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C'est une
bataille terrible, dont les conséquences seront lourdes.
Elle imposera à l'armée française une révision
de ses conceptions stratégiques qui sera symbolisée
par l'arrivée du Général Pétain.
Cependant,
avant la bataille, les deux armées avaient déjà
modifié leur conception. De fait dans les deux camps, les
chefs ont changé. Pour les Français, le Général
Nivelle remplace le Général Joffre. Tandis Hindenburg
et Ludendorff succèdent à Falkenhayn du côté
Allemand. Ainsi, on assiste à la fin des stratégies
d'Usure illustrées aux batailles de Verdun et de la Somme.
Les Allemands, également, avaient opéré un
repli stratégique afin de se fortifier sur un relief favorable.
Sur le plan international et militaire, la situation est toujours
favorable aux puissances centrales. L'armée allemande occupe
toujours l'espace français et la Révolution russe
soulage l'armée allemande. On ne peut même pas dire
que l'imminence de l'entrée en guerre des Etats-Unis change
la donne dans la mesure où l'armée américaine
n'est encore que virtuelle. Sur le plan technique, la guerre a,
elle aussi changé de visage. Les nouveaux matériels
casques, lance-flammes, Tanks font désormais partis de
l'arsenal.
Pourtant les Français ont l'obligation de l'offensive car
l'allié russe s'effondre et les Allemands occupent une
partie du territoire français et conservent la supériorité
démographique.
Le cadre
et les hommes
1. le lieu
Selon la tradition,
on rapporte que Françoise de Chalus, ancienne gouvernante
des filles de Louis XV a fait empierrer une ancienne voie romaine,
elle-même recouvrant un ancien sentier gaulois. Ce chemin
est localisé sur la ligne de crête entre Aisne et
Ailette. Ainsi les Dames de France, Adelaïde et Victoire
pouvaient se rendre au château de la Bove. Cependant, au
delà de cette belle tradition, le Chemin des Dames a été
pendant près de Vingt siècle un lieu d'affrontement
sur l'une des grandes routes d'invasion du Nord Ouest. De César
à Napoléon on se battra. En 1940, c'est encore un
lieu combat.
Entre Aisne
et Ailette, les crêtes dominent la vallée de l'Aisne,
il s'agit d'une arête crayeuse d'environ 25 Km d'Est en
Ouest entrecoupée de différentes vallées,
pentes boisées et surtout les CREUTES
Pourquoi choisir
cet endroit ? L'idée est assez simple et loin d'être
absurde. Il faut fixer l'ennemi en Arras et Oise et frapper un
grand coup pour obliger les Allemands à battre en retraite
sous peine d'être définitivement séparer.
D'autant que le nouveau Chef français a une doctrine qui
a fait ses preuves à Verdun.
2. Nivelle
et sa doctrine
Le général
Nivelle est un polytechnicien de 61 ans. Il était Colonel
au début de la Grande Guerre et il était noté
comme : « un homme d'action énergique et de décision
prompte, il sait faire acte d'initiative et assurer les responsabilités.
Bien maître de lui, il juge rapidement une situation et
intervient dans la bataille utilement, quelquefois avec audace,
négligeant le risque quand l'intérêt l'exige
». En octobre 1914, il est nommé général
de Brigade , de Division en janvier 1915 et commandera la IIème
armée, en remplacement de Pétain en mai 1916. C'est
là qu'il met au point, entre Douaumont et Vaux une tactique
qu'il croit infaillible. Le 16 décembre 1916, il devient
généralissime. C'est un beau parleur, maîtrisant
l'anglais et soutenu par les milieux laïques. Mais surtout,
il a un plan. Il souhaite combiner les efforts britanniques et
Français et propose la tactique du feu roulant d'artillerie.
L'infanterie doit pouvoir avancer derrière un feu minuté.
On considère qu'un fantassin avance de 100 mètres
toutes les 3 minutes. Ainsi, l'ennemi est écrasé
et pris d'assaut sans avoir eu le temps de se réorganiser.
