Prince de naissance, attentif de nature


Sommaire

A - Les étapes du projet de Katy Couprie

Compte rendu d'une intervention de Katy Couprie au CRDP de Créteil

B - Lecture experte de l'album, côté enseignant

Lecture de l'écriture de l'album, dans le texte et dans l'image
Mise en évidence des spécificités de structure, de tournures et de l'implicite
Les choix de l'auteur et les choix de l'illustratrice

Découverte des éléments linguistiques susceptibles de faire progresser les apprentissages et l'observation réfléchie de la langue.
Proposition de mises en situation pour l'observation réfléchie de la langue.
Propositions d'exercices liés à tous ces repérages, réalisés avec Exographix

C - Proposition de dispositifs de lecture en classe

D - Situation de production d'écrit

Transposer une partie du texte en scènes théâtrales
Situation d'écriture avec aides
Aides à la réécriture
Textes écrits par des enseignants

E - Livret d'exercices

NB : Cet album a été lu dans le cadre du stage de formation continue " Lire les 6 genres littéraires au cycle 3 " en mars 2005.
Ces supports ne sont que des propositions qui doivent être adaptées aux premières lectures des élèves, à leur compétences et aux apprentissages de la classe.


A / Les étapes du projet "Prince de naissance, attentif de nature"
 

C'est un projet particulièrement intéressant pour le rapport texte-image. Il s'agit d'un récit initiatique de Jeanne Bénameur dont Thierry Magnier lui a proposé la lecture au mois de décembre : Prince de naissance attentif de nature.
Ce texte émouvant a tout de suite suggéré à Katy Couprie des mots clés tels que échelle du moi, fourmis, dimension du personnage, rapport au monde, regard, visée. Elle a accepté en décembre le projet, a commencé à s'atteler au texte début janvier et termine son travail au moment où elle nous en parle, pour le 1er juin 2004.
Le texte n'est pas facile et l'album n'est donc pas destiné à des tout-petits, mais l'idée est que ce livre puisse vivre dans la durée, s'installer auprès des enfants assez jeunes, mais aussi être apprécié plus tard. Thierry Magnier ne propose pas de tranche d'âge pour ses albums. Chaque enfant a un parcours différent avec la lecture.
L'auteur suit toutes le étapes de la construction du livre : la maquette, les agencements, la photogravure, les couleurs, les retouches, l'impression. Lorsque Katy Couprie se pose la question du meilleur outil pour rendre ce texte en images, elle décide d'utiliser des installations pour matérialiser ses préoccupations principales par rapport au texte : le rapport au monde, le point de vue, l'échelle, la dimension du moi, l'ego qui grossit, qui se retrouve humble. Les personnages sont peints aux pastels gras, découpés, et photographiés dans des vrais lieux.
Cette technique permet de mettre en avant le décalage entre le sujet, le personnage et le monde. Des images entièrement peintes auraient été trop harmonieuses, trop cohérentes. Elle a donc présenté ses premières images à Thierry Magnier. Il s'agissait d'une série autour de l'eau, montrant la fascination du personnage pour la mer, la façon dont il entre dans l'eau. Pour cela, Katy Couprie a emporté ses premiers personnages en Bretagne pour les photographier au bord de la mer, sur la côte sauvage de la presqu'île de Quiberon.
Katy Couprie travaille comme pour un film, à l'aide de repérages, de choix de lieux (Quiberon, un château, un parc, des chemins, des champs...). Les images font d'ailleurs de nombreuses fois référence au cinéma. Le jeu est que le personnage puisse grandir et apparaître plus ou moins gros selon les moments et les événements de l'histoire. Elle a réalisé des croquis, des descriptions des personnages, des notes de texte. Un des intérêts du récit est que ce petit garçon porte un poids d'adulte. C'est pourquoi son personnage est inspiré de personnages de deux films (Les voleurs d'André Téchiné et Magnolia, un film américain de Paul Thomas Anderson).
Katy Couprie souhaite que le côté humain et chaleureux soit porté uniquement par le personnage du petit garçon et le personnage de la nourrice. Les autres personnages (les conseillers manipulateurs, les soldats) doivent sembler inhumains. Pour cela, elle réalise des mises en scène qui utilisent des techniques modernes. Elle choisit, après de nombreux croquis, une face et un profil pour chaque type de personnage : un soldat, un conseiller, elle les numérise et réalise ensuite autant de sorties qu'il est nécessaire, en les inversant (droite-gauche) et en changeant les tailles. Les conseillers sont au nombre de sept, multipliables à l'infini et vêtus de costumes de cartes à jouer (réf. à Alice).
Ils ont des visages très expressifs, en permanence la bouche ouverte et sont inspirés du personnage de John Smith, dans Matrix. Les soldats sont inspirés d'un film de 1938, Alexandre Nevsky, de Sergei Eisenstein, dont l'action se situe au 13ème siècle et dont l'ambiance est assez moyenâgeuse. Le réalisateur s'est servi des peintures de batailles d'Uccello dans lesquelles les hallebardes et les lances ponctuent et définissent l'espace de la peinture. Katy Couprie a réalisé sa série de croquis d'après le film.
Elle a dessiné et découpé quarante soldats, imprimé les drapeaux en bois gravé sur du papier de soie pour obtenir de la transparence, peint des piques à brochettes. Le projet associe des techniques modernes qui utilisent l'ordinateur, la photo numérique et argentique et des bricolages. Les installations pour les prises de vue sont nombreuses et très longues. Comme pour un tournage, elle a choisi ses lieux, disposé ses personnages. Les moyens d'aujourd'hui permettent de réaliser des illusions extraordinaires.
Les premières images ont été montrées à Jeanne Bénameur qui a tout de suite apprécié le personnage principal. Elles ont travaillé ensemble sur le découpage du texte et Jeanne Bénameur a parfois donné à Katy Couprie des clés pour la compréhension du texte. Il est important que l'auteur et l'illustrateur soient bien d'accord sur le contenu de l'histoire et souhaitent donner le même point de vue, la même identité au texte dans l'image et dans les mots. Le texte de Prince de naissance attentif de nature est écrit sous forme de fable, de récit initiatique, avec ses codes de personnages et d'éléments récurrents. Mais aucun contexte d'époque ou de lieu n'est donné par l'auteur. Cela autorise beaucoup de liberté à l'illustratrice qui peut faire des choix personnels sans dénaturer ce qui est écrit. Katy Couprie a choisi d'y mélanger les genres et d'éclater la structure temporelle. Les prises de vues réalisées à l'extérieur renforcent malgré tout le réel et leur donnent une cohérence.
Les photos numériques servent au cadrage et aux repérages. Les photos définitives sont faites en diapositives Ektachrome, qui sont de meilleure qualité. Ces diapositives, réalisées dans un film doux qui retranscrit les lumières naturelles sans les saturer, sont ensuite numérisées directement. Après les dernières prises de vue définitives, il faut effectuer le choix des images. Katy Couprie dispose au minimum d'un film de trente-six pauses par image. Jusqu'au dernier moment, elle peut s'orienter vers des choix différents, et argumenter ses choix.
Le format choisi pour ce livre est de 34 x 24. Les premières maquettes sont blanches et servent à choisir le papier (poids, matière) et à se projeter dans l'objet. La couverture sera sans doute réalisée à partir d'une vue de face du personnage au bord de la mer, avec beaucoup de perspective, du sable, des nuages, une mouette. L'image de couverture est capitale ; elle doit être porteuse et affective, d'autant plus que le titre, long, est difficile d'accès.

