"IMAGES DE CHARLEVILLE VERS 1900 À TRAVERS QUELQUES CARTES POSTALES ANCIENNES"



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Textes et documents relatifs à l'époque 1900

Les textes :
1) L'érection de la Statue de Charles de Gonzague, selon Le Courrier des Ardennes.
2) Un aperçu des programmes du Théâtre durant l'année 1900.
3) À la musique.
4) Charleville 1905 : la «débaptisation des rues»
5) L'accident au passage à niveau des Allées, 26 juin 1911.
6) À propos de l'érection du buste de Rimbaud, square de la gare.
7) À propos de l'installation du Tramway.
8) Quelques indications du coût de la vie vers 1900 à travers diverses réclames du journal
"Le Courrier des Ardennes" de 1899 et 1907.

9)"La vie ardennaise illustrée", journal artistique et littéraire.

1) L'érection de la Statue de Charles de Gonzague, selon Le Courrier des Ardennes

Jeudi 12 octobre 1899, page 2, première colonne

    «Beaucoup de curieux ce matin et cet après-midi, place Ducale, pour suivre les opérations préliminaires du hissement de la statue de Charles de Gonzague.
    À quatre heures, le fondateur de la cité carolopolitaine qui était couché sur un camion de M.L. Préaux, est complètement redressé, faisant face à la rue du Petit Bois ; un demi-tour à droite et il regarde la Grande Rue ; les chèvres grincent et la statue s'élève dans les airs aux regards émerveillés de la foule; à cinq heures et quart elle est à hauteur et il ne s'agit plus que de la placer sur son piédestal.
    Ajoutons qu'aucun accident ne s'est produit pendant cette difficile opération».
Dimanche 15 et lundi 16 octobre 1899, page 1, colonne 5.

    «Les travaux d'achèvement de la fontaine de la place Ducale sont poussés activement ; la réception en sera faite mardi prochain par la commission municipale ; ainsi que nous l'avons annoncé dans notre numéro du six octobre, l'inauguration reste fixée au dimanche 22 courant à deux heures et demie de l'après-midi.
    Ce matin ont été installés les dauphins avec leurs charmants amours de cavaliers ; l'après-midi, la photographie du monument très réussie dans son ensemble, a été prise par Monsieur A. Gelly. (...)
    Quelques attractions foraines sont restées pour les fêtes d'inauguration : le théâtre Hector, le tour du monde, trois tirs à la carabine, la confiserie de Montigny où l'on peut toujours se débarrasser contre marchandise, des pièces d'argent étrangères et un manège de chevaux de bois.
    La veille de l'inauguration, retraite aux flambeaux par les sociétés locales.
    A l'issue de la cérémonie, vin d'honneur offert par la Municipalité dans la salle du foyer du théâtre, aux invités, aux sociétés ayant pris part à des concours en 1899, à celles assistant en corps à la fête et aux ouvriers ayant participé à la construction de la fontaine.
    A 8 heures du soir, grand bal de nuit sur la place Ducale. Nouvelle illumination de la place».
Dimanche 22 et lundi 23 octobre 1899.

    «Afin d'éviter les accidents qui pourraient se produire, la circulation des voitures sera interdite sur la place Ducale à partir de deux heures de l'après-midi.
    Les établissements publics sont autorisés à rester ouverts toute le nuit du 22 au 23 octobre.
    Incités par le beau temps et aussi par l'appât de bonnes recettes, les forains nous sont revenus et occupent les places Ducale et Nevers.
    La Mairie est pavoisée de drapeaux tricolores et des oriflammes flottent à l'entrée des rues avoisinantes ; on s'occupe activement des travaux de l'éclairage qui promet d'être très brillant ; le réglage des eaux de la fontaine est assuré.
    Enfin la fête de demain s'annonce sous les meilleurs auspices».
Mardi 24 octobre 1899, 1ère et 2èmes pages.

