Résistance et monde rural
(Thème 2005-2006)

Aspects généraux

AMIS ENTENDS-TU LE VOL NOIR DES CORBEAUX SUR NOS PLAINES ?
AMIS ENTENDS-TU LES CRIS SOURDS DU PAYS QU'ON ENCHAÎNE ?
OHE ! PARTISANS,OUVRIERS ET PAYSANS, C'EST L'ALARME !


Vue du pays d'Othe

Les Cévennes, le Vercors ou encore le Limousin de Georges Guingouin(1) sont là pour rappeler que le monde rural participa activement aux combats de la Résistance. L'Aube, également, a vu d'importantes organisations de réception de parachutages et de nombreux maquis. La Résistance a été largement rurale. Pourtant les propos de Vichy, les représentations urbaines, l'absence d'écrit paysan laissent subsister un malentendu sur le rôle des campagnes dans le combat de la Résistance. Les causes de cet "oubli" tient dans le fait que le monde rural existe par ses logiques propres, liées aux contraintes locales et sur quelques personnalités reconnues qui disposent par leur mérite de la confiance des chefs de famille. Pourtant, il faut admettre que si la population rurale n'avait pas soutenu le combat résistant, celui-ci aurait eu peu de chances de survivre dans un pays où les paysans sont… la moitié des Français.

L'état des lieux : La moitié des Français


Une ferme près d'Estissac

Le monde rural abrite près de la moitié des Français et un tiers de la population active. On compte environ 5 millions de familles paysannes vivant de la terre. De 1870 à 1945, le nombre d'exploitations chute de 5 700 000 à 2 350 000 unités. La population rurale devient progressivement minoritaire (de 69 à 45%). On considère qu'au moment du déclenchement du conflit, le monde rural représente le 1/3 des actifs dont ¾ d'exploitants et ¼ de salariés.
Même si une diversité sociale et économique commence à se faire sentir durant l'entre deux guerre, l'activité agricole reste le support essentiel de la richesse et de la société rurale. L'agriculture est une part importante de la richesse de la France. C'est encore un quart du revenu des Français. La IIIème République a toujours conçu le monde paysan comme une force politique et économique qu'il convenait de protéger. Même si la Grande Guerre a fait disparaître une partie de la population masculine (675 000 tués selon le rapport Marin) et détruit 3 000 000 d'hectares, sans compter le cheptel animal, le monde rural reste un monde protégé et cohérent. L'activité agricole occupe les 2/3 du territoire.
La modernité tend à pénétrer lentement le monde rural. On compte près de trois millions de chevaux et seulement 30 000 tracteurs mais les chiffres sont différents selon les auteurs. Le bilan matériel est médiocre. La charrue attelée domine et le battage utilise la vapeur comme source d'énergie. Le fumier domine largement les engrais chimiques. On constate une faible augmentation de la productivité, liée au maintien de la petite exploitation et aux difficultés de la Grande exploitation. La France ne couvre pas l'essentiel de ses besoins agricoles et importe des céréales et des matières grasses. Dans les années 1930, la crise du Doryphore affecte près de 18 départements et affaiblit durablement l'économie paysanne. Les rendements sont d'environ 15 quintaux à l'hectare pour le blé contre 27 pour l'Allemagne. L'accroissement des charges sociales et la disparition des petits paysans parcellaires, qui fournissaient une main d'œuvre ponctuelle bon marché, affaiblissent les capacités d'investissement. Cependant la règle qui s'impose est l'exploitation moyenne, ou près de 75% des paysans sont propriétaires. Le reste se compose de fermiers (environ 20%) et de métayers(environ 5%). Enfin, dans certaines régions (Languedoc, Val de Loire et Bas Rhône), il y a une réelle vitalité économique et une grande capacité à s'adapter à la modernité. Globalement la taille moyenne des exploitations est d'environ 10 hectares, une moitié exploite moins de 5 hectares et 2% dispose de plus de 50 hectares. Les revenus paysans ont eu tendance à stagner entre 1913 et 1939.

