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L'affaire du Massilia

 
     
   


Le Massilia

 

 
Déclaration de guerre

Le 2 septembre 1939, la guerre est déclarée. Jean Zay, membre du gouvernement, n'est pas mobilisable. Il donne toutefois sa démission pour s'engager : "... Agé de 35 ans, je désire partager le sort de cette jeunesse française pour laquelle j'ai travaillé de mon mieux au gouvernement, depuis 40 mois ; Je demande donc à suivre le sort normal de ma classe", écrit-il au président du Conseil.

Le 19 juin 1940, au cours du repli de la IVe Armée sur Saint-Flour, il apprend que les parlementaires sont convoqués à Bordeaux. Hostile à l'armistice demandé depuis 48 heures par Pétain, Jean Zay veut continuer la guerre en Afrique du Nord. Le 20 juin, avec 27 parlementaires, il s'embarque sur le Massilia, pour rejoindre les pouvoirs publics qui doivent se replier sur Alger.

Le 18 juin, devant la rapidité de l'avance allemande, le gouvernement Pétain, installé depuis le 16 juin, décide son transfert, et celui des parlementaires, en Afrique du Nord. Les plus farouches adversaires de l'armistice embarquent le 20 juin à bord du Massilia : Campinchi, Daladier, Mandel, Mendès France, Zay, ... Mais le gouvernement, sous la pression de Pierre Laval, renonce à partir. Il transforme alors en "fuyards" et "déserteurs" les passagers du Massilia, dont il empêche le retour, et qu'il jette en pâture à la presse. Ils sont retenus au Maroc pour ne pas gêner la mise à mort de la République, le 10 juillet, à Vichy, lors du vote des pleins pouvoirs à Pétain. Le piège s'est refermé.

 

 
   

Pierre Mendès France
 

Procès et condamnation de Jean Zay

A Rabat, le 24 juillet, les quatre députés mobilisés du Massilia apprennent par la radio qu'ils sont inculpés d'abandon de poste et de désertion. Jean Zay est la cible principale ; premier interpellé, le 16 août, il est transféré à Clermont-Ferrand. Pendant l'instruction, bâclée en moins de 5 semaines, la presse aux ordres de Vichy se déchaîne : "Pour nous et nos camarades, le jugement est fait d'avance. Nous attendons le châtiment. Mais nous tenons à dire que, si le tribunal manquait à ses devoirs, il y a dans ce pays assez de becs de gaz et de cordes pour faire justice nous-mêmes". (Vie Nationale , 31.8.1940)

Jugé par le même conseil de guerre qui condamnera à mort de Gaulle et Leclerc, Jean Zay, après un simulacre de procès, est condamné le 4 octobre 1940, à la déportation et à la dégradation militaire : la peine de Dreyfus, jamais prononcée depuis. Il se refuse à tout recours en grâce.

Pour les trois autres inculpés, les peines suivent une étrange gradation. Mendès France, juif, secrétaire d'Etat du Front Populaire, est condamné, le 9 mai 1941, à six ans de prison ferme. Viénot, ancien Sous-secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères de Blum, mais d'une vieille famille catholique de droite, est condamné à huit ans avec sursis. Wiltzer, simple député modéré et catholique, bénéficie d'un non-lieu.