    «Disons le tout de suite, grâce à un temps superbe, la fête de l'inauguration de la fontaine monumentale a pleinement réussi...
    Dimanche à deux heures et quart, les autorités et invités se rendent à la Mairie où ils sont reçus par Messieurs Bouchez-Leheutre, Maire, A. David et H. Deschamps, Adjoints, entourés des Conseillers Municipaux, à l'exception des socialistes.
    ... Puis le cortège se dirige vers le monument ; les pompiers en armes formant la haie, et vient se placer dans l'espace libre autour duquel sont massés les sociétés et les enfants des écoles ; la place est noire de monde.
    Le voile qui recouvre la statue tombe pendant que la fanfare joue la Marseillaise ; Charles de Gonzague, fièrement campé, apparaît sous les rayons d'un radieux soleil ; il sourit et semble remercier la foule ; l'oeuvre de notre compatriote, l'éminent sculpteur A. Colle, est superbe et lui fait le plus grand honneur».

    Monsieur Bouchez-Leheutre prononce alors un discours dont voici des extraits :

    «... Depuis longtemps, la fontaine dont la place était dotée donnait lieu à des appréciations défavorables. Petite... réellement hors de proportion avec la place, surmontée d'un maigre fût et entourée d'un bassin sans élégance, elle était l'objet de lazzis peu respectueux.
    Tout le monde s'accordait à reconnaître la nécessité de son remplacement par une fontaine plus digne de la place. Mais il fallait l'argent... (c'est alors que) Madame Clotilde-Louise Guillemain épouse de Monsieur P. Payer décédait ici, sans enfants. Par un testament en date du 1er mars 1886, elle avait institué la ville de Charleville sa légataire universelle pour l'érection d'une belle fontaine sur la place.
    ...«ma vue s'offusque,(écrivit-elle), lorsque de ma fenêtre elle se porte sur cette mesquine fontaine qui de tout temps a été écrasée par la beauté de cette vaste place. Que de fois... je me suis prise à regretter mon peu de fortune, qui de mon vivant, me prive de satisfaire au désir d'embellir ma ville d'une fontaine qui soit digne d'elle. (...) Comme tout ce qui est beau élève l'âme, grandit et élargit les idées... toute mon ambition consiste à parer mon vieux berceau gaulois, d'une belle et riante fontaine, qui tout en charmant les coeurs égaiera l'esprit de ses habitants». L'excellente dame exprimait le sentiment général et a mis la ville en situation de réaliser un projet qui était dans la pensée de tous, (...) Une statue a paru indispensable pour surmonter cette magnifique fontaine... Obéissant à un sentiment local en dehors de toute politique... le conseil a voulu remplir un devoir de reconnaissance envers celui qui a créé et organisé de toutes pièces notre cité, rendre hommage à l'homme dont elle porte le nom. Et, Messieurs, quoiqu'on en puisse dire, Charles de Gonzague était digne de ce témoignage de respect et d'affection. Il suffit pour s'en convaincre de lire les ouvrages qui contiennent sa biographie !...».


2) Un aperçu des programmes du Théâtre durant l'année 1900.

(Extraits de la rubrique : «Spectacles, bals, concerts, réunions» du Courrier des Ardennes).

Le 1er janvier 1900.
        «La tournée parisienne H. Gilbert, donnera au théâtre de Charleville une représentation extraordinaire de «Mignon», opéra-comique en trois actes, le dimanche 31 décembre.
        On commencera par «Les noces de Jeannette».

Le dimanche 14 janvier 1900.
        «Ma bru», comédie en trois actes et «l'Anglais tel qu'on le parle», comédie en un acte, par la tournée Baret. Bureaux à 8 heures. Rideaux à 8 heures 30».

Le 25 janvier 1900.
        «Une conférence sur «Les tramways électriques» sera faite jeudi prochain au foyer du théâtre...».