À partir de juin, le maquettiste intervient avec un regard neuf ; il est en charge du résultat définitif, il va suggérer la police de caractères, le choix des couleurs de couverture, toute la finition du livre, avec l'illustratrice et l'éditeur. Ce livre devrait être imprimé en août et sortir en octobre. Bien avant la sortie du livre, l'éditeur montre les images au distributeur qui en parle au libraire. Des lectures sur maquettes sont prévues. Tout retard des auteurs est interdit.

B / Lecture experte de "Prince de naissance, attentif de nature"
 

Lecture de l'écriture de l'album, dans le texte et dans l'image

LE TEXTE
Le texte présente à la fois des aspects poétiques et des proximités avec le conte. Il est par moments très musical, rimé, rythmé et comporte des images poétiques (" Il était vêtu maintenant d'un grand pays "). La disposition du texte en strophes renforce encore cette idée.
L'idée du conte se retrouve à la fois dans le choix des personnages (roi), dans l'intemporalité de l'action et dans la conduite de l'histoire. Au début du texte, on n'est pas loin du " Il était une fois " (" C'était un petit garçon plein d'attention ").
L'auteur joue sur le sens du mot " attention ", et on se demande si l'illustratrice elle-même n'aurait pas volontairement réduit la proportion des pieds du prince (preuve qu'il évite d'écraser ce qui peut se trouver sous ses pieds).
L'intemporalité est relayée par l'actualité du problème soulevé, soulignée par le fait que l'un des conseillers du roi tient à l'oreille un téléphone portable et un autre, à la main, une mallette noire.

Le tissage du texte

reprise fréquente des mots attention (attentif) et regard (+ formes verbales)
§ rapprocher regard (regarder : veiller, être sur ses gardes), égards (étymologiquement, veiller sur) et mégarde (préfixe péjoratif "mé" et garder)
§ rapprocher regard et attention
regarder : s'appliquer à voir, considérer attentivement
expression : le regard que l'on porte sur les choses

plusieurs éléments de progression du texte
1 - Boucle dans le texte entre le début et la fin, avec variations et symétrie :

début
fin
Car il était
prince de naissance
et attentif de nature.
À chacun de ses pas,
tout le monde se disait :
- Quel bon roi nous avons là !
Sa nourrice,
une femme simple et bonne,
se disait : - Quel bon roi cela fera !
Car il était roi de naissance,
mais attentif de nature
et c'est ainsi qu'il régna.

2 - Boucle dans l'illustration : on retrouve la même image de marche, avec variation, le roi a grandi.

l'évolution du regard
Le jeune roi releva la tête.
Le regard d'un roi porte loin.
Le regard d'un roi, quand il est en guerre,
doit porter encore plus loin.
Son regard se perdait.
Il avait retrouvé son regard.

le rôle de la nourrice
Sa nourrice se disait
sa nourrice lui apprit
sa nourrice pleura
on renvoya sa nourrice dans son village
il décida d'aller voir sa vieille nourrice

Quel serait le message implicite de ce livre ?

Écart entre la signification du mot "conseiller" et leur rôle
Importance de la fonction figée : le statut de " conseillers du roi ".
La nourrice a été également pourvoyeuse de conseils. La fonction de " conseiller du roi " semble conduire à des " conseils " d'une autre nature. Ils entraînent le roi dans des actions de guerre, sans ménagement pour le " petit peuple ". Le roi semble être une marionnette dans les mains de ses conseillers.
Ils sont toujours présentés dans l'attitude de hurlement (qui neutralise les euphémismes du texte où il est question de recommandation ou d'injonctions fortes mais sous la forme d'affirmatives présentées en style indirect libre).
Pourquoi portent-ils ce costume rayé ? Cf. les propos de Kathy Couprie sur la référence aux cartes à jouer dans Alice au pays des merveilles.

Présence de verbes ordinairement transitifs, utilisés à l'intransitif
Importance de la fonction figée : le statut de roi.
a - "Il faisait attention à ne pas cogner dans le sceptre du roi..." / se cogner ? pas de forme pronominale, pas de transitif en quelque sorte
b - " Quand sa nourrice lui apprit..." / le lui apprit ? Pourquoi pas une forme transitive ?
Y a-t-il une fonction d'apprentissage qu'il s'agit de faire ressortir ? Cette phrase apparaît deux fois !
c - " Puis ce fut son carrosse qui écrasa car un roi ne marche pas " / pas de transitif là non plus alors qu'auparavant il a écrasé une fourmi, des hannetons, etc. C'est comme si cela devenait une fonction !!! Très intéressante vraiment cette utilisation de l'intransitif !
d - "Quand il arriva, il s'arrêta." Pas de complément à "arriva"
e - "Toute la nuit, il écouta."

