles de Villefranche-sur-Mer, sur la Côte d’Azur, où il aime tant séjourner, et de Milly-la-Forêt, où il a acheté une maison qu’il partage avec Jean Marais.

Ajoutons la poterie, à laquelle il s’initie en 1957, la verrerie, avec les vitraux réalisés en 1958, et la gamme des créations de Cocteau sera complète, dans un parfait reflet de tous les mouvements du siècle dans le domaine des arts plastiques.

Roman et théâtre

Passionné de spectacle, comment Cocteau aurait-il pu, alors que le « Cartel des Quatre » renouvelle profondément la mise en scène, se tenir éloigné du théâtre? Même si son roman, Thomas l’Imposteur, paru en 1923, rencontre le succès, c’est au théâtre qu’il donne, en effet, la pleine mesure de son talent. Sa carrière se fonde sur son intérêt pour les mythes antiques, avec Antigone, en 1922, puis Orphée, crée par les Pitoëff au Théâtre des Arts, en 1926.

Ce succès ne démentira jamais, aussi bien pour ses œuvres personnelles que pour des adaptations, comme celle d’Un Tramway nommé Désir de Tennessee Williams en 1949. Mais certaines feront scandale, comme Les Parents terribles, lors de la Première en 1939, ou La Machine à écrire, en 1941, qui provoqua la colère des autorités sous l’Occupation et fut alors interdite.

Le cinéma

C’est pendant la guerre que Cocteau découvre son ultime passion, le cinéma qu’il va nourrir de son imaginaire poétique et de son art du dialogue dramatique.

Dialoguiste d’abord, pour l’Éternel retour qu’il tourne avec Jean Delannoy en 1943, il devient ensuite scénariste et accompagne les tournages de nombreux films qui ponctuent la fin de son activité artistique, tels La Belle et la Bête (1945-1946) ou Orphée, qui triomphe en 1950, primé par la critique et applaudi par le public. Ce succès dans le septième art, alors en plein essor, lui vaut d’ailleurs de présider le Festival de Cannes en 1953.

Les liens


2. Les thèmes et les motifs de son œuvre

La mythologie

«J’ai toujours préféré la mythologie à l’histoire parce que l’histoire est faite de vérités qui deviennent à la longue des mensonges et que la mythologie est faite de mensonges qui deviennent à la longue des vérités». Jean Cocteau

La mythologie exerça sur Cocteau une fascination fondamentale, au point de faire de lui l’artiste du XXème siècle pour lequel les mythes ont été la principale source d’inspiration. Une majorité de ses œuvres reflète cette inspiration, comme en témoignent sur la Côte d’Azur les fresques de Villefranche (chapelle Saint-Pierre), de Saint-Jean Cap Ferrat (villa Santo Sospir), de Cap d’ail (théâtre de verdure du Centre Méditerranéen), et de Menton (Salle des Mariages de la mairie).

Escalier de la Villa Santo Sospir à Saint Jean Cap Ferrat

Il en va de même pour ses œuvres théâtrales et cinématographiques majeures comme Antigone, la Machine infernale et Orphée. Jean Cocteau a été le premier dramaturge français à reprendre au XXème siècle le mythe antique en commençant par Antigone en 1922, puis il s’est intéressé à Œdipe et à Orphée, qui ont été les deux héros mythiques qui ont poursuivi Cocteau toute sa vie.La vision gréco-latine de Cocteau est bien connue, mais son imaginaire se ressourçait également dans le légendaire arthurien et les mythes médiévaux, comme en témoignent les œuvres telle L’Eternel retour, Renaud et Armide ou encore les Chevaliers de la table ronde.