Le 28 janvier 1900.
        «Le juif polonais» pièce à grand spectacle, en cinq tableaux de Monsieur Erkmann-Chatrian (sic !), par la tournée parisienne dirigée par Monsieur Ponctal. On commencera par «Post Scriptum» pièce en un acte d'Emile Augier».

Le 27 février 1900, Mardi gras.
        «Grand bal paré et masqué, orchestres nombreux et choisis.
        Le buffet sera tenu par Monsieur Schmidt. Consommation de premier choix : soupers froids, prix modérés.
        Prix des places : un cavalier et sa dame : 2,50 Frs.

Le 6 mai 1900.
        «Les gaités de l'escadron» de Courteline, revue militaire en huit tableaux.

Le 2 août 1900.
        La distribution solennelle des pris sera faite aux élèves de l'école primaire supérieure de filles de Charleville, le samedi 4 août, à 8 heures 45 du matin, au théâtre. Cette cérémonie sera présidée par Monsieur Descharmes, Adjoint au Maire.
        La distribution solennelle des prix sera faite aux élèves de l'école de la rue du Petit-Bois, le samedi 4 août, à 2 heures de l'après-midi au théâtre ; présidée par Monsieur Lejeune, Président du Tribunal Civil. La chorale municipale prêtera son gracieux concours.

Le 30 septembre 1900.
        «La Dame aux Camélias» pièce en cinq actes d'Alexandre Dumas par la tournée Vast, avec le concours de Mademoiselle Marguerite Ninove.

Le jeudi 11 octobre 1900.
        «Représentation de l'immense succès «l'Aiglon», dramatique à grand spectacle de Monsieur Ed. Rostand, avec le concours de Mademoiselle Jane Grumbach, dans le rôle de l'Aiglon ; Monsieur Jean Froment, dans le rôle de Flambeau, et Monsieur René Gervais, dans celui de Metternich.
        Bureaux à 19 heures 30. Rideaux à 20 heures.

Le jeudi 18 octobre 1900.
        «Une seule représentation de «la Fille Elisa», pièce en trois actes de M.J. Ajalbert, tirée du roman d'Ed. de Goncourt. Le spectacle sera terminé par «Poil de Carotte», comédie en un acte par Monsieur Jules Renard».

Noter qu'alors, la Grande Taverne, café-concert, 105 cours Briand, (jouets Bernard, aujourd'hui), rivalise avec le théâtre et propose des concerts variés et populaires. Voici le programme, publié dans le Petit Ardennais du 14 janvier 1900.
«La Grande Taverne», 105 cours d'Orléans. Propriétaire : Monsieur Raymond Laton.

Audition musicale de dimanche 14 janvier 1900. Matinée de 3 heures et demie à 5 heures et demie du soir.
Programme :
1 - «Feu de joie», marche, (Romain)
2 - «Les cloches de Corneville», ouverture, (Planquette)
3 - «Doux sourire», mazurka, (Drapier)
4 - «Le trouvère», fantaisie, (Verdi)
5 - «Brise d'amour», sérénade, (Romain)
6 - «Le dernier sommeil de la vierge», prélude, (Massenet)
7 - «Voile à l'horizon», valse (Chillemont)
8 - «La Marseillaise des Boërs», (A. Trimédy)

Soirée de 9 heures à 11 heures.

Programme :
1 - «Marchons au pas», marche, (Drapier)
2 - «L'espoir d'Alsace», ouverture, (Herman)
3 - «La cinquantaine», Air ancien, (Gabriel Marie)
4 - «La fille du régiment», fantaisie, (Donizetti)
5 - «La Marseillaise des Boërs», (A. Trimédy)
6 - «Belle de Nuit», mazurka, (Drapier)
7 - «Fantaisie poudrée», (Chillemont)
8 - «Rip Rip», valse, (Planquette)

3) À la musique

Place de la gare, Charleville
Sur la place taillée en mesquines pelouses,
Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
Tous les bourgeois poussifs qu'étranglent les chaleurs
Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.