Il existe des différences régionales de taille. En Beauce, la mentalité capitaliste est parfaitement intégrée. Le niveau de vie est proche de la bourgeoisie urbaine. L'agriculteur appartient à un syndicat, envoie ses enfants à l'école et au lycée. Il possède parfois une automobile de bonne marque. En général, le fermier beauceron exploite un domaine de 100 à 200 hectares dont une partie ne lui appartient pas. L'exemple beauceron s'étend à l'ensemble des agriculteurs du bassin parisien. Par contre dans les régions de petites cultures, la réalité sociale est plus complexe et les difficultés du quotidien sont réelles. Un certain archaïsme se maintient. Dans certaines régions, le "droit d'aînesse" se pratique encore discrètement. La structure patriarcale reste solide bien que les femmes soient dans une position renforcée depuis la première guerre mondiale. Situation qui se renouvelle après la campagne de 1940 qui a retenu bon nombre d'homme dans les Stalag.

Cependant, le réseau d'école primaire de la IIIème République a amélioré la qualité de la culture générale. Le monde rural lit l'Almanach Vernot, le Chasseur français, le catalogue de la manufacture Saint-Etienne, mais également les journaux locaux et les Almanachs départementaux. La ville se déplace par le colporteur, le marchand ambulant, mais aussi le notaire, le médecin, la radio et le cinéma. Les traditions se maintiennent. Le "Mai", le "bal" sont des réalités du monde rural. Mais comme pour beaucoup de secteur la vision d'un monde unitaire n'est qu'une représentation postérieure. La France rurale est diverse, tant sur le plan politique qu' économique, sociale et religieuse.

Sur le plan politique, les paysans s'affranchissent des puissances tutélaires. Ainsi l'Église, l'État et les notables voient leur pouvoir contesté. La mise en place de coopératives, de la Confédération nationale paysanne et des jeunesses agricoles catholiques (JAC à savoir 26 fédérations, 80 sections et 1 200 cotisants) atteste d'un esprit d'indépendance et d'une volonté de prise en main de leur destin par les paysans. On trouve aussi des régions où le socialisme et le communisme s'implantent. Waldeck-Rochet est un élu d'origine rural.

Sur le plan syndical, il y a deux puissantes confédérations. L'une, plutôt conservatrice, est l'Union Nationale des syndicats agricoles. L'autre qui s'impose comme moderniste est la Fédération nationale de la mutualité et de La coopération agricole. En fait, le monde paysan est un champ de batailles politiques extrêmement diverses. L'origine remonte à 1919, avec la création de la Confédération nationale des associations agricoles (CNAA). L'idée de l'unité paysanne est en gestation mais échouera malgré la loi du 3 janvier 1924 instituant les chambres d'agriculture. Rapidement se met en place des syndicats spécialisés par production. On assiste à une éclosion de syndicats pour le lait, le blé, etc. Enfin de nombreux partis et mouvements voient le jour, ainsi le parti agraire et paysan français, le conseil paysan français(1927), la confédération générale des paysans travailleurs, l'entente paysanne (1929), les comités de défense paysanne de l'Ouest, la confédération nationale paysanne (1933) et le front paysan qui regroupe l'union syndicale, le parti agraire, les comités Dorgères et des associations de producteurs(1934). On dénombre près de 26 fédérations, 80 sections et 1200 cotisants.
Le Front populaire avait répondu à la principale revendication des syndicats agricoles en organisant le marché. C'est la création de l'ONIB (Office National Interprofessionnel du Blé). L'office régule les quantités, le stockage et les exportations du blé. Par contre, la République rechigne à mettre en place une organisation corporatiste. Par contre, il faudra attendre la Libération pour voir un paysan ministre de l'Agriculture : Tanguy-Prigent. Il y a donc un processus d'émancipation qui se traduit par une vie politique qui en en cours. La guerre ne fera qu'accélérer un processus largement entamé.