Les liens

 

La Méditerranée

«La Méditerranée ne se contente pas d’être un spectacle. Il est probable que son sel et que son iode contiennent autre chose de fort mystérieux, puisque toutes les côtes qu’elle baigne forment une sorte de patrie et que les peuples qui habitent cette patrie composent une famille qui, même lorsque les apparences et le mur des langues le démentent, groupent une sorte de race, et je le répète, de famille.» Jean Cocteau

La Méditerranée fut une profonde source d’inspiration pour Jean Cocteau. Il voyagea, visita ou vécut dans presque tous les pays qui la bordent. La Côte d’Azur, l’Espagne, l’Italie et la Grèce ont été des terres d’inspiration pour son œuvre.

Les liens

Le miroir : passage entre monde réel et surnaturel

Le miroir est un objet « magique » omniprésent dans l’œuvre cinématographique de Jean Cocteau. On le retrouve notamment dans le cycle « Orphique » où telle que « la zone » dans Orphée ou du mystérieux couloir de l’hôtel dans Le sang d’un poète.

Jean Marais dans le film Orphée

Jouant sur une symbolique, influencée par l’œuvre de Lewis Carroll, la traversée du miroir chez Cocteau permet le passage d’un monde à l’autre, en particulier vers la mort. Le miroir revêt également parfois le statut de personnage. Dans la Belle et la bête, le miroir est un objet central de l’intrigue, c’est lui qui relie mentalement et visuellement la belle et la bête.

 


3. L’univers artistique de Cocteau

La Belle et la bête : l’hommage à Vermeer et Gustave Doré

Dès son enfance, Jean Cocteau a été initié à l’univers folklorique des contes de fées et des légendes germaniques (sa gouvernante Joséphine était allemande) comme le Roi des Aulnes de Goethe, ou les contes de Perrault. Son imaginaire sera influencé notamment par les gravures de Gustave Doré illustrant les magazines de l’époque, au point que plus tard, il s’en influencera lors du tournage de son film la Belle et la Bête.

Réalisé en 1946, la Belle et la bête, s’inspire du conte de Madame Le prince de Beaumont publié pour la première fois dans l’anthologie « Le magasin des enfants » en 1757.

Jean Cocteau explique que l’histoire du conte oppose deux mondes, le monde réel, la maison du marchand, et le monde merveilleux, le château de la Bête. Pour incarner « en images » ces deux mondes, Cocteau va s’inspiré de l’univers esthétique de deux artistes, les tableaux du peintre néerlandais Johannes Vermeer pour le monde réel et les gravures de Gustave Doré pour le monde surnaturel.

Le monde réel est en effet marqué par des références picturales aux peintures flamandes du 17ème siècle, notamment Vermeer dont Cocteau cite la Jeune fille à la perle au début du tableau. L’ambiance de la maison du marchand, les décors et costumes sont des citations à ces peintures de genre, s’attachant à montrer principalement des intérieurs et des scènes de la vie domestique.

Le travail sur la lumière marque l’opposition entre les deux univers du récit. Le jeu de clair obscur introduit le fantastique et permet de retranscrire et transposer l’univers pictural des gravures de Doré. Plusieurs séquences du film permettent de reconnaitre les citations de Cocteau aux illustrations de Doré pour les contes de Perrault. La Forêt s’inspire de celle traversée par le Petit Poucet et ses frères, l’allée s’ouvrant sur le château de la Bête reprend une gravure de la Belle au bois dormant, l’escalier s’inspire de ceux de Peau d’âne, du Petit Poucet et de la Belle au bois dormant, et enfin la table du repas rappelle celle de Barbe bleue.

Jean Marais et Josette Day sur le tournage de la Belle et la Bête

Illustration pour Peau d’âne, Gustave Doré

Les liens

Cocteau et le Surréalisme

Pendant sa vie, Jean Cocteau à touché un grand nombre de différents courants artistiques de son temps. Il fréquente l’avant-garde des poètes qui se réunit à Montparnasse, Apollinaire, Cendrars, et se rapproche en 1919 des dadaïstes, tel Picabia;  l’Anthologie Dadaïste publie plusieurs de ses poèmes. Pourtant jamais Cocteau ne se reconnaîtra dans l’esthétique dadaïste, ni dans les recherches des surréalistes, avec lesquels il entrera d’ailleurs en conflit. La guerre les réconciliera néanmoins avec les poètes de son temps; il fréquente Éluard.