Cela permettrait d'avancer vite et surtout rompre d'un seul coup,
si l'on parvient à fixer l'ennemi entre Oise et Arras.
Les Anglais accepteront le principe, mais la bataille est aussi
un enjeu politique.
3. Le choix
de l'attaque
L'attaque
était voulue et même nécessaire, car la Russie
menaçait de s'effondrer et Joffre avait conçu un
plan après l'effondrement de la Roumanie. Mais Nivelle
remet en cause la stratégie des alliés. Il faut
convaincre les Anglais de jouer un rôle secondaire. Le problème
est autant militaire que politique. Il faut négocier (donc
perdre du temps) et enfin il faut de l'argent.
Beaucoup d'officiers s'expriment et les lettres d'officiers à
leur Député, dont le Colonel Messimy (ancien ministre
de la Guerre), parlent d'illusionnisme. Enfin l'espoir d'une action
de diversion sur les fronts Italiens et Russes est à exclure.
Mais Nivelle y croit et s'accroche à son idée.
A la conférence de Calais les 25 et 26 février 1917,
il réussit à convaincre Lloyd George qui lui donne
autorité sur Douglas Haig. Ceci est exceptionnel. Il est
vrai que Nivelle offre une perspective d'en finir vite et que
l'armée française à un moral satisfaisant
à l'époque. Ainsi il regroupe la Vème armée
général Mazel), la VIème armée (Général
Mangin) et la Xème armée (Général
Duchêne) sous le nom de Groupe d'armée de réserve
qu'il confie au général Micheler (Pétain
avait refusé). Cependant le ministre de la guerre Lyautey
désapprouve le plan et son successeur Painlevé (14
mars) est plus que circonspect. D'autant que les Allemands ont
opéré un repli tactique au nord de Soissons et reculent
de 15 à 40 Km selon les endroits et constituent une ligne
de défense appelée Siegfried. Le 15 février
1917, un coup de mains allemand devant Maisons en Champagne les
met en possession d'une partie des plans. Cependant, Nivelle interprète
le repli allemand comme une victoire. Tout va se jouer le 6 avril
à Compiègne au cours d'une réunion provoquée
par le président du Conseil Ribot, après que le
deuxième bureau l'avertisse que les Allemands connaissent
le plan français. La réunion est présidée
par Poincaré et se tient en présence, outre Ribot
de Painlevé, ministre de la guerre, d'Albert Thomas, ministre
de l'armement, de l'Amiral Lacaze et des généraux
Castelnau ; Franchet d'Espérey ; Pétain, Micheler
et bien entendu Nivelle. Tout le monde, sauf Castelnau qui ne
dit rien, désapprouve le plan. Nivelle donne sa démission
que Poincaré refuse. Celui-ci a peur d'une crise du commandement.
Puis Nivelle promet que : « si la rupture n'est pas remportée
en 48 heures je renoncerai. Je ne recommencerai pas la bataille
de la Somme ». Et Pétain de répondre :
« attaquons, attaquons
comme la lune ».
Cette phrase surprenante démontre que Nivelle n'a aucun
ascendant sur son entourage. Il n'a que sa foi. Il est vrai que
le coup est audacieux. Mais Nivelle a mal évalué
les forces allemands et surtout n'a pas envisagé la possibilité
de l'échec. Ce qui transforme son coup audacieux en coup
de Dé.
La bataille
s'engage
Les Anglais d'abord
Le 9 avril,
les Britanniques lancent une offensive en Artois. Avec près
de 3000 pièces d'artillerie sur un front de 24 Km de Souchez
à Croisille, le corps canadien de Horne, le 4ème
corps de la IIIème armée d'Allenby soit 19 divisions
se jettent sur Givenchy, La côte 132, Bailleul, Mouchy-le-preux
et la crête de Vimy. Ils avancent de 8 km jusqu'au 14 avril,
mais avec de lourdes pertes.