Tension entre décision et soumission

Opposition voulut/fallut - Affirmations/injonctions implicites

Il ne voulut pas de la traîne royale
parce qu'on ne voit pas
ce qu'elle balaie derrière soi.
Mais il fallut prendre le sceptre.

L'expression "il fallut" est prolongée par "doit" ("un sceptre doit rester droit ") et par les affirmations (on a l'impression d'entendre des injonctions, il s'agit sans doute de style indirect libre) :

"un roi ne pleure pas"
"Le regard d'un roi porte loin"
"un roi ne marche pas"
"Le regard d'un roi, quand il est en guerre, doit porter encore plus loin."

Attitude du roi dans les illustrations
(tête baissée, regard détourné, air triste, air hagard, etc.) : une grande tristesse liée à la soumission s'en dégage, plus que dans le texte.

Emprise des conseillers :
· impératif dans la bouche d'un conseiller : "Venez…"
· ils entourent le roi qui semble enfermé, prisonnier (d'un système)
· style indirect libre
· aspect fataliste des choses (sans responsable) :
"Il faut dire qu'une petite guerre se préparait."
"Une grande guerre se préparait"

Volontés manifestées tout de même par le roi :
· "Il voulait qu'on fasse attention à ses sujets."
· "Il voulait aussi qu'on fasse attention aux sujets de l'autre pays."

Récapitulatif au fil du texte :

Il essaie de résister aux conseillers.
Il ne voulut pas de la traîne royale parce qu'on ne voit pas ce qu'elle balaie derrière soi.
Il se soumet aux conseillers. Il se laisse persuader. Il obéit. Il fait ce qu'on veut qu'il fasse.

1ère concession : prendre l'attribut du pouvoir
Mais il fallut prendre le sceptre.
2ème concession : marcher comme son père
Le grand conseiller lui recommanda pour marcher comme son père, le roi, d'y porter toute son attention. Un sceptre doit rester droit.
3ème concession : prendre l'attitude du pouvoir.
Le jeune roi releva la tête.
Le regard d'un roi porte loin.

Il fait quelques tentatives pour se rebeller mais sans succès. Il cria courroucé au cocher :
- Mais faites attention, faites attention.
Il voulait qu'on fasse attention à ses sujets.
Il voulait aussi qu'on fasse attention aux sujets de l'autre pays.

Après une nuit de réflexion :
· Alors le roi enleva ses grandes bottes, son grand manteau et le grand pays qu'il avait sur le dos. Il entra seul dans l'eau.
· Il sortit de l'eau.
Il ne reprit ni les bottes ni le manteau.
· Il renvoya les canons, les conseillers,
et les soldats dans leurs foyers.
· Il décida d'aller voir sa vieille nourrice.

Mais il reste roi : " c'est ainsi qu'il régna. "

Conclusion : le problème posé :
Résumé proposé par un enseignant : Tristement, il essaie d'assumer sa condition de prince en respectant ses principes.
Faut-il se soumettre à la transmission d'un système (de traditions, d'habitudes, etc.) ou est-il possible de garder sa personnalité et ses prérogatives ?
* à rapprocher de Yakouba de Thierry Dedieu
* et de Vive la France de Thierry Lenain
Qu'est-ce que le pouvoir ? Qui détient le pouvoir ? Le pouvoir est-il synonyme de force guerrière ?
Rôle de la réflexion et de la réaction ! Quête de sagesse.

La construction du texte : (privilégier les formulations d'enfants)
1. Avant le règne (la rupture est amenée par " Sa mère mourut. Son père mourut. Et il fut roi.")
2. Le début du règne : lutte d'influence entre les conseillers et la nourrice (jusqu'à " Alors on renvoya sa nourrice… ")
3. De l'expansion à la décision en passant par une nuit de réflexion
4. La suite du règne

Renversement de la situation, rôle de la syntaxe et des champs sémantiques :

  • Un moment d'expansion, la fonction naturelle d'un roi ? Champ de termes positifs pour une situation pourtant jugée négative et rejetée par la suite :
    La petite guerre fut gagnée.
    Le roi devint un plus grand roi.
    Ses terres augmentaient.
    Et ses affaires.
    Et ses sujets.
    Il était vêtu maintenant
    d'un grand pays.
    Alors on lui donna aussi de grandes bottes.


  • Le moment de décision et de rejet de cette fonction. Champ de termes négatifs qui témoignent de la décision positive du roi :
    Les vagues avaient emporté avec la marée
    toutes les paroles des conseillers.

    Alors le roi enleva ses grandes bottes,
    son grand manteau
    et le grand pays qu'il avait sur le dos.
    Il entra seul dans l'eau.

    La mer montait à nouveau.
    Et chaque vague lui dit
    à quoi il devait faire attention.
    Toute la nuit, il écouta.

    Au matin, il regarda la mer, la terre et le ciel.


    Il sortit de l'eau.
    Il ne reprit ni les bottes ni le manteau.

    Il renvoya les canons, les conseillers,
    et les soldats dans leurs foyers.

    NB : noter la forme active des 3 derniers verbes en rouge !

LES ILLUSTRATIONS
La technique utilisée (découpage de personnages photographiés dans des paysages naturels) renforce l'idée d'une mise en scène des personnages, voire d'une théâtralisation (idée corroborée par le tout petit nombre de personnages et la sobriété des "décors"). Cette idée de forte mise en scène est encore accentuée par le jeu sur les points de vue permis par la photographie.
Et si la définition du théâtre (theatron), c'est "lieu où l'on regarde", l'illustratrice nous donne à voir :
- la façon dont le roi est regardé,
- la façon dont la nourrice le regarde,
- une façon pour nous de juger de la situation (le roi entouré de ses conseillers sur un fond très sombre, ou avec quelques taches lumineuses quand la nourrice est en arrière-plan, le roi pris par l'armée)
- ce que découvre le roi face à la mer (comme si nous pouvions partager ses sensations)
- ce qu'il ressent lui (visage baissé, détourné, brouillé et larme).
Toutes les positions sont utilisées (de face, de dos, de profil, de loin, de près) et l'utilisation des champs et contrechamps permet de cerner le roi de toutes parts.
Voir le tableau d'analyse des rapports texte-image.

