|
La genèse de la construction européenne (1948-1952) En France, la construction européenne a été largement inspirée par le MRP(1) et s'incarne dans la personne du ministre Robert Schuman (1886-1963). Celui-ci lance le 9 mai 1950, l'idée de la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier. C'est
un acte fondateur, 5 ans après la Seconde Guerre Mondiale. Robert
Schuman surprend tout le monde en annonçant la création
de la CECA. Pour l'opinion, l'entreprise paraît vouée à
l'échec. L'Europe est encore en proie à de graves divisions
internes. Le contexte est difficile. Il est marqué par la guerre
d'Indochine, la Guerre froide et les difficultés économiques.
Cependant Robert Schuman n'est pas un homme isolé. Son geste n'est que l'aboutissement d'un processus initié par d'autres européens. Le traité de la CECA n'est que l'orientation stratégique d'un mouvement entrepris au lendemain de la guerre et concrétisé par le congrès de la Haye et la suite de l'ébauche maladroite que fut le Conseil de l'Europe.
7-10 mai 1948, le congrès européen de la Haye propose de convoquer une assemblée européenne et de créer une cour de justice et une charte des droits de l'homme. Dès la fin de la guerre, plusieurs mouvements se mirent en place. Des personnalités de premier plan étaient les militants de cette Europe. Winston Churchill (2), auteur d'un discours célèbre à l'Université de Zurich le 19 septembre 1946, mais aussi l'ancien premier ministre belge Paul Van Zeeland (1893-1973) (3), la princesse Juliana des Pays Bas (1909-2004) et des dizaines d'autres venues de différents horizons politiques portèrent la cause européenne. Une vraie effervescence militante amena la plupart des grandes formations politiques à se réunir sous des noms divers. On dénombre les Nouvelles Équipes internationales d'inspiration Démocrate chrétienne (Robert Schuman, Georges Bidault, Alcide de Gasperi, Konrad Adenauer), mais aussi le Conseil Français pour l'Europe Unie proche des socialistes, la très libérale ligue européenne de coopération économique et une myriade de groupes plus ou moins importants venant des milieux syndicaux, universitaires et économiques. Une grande diversité de mouvements qui contrastait avec la volonté d'unification. Il est vite apparu que cette diversité était en contradiction avec l'idée d'unité. En novembre 1947,
est crée un comité international de coordination des mouvements
pour l'unité européenne qui doit s'engager dans un travail
de sensibilisation. Pour marquer l'opinion, il est décidé
d'organiser un congrès. Il fallait prouver à l'opinion européenne
que le mouvement existait et était capable d'apporter des solutions
concrètes aux différents gouvernements. Le Conseil de l'Europe 27-28 janvier 1949, les ministres des Affaires étrangères des Cinq puissances, réunis au sein du Conseil consultatif du traité de Bruxelles, se mettent d'accord pour constituer un Conseil de l'Europe composé d'un comité ministériel et d'un corps consultatif (entrée en vigueur le 3 août 1949). C'est une des conséquences
directes du Congrès de la Haye. Il y a au niveau international
une grande activité et de grandes créations. " Le Conseil
de l'Europe est la plus ancienne des organisations européennes
à but politique créées à la fin de la Deuxième
Guerre mondiale. L'acte fondateur de l'organisation, le Statut du Conseil
de l'Europe, est signé à Londres le 5 mai 1949. (
) C'est la première organisation européenne internationale et très vite les discordances apparurent entre les 10 pays européens fondateurs (la Belgique, la France, l'Irlande, l'Italie, le Luxembourg, les Pays Bas, le Norvège, la Suède, le Royaume-Uni). Mais le 10 décembre 1951, la démission de Paul Henri Spaak marque l'échec politique. Cependant, si sur le plan politique, c'est un échec elle apportera l'expérience du travail en commun, les premiers réflexes, des projets et des idées. Du reste, aujourd'hui, c'est la seule assemblée regroupant les 47 États européens. C'est dans ce contexte
que Jean Monnet (1888-1979) (5)
lance son idée de CECA. Jean Monnet pense que l'Europe sera supranationale,
ou ne sera pas, qu'il faut aller au-delà des rivalités sous
jacentes et en particulier le " duel Franco-allemand ". Il souhaite
une action limitée, mais décisive. C'est la politique des
" petits pas ". Il faut penser une Europe nouvelle en tenant
compte de l'existence du bloc soviétique (époque du blocus
de Berlin) et en faisant un choix économique. Aussi le 18 avril 1951 est signé le traité de Paris qui met en place un conseil des ministres, une assemblée de parlementaire, une cour de justice et une haute autorité. Jean Monnet en devient naturellement le Président. C'est l'acte de naissance de l'Union européenne. Ainsi, un courant d'opinion porte une assemblée politique qui ne parvient pas à s'imposer et pousse les décideurs politiques à réorienter leur choix. Le choix économique, le petit pas, finit par devenir " l'acte 1 " de la méthode de la construction européenne.