-L'orchestre militaire, au milieu du jardin,
Balance ses schakos dans la Valse des fifres :
-Autour, aux premiers rangs parade le gandin ;
Le notaire pend à ses breloques à chiffres :

Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs :
Les gros bureaux bouffis traînent leurs grosses dames
Auprès desquelles vont, officieux cornacs,
Celles dont les volants ont des airs de réclames ;

Sur les bancs verts, des clubs d'épiciers retraités
Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,
Fort sérieusement discutent les traités,
Puis prisent en argent, et reprennent : «En somme !...».

Epatant sur son banc les rondeurs de ses reins,
Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande,
Savoure son onnaing d'où le tabac par brins
Déborde -vous savez, c'est de la contrebande ;-

Le long des gazons verts ricanent les voyous ;
Et, rendus amoureux par le chant des trombones,
Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious
Caressent les bébés pour enjôler les bonnes...

-Moi, je suis, débraillé comme un étudiant
Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
Elles le savent bien, et tournent en riant,
Vers moi, leurs yeux tout plein de choses indiscrètes.
Rimbaud, juillet 1870.


    À titre d'exemple, voici le programme musical du 12 juillet 1900. Concert au square de la gare par la musique du 91ème :
1 - «Solférino», allégro, ((Alliés)
2 - «Le Cid», ouverture, (Massenet)
3 - «Les 2 pigeons», danse hongroise, (Messager)
4 - «Lohengrin», sélection, (Wagner)
5 - «Passacaille», (M. Millot)
6 - «L'estudiantina», valse, (Waldteufel)
Extraits du Petit Ardennais du 12 juillet 1900.


4) Charleville 1905 : la «débaptisation des rues»

- Selon le Courrier des Ardennes du 5 décembre 1905
(Compte-rendu de la séance du Conseil Municipal du 2 décembre 1905) «Voici le clou de la séance. Il s'agit de donner de nouveaux noms à nos rues, dont les anciennes dénominations empêchaient les socialistes et francs-maçons du Conseil, de dormir.

Monsieur Manten, à qui semblent réservées les besognes ingrates, avait été chargé du rapport.

Monsieur Descharmes, respectueux de l'histoire locale, essaie une timide protestation, contre les changements proposés par le rapporteur.

Il admet en principe les nouvelles appellations, mais sous réserve qu'elles ne s'appliquent qu'aux rues nouvelles. Quant aux anciennes rues, qu'il s'agit de débaptiser», il propose de laisser subsister sur les nouvelles plaques, les noms actuels à côté des nouveaux.

Monsieur David, à son tour, proteste, et il n'a pas tous les torts, contre le nom de J.B. Clément, qui figure dans la nomenclature des nouvelles appellations, étant donné que les services rendus par le vieux révolutionnaire, même à ses coreligionnaires politiques, sont bien problématiques. Mais le siège de la majorité est fait et on passe aux voix.

A part Messieurs Descharmes, David et Paillette, les conclusions du rapport Manten sont adoptées par les autres conseillers.

En conséquence de ce vote..., les rues du Port, Saint-Barthélémy, Notre-Dame, Saint-Ignace, nouvelle rue de la Vilette, deviennent les rue Noël, Baron-Quinard, de Vaudidon, Vesseron, Kinable.
La rue Saint-Dominique devient la rue J.B. Clément. Les quartiers Saint-François, Notre-Dame, Saint-Ignace, et Saint-Sépulcre, deviennent les quartiers : de la Gare, du Théâtre, du Moulinet, du Sépulcre.