Les accessoires n'en sont pas moins importants : sceptre et couronne ! La couronne est toujours en pleine lumière.
Les conseillers sont eux très figés dans leur attitude de prescripteurs autoritaires. Un enseignant fait référence à Hitler dans la représentation du visage du personnage.

La nature aurait-elle un rôle à jouer (campagne, forêt, mer) ? Attentif de nature, certes, mais attentif aussi à la nature ! Le roi est en son contact direct, les paysages choisis ne comportent ni autres humains, ni habitat ni animaux… Épuration, comme pour renforcer l'intériorité d'un individu confronté à une situation à laquelle il se soumet un moment avant de réagir.

Influences picturales :
- les batailles d'Ucello
- L'homme qui marche, de Giacometti

Le personnage de la nourrice, ainsi représenté, rappelle les poupées russes, mais aussi le Petit Chaperon Rouge. Comment l'interpréter ? Ses couleurs sont vives et chaudes !



LE RAPPORT TEXTE-IMAGES :

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APPROCHE DU TEXTE AVEC LES OUTILS PROPOSES PAR IDEOGRAPHIX :
- découverte de particularités du texte et de la langue qui ne sautaient pas aux yeux du lecteur,
- édition de supports de mises en situation d'observation de la langue (voir pages suivantes)

Statistiques du texte
Nombre de mots : 636
Longueur moyenne des mots : 4,11
Nombre de vocables (mots différents) : 241
Nombre moyen d'occurrences de chaque vocable : 2,64
% des mots de base pour le nombre total de mots : 59,75 !!! (Les visualiser en demandant l'affichage sélectif des mots de base)

Dictionnaire alphabétique

Orthographe lexicale et grammaticale
- attentif, attention
- grande, grande, grandes, grands
- qu', quand, que, quel, qui, quoi
- tous, tout, toute, tout le monde

Conjugaison : (voir situations pages suivantes)
- différentes formes du verbe "faire" : faire, faisait, fasse, fit, fera
- différentes formes du verbe "voir" : voir, voyait, vu, vit

Dictionnaire par occurrences

Les possessifs
(voir plus loin : recherche d'occurrences, observer l'environnement de ces mots, lien avec le sens)

son : 9
ses : 8
sa : 7

Orthographe
(observer l'environnement de ces mots, en déduire une règle qui peut être provisoire)
se : 6 (voir situation pages suivantes)
qu' : 11

Syntaxe :
pas : 9

Autres :
roi : 16
attention : 10
guerre: 6
mer : 6
nourrice : 6
conseillers : 5
regard : 5 (voir situation pages suivantes)


Dictionnaire par terminaison

- orthographe lexicale : séries graphique

nourrice
silence
naissance
prince
parce
première
derrière
père
mère

- conjugaison :
Les verbes à l'imparfait / les verbes au passé simple
Les infinitifs (repérer les intrus)

- orthographe grammaticale :
Les mots qui se terminent par "s" : les variables et les invariables (à mémoriser)

NB : Les pronoms
36 "il" dont 34 concernent le jeune roi !
7 "on", dont 5 concernent les "conseillers"
2 "nous" utilisés par les conseillers
1 "elle"

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EXEMPLES DE MISES EN SITUATION
grâce au logiciel Idéographix, bureau de lecture (AFL)

Recherche d'occurrences : le radical " regard "
Résultat affiché par phrases.

Le regard d'un roi porte loin.

Le regard d'un roi, quand il est en guerre, doit porter encore plus loin.

Son regard se perdait.

Aussi loin que son regard allait, la mer lui répondait.

Au matin, il regarda la mer, la terre et le ciel.

Il avait retrouvé son regard.

Il apparaît que ces phrases révèlent à leur manière la chronologie de l'histoire et ce que vit le roi.
Les mettre dans le désordre et demander aux élèves de retrouver l'ordre du texte.
Ces fragments peuvent également servir de support pour un débat interprétatif.


Recherche d'occurrences : son, sa, ses
Résultat affiché sans mot avant, avec 3 mots après. Observer l'environnement de ces mots

son père
son attention
son soulier
son carrosse
son village
son grand manteau
son
regard
sa mère.
Sa nourrice
Sa mère
sa nourrice
sa vieille nourrice
ses pieds
ses conseillers
ses sujets
Ses terres
ses affaires
ses sujets
ses grandes bottes
ses pas
Séance d'observation réfléchie de la langue :

- Ils sont tous accompagnés d'un nom commun (lui-même parfois accompagné d'un adjectif).
- Ils signifient une appartenance : (en mots d'enfants) c'est le sien, ou la sienne, c'est à lui.
- On reconnaît les marque du masculin, du féminin ou du pluriel (sauf quand le nom féminin commence par une voyelle…).

***" Il faudrait aussi renoncer à faire coexister des homophones (" a " vs. " à ", " ou " vs. " où ", etc.), ce qui privilégie l'identité phonique au détriment de la différence orthographique. Il vaut mieux souligner les relations sémantiques et grammaticales capables de révéler la véritable identité orthographique d'un mot. Ainsi, " a " doit être traité avec " avait ", " aura ", et plus généralement avec les formes verbales. Au contraire, " à " doit être inséré dans des groupes propositionnels (" à faire ", " à venir "), et plus généralement associé à d'autres prépositions. " J.-P. Jaffré
http://www.bienlire.education.fr/04-media/a-interview19.asp

Recherche d'occurrences : se.
Affichage du résultat par phrases. Observer l'environnement de ce mot (cf. note 1 ci-dessus)

Sa nourrice, une femme simple et bonne, se disait : …
Il faut dire qu'une petite guerre se préparait.

Son regard se perdait.

Une grande guerre se préparait.

Le silence se fit.

À chacun de ses pas, tout le monde se disait :
- Quel bon roi nous avons là !

Séance d'observation réfléchie de la langue, orthographe : observer l'environnement de ces mots.
- Chacun de ces mots est suivi d'un verbe !

Extension : Poursuivre la recherche sur d'autres textes vus dans l'année.
Même observation de l'environnement.

Extension à la langue française : Découvrir, dans le dictionnaire, les formes pronominales.

Affichage sélectif d'une base personnelle : Les différentes formes d'un verbe
Affichage du résultat par phrases.