Vichy et le monde paysan


Le Maréchal Pétain et la propagande de Vichy
Archives départementales de l'Aube, ED 18/28

La baisse de la production est réelle en 1940. La chute est liée à la guerre, à la mobilisation des hommes, à la réquisition des chevaux, au manque de carburant. Comme pour le reste de l'économie, la guerre a désorganisé le monde agricole. 40% de la production va manquer en 1940. Même si la drôle de guerre a donné un répit pour terminer la récolte. Cependant, avec l'occupation, les prélèvements allemands (20% de la production en moyenne) contribuent à accentuer la pénurie. Comme le reste du pays, les paysans s'adaptent. Les rutabagas, les gazogènes et le marché noir deviennent des pratiques courantes. L'autoconsommation s'impose. Le marché noir, vrai ou supposé, devient vite la pierre d'achoppement de différents conflits.

"A Saint-Loup, le marché noir n'était ni double ne le triple comme à Paris. On essayait de livrer le moins possible aux Allemands. Des haricots que les Allemands réquisitionnaient à quarante francs, on les vendait cinquante francs à des Parisiens qui venaient par le train (…) Avec toutes les vaches, les veaux qu'on a tué pendant la guerre, il y assez de peaux enterrées dans le jardin pour faire les souliers à un bataillon. (…) Avec tout le monde qui avait faim, qui parlait de nourriture, on mangeait moitié plus qu'avant la guerre. J'engraissais. Je tuais des cochons. Je fournissais de la viande aux Ponts et Chaussées, au gendarmes, au commissaire de police…"
(E. Grenadou et A. Prévost, Grenadou, paysan français, Le Seuil)

Ou encore…

"l'augmentation de la ration de pain a suscité, dans les localités urbaines, un sentiment de jalousie ; les ouvriers d'usine, travailleurs de force, se sentent placés sur un autre plan que les cultivateurs et considèrent comme anormal que ces derniers qui produisent des denrées alimentaires se voient octroyer un supplément de pain, alors qu'eux-mêmes qui éprouvent tant de difficultés à se ravitailler ne bénéficient d'aucune amélioration dans ce domaine "
(Archives départementales des Cote d'Armor, série 1W1. cité dans Martine Gable, Le témoin et l'historien, documents, CRDP de Bretagne)

Par contre, les paysans font figure de privilégiés dans un contexte de pénurie généralisée. Le marché noir permettra une accumulation de réserves financières qui serviront après guerre. Enfin, le régime de Vichy exalte le monde des paysans et de la terre : "la terre, elle, elle ne ment pas"


L'agriculture comme tous les autres secteurs est touchée par les restrictions
Archives départementales de l'Aube ED 18/78

Jacques Caziot(2), le tout premier ministre de l'agriculture de 1940 à 1942 est issue de la très conservatrice Union Nationale des syndicats agricoles. Son successeur Le Roy Ladurie s'impose comme un corporatiste.

Dès le 2 décembre 1940, les structures syndicales et républicaines sont supprimées. Le gouvernement de Vichy met en place la Corporation paysanne. Celle-ci est une structure pyramidale depuis le "syndic de village" à la commission nationale. Si le principe des élections est maintenu aux échelons locaux, on conserve la nomination des membres dès l'échelon régional. La structure vichyssoise est sous le contrôle du ministre de l'Agriculture et sous la protection du "Maréchal paysan". Sa fonction est de "promouvoir et gérer les intérêts communs des familles paysannes". Elle gère les méthodes de production et d'assolements. Elle est consultée pour les questions de prix et d'enseignement agricole. Enfin, elle doit favoriser le retour à la terre, prôné par la Révolution nationale.