Et l'on viendra dire, après cela, que nos édiles ne s'occupent pas des intérêts de leurs administrés...».
- La même affaire, vue par Le Petit Ardennais du dimanche 3 décembre 1905
Les nouveaux noms de rues à Charleville

«Le Conseil Municipal mettait à son ordre du jour de samedi soir, 2 décembre, une question fort intéressante : l'appellation nouvelle d'un certain nombre de rues à Charleville. C'est presque un petit coup d'Etat ! Il n'aura pas, toutefois, l'envergure, ni la nuisance de celui qu'à la même date, fit Napoléon-Bonaparte, mais ce sera tout au moins, si modeste soit-il, un coup d'Etat républicain. (Suit un historique de l'appellation des rues qui s'achève ainsi :).
... En octobre 1793, le procureur de la Commune «informé qu'au mépris de la loi, il existe encore dans plusieurs rues de Paris des souvenirs du fanatisme et de la royauté», obtenait un arrêté supprimant toutes les plaques indicatrices, tous les monuments «susceptibles d'alimenter les préjugés religieux et de rappeler la mémoire exécrable des rois» ; le 6 janvier 1794, la Convention chargeait le député Grégoire, évêque constitutionnel de Blois, de présenter un rapport «embrassant la débaptisation générale de toutes les rues de la République».
- C'est à cette débaptisation, qu'en tout petit, va procéder notre Conseil Municipal ; débaptisation prudente, sage, ne froissant aucune susceptibilité, plus ou moins légitime. Monsieur Descharmes, par exemple, avait demandé que l'on ne touchât pas aux noms rappelant les origines de la ville : on n'y a pas touché. Nous conserverons alors les rues de Gonzague, de Bourbon, de l'Arquebuse, du Daga, de l'Orme, de Tivoli, de Clèves ; la place Ducale, la place de Nevers, pour ne citer que les principales ; et voici sur quelles rues portent les changement :

- la rue Sainte-Marguerite, cette sainte victorieuse d'un dragon, à quatre pattes, et que poursuivit, parce qu'elle était d'une beauté radieuse, le gouverneur d'Antioche, Olibrius, dont le nom fameux resta celui d'un fanfaron vantard, devient la «rue Michelet» au nom assez glorieux pour n'avoir pas besoin de commentaires ;

- la rue Saint-Bonaventure, le «doctor Séraphicus» de l'Eglise, le théologien mystique du Moyen-Age, qui propageait en France le culte de la Vierge, devient la «rue Rossat», ce chef d'institution dont les anciens élèves reconnaissants, se sont formés en association vivante et cordiale.

- voici maintenant, quelques uns de ses bienfaiteurs que la ville ne voulut pas oublier. Les rues du Port, Saint-Barthélémy que l'on avait écorché vif et ensuite crucifié selon la mode égyptienne ; Notre-Dame, Saint-Ignace qui fut mutilé par Léon l'Arménien pour l'empêcher de servir Dieu..., sont transformées en «rue Noël» qui léguait 300 000 francs à Charleville. «rue Baron-Quinart» qui lui léguait 250 à 300 000 francs, «rue de Vaudidon» 100 000 francs ; «rue Vesseron» 20 000 francs constituait en outre quatre rentes de 180 francs chacune, attribuées à quatre vieillards de l'Assistance Publique.

La «rue Jean-Baptiste Clément» qui dans les Ardennes donna le branle au mouvement socialiste, groupa les ouvriers et organisa les premiers syndicats, remplace la «rue Saint-Dominique». cet homme qui fut le génie naissant et malfaisant de l'Inquisition, et dont la figure sanglante, plane encore à travers les siècles, au-dessus de cette sanglante institution de l'Eglise. (...)