Mais le roi ne le vit pas.
Il ne pouvait plus voir ce qui était au bout de son soulier.
Il décida d'aller voir sa vieille nourrice.
Il ne voulut pas de la traîne royale parce qu'on ne voit pas ce qu'elle balaie derrière soi.
On le voyait même faire de grands détours pour éviter de marcher sur les fourmis.
Le roi n'avait jamais vu la mer.

On le voyait même faire de grands détours pour éviter de marcher sur les fourmis.
Venez, Sire, nous avons à faire.
Et chaque vague lui dit à quoi il devait faire attention.
Il faisait attention à ne pas marcher sur la traîne de la reine, sa mère.
Il faisait attention à ne pas cogner dans le sceptre du roi, son père.
Mais faites attention, faites attention.
Il voulait qu'on fasse attention à ses sujets.
Il voulait aussi qu'on fasse attention aux sujets de l'autre pays.
Quel bon roi cela fera !
Le silence se fit.
Sur le chemin, il fit bien attention où il posait les pieds.

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PROPOSITIONS D'EXERCICES LIÉS À CES REPÉRAGES
réalisés avec le logiciel Exographix (AFL)

 
Objet de l'exercice
Types d'exercices
Texte Les titres de parties : choisir ce qui convient QCM
Texte La structure du texte

- Remise en ordre de § successifs
- Chronologie (début, milieu, fin)
- Remise en ordre d'extraits choisis pour mettre en évidence l'articulation ou la rupture
- Tri : début de l'histoire, fin de l'histoire (boucle)
- Remise en ordre d'extraits avec le mot regard

Texte Le tissage du texte

- Recherche d'éléments :
attention
regard
guerre
nourrice

Phrase Les constituants de la phrase (atelier de lecture) Remise en ordre de groupes de mots
Phrase Conjugaison : imparfait, passé simple, futur - Mots choisis
- Tri
Phrase Grammaire : Les accords de l'adjectif "grand" - Mots choisis
Phrase Conjugaison : les formes des verbes "voir" et "faire" - Recherche d'éléments
- Mots choisis
Phrase Orthographe et syntaxe - Mots de base
Phrase Orthographe : les possessifs - Mots choisis
Phrase Grammaire : style direct et indirect - Tri de phrases
Phrase Grammaire : verbes transitifs et intransitifs - Tri de phrases
Phrase Grammaire : ponctuation - Ponctuation
Mots Orthographe lexicale (attention, nourrice, guerre, sceptre, conseiller, vieille, pays) - Description (non imprimable)- Orthographe (non imprimable)
Mots Orthographe lexicale (scène, scénario, scélérat, scission, scintiller, scie, science, sceptre, sceptique, sceau) - Orthographe (non imprimable)
Mots Grammaire : nature des mots terminés en "er" - Tri : noms communs, verbes
Mots Grammaire : accords en nombre - Tri : mots variables et invariables
Mots Entraînement à la reconnaissance des mots (mots rares) - Liste (non imprimable)
Texte Entraînement à la lecture sans déchiffrage - Effacement poursuite (non imprimable)



C / Proposition de dispositifs de lecture en classe
 


Comment aborder ce texte en classe ? Plusieurs propositions à utiliser en fonction de sa classe.

PROPOSITION 1 : GUIDAGE ASSEZ FORT
Présenter la première et la dernière partie :
mise en évidence de la boucle (construction du texte) et émergence d'une situation-problème : comment et pourquoi a-t-il " perdu son regard " ?
Comparer les deux extraits :
1 ) Du début jusqu'à … Quel bon roi cela fera !
2 ) Il décida d'aller voir sa vieille nourrice… jusqu'à la fin

Présenter la deuxième partie : le règne sous l'œil vigilant de la nourrice
La lutte d'influence de la nourrice et des conseillers, échec de la nourrice.
Production d'écrit : réécrire ce passage sous forme théâtrale, puis jeu avec l'appui des illustrations (les effets de voix des conseillers, leur position d'enfermement du roi).
Appui sur les verbes de parole et le style direct, repérage implicite des phrases en style indirect libre (qui peuvent directement être reprises sous forme de réplique). Voir pages suivantes.

Présentation de la troisième partie : de la victoire à la décision
Rechercher la construction : construction symétrique : expansion - décision - dépouillement
Repérer les champs sémantiques positifs et négatifs
Interpréter l'épisode central : une nuit de réflexion au contact de la nature.

Quatrième temps : observation et commentaires des illustrations
Être attentif à l'effet produit sur le lecteur
Être attentif à la place donnée au lecteur à chaque page ou double page


PROPOSITION 2 : PLUS OUVERT
1 / Présentation en 4 groupes du texte seul (2 gr.) et des illustrations seules (2 gr.)

Lecture, observation, échanges
Inversion des supports, échanges
Reformulation de l'histoire, interprétation.

2 / À partir du texte, rechercher un découpage en parties et titrer

3 / Rechercher les éléments de progression du texte
Surligner les éléments récurrents et leurs variations.

4 / Production d'écrit : idem
Réécrire la 2e partie sous forme théâtrale, puis jeu avec l'appui des illustrations (les effets de voix des conseillers, leur position d'enfermement du roi).
Appui sur les verbes de parole et le style direct, repérage implicite des phrases en style indirect libre (qui peuvent directement être reprises sous forme de réplique).


D / Production d'écrit

Dispositif
- Première écriture
- Lecture des textes produits
- Commentaires directs
- Lecture d'extraits des productions en vue d'une réécriture
- Réécriture (voir les productions des différents groupes)

Aides à la réécriture

- S'inspirer des trouvailles des autres :

o Des tournures syntaxiques particulières
o Des rimes ou assonances
o Des rythmes
o Des répétitions de tournures
o La création d'un univers sonore
o Un enchaînement d'action : ex, de la nourrice au roi, du roi au cocher…
o Etc.

- Utiliser les parties d'aide non encore utilisées :

o Partager une phrase en plusieurs répliques

Cf. Ah ! Anabelle !
Cf. L'adoptée

o Jouer sur le nombre de personnages

- utiliser son carnet de lecture

Première écriture

Consigne : Transposer la deuxième partie en scène(s) théâtrale(s)
De "Sa mère mourut./ Son père mourut. / Et il fut roi." à "Alors on renvoya sa nourrice dans son village
pour ne plus le tracasser avec ce qu'on écrasait
."