D'une manière générale, le régime de Vichy tente de favoriser et protéger le monde paysan. Celui-ci occupe la première place dans la société française. Pourtant la République n'avait pas négligé la ruralité. Plusieurs lois s'imposèrent dès les années 1920 ; ainsi la loi du 15 décembre 1922 et le décret du 5 août 1936 sur les obligations sociales. La République avait donc allégé les droits de succession, simplifié les contrats de travail, modifié le code de la famille et facilité les prêts d'établissement. Le régime de Vichy ne fait qu'amplifier les mesures en faveur du monde agricole et paysan. La loi agricole de mars 1941 permet à l'héritier d'une exploitation de conserver du domaine s'il reprend l'exploitation. Ce qui réforme en profondeur le Code civil. Au mois d'août 1941, le ministère de l'Agriculture est doté de compétences sociales et familiales, le 5 janvier 1944 accordera l'apprentissage familiale avec allocations. Puis les lois du 20 juillet 1940 et 15 janvier 1943 complètent les législations successorales.

Pourtant dans les villages les conflits sont nombreux. Les difficultés des élus locaux et les innombrables démission de conseils municipaux, démontrent la multitude des conflits entre les pouvoirs locaux et le pouvoir central. L'accroissement des réquisitions, l'extension des contrôleurs de ravitaillement entraînent l'hostilité du monde rural. Parfois, on surprend la très vichyste Corporation paysanne se plaindre de l'administration. Ainsi, en Aveyron, la corporation paysanne dirigée par le docteur Ayrignac laisse son journal le "Rouergue" diffuser des propos concernant le marché noir et la façon dont l'administration traite les paysans(3). L'écart entre la propagande de Vichy et la réalité, accroît la méfiance. Mais surtout les exactions, les arrestations, le STO éveillent les vieilles solidarités familiales et paysannes. L'indifférence devient vite impossible. Parfois, l'hébergement d'un réfractaires permet de disposer d'une main d'œuvre d'appoint, le soutien d'un maquis permet d'obtenir sa protection en cas de danger.

Paysans et Résistance

Le monde paysan n'a pas été plus vichyste que la majorité de la population. Il convient de ne pas oublier les acclamations parisiennes au Maréchal Pétain quelques semaines avant la Libération. Pourtant un malentendu existe. L'origine remonte aux proclamations de Philippe Pétain du 25 juin 1940 : "la terre, elle, ne ment pas. Elle demeure votre recours. Elle est la patrie elle-même. Un champ qui tombe en friche, c'est une portion de la France qui meurt. Une jachère de nouveau emblavée, c'est une portion de la France qui renaît". Enfin les revendications paysannes d'après guerre et son opposition à la IV République, ont laissé croire que les paysans avaient été Vichyste. La réalité est autre. Il y a dans le monde paysan des attitudes diverses qui oscillent entre attentisme, indifférence et Collaboration ou Résistance.
Même si dans les exploitations archaïques de polyculture connaissent une amélioration de leur sort par le renchérissement des denrées alimentaires. Comme dans tous les milieux sociaux, la défaite exacerbe les tensions entre les "anciens" de 1914-1918 et les jeunes générations vaincues. On note cependant de nombreuses caches d'armes et si l'on fait confiance au Maréchal Pétain, il n'y a guère d'enthousiasme pour les Légions d'anciens combattants et les chantiers de jeunesse. Enfin, à partir de 1943, les maquis n'auraient pu s'installer sans l'adhésion des masses rurales. Ils doivent se confondre avec le pays et être mobile.

"Un maquis ne doit jamais avoir un effectif supérieur à 15 et inférieur à 10. Un maquis ne doit s'installer que dans un lieu où il peut voir sans être vu. Il ne doit jamais vivre, manger, dormir, qu'entouré de guetteurs. Il ne doit pas pouvoir être surpris. Un maquis doit être mobile. Dès qu'un recensement, une incorporation lui amènent de nouveaux éléments qu'il ne peut connaître, il doit déménager. Dès qu'un de ses éléments l'a déserté, il doit s'en aller sur l'heure. C'est peut-être un traître" (SOS Maquis)

