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Vue 5 - La rue Monge vers 1900
Cette vue de la rue Monge, connue alors surtout sous le nom de Grand Rue (rue du Grand Bourg au Moyen-Age), prise vers 1900, en direction de la Basilique de Mézières diffère peu d'aujourd'hui. Elle a le même tracé, mais elle est alors pavée. Les nombreux passants, les boutiques qui se touchent nous montrent que nous sommes dans l'artère principale de la ville, artère vivante et commerçante, malgré sa faible longueur ; c'est pourquoi, le tramway, dont on aperçoit les rails, la parcourt. Rappelons qu'il a été inauguré en octobre 1899, et représente donc, pour les contemporains, une grande nouveauté, qui leur fournit un transport commode et assez bon marché ; c'est aussi une des premières importantes réalisations intercommunales.
Les immeubles qui bordent la rue sur la droite sont les mêmes qu'aujourd'hui. Mais vers 1900, ils sont presque neufs ! Cette rue, en effet, a été en majeure partie détruite par le bombardement du 31 décembre 1870, tandis que bon nombre de ses habitants trouvaient une mort atroce dans les caves où ils s'étaient réfugiés. Voici un récit de ces événements laissé par Ernest DELAHAYE, l'ami de RIMBAUD, qui vécut douloureusement ces pénibles moments :
«Le feu avait pris tout de suite. les bonbons (bombes) tombèrent dans la grande rue dès 8 heures du matin. À 9 heures sur la hauteur du château la pension Royer, qui servait de point de mire, brûlait tant qu'elle pouvait. En-dessous les toits crevés s'ouvraient aux étincelles. La maison du grainetier BRICE, celle du chapelier PIRET furent ensuite les premières que je vis s'allumer toutes joyeuses. Car il n'est rien de triomphalement gai comme un incendie livré à lui-même (la Meuse et toutes prises d'eau étaient en effet gelées), sans aucun pompier qui l'ennuie. Le temps était superbe, le ciel bleu, irradié ; le côté de la rue que je voyais, recevait la brillante clarté du midi... Les maisons s'embrasaient ainsi l'une après l'autre, paraissant dire : «à moi ? ... quel bonheur !». Je vois encore à un deuxième étage, une vitre épargnée par miracle, où jouait un rayon de soleil paisible et doux. Et tout autour, vite vite, aux fenêtres noires les flammes d'or s'appelaient. De temps en temps, dans l'air, un bruit d'archet sur la note grave, puis un sifflement rageur, puis l'assourdissant, le déchirant fracas du sale obus.
Décidément, pensai-je, l'affaire se prolonge. Il n'est pas possible que Rimbaud vienne aujourd'hui, mais j'aurai à lui narrer demain des choses qui me donneront une certaine importance.
Réellement j'eus à dire plus que je n'aurais voulu :
La fuite vers six heures du soir, quand notre maison pris feu, l'embarras du choix entre ces trois rues brûlant de bout en bout, et présentant chacune, deux longs murs également faits de flammes et de braise incandescente...
Ensuite les longs instants passés en cave, la contemplation du soupirail rose où je voyais neiger sans fin les étincelles de diamant, produit des riches combustions voisines ; à minuit, les Prussiens -toujours spirituels- qui nous souhaitent «bonne et heureuse année» en envoyant, l'un sur l'autre, 80 projectiles ; l'horloge de l'église qui intervient dans le débat pour nous informer que le clocher restait debout, mais ayant, cette malheureuse, perdu absolument la tête, car elle fit sonner à la file toutes les heures qu'elle avait dans le ventre. Que de détails impressionnants ! Mon ami aurait-il la patience de me laisser tout raconter ?» (E. DELAHAYE «Souvenirs familiers à propos de RIMBAUD, VERLAINE et G. NOUVEAU» A. MESSEIN, Paris, 1925).
Ces maisons à deux ou trois étages furent réparées avec l'aide d'une souscription nationale (l'immeuble n° 20 possède une plaque qui nous l'indique au niveau du premier étage : «souscription nationale du sou des chaumières») et ce sont elles que nous voyons ici. Beaucoup ont une seconde sortie par derrière, place du Château, où on accède par l'escalier de Saint-Pierre dont on voit les premières marches. À droite, observer le bureau de tabac «Au Persan», reconnaissable à son enseigne. Nous ne distinguons pas sur cette carte postale les constructions du côté gauche de la rue ; seules leurs ombres se dessinent sur la chaussée. Reportez-vous au document 7 p. 23 qui reproduit une vue de la rue Monge vers 1900 prise cette fois en direction de la rue d'Arches, et observez l'unité architecturale de la rue aux belles maisons aux ouvertures régulières, aux belles corniches sculptées. On voit au fond le fameux «Bec en l'air». Reportez-vous aussi au document 5 : vous verrez qu'en face des escaliers partait la rue des Pécheurs, prolongée par la rue des Remparts. Telle était l'organisation de cet îlot aujourd'hui disparu.
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