L'habitat troyen
de
l'industrialisation

(III)

par Jean-Louis Humbert,
Professeur animateur Histoire-Géographie au CDDP de l'Aube
Collège Paul Langevin - Sainte-Savine

 

Un nouvel habitat bougeois

    À partir du milieu du XIXè siècle, de nouvelles habitations bourgeoises apparaissent à Troyes et dans son agglomération. Comme dans toutes les villes à densité moyenne, il s'agit de maisons individuelles, qui restent très prisées des élites comme des classes moyennes émergentes. Ces habitations abandonnent le style local dans leur architecture et leurs matériaux. L'usage de la brique, de la pierre et de l'ardoise les distinguent nettement des habitations plus modestes dans les murs desquelles domine la craie. A la fin du siècle, l'habitat bourgeois, jusque là d'un cossu plutôt discret dans ses formes de grosse maison, manifeste un peu plus de fantaisie, particulièrement dans le dessin de toitures qui s'élèvent de plus en plus.

    Le développement de ce nouvel habitat est provoqué en grande partie par l'industrialisation. La fortune connue par la bonneterie multiplie les maisons patronales, peu éloignées des fabriques et des usines. La réussite matérielle de minotiers, négociants ou de membres des professions libérales produit aussi de belles demeures. Même si l'imbrication du nouvel habitat bourgeois dans un tissu d'ateliers et de maisons populaires reste une caractéristique troyenne, l'émergence de la société industrielle se traduit pourtant par l'essor de quartiers résidentiels où demeurent capacités, hommes d'affaires et entrepreneurs. L'espace urbain s'affirme à la fois le théâtre de la représentation sociale et l'un de ses enjeux (1).


 Des habitations cossues

Maisons bourgeoises

Un style classique d'abord

   Les nouvelles maisons bourgeoises adoptent d'abord un style plutôt classique. Elles sont construites en brique et en pierre, celle-ci étant souvent utilisée en décoration aux angles des murs et aux fenêtres. L'esthétique répond, plus qu'à la quête du grandiose, à celle du cossu, dans les dimensions des fenêtres et des balcons, dans l'ornementation très variée.
Les constructions entièrement réalisées en brique sont assez peu courantes. La rue Chalmel en montre deux exemples érigés avant 1914 aux numéros 15 et 19, ce dernier immeuble datant de 1910. Le numéro 21 de la rue Jeanne d'Arc ou le numéro 1 de la rue Bégand (1877) montrent aussi de belles demeures érigées dans ce matériau. Dans le premier cas, l'utilisation de briques de couleurs différentes participe à la décoration de la façade. Dans le second, l'utilisation discrète de la pierre crée un contraste décoratif. C'est dire que "la brique, allant ainsi à l'encontre d'un stéréotype tenace qui voit en elle le matériau de l'uniformité, en louant sur un nombre restreint de paramètres (le module ou dimensions du bloc, l'aspect de surface, la couleur et la forme générale), ainsi que sur la combinaison des dispositifs géométriques, rend possible l'obtention d'un grand nombre de motifs décoratifs basés sur la polychromie et la modulation des volumes (effet de reflet, etc.). Les adjonctions de céramique, comme c'est souvent le cas sur les façades des constructions, viennent renforcer cette remarquable capacité d'engendrement des formes que possède la brique" (2).
Le plus souvent pourtant, la brique est mêlée à la pierre, utilisée en décor. D'inspiration classique, celui-ci contribue à l'effet de richesse et permet de donner à chaque demeure un visage particulier. Le mitron des cheminées des maisons lumelées des industriels Carret, 34 rue Courtalon, fait montre d'une originalité certaine (1872). La façade de la maison Raguet (1890), 47, boulevard du 14 Juillet, développe une ornementation de pierre qui loue de l'opposition avec la brique rouge : corniches, balustres, linteaux et trumeaux des fenêtres, frontons des chiens assis, souches des cheminées. Les mêmes choix font le charme de la maison du minotier Renaud-Lutel, 62, avenue Pasteur (1883). Rue Bégand, les très riches maisons sises aux numéros 3 et 5 montrent des murs de pierre à la décoration sobre, égayée par l'utilisation discrète de la brique.


L'acceptation de l'Art nouveau ensuite

   À la fin du siècle se répand la mode des villas de style Art nouveau qui rompent architecturalement avec la dépendance à l'égard du passé et avec le rationalisme.
Ces maisons élégantes sont bâties dans le nouveau quartier résidentiel de la rue de la Paix, en bordure des nouveaux boulevards Gambetta et Carnot, et, plus discrètement, un peu partout hors du vieux centre.
Elles utilisent fréquemment la pierre, ou la mélangent, dans les angles, à la brique. Leurs couvertures sont d'ardoises ou de tuiles en écaille, modèle le plus coûteux. Elles laissent apparaître la charpente de la toiture ce qui donne à l'habitation une note japonisante ou normande. Quelques-unes d'entre elles donnent dans le "modern'style" comme la villa Viardot, boulevard Gambetta, ou la villa Desvignes, rue Louis-Maison (3).
Elles sont l'œuvre d'architectes parisiens (Bourniquel pour la villa au héraut du pharmacien Pozzi, place Casimir Périer) ou locaux. Ainsi Léandre Malarmey, auteur d'une grande partie des villas élégantes de la rue Pierre Gauthier, ou Félix Bouton, ou encore Gaston Viardot et Fortier (4). Tous utilisent les mêmes matériaux et concourent à donner son unité de style au bâti du second XIXè siècle. En matière de style, la plupart de ces architectes veulent ignorer les références architecturales en réaction contre l'austérité imitée de l'antique. Leurs réalisations se caractérisent par l'asymétrie, le mouvement ondulatoire et le rythme ascensionnel. Les villas se trouvent divisées en parties inégales et accolées, les unes rentrantes, les autres débordantes. Leur toit rompt avec la classique uniformité des deux versants opposés et multiplie les formes pyramidales tronquées comme le démontrent les maisons des rues de la Paix, Charles Delaunay ou Pierre Gauthier, de l'avenue Pasteur (maison du marchand de bois Pierrot au numéro 12, bâtie en 1904), de la rue Argence (maison de maître Rousselet au numéro 7)... La décoration de leurs grilles, balcons ou meneaux adopte des formes contournées.
Cela n'empêche pas les références aux traditions locales. L'imitation, en ciment peint, du pan de bois se manifeste dans la partie supérieure de certaines façades des rues Pierre Gauthier ou de la Paix.