Les accusations d'individualisme et de repli sur soi ne s'expliquent que par les difficultés économiques et le sentiment d'abandon. Se taire et ne rien dire supposent souvent se protéger contre un monde devenu instable et dangereux. Sans oublier que le silence est aussi une forme de communication, car si les villageois commentent tout, ils savent dissimuler l'essentiel. C'est aussi dissimuler des pratiques illégales comme le marché noir, la contrebande, le braconnage, voire le ravitaillement des maquis dont Vichy n'est pas dupe.
Comme dans tous les cas, la Résistance paysanne est multiple. Par contre, les masses rurales ne s'engagent pas dans l'abstrait. Il faut du concret, de l'action et de la discrétion. L'essentiel se transmet à l'oral et il n'y a pas d'archivages. Il peut s'agir de la protection d'un réfractaire, d'une victime. Celui-ci est souvent introduit par un proche et présenté comme cousin. C'est également une forme active de sabotage ou de réceptions de parachutage. Les ruraux n'interviennent donc que sur du concret et la Résistance ne sollicite les paysans qu'à partir de 1943. La première Résistance est embryonnaire et a surtout besoin de chefs et d'organisateurs quelques soient leurs origines urbaines ou rurales. François Marcot souligne que la sociologie de la Résistance répond aux besoins de celle-ci. "Concernant les relations de la Résistance à son environnement social ou celles que la société établit avec la Résistance, François Marcot ("Le monde rural et la Résistance française") propose une approche sociologique englobante, en système, analysant les rapports entre le monde rural, sa culture et ses représentations, et la Résistance à travers la multiplicité des facteurs, des lieux et des situations qui les ordonnent, dans le temps court et changeant de la période de l'Occupation. "Pour les communautés rurales, une césure s'impose, celle de la lutte contre le travail en Allemagne, fin 1942-début 1943. Toutes les études régionales le montrent, avant cette date, les relations entre la Résistance et le monde rural sont limitées tandis que, dans la période qui suit, on assiste à une ruralisation de la Résistance." Jusqu'en 1942, Résistance et monde rural s'ignorent réciproquement, globalement, tant il est vrai que les premières formes de résistance sont essentiellement urbaines, et que le monde paysan adhère à la figure du maréchal Pétain et au mythe du double-jeu. Cependant d'autres formes de résistance (réseaux de passeurs, d'évasion) font très vite appel au monde rural, qui répond favorablement, même si le phénomène reste minoritaire. De fait le monde rural entre tardivement dans la Résistance et reste sous-représenté à ses débuts. S'il est vrai que les paysans adhèrent massivement au Maréchal, certains premiers résistants aussi. Pour François Marcot cette sous-représentation n'est pas seulement fondée sur des idées et des valeurs, des intentions (intentionnalité), elle s'explique aussi par le fait que la Résistance n'avait pas besoin des paysans (fonctionnalité), jusqu'en 1942. Avec les lois du 4 septembre 1942 puis l'instauration du STO en février 1943, tout change ; les victimes se trouvent dans les communautés rurales. Les paysans, face au STO, se trouvent confrontés à la nécessité du choix, aider, ne pas aider les réfractaires, et dans l'obligation urgente de trouver des solutions immédiates. Pourtant, pour ces paysans, passer de la solidarité envers les maquis de réfractaires, à l'acceptation de la lutte armée des maquis combattants (et à ses conséquences immédiates, la répression), est difficile. L'engagement dans des actions de résistance dépend de multiples facteurs, où se mêlent crainte et peur, espoir, désespoir et moments d'attente (celui du débarquement à l'automne 1943, dépression et vide de l'hiver 1943-1944), incertitude ou confiance dans les actions de la Résistance, risques encourus, hiérarchie des préoccupations, intériorisation de pratiques de solidarité, coexistence de sentiments et d'aspirations contradictoires. "Ce n'est pas parce que l'on est hostile aux Allemands et opposé à un Gouvernement perçu comme collaborateur que l'on est pour la Résistance et moins encore dans la Résistance. Au demeurant, il est fréquent que l'on soit avec la Résistance en ayant peur de ses actions et des représailles qu'elles peuvent attirer. Du rejet à la solidarité, de la crainte à l'espoir, on observe une grande variété de réactions qui, certes, évoluent dans le temps en faveur de la Résistance, mais se surajoutent plus qu'elles ne se succèdent.(4)"