Aides à disposition des élèves outre les textes de théâtre déjà lus.

Transposer un texte en scène théâtrale : Aide 1

Surligner tout ce qui peut être mis en parole : ce qui est directement de la parole et ce qui est transposable en parole.
- repérer les indicateurs de paroles : verbes de parole, ponctuation, ce qui sonne comme une parole
- nommer les personnages qui parlent


Transposer un texte en scène théâtrale : Aide 2
Utiliser les caractéristiques du théâtre :
- les paroles : usage particulier de la langue
- les didascalies : idem
- le visuel / le gestuel
- le sonore
- le nombre de personnages
- le partage des répliques

Lecture d'extraits des productions, choisis par l'enseignant : observer le traitement de certains passages en vue d'une réécriture

1 / Quand la nourrice lui apprit…

La nourrice
- Sire, vous avez écrasé des grillons !
- Sire, vous avez écrasé des hannetons !
- Sire, regardez ce que votre carrosse a écrasé !
La nourrice
Tu t'rends compte de c'que tu as fait… Tu as écrasé des grillons, des hannetons et plein d'autres petites bêtes… Et maintenant, c'est ton carrosse qui écrase… Ah oui, je sais, un roi ne marche pas, mais…
Le roi
A moi les grillons, les hannetons et autres petits animaux. Mais attention, pas touche aux sujets de mon royaume.
La nourrice
Mais, Sire, ne voyez-vous point le massacre des plus petits par les roues de votre carrosse ?
La nourrice
Te souviens-tu de la fourmi ? Cela ne t'a pas suffi ? Il a fallu que tu écrases, avec ton carrosse, des grillons, des hannetons et pleins d'autres encore…
Scène 3 :
La nourrice court derrière le carrosse en observant le sol et en s'indignant.
La nourrice
Sire, votre carrosse écrase les grillons, les hannetons et tout le petit peuple qui vit à vos pieds !
Le roi entend crier la nourrice, passe la tête par la fenêtre du carrosse et crie au cocher :
Faites attention ! Mais faites attention !

2 / Le sceptre d'un roi doit rester droit

Le grand conseiller
Le sceptre, vous ne pourrez éviter de porter !
Sur le pas de votre père, votre pas sera réglé !
Le grand conseiller
Prenez le sceptre ! (Le conseiller tend le sceptre au prince qui baisse la tête)
Vous devez le prendre !
Le grand conseiller
Alors, Sire, acceptez le sceptre et portez le droit comme votre père !
Le grand conseiller
Sire, il est indispensable que vous preniez le sceptre. Portez-y toute votre attention, car il doit rester droit.
Le grand conseiller (d'un ton solennel)
Sire, pour marcher comme votre père le roi, vous devez vous concentrer sur le sceptre : un sceptre doit rester droit.


3 / Il voulait qu'on fasse attention à ses sujets…

Scène 4 :
Dans la salle du trône, le roi est assis sur son trône et les conseillers l'entourent en chuchotant en crescendo : " petite guerre ", " petite guerre ", " petite guerre ".
Le roi énervé lève son sceptre et les conseillers se taisent.
Le roi
Que cette petite guerre se fasse, mais que mes sujets soient préservés.
Les conseillers rechuchotent et acquiescent crescendo : " Oui, Sire ! Oui, Sire ! Oui, Sire ! "
Le roi de nouveau lève le sceptre.

Le roi
Que cette petite guerre se fasse, mais que les sujets de l'autre pays soient également préservés.
Les conseillers, indignés
Mais, Sire, c'est la guerre…

Le roi, entouré de plusieurs conseillers
Messieurs, à tout moment, à nos sujets et à ceux de l'autre pays, nous prêterons attention !

Les conseillers, d'une seule voix
Sire, c'est la guerre, et nul ne peut être assuré d'être sauvé ! Si c'est votre nourrice qui doit vous fragiliser, dans ses foyers, immédiatement, elle doit être ramenée.

Le roi
J'aimerais qu'on fasse attention à mes sujets !
Les conseillers, d'un air distrait
Oui
Le roi
Je souhaiterais aussi qu'on fasse attention aux sujets de l'autre pays !
Les conseillers, exaspérés
Mais, Sire, c'est la guerre, c'est pas notre affaire !!!

4 / Alors, on renvoya sa nourrice dans son village.

Scène 5 : la nourrice est renvoyée.
La nourrice
Pourquoi ? Pourquoi ?
Les conseillers
Trop de tracas, trop de tracas !

Les conseillers, entre eux
Chassons cette nourrice qui tracasse notre roi avec ce qu'il écrase !
Les conseillers
Madame ! retournez d'où vous venez ! Ici on est en guerre, les pleurs ne sont pas notre affaire !
Le roi
Adieu, ma bonne ! Prenez soin de vous ! Nous nous reverrons peut-être un jour.

Réécritures

Groupe 1

Les personnages : le roi, la nourrice, le grand conseiller, les conseillers

Scène 1

(Un grand palais. Le jeune prince vient d'apprendre la mort de ses parents.)
Un grand conseiller : Sire, vos parents sont morts, c'est vous le roi maintenant. Vous devez porter la traîne royale. (Il s'approche du prince avec l'habit.)

Le roi : Je ne la porterai pas, elle va m'empêcher de voir ce qu'elle balaie derrière moi.

Le grand conseiller : Cette décision est la vôtre,je la respecte. Mais il est indispensable que vous preniez le sceptre. Portez-y toute votre attention, car il doit rester droit.

Scène 2

( dans la forêt )
La nourrice : c'est gentil de me rendre visite.

Le roi : J'ai fait attention de marcher droit avec mon sceptre.

La nourrice : mais sais-tu que tu as écrasé une fourmi en chemin ?
( le jeune roi éclate en sanglot )

Scène 3

(Dans le palais)
Un grand conseiller (en s'approchant du roi qui pleure) : Un roi ne pleure pas .Une fourmi, ce n'est rien. Venez, Sire, nous avons à faire.