Pourtant Cocteau, c’est indéniable, reste marqué par une donnée fondamentale du Surréalisme, la place que ce mouvement accorde à l’inconscient, à la volonté de rendre à la poésie sa force d’expression de l’invisible, du rêve, des hasards qui ponctuent le réel. En fait, toute son œuvre peut être placée sous le signe de la poésie, si l’on définit cet art comme la recherche du mot assez puissant pour transfigurer la réalité, y faire apparaître ce que le regard ordinaire, prosaïque, ne sait pas distinguer. Ses romans, aussi bien que ses pièces de théâtre, et, plus tard, ses films, sont, en effet, tous imprégnés de cette atmosphère à la frontière du rêve et de la réalité, ouvrant sans cesse la porte aux forces invisibles, toujours prêtes à se manifester. L’influence du Surréalisme est notamment visible dans le drame La Machine infernale, il emploie ce qu’il nomme le Surnaturel qui peut être lié aux théories du Surréalisme. Cocteau se réfère également aux théories freudiennes sur le rêve comme expression de l’inconscient, théories qui marqueront également les Surréalistes.

Les liens


4. Les lieux : le sud de Jean Cocteau

La Côte d’Azur fut une terre d’accueil et d’inspiration. De cette dernière époque datent les nombreuses fresques et décorations murales dans des lieux religieux ou profanes.

Dans les Alpes-Maritimes

Le Centre Méditerranéen d’études françaises à Cap d’Ail. Cocteau conçoit et décore entre 1957 et 1963 le théâtre en plein air en forme de théâtre antique.

Le Bastion à Menton. Jean Cocteau a toujours entretenu une relation privilégiée avec la ville de Menton. Lors d’un séjour, Il y découvre le Bastion, fortin du XVIIème siècle inséré dans la jetée du port. Cocteau va y réaliser une dernière œuvre, son mémorial.

La Salle des mariages à Menton. En 1957 et 1958, à la demande de Monsieur Francis Palmero, Maire de Menton, Jean Cocteau décore la Salle des Mariages.

Détails de la Salle des Mariages, mairie de Menton

La Salle des mariages, mairie de Menton

 

Le Musée Jean Cocteau Collection Severin Wunderman. Inauguré en novembre 2011 ce musée réalisé par l’architecte Rudy Ricciotti, est aussi la première et la plus importante ressource publique mondiale de l’œuvre de Jean Cocteau.

La Villa Santo Sospir à Saint Jean-Cap-Ferrat. En 1950, Jean Cocteau est invité à passer quelques jours dans la villa de son amie Francine Weisweiller, à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Il y entreprend sa première grande décoration murale.

La Chapelle Saint-Pierre à Villefranche sur mer. En 1957, après de nombreux séjours à l’hôtel Welcome, Jean Cocteau décide, avec l’accord des pêcheurs, de redécorer, en signe d’amitié, la chapelle (extérieur et intérieur).

Dans le Var

La Chapelle Notre-Dame de Jérusalem, Fréjus. La mort prématurée du poète en 1963 interrompt brutalement la réalisation de l’ouvrage et c’est Edouard Dermit qui, d’après les croquis laissés par Cocteau, exécutera les fresques intérieures.

Dans les Bouches-du-Rhône

Le Val d’enfer/les Baux de Provence. Ce cadre naturel servit de décor à son dernier film Le Testament d’Orphée, réalisé en 1959

Articles en relation par mots clés

Les commentaires sont fermés.


Date de création : 19 mar 2012
Dernière mise à jour : 26 mar 2013
Nombre de visites : 3608 Vues (depuis le 27/06/2012)

Partager ce contenu !