A partir du 13 avril, la IIIème armée française
(Général Humbert) intervient entre les Anglais et
Coucy le château avec 390 pièces d'artillerie sans
parvenir à entamer les défenses allemandes.
Puis le 16
avril à 6h00 du matin, la bataille s'engage, précédée
par une préparation d'artillerie de deux jours. Nivelle
est tellement sûr de lui qu'il a invité des parlementaires.
L'armée française a engagé ses réserves.
39 divisions d'Infanterie, 5 divisions coloniales et 5286 pièces
d'Artillerie, soit une pièce tous les 8 mètres,
le tout appuyé par 47 escadrilles. C'est le Général
Micheler qui reçoit le commandement du Groupe d'Armée
de Réserve. L'homme est brillant, droit et inspire la confiance
mais il manque d'autorité comme Chef d'un Groupe d'armée.
Il a sous ses ordres le général Mangin qui commande
la VIème Armée et le Général Mazel
qui commande la Vème Armée. Les deux armées
doivent ouvrir une brèche dans laquelle la Xème
armée du général Duchêne doit s'infiltrer
et exploiter la victoire.
Ainsi, la Anglais fixent l'ennemi sur l'Artois, tandis que les
Français frappent sur l'Aisne depuis Vauxaillon jusqu'aux
Monts de Champagne. Cependant les Armées se heurtent a
de solides points fortifiés allemands : Pinon, Laffaux,
Braye en Artois, Craonne, Le Bois des Buttes, Monts Sapin, Sapigneul,
la Côte 108 et les villages de Loivre et Courcy et surtout
la pièce maîtresse du dispositif Allemand
.
Brimont.
Les Français
entre en action
Pour le général Nivelle, la bataille d'Artois n'a
qu'un intérêt secondaire. Le 16 avril, à 6
heures du matin, après une préparation d'artillerie
de 2 jours, le général Mazel lance les 1er, 5ème
, 32ème ,7ème , et 38ème corps. L'attaque
est réussie, mais elle se heurte aussitôt au feu
de flanc de l'armée allemande.
Il apparaît vite que le feu roulant d'artillerie ne convient
pas à la marche de l'infanterie. L'attaque de Char de l'escadron
Bossut est également un échec. Sur la gauche, le
général Mangin lance le 2ème Corps colonial,
la 10ème division, mais l'attaque est arrêtée
et Nivelle n'a pas réalisé la percée. Le
plan d'attaque est modifié pour le lendemain et c'est Mazel
qui doit produire l'effort tandis que Mangin doit fixer l'ennemi,
tandis que la IVème armée du général
Anthoine reçoit l'ordre d'intervenir. Cependant les Français
buttent sur Craonne et les Allemands repoussent Manin du Chemin
des Dames. Anthoine s'empare de Auberive, du Téton et du
Casque les 19 et 20. Il est clair que les 48 heures sont écoulées
et que Nivelle n'a pas tenu sa promesse d'arrêter la bataille.
Il est tenu de venir s'expliquer à Paris et pour la première
fois, les parlementaires se déchaînent. Le 22 avril,
Painlevé est au QG de Mazel et le 30, on décide
d'arrêter l'attaque. Pétain est nommé Chef
d'état major général de l'armée. Le
15 mai, il sera général en Chef des Armées.
L'échec
de Nivelle est total. Les Français n'ont pas pris le Chemin
des Dames. Par contre l'armée est épuisée
et démoralisée. La tactique de Nivelle ne fonctionne
que sur un front limité.
Sur le plan politique, on assiste à une reprise en main
du parlement qui s'oppose, pour la première fois à
un généralissime.
La France a perdu son prestige et risque fort de perdre la guerre.
La bataille
du chemin des Dames représente aujourd'hui les mutineries,
la guerre à outrance
et la fin définitive
de l'espoir de paix. La chanson de Craonne symbolise l'état
d'esprit. Ainsi la Révolution russe, vue d'Europe apparaîtra
comme un nouvel espoir.
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