La classe d'intégration scolaire dans le premier degré (CLIS)

Questions à Guy Latreille, IEN chargé de l'Adaptation et de l'Intégration Scolaire

Comment sont nées les CLIS ?

Tout d'abord, pour bien comprendre comment fonctionne l'AIS, il faut en distinguer les deux champs :
- le champ "Adaptation"
- le champ "Intégration".
Le champ "Adaptation" concerne la prévention des difficultés scolaires et les aides nécessaires, aides qui peuvent être internes à l'école par interventions des équipes d'enseignants, des réseaux d'aides spécialisées, ou extérieures (Centre Médico-Psycho-Pédagogique, secteur privé, centres de jour,…) après examen des situations d'élèves par la Commission de Circonscription Préélémentaire et Élémentaire (CCPE).
Le champ "Intégration" concerne un public d'enfants dont le handicap est reconnu par la Commission Départementale d'Education Spéciale et qui peut bénéficier d'une Allocation d'Education Spéciale et/ou des interventions d'un Service d'Education Spécialisée et de Soins A Domicile (SESSAD).
L'intégration de l'enfant dans le milieu scolaire peut être individuelle : l'élève fait alors l'objet d'une convention d'intégration. C'est la situation la plus fréquente pour les enfants handicapés moteur ou sensoriels.
L'intégration peut être collective : ce sont alors les Classes d'Intégration Scolaire (CLIS) qui sont au centre du dispositif scolaire et qui accueillent des élèves présentant un handicap mental ou cognitif (dans les Ardennes où il n'y a que des CLIS 1 pour cette catégorie d'élèves).

Un tel dispositif n'existait-il pas auparavant avec la classe de perfectionnement ?

Les classes de perfectionnement accueillaient des enfants en grande difficulté scolaire et/ ou sociale à qui des enseignants spécialisés proposaient un enseignement adapté, sans qu'il y ait obligation d'intégration dans les autres classes de l'école.
Or la loi d'orientation de 1989 a redéfini le rôle du maître: chaque enseignant est responsable de tous ses élèves. La politique visée est bien alors d'éviter de retirer les élèves en difficulté du circuit dit ordinaire en les plaçant dans des classes spéciales et de favoriser une continuité dans le déroulement de la scolarité primaire, tout en ajustant les apprentissages. C'est l'intégration maximale de l'élève dans le circuit ordinaire qui est privilégié.

Pouvez-vous donner quelques précisions sur la façon dont s'organise cette intégration ?

Notre objectif est qu'un élève passe la plus grande partie du temps scolaire dans une classe ordinaire. Les orientations départementales visent d'ailleurs à long terme l'inscription des élèves handicapés dans les classes habituelles de l'école primaire. Ils seraient ensuite pris en charge, à des moments définis et en fonction d'un projet individualisé, par l'enseignant de la CLIS. Toutefois, il semble primordial qu'un enfant en grande difficulté, dont le handicap est reconnu, bénéficie d'un temps de récupération, de "restauration" dans un environnement attentif aux problèmes qu'il a pu rencontrer auparavant, avant qu'il puisse vivre des séquences dans une classe ordinaire. Apprendre à vivre ensemble, à se sentir appartenir à un groupe classe est pour eux encore plus important.
Actuellement, nous essayons que le pourcentage du temps passé dans la CLIS n'excède pas 50 % du temps scolaire. En fonction du projet individuel, qui concerne tous les enseignants d'un cycle, de l'école, chaque élève est, pour le reste du temps, intégré dans des activités, des séquences d'apprentissage adaptées à ses possibilités.
Chaque CLIS des Ardennes bénéficie pour cela de la présence d'un assistant d'éducation, auxiliaire de vie scolaire (AVSco).

Cela demande aux enseignants responsables de CLIS une grande disponibilité

Les enseignants de CLIS doivent faire preuve d'une grande ouverture d'esprit, d'une importante capacité d'adaptation et de disposition au dialogue. D'autant que l'intégration ne s'arrête pas aux classes d'une école; les CLIS intègrent également des enfants placés en établissements spécialisés, en IME.
Les CLIS sont donc véritablement le centre d'un réseau d'intégration.