Scène 4

(Le palais, la nourrice vient rendre visite au roi.)
Le roi : Oh, Nourrice, quel bonheur de te revoir .

La nourrice : Sire, tu as écrasé des grillons !
Sire, tu as écrasé des hannetons !
Sire, regarde ce que ton carrosse a écrasé !
(Le roi à ce moment-là regarde par la fenêtre, voit le cocher et lui crie)
Le roi : faites attention, mais faites attention

Scène 5

( Dans le palais, le roi entouré de ses conseillers qui chuchotent en crescendo )
Les conseillers : petite guerre, petite guerre, petite guerre.

( le roi énervé lève son sceptre et les conseillers se taisent )
Le roi : Que cette petite guerre se fasse, mais que mes sujets soient préservés.

( les conseillers rechuchotent et acquiescent crescendo )
Les conseillers : oui, sire ! oui, sire ! oui, sire !

( le roi de nouveau lève le sceptre )
Le roi : que cette petite guerre se fasse, mais que les sujets de l'autre pays soient- également préservés.

Les conseillers ( indignés) : mais, Sire, c'est la guerre…

Les conseillers ( entre eux ) : Chassons cette nourrice qui tracasse notre roi quand il malaxe avec sa godasse des vieilles carcasses…



Groupe 2

Roi, nourrice, conseiller 1, conseiller2, cocher muet

Récitant
Noir complet, seul
Sa mère mourut. Son père mourut. Et Roi il fut.

Le roi et les deux conseillers entrent. L'un tient la traîne, l'autre le sceptre.
Roi
De la traîne royale, je ne veux pas. Je ne vois pas ce qu'elle balaie derrière moi.

Conseiller 1
Maintenant Sire

Conseiller 2
Il faut prendre le sceptre.

Le roi prend le sceptre mais le tient mal

Conseiller 1
Sire,

Conseiller 2
Pour marcher comme votre père,

Conseiller 1
feu le Roi,

Conseiller 2
sur le sceptre, vous concentrer, vous devez

Conseiller 1
Sire,

Conseiller 2
Un sceptre doit rester droit.

Récitant
Geste fataliste
C'est ainsi qu'il écrasa sa première fourmi.

La nourrice entre, affolée
Nourrice
Tu sais, mon p'tit, t'as écrasé une petite fourmi.

Roi pleurnichant
Mais j'l'ai pas fait exprès.

Conseillers 1 et 2
D'un air méprisant
Sire, un roi ne pleure pas. Une fourmi, ce n'est rien. Venez Sire, nous avons mieux à faire.

La nourrice part, tête basse d'un côté ; le roi suit le conseiller de l'autre

Récitant
Alors le jeune roi releva la tête. Le regard d'un roi, loin, doit porter. Il ne pouvait même plus voir ce qui était au bout de son soulier.

La nourrice revient encore plus désolée.
Nourrice
Tu t'rends compte de c'que tu fais…Tu as écrasé des grillons, et puis des hannetons et encore pleins d'autres petits animaux.
Et maintenant, c'est ton carrosse qui écrase…
Ah oui… je sais…. un roi ne marche pas….alors…..

Roi
Courroucé, il s'adresse au cocher
Mais faites attention… faites donc attention !!

Les conseillers arrivent et entourent le roi
Récitant
Et la nourrice pleura… mais le roi, entourés par ses conseillers, ne la vit pas,
Solennellement
Une petite guerre se préparait.

Roi
La tête du roi apparaît au dessus des conseillers penchés sur lui.
J'aimerais qu'à mes sujets, on fasse attention !

Conseillers 1 et 2
D'un air distrait, lui faisant baisser la tête.
Bien sûr, sire

Roi
La tête du roi réapparaît
Je souhaiterais aussi qu'aux sujets de l'autre pays, on porte attention.

Conseillers 1 et 2
Les conseillers rabaissent la tête du roi, exaspérés
Mais sire, c'est la guerre, les gens, ce n'est pas notre affaire.

Récitant
D'un air peiné, s'adressant au public
Eh oui, le regard d'un roi, quand il est en guerre, doit porter loin, très loin, toujours plus loin !

Silence
Conseiller 1 Ca suffit
Conseiller 2 Chassons
Conseiller 1 Cette nourrice dans son village
Conseiller 2 Elle le tracasse
Conseiller 1 Avec ses fantasmes.

Groupe 3

SCENE 1 : dans la salle du trône
Un conseiller s'avance face au public et clame
- Le roi est mort !
Les autres conseillers :
- vive le roi !
A ce moment, apparaît le nouveau roi. Un conseiller veut le revêtir de la traîne…
Le roi :
- Non, je n'en veux pas. Je ne verrai pas ce qu'elle balaie derrière moi !

Le conseiller s'incline puis le grand conseiller lui tend le sceptre en inclinant la tête :
Le roi s'en saisit ;

Les conseillers 1,2,3 (d'une voix solennelle) :
(1) Soyez en digne !
(2) Portez le toujours droit !
(3) Comme votre père avant vous !


SCENE 2 : dans le jardin
Le roi s'entraîne à marcher dans le jardin, le sceptre à la main, en compagnie de la nourrice
Suivi de près par les conseillers

La nourrice (effarée)
- Sire, vous avez écrasé une fourmi !

Le roi (les larmes aux yeux)
- Oh ! mon dieu !

Les conseillers 1,2,3 :
(1) Un roi ne pleure pas !
(2) Une fourmi, ce n'est rien !
(3) Venez, Sire, nous avons à faire !

Le chœur des 3 conseillers :
- Le regard d'un roi porte loin !
Les conseillers lancent un regard mauvais à la nourrice et emmènent le roi.

SCENE 3 : en sortant du château
La nourrice court derrière le carrosse.
La nourrice (indignée) :
- Sire, sire, mon petit sire !
Le roi passe la tête par la fenêtre.
- Sire, sire, mon petit Sire,
Votre carrosse ! votre carrosse !...
Il écrase tout : les grillons, les hannetons, les limaçons…

Le roi (en brandissant son sceptre)
- Faites attention cocher ! faites attention !