(2)
Winston Churchill (1874-1965). Officier britannique, journaliste, député
conservateur puis libéral, plusieurs fois ministre, dans les années
1930, il est conscient de la menace hitlérienne. Premier ministre
le 10 mai 1940, il conduit son pays à la victoire. Battu aux élections
en 1945, il dénonce la menace communiste et devient un militant
de la cause européenne. Retour
au texte (3) Paul Van Zeeland fit partie de huit gouvernements. Premier ministre de 1935 à 1937. Il dévalue le franc belge, et il met en oeuvre une politique sociale avancée en introduisant notamment la semaine de quarante heures. Il sera de 1949 à 1954 ministre des Affaires étrangères de Belgique.Retour au texte (4)
European Navigator. Origine et évolution. Disponible sur : http://www.ena.lu/
Retour au texte (5)
Né le 9 novembre 1888 à Cognac, combattant à la bataille
de la Marne, réformé il est chargé par René
Viviani d'assurer la coordination des ressources alliées. Après
guerre, il est secrétaire général adjoint de la SDN,
puis entame une carrière d'homme d'affaire. En 1940, il est de
nouveau charger d'assurer la coordination des ressources alliées
et suite à la débâcle, il défend l'idée
d'une fusion totale entre le Royaume-Uni et la France. Mais Paul Reynaud
est démis de ses fonctions. Bine qu'ayant la même analyse
que le général de Gaulle, il refuse l'idée de France
libre. Envoyé aux États-Unis il collaborera au Victory Program.
Retour au texte (6)Georges
Bidault. Ancien combattant 14/18, prisonnier puis libéré
en 1940, il préside le Conseil National de la Résistance
après l'assassinat de Jean Moulin. A la Libération, il participe
à la fondation du Mouvement républicain populaire et devient
député de la Loire (1945-1962) et plusieurs fois chef du
gouvernement ministres. Retour au
texte (7)
Voir a ce sujet Régine Perron. Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin,
n°5, été 1998 [en ligne]. Disponible sur http://ipr.univ-paris1.fr/spip.php?article38
Retour au texte (8) Alcide de Gasperi (1881 - 1954) Né dans le Trentin, à Pieve Tesino, sous domination autrichienne, de Gasperi représenta les irrédentistes italiens au Parlement autrichien. Député du Parti catholique italien de 1921 à 1926. Il fut arrêté en 1927 pour "antifascisme". A sa libération, il fut engagé par la Bibliothèque vaticane. Il joua un rôle actif dans la résistance de 1939 à 1945. Après la chute du fascisme, il travailla à la constitution du Parti de la démocratie chrétienne, dont il devint le Secrétaire. A partir de 1944, il fut Président du Conseil ou Ministre des affaires étrangères dans de nombreux gouvernements de coalition. Il fut le principal artisan de la reconstruction de l'Italie d'après-guerre. Retour au texte
Ensemble documentaire
Programme L/ES B.O. du 3 octobre 2002 II. L'Europe de 1945 à nos jours. 1. L'Europe de l'Ouest en construction jusqu'à la fin des années 1980. La construction européenne procède de plusieurs facteurs : un idéal qui associe rejet des " guerres civiles " européennes et recherche d'un modèle, une réaction à la menace soviétique, une volonté d'utilisation de la puissance de la communauté au service des politiques nationales. Elle se traduit par la mise en place d'une politique d'intégration et de convergence.