    Restent les quatre quartiers de la ville :
1) Saint-François
2) Notre-Dame
3) Saint-Ignace
4) Saint-Sépulcre.
    Lorsque, par exemple, pour signaler un incendie sonnent vingt coups à la volée, suivis de trois coups se succédant à intervalles, on se disait : «c'est pour le quartier Saint-François ! ». Mais quelle partie de la ville représentait ce quartier Saint-François ? A peine 90 % des carolopolitains le savent, parce que cette désignation ne laisse dans la vision aucun point de repères. Il n'en sera plus ainsi maintenant. Le quartier Notre-Dame devient le «quartier du Théâtre»... le quartier Saint-Ignace devient le «quartier du Moulinet» ; le quartier du Saint-Sépulcre devient le «quartier du Sépulcre» où subsiste encore, sur la place de ce nom, le couvent fondé par les Sépulcrines venues de Liège, envoyées par l'évêque de cette ville, sur la demande du Prince de Nevers.

    À l'époque révolutionnaire, les changements de noms avaient été autrement radicaux, alors que Charleville, s'étant appelé Libreville, le quartier Notre-Dame devient le quartier de la Montagne, les quartiers Saint-Ignace, Saint-François, du Sépulcre, ceux de l'Egalité, de la Fraternité, de l'Union. (...)

    Aussi notre Conseil Municipal, en adoptant les noms nouveaux, fera-t-il oeuvre utile et républicaine.»
Albert Meyrac.


5) L'accident au passage à niveau des Allées, 26 juin 1911.

Extraits du Petit Ardennais du mardi 27 juin 1911, en première page.
Terrible catastrophe à Charleville
Le passage à niveau fatal - Un Tramway tamponné.
Les morts et les blessés. Se décidera-t-on enfin à le supprimer ?

«Au moment où nos dépêches de Paris commençaient à nous arriver, une personne amie se présentait dans nos bureaux et nous annonçait qu'une terrible catastrophe venait d'arriver au passage à niveau. Il y avait parait-il plusieurs morts et on nous suppliait de téléphoner à la police et aux docteurs. Avec peine nous obtenons la police, mais il nous fut impossible de prévenir le Parquet et les médecins, tellement de tous côtés, notamment de la Grande Taverne, on téléphonait aussi.

Nous ne pouvions croire tout d'abord à pareille catastrophe. C'est ayant au coeur un peu d'espérance, que nous nous sommes rendus sur les lieux de l'accident où déjà une centaine de personnes étaient rassemblées.

Décrire ce passage à niveau contre lequel, à tant de reprises, nous sommes partis en guerre, ici, au Petit Ardennais est inutile. Tous les carolopolitains et macériens le connaissent. Il fallait l'épouvantable boucherie de lundi soir pour désiller les yeux des pouvoirs publics et des intéressés, malgré les avertissements qui leur avaient été donnés. Six ministres ont eu à connaître le cas du passage à niveau de Charleville-Mézières ; aucun ne l'a tranché ! Les municipalités ont longtemps hésité : certaines furent hostiles ou indifférentes. Demain elles pourront peut-être faire des funérailles municipales à leur concitoyens.

Voici les premiers renseignements que nous avons pu recueillir :

On nous dit qu'une machine haut-le-pied, qui n'avait pas été signalée, prit en écharpe. à 7 heures du soir, un tramway contenant quelques voyageurs et plusieurs ouvriers de la Compagnie des Tramways de Charleville-Mézières-Mohon.

Le choc fut terrible, la voiture soulevée des rails fut littéralement déplacés dans le sens de la longueur ; la plate-forme était réduite en miettes, tôles défoncées, freins tordus, etc...

Sous les débris gisaient, hélas ! plusieurs victimes, toutes employées de la Cie des Tramways, ouvriers de la voie. Ce sont :

    M. Blondel... chef aiguilleur... mort la tête broyée,
    M. Cibyl, chef de service... les deux jambes déchiquetées... il est tellement touché que ce n'est plus qu'une affaire de minutes,
    M. J. Leblanc... la cuisse gauche broyée,
    M. leblanc... le bras gauche séparé du tronc,     M. Gainbier, employé au chemin de fer... jambe gauche cassée,
    M. G. Bocquillon... jambe gauche brisée au-dessus de la cheville,
    Melle Octavie Claisse... blessure peu grave au-dessus de l'oreille gauche.