Souvent, les Résistants ruraux sont issus des personnalités porteuses d'un engagement politique d'avant guerre. On note une part importante de curés, instituteurs, médecins, chefs d'exploitation dominante. Tandis que les autres se présentent comme représentant de leur famille. "… cette minorité résistante organise les réfractaires en petits groupes mobiles que l'on considère avec l'indulgence due à la jeunesse. On qualifie leur action de "farces" et de chapardages. On ne leur accorde aucune valeur militaire. L'hiver, les réfractaires sont intégrés à une famille, ils "donnent la main" pour les travaux des champs. Ces groupes structurés par une hiérarchie établissent une nouvelle loi. Sa maxime est le silence. Ils interviennent pour tempérer les réquisitions et redistribuent certains vols. Ils veillent à se donner une image légaliste en pourchassant faux maquis et mauvais passeurs, en payant certains services, en instituant les bons du maquis. Chaperonnés par les mouvements, ils présentent la Résistance comme le combat contre les nouveaux seigneurs qui restituent aux paysans leur statut de citoyen-libre et de soldat(5)."

Bibliographie du dossier.

Cointet Michèle et Jean-Paul, dictionnaire historique de la France sous l'occupation, Tallandier, 2000.
Dauzou Laurent, La Résistance et le monde rural : entre histoire et mémoire, http://ruralia.revues.org/document88.html
Duby Georges, Histoire de la France rurale, t4, Seuil,

Documents avec l'aimable autorisation des Archives départementales de l'Aube.

Christian Lambart.


(1) : Celui-ci réside actuellement dans l'Aube. Avant la guerre, il est instituteur et secrétaire de Mairie à Saint-Gilles-les Forêts. Il est également secrétaire du parti communiste pour la région d'Eymoutiers (Haute-Vienne). Mobilisé en 1939, blessé, prisonnier, il s'évade le 18 juin 1940. Il entre dans la clandestinité en mars 1941 et prône pour la lutte armée. Il fonde des maquis et devient le préfet des maquis. Il libérera Limoges le 21 août 1944 dont il sera Maire le 16 mai 1945 ; Compagnon de la Libération. Pour aller plus loin voir Georges Guingouin, quatre ans de lutte sur le sol Limousin, Paris, Hachette, 1974.

(2) : Caziot, Pierre (ministre de l'agriculture de Pétain, signataire du Statut des Juifs du 3 octobre 1940, puis du second Statut des Juifs de juin 1941) : se retire du gouvernement en 1942. Jugé par la Haute Cour de Justice en mars 1947, condamné pour crime d'indignité nationale à la dégradation nationale à vie et à la confiscation de la moitié de ses biens. Bénéficie d'une mesure de grâce après la découverte d'une note d'Abetz suggérant son arrestation. Mort en 1953.

(3) : Laurette Latour, "La Corporation paysanne et la perception des problèmes de ravitaillement et du marché noir sous l'Occupation dans l'Aveyron" dans la Résistance en Rouergue , colloque de Saint-Affrique du 1er et 2 octobre 1993, Journal de l'ANACR, numéro spécial, juin 1994.

(4) : Cécile Vast compte rendu Les courants politiques et la Résistance : continuités ou ruptures ?, Actes du colloque international, Esch-sur-Alzette, avril 2002, Grand -Duché du Luxembourg, Archives Nationales, Luxembourg, 2003, 581 pages.

(5) : Dumoura-Ratier Hélène, "Paysans et Résistance : étude d'un milieu et d'un processus d'entrée en résistance" dans Laborie Pierre & Guillou Jean-Marie, Mémoire et histoire, Privat, 1995.