Document n°1 : " Debout l'Europe " Discours de Winston Churchill à l'Université de Zurich le 19 septembre 1946. Je voudrais vous parler aujourd'hui du drame de l'Europe. Ce noble continent est le berceau de toutes les grandes races du monde occidental. Il est la source de la foi chrétienne et de la morale chrétienne. Ici ont eu leur origine les principales réalisations de la culture, des arts, de la philosophie et des sciences, dans l'antiquité aussi bien que de notre temps. Si l'Europe s'unissait un jour pour partager cet héritage commun, il n'y aurait pas de limite au bonheur, à la prospérité et à la gloire dont pourrait jouir sa population de trois ou quatre cents millions d'âmes. C'est cependant en Europe qu'est née cette série de terribles guerres nationalistes ( ) que nous avons vu en ce XXème siècle, et même dans notre propre génération, ruiner la paix et les espérances de toute l'humanité ( ). Je vais maintenant
vous dire quelque chose qui vous surprendra : le premier pas vers la reconstitution
de la famille européenne doit être une association entre
la France et l'Allemagne. C'est ainsi seulement que la France pourra reprendre
sa direction culturelle et morale de l'Europe (
). FRANCEUROPE. Discours de Winston Churchill. Disponible sur : http://www.franceurope.org/pdf/discours_messages/discoursdeW.pdf
Maurice Couve de Murville et Robert Schuman, l'Est-Eclair, le 11 août 1949, n°1204
Le Président de la République Fédérale d'Allemagne, Son Altesse Royale le Prince Royal de Belgique, le Président de la République Française, le Président de la République Italienne, Son Altesse Royale la Grande Duchesse de Luxembourg, Sa Majesté la Reine des Pays-Bas, Considérant que la paix mondiale ne peut être sauvegardée que par des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ; Convaincus que la contribution qu'une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien de relations pacifiques ; Conscients que l'Europe ne se construira que par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait, et par l'établissement de bases communes de développement économique ; Soucieux de concourir par l'expansion de leurs productions fondamentales au relèvement du niveau de vie et au progrès des oeuvres de paix ; Résolus à substituer aux rivalités séculaires une fusion de leurs intérêts essentiels, à fonder par l'instauration d'une communauté économique les premières assises d'une communauté plus large et plus profonde entre des peuples longtemps opposés par des divisions sanglantes, et à jeter les bases d'institutions capables d'orienter un destin désormais partagé, Ont décidé
de créer une Communauté Européenne du Charbon et
de l'Acier et ont désigné à cet effet comme plénipotentiaires
: Article 7 Les institutions de la Communauté sont : - une Haute Autorité, assistée d'un Comité Consultatif ; - une Assemblée Commune, ci-après dénommée "l'Assemblée" ; - un Conseil Spécial de Ministres, ci-après dénommé "le Conseil" ; - une Cour de Justice, ci-après dénommée "la Cour".
Ce processus d'unification
européenne est radicalement neuf dans l'histoire de l'Europe. Certes,
l'idée est ancienne et c'est un jeu pour les historiens de l'idée
européenne que d'évoquer les projets de l'abbé de
Saint-Pierre ou d'autres précurseurs. Mais ces projets étaient
toujours restés à l'état d'intuition, et jamais les
hommes politiques n'avaient songé à leur donner quelque
consistance. Les seules réalisations avaient été
dictées par l'ambition nationale et la volonté d'hégémonie
: le grand empire de Napoléon, l'Allemagne bismarckienne, l'Europe
national-socialiste. La nouveauté après la seconde guerre
mondiale, est que l'idée prend corps, et que l'unification se fait
sur la base d'une stricte égalité et de la réciprocité
des échanges, et non pas de la subordination de pays à l'autre.
(
) René Rémond, Introduction à l'histoire de notre temps, t.3 le XXe siècle de 1914 à nos jours, Paris, Point Seuil, 1974, p.270/271.
Questions 1. Dans quelle situation
se trouve l'Europe au lendemain de la guerre ? (Doc 1). 2ème partie. A partir des réponses aux questions et de vos connaissances personnelles, vous montrerez que l'idée européenne est une réponse aux défis posés par la guerre et la reconstruction.
|