Toutes ces victimes se trouvaient à l'avant du tramway et ont été frappées par la machine haut-le-pied lorsqu'elle entra en collision avec le car. Cela explique l'horreur de leurs blessures et la prépondérance de ces blessures à gauche.

En effet, le tramway venant de Mézières et la machine d'Hirson, le choc s'est produit par la gauche. Les blessés ont été projetés violemment en avant, pris alors par la machine et traînés sur la voie par elle.

On dut, pour relever les victimes... faire faire machine arrière à la locomotive qui en tenait plusieurs prisonnières sous ses roues.

Dans l'intérieur du tramway, une douzaine de personnes ont été plus ou moins contusionnées... Elles ont pu regagner leur domicile avec dans les oreilles le bruit hallucinant de la catastrophe».

Mercredi 28 juin

«D'après l'enquête ouverte lundi soir, par les magistrats, il semblerait que la responsabilité de l'accident en revienne au garde-barrière Contouli. Celui-ci, interrogé, n'a nullement essayé de se disculper...

Une grave faute a été commise par Contouli : les signaux, placés à 200 mètres environ du passage à niveau, doivent toujours être fermés ; mais quand la barrière est fermée, le garde-barrière doit ouvrir les signaux.

Contouli aurait eu alors le tort grave d'ouvrir les signaux avant de fermer la barrière...»

6) A propos de l'érection du buste de Rimbaud, square de la gare

Petit Ardennais, lundi 20 août 1900

Statue à Rimbaud, poète ardennais

«On en érige beaucoup. Il est vrai que la plupart du temps on s'en tient au buste. L'enthousiasme des fidèles s'en contente, et, le héros de l'apothéose étant mort, n'en demande pas d'avantage. Il y en a même, je crois, qui ne s'y attendaient pas, à qui cela doit faire l'effet d'un cadeau. Feu Arthur Rimbaud par exemple.

Ce poète a écrit des vers peu nombreux, quelques uns fort obscurs, les autres incompréhensibles. Sa gloire devait-être assez restreinte par conséquent.

Elle est immense, et se fonde presque uniquement sur le fameux «sonnet de voyelles», dont tout le monde a entendu parler, dont beaucoup ont lu les deux premiers vers, cités dans les journaux : (A noir, E blanc, I rouge, etc...).

Rimbaud était un ami de Verlaine... mais ils se brouillèrent un jour (...) On sait comment sa carrière s'est achevé : il est mort à Marseille des suites d'une chute de cheval laissant une fortune d'un million acquise dans le commerce de l'ivoire et de la poudre d'or. La littérature ne lui en aurait jamais rapporté autant.

Ce n'est pas que son oeuvre soit tout à fait sans valeur. Loin de là. Au milieu des bizarreries d'affectations, de barbarismes prétentieux, on y trouve des strophes pleines de souffle, des vers d'un accent original et profond, même dans ceux de ses poèmes où se manifeste avec le plus d'évidence, l'envie de «mystifier» le lecteur. (...)

Je m'étonne de voir dresser sur nos places publiques les effigies des poètes symbolistes, non pas méconnaissance de leur mérite ; mais il me semble qu'il y ait une contradiction comique entre ce mérite même, et la récompense qui lui est dévolue. Ils sont passés, dédaigneux de la foule, indifférents aux biens que poursuivent les autres hommes, animés d'un idéal pour ainsi dire exclusif de la sympathie commune... et voici qu'ils vont être exposés à tous les yeux, comme pour servir de modèles au public dont ils ont toujours dédaigné de se faire comprendre... Il est probable d'ailleurs que certains noms n'éveilleront que peu d'échos dans la mémoire du grand public.

Peut-être la gloire consiste-t-elle à être «inconnu». A ce titre, Rimbaud mérite bien sa statue».
LUDOVIC