La nourrice retourne vers le château désolée, la tête en regardant le sol
- Tout le petit peuple, tout le petit peuple, tout le petit peuple …



Groupe 4

Scène 1
(Un conseiller arrive, essoufflé)

- Sire, votre père le Roi et votre chère mère la Reine viennent de subir un accident fatal.

(Un long silence. Lumière plus vive mais froide. Le roi catégorique)

- Nulle traîne royale ne couvrira mes épaules,
A tout moment, je veux avoir le loisir de voir derrière moi !

(Le grand conseiller tout aussi catégorique)

- le sceptre droit ne pourrez éviter de porter !
Sur le pas de votre père, votre pas sera réglé !


Scène 2
(Fond d'écran. Un film : des bottes écrasent des fourmis, des grillons, des hannetons et toutes sortes d'animaux. Bruit de fond : des carapaces craquent.
La nourrice effrayée)

- Sire, je ne vous reconnais pas dans ces bruits de bottes !!!

(Le roi pleure à gros sanglots.)
(Le grand conseiller en colère.)

- Sire, votre attention doit rester mobilisée pour des causes plus nobles !

(Le film en fond d'écran : un carrosse passe, il vient de loin. Le bruit est assourdissant lors de gros plans et l'on voit des roues écraser des insectes. Le rideau du carrosse est presque fermé ; seul un bras du roi passe. La nourrice toujours effrayée.)

- Mais Sire, ne voyez-vous point le massacre des plus petits par les roues de votre carrosse ?

(Le roi courroucé au cocher visible à l'écran)

- Faites attention cocher, tout ce petit peuple, vous devez respecter !


Scène 3
(En fond d'écran, le carrosse passé, un bataillon arrive et devient de plus en plus grand. Le roi entouré de plusieurs conseillers.)

- Messieurs, à tout moment, nos sujets et ceux de l'autre pays, nous prêterons attention !

(Les conseillers d'une seule voix)

- Sire, c'est la guerre et nul ne peut assuré d'être sauvé ! Si c'est votre nourrice qui doit vous fragiliser, dans ses foyers immédiatement, elle doit être ramenée.



Groupe 5

SCÈNE I

Dans une salle au château. Le Grand Conseiller - Le Roi.

Le Grand Conseiller :
Votre mère et votre père ayant trépassé
C'est à vous messire que le royaume est confié.

Le grand conseiller se dirige vers le roi et lui tend la traîne royale.

Le Grand Conseiller :
Voici la traîne pour votre majesté
Et le sceptre que le roi vous a légué !

Le roi :
Je ne veux pas de cette traîne ! Je ne verrai pas ce qu'elle balaie derrière moi !
Quand au sceptre, puisqu'il le faut …

Le Grand Conseiller :
Toute votre attention vous y porterez
Et toujours bien droit vous le maintiendrez.

SCÈNE II
La nourrice - Le roi - Les Conseillers -

La nourrice : Grand Dieu, Sire ! Qu'avez-vous fait ?
Le premier conseiller : Allons Madame …
Le second conseiller : … Qu'avez-vous encore…
Le troisième conseiller : … imaginé ?
Le roi : Parle, ma bonne !
La nourrice : Vous avez écrasé une fourmi ce matin.

Le roi se met à pleurer.

Le premier conseiller : Une fourmi…
Le second conseiller : … petite fourmi…
Le troisième conseiller : petite, petite fourmi

Le grand conseiller : Tout ceci doit cesser ! Jamais on n'a vu un roi pleurer. Venez, Sire, nous avons une guerre à préparer !


Groupe 6

Le prince : La traîne royale, je n'en veux pas ! Toujours derrière moi je veux voir ce qu'il y a !

Conseiller 1 : Sire, prenez au moins le sceptre que voilà !

Conseiller 2 : Portez-y toute votre attention, car toujours il doit rester droit !

Le roi se promène avec la nourrice et les conseillers dans le parc.

La nourrice : Sire, une fourmi vous venez d'écraser !

Le roi : Oh, mon dieu, j'en suis navré !

Conseiller 1 : Sire, une fourmi, ce n'est rien ! Du travail, nous en avons plein !

La nourrice : Sire, vous avez écrasé des grillons !
Sire, vous avez écrasé des hannetons ! Sire, regardez ce que votre carrosse a écrasé !

Le roi : faites attention, cocher à tous ces braves gens que vous écrabouillez !

Les conseillers autour du roi.

Conseiller 2 : Sire, nous avons mieux à faire ! Car c'est bientôt la guerre !

Le roi : Puisqu'elle est dans vos projets
Faites attention à mes sujets !
Et faites bien attention aussi à ceux de l'autre pays !

Conseiller 1 : Mais, Sire, c'est la guerre !
Ce n'est pas notre affaire !
Conseiller 2 : Ne perdez pas cette idée
Du profit que vous allez en tirer !

Les conseillers entre eux.

Conseiller 1 : Chassons
Conseiller 2 : cette nourrice
Conseiller 1 : Qui notre roi
Conseiller 2 : tracasse.
Conseiller 1 : T'as bien raison, toi
Conseiller 2 : Il est grand temps qu'elle se casse !



Groupe 7

Le roi
Je ne porterai pas la traîne royale
Car je ne suis pas devenu animal
Accepterai néanmoins le fameux sceptre
Avant de devenir ce drôle de spectre.

Le conseiller
Droit vous le porterez et la bouclerez !

La nourrice
Sire, vous venez d'écraser une fourmi.

Le roi
Pardonnez-moi, oh, Mamie !, je vous en supplie.

Les conseillers
Un roi ne pleure pas, ce n'est pas un délit !

Le roi
A moi tous les grillons , à moi les hannetons
Mais à mes sujets il faudra faire attention.

La nourrice
Roi, quelle mouche vous a piqué, vous délirez
Je dois vous l'avouer, Sire, vous déconnectez.

Les conseillers
Alors, chère nourrice, retournez d'où vous venez
On est en guerre, les pleurs ne sont pas notre affaire.

Le roi
Adieu, va ma bonne et prends soin de ta vieille pomme
Nous nous reverrons peut-être un jour, pour toujours…

Pages réalisées par Annie Janicot, médiathèque du CDDP des Ardennes et Carole Saillard, conseillère pédagogique