 

TEMOIGNAGE
Michaël LEROLLE, Auxiliaire Vie Scolaire - Joliot Curie

L'AVSco peut intervenir dans la CLIS pour le travail en petit groupe ou l'aide individualisée. Les difficultés de ces enfants nécessitent une attention particulière, l'aménagement, l'explication de consignes pour certains, la présentation sous un angle différent pour d'autres. Leur idiosyncrasie* requiert de ma part patience et "philosophie". Chaque jour dans la CLIS est différent, avec ses moments de doute, d'énervement, mais aussi de rire et de réussite.
*ndlr : manière d'être particulière à chaque individu qui l'amène à avoir des réactions, des comportements qui lui sont propres.

  Éditorial
  Dossier :
Adpatation et Intégration Scolaires
Enseignement spécial en France
  La Classe d'Intégration Scolaire (CLIS)
Les Sections d'Enseignement Général et Professionnel Adapté (SEGPA)
Les Unités Pédagogiques d'Intégration (UPI)
Les Auxiliaires de Vie Scolaire
Création d'un espace d'accueil collectif à l'école maternelle
Une Classe d'Accueil (CLA)
Des documents disponibles au CDDP - Le Service Assistance Pédagogique à domicile (SAPAD) - La chartre "vers l'école sans tabac"
À la découverte de la vallée de l'Ennemane

UNE CLASSE D'INTEGRATION SCOLAIRE
rencontre avec F. ROGER, enseignant de la CLIS de l'école Joliot Curie de Charleville-Mézières

La classe a un effectif de 12 élèves auquel est venu s'ajouter un enfant, préalablement orienté en IME, mais qui est maintenant intégré à temps plein en CLIS.
Un assistant de vie scolaire est présent à 50 % dans la classe pour les activités concernant la maîtrise de la langue et pour les mathématiques.

Des exemples d'intégration :
Deux élèves sont intégrés à temps complet en CP, après avoir suivi cette classe à mi-temps pendant un demi trimestre. Cette intégration progressive a été nécessaire pour que les 2 élèves s'adaptent au rythme de travail et acquièrent l'attitude scolaire appropriée. Pour l'un d'eux, c'est une préparation comme celle qui est conduite en grande section d'école maternelle qui a été nécessaire. Le maître de CLIS reste présent pour assurer les apprentissages et remédier aux difficultés dès qu'elles apparaissent.
Pour faciliter l'intégration, les maîtres de la CLIS et des classes de cycle 2 utilisent des supports de travail identiques (albums, affichages) ; les élèves ont ainsi les mêmes repères d'une classe à l'autre.
Deux élèves suivent le CM1 pour toutes les activités concernant la langue française, domaine dans lequel ils ont acquis de bonnes compétences et pour lesquelles ils se révèlent être des éléments moteurs. Par contre, les résultats en maths sont très faibles, aussi reviennent-ils en CLIS pour ces apprentissages. Pour ces deux élèves l'objectif de passer 50% du temps en CLIS et 50% en classe dite ordinaire est atteint.

Mais l'intégration ne se fait pas seulement dans le sens CLIS vers le circuit ordinaire. Le maître de la CLIS accueille régulièrement des enfants de cycle 2 et de CM1 pour des aides ponctuelles lorsqu'ils rencontrent des difficultés d'apprentissage. Il joue alors le rôle d'un enseignant de Réseau d'Aides Spécialisées aux Enfants en Difficulté.
Ce "jonglage" entre échanges de service, aides ponctuelles, suivi de ses propres élèves, demande au maître une grande vigilance et une bonne disponibilité. Pour cela, chaque enfant de CLIS bénéficie, pour les disciplines dites fondamentales, d'un projet individuel qui permet aux maîtres du cycle de fixer les objectifs, de suivre les progrès, les difficultés et d'évaluer les résultats.

Le travail d'un maître de CLIS est de créer entre élèves des relations d'aide et d'échanges, de faire mettre en œuvre et expliciter des stratégies de résolution des difficultés : c'est à plusieurs que l'on apprend à faire ensuite tout seul.
L'apprentissage de ces savoir-être et savoir-faire permet aux enfants intégrés dans les classes de l'école d'être souvent des éléments moteurs, capables de communiquer aux autres élèves des stratégies opératoires et des attitudes de coopération. C'est particulièrement vrai pour les enfants intégrés en CM1 qui sont ainsi à juste titre valorisés.

Pour Fabien ROGER, on pourrait définir la CLIS comme un sas qui permet des allers-retour entre les classes dites ordinaires et une structure un peu plus protégée où l'on peut se réassurer, se restaurer, au besoin reconstruire une attitude positive vis à vis du travail scolaire.
D'ailleurs, sur la porte de la classe, il n'est pas écrit CLIS mais classe de CP, CE1, CE2, CM1.