Villas

Des lotissements

Les nouvelles habitations bourgeoises peuvent être regroupées en villas.
Ce terme désigne à Troyes une rue privée et l'ensemble d'habitations qui la bordent. Il peut s'agir d'ensembles bourgeois, mais aussi plus populaires (5). Les plus connues sont bourgeoises et situées au cœur du vieux quartier industriel de Troyes/Sainte-Savine : Villa Rothier, lotie à partir de 1890, Villas Courtalon et Moderne, créées entre 1906 et 1910. Sainte-Savine montre 16, rue Gambetta, la Villa Petit-Germain, lotie vers 1890.
La première porte le nom d'Émile Rothier, industriel cordier, propriétaire de nombreux terrains à Sainte-Savine et promoteur du lotissement. La deuxième et la troisième sont dues à l'initiative d'Anatole Delostal, industriel bonnetier rue Courtalon. La dernière est bâtie par Émile Petit et Sophie Germain, couple d'industriels bonnetiers qui réside 14, rue Gambetta.
Les ensembles créés sont plus ou moins vastes. La Villa Petit-Germain compte 4 maisons, la Villa Rothier finit par en compter 33. A l'exception de quelques grandes demeures, les maisons sont de taille relativement modeste, tout comme l'espace qui les entoure. L'organisation en lotissements qui s'insèrent dans un bâti existant déjà dense ou le long d'une voirie en forme de fer à cheval empêche le développement de parcs ou même de jardins d'agrément.
Villa Rothier, les maisons sont bâties de pierre et, aux angles, de brique. Leurs plans sont peu variés un seul corps rectangulaire pour les petites et moyennes habitations, avant-corps à angle droit avec le corps central en retrait de la rue pour les plus grandes. Elles comptent le plus souvent un étage et des mansardes. Toutes sont cependant uniques par la diversité de leurs toitures, de leurs mansardes et de leurs façades.
La même unité et la même diversité se retrouvent dans les maisons des Villas Courtalon et Moderne, mais avec ici et là la présence de quelques maisons de fort volume ou de demeures bâties exclusivement de pierre.


Des résidents aisés

   L'analyse des professions des habitants révèle leur appartenance à des catégories sociales plutôt aisées.
En 1906, la Villa Petit-Germain abrite des fonctionnaires supérieurs, mais aussi quelques employés.
À la même date, la Villa Rothier compte deux fabricants de bonneterie, onze cadres commerciaux, huit fonctionnaires supérieurs et cinq bonnetiers.
La Villa Courtalon abrite aussi des demeures de cadres et d'industriels bonnetiers Anatole Delostal d'abord, dès 1908, mais aussi Albert Waldmann, gendre de Georges Mauchauffée, son beau-frère Pierre Mauchauffée, Jean et Pierre Ragueneau... Au numéro 2, l'habitation Mauchauffée peut paraître relativement modeste au regard de la puissance de la firme fondée par Maurice Mauchauffée en 1876, rue Bégand. Reste qu'elle est résolument bourgeoise dans des matériaux et des volumes qui la situent à cent lieues des maisons du lotissement ouvrier érigé par l'entreprise sur la rive troyenne de la rue des Noës en 1925-1926 (6).


Immeubles bourgeois

Immeubles classiques

    Les beaux quartiers montrent des immeubles résidentiels classiques à un étage. dont les numéros 23 à 29 de la rue de la Paix offrent un bel exemple.
Leurs façades de pierre, de pierre et de brique, ou de brique sont décorées de motifs en céramique colorée. À l'arrière, ils disposent d'une cour qui peut être aménagée en jardin. Leurs portes d'entrée sont en bois ouvragé, la décoration des impostes utilise des thèmes inspirés de l'Antiquité. Leurs mansardes, au jambage et au fronton de pierre, s'ouvrent sur des couvertures d'ardoises ou de tuiles.
Le docteur Pâris fait ériger en 1871 un bel hôtel particulier, place Casimir Périer. Il présente l'aspect d'un immeuble avec sa large façade de deux étages, dans laquelle se mêlent la pierre et la brique. Une série de médaillons sculptés d'inspiration classique rompent la monotonie des lignes. Pâris est le seul à renouer avec la tradition des hôtels particuliers, nombreux dans la vieille ville et dont certains sont occupés par des industriels Eusèbe Journé, 53, rue du Bois, actuelle rue du Général de Gaulle, ou Emile Hoppenot, 4, rue de la Montée Saint-Pierre.


Immeubles de rapport

    Les immeubles de rapport, de style haussmannien, se situent sur les artères créées au XIXè siècle au cœur de la ville : rue Thiers et avenue Doublet, actuelle rue Général de Gaulle, rue de la République. Celle-ci, ouverte en 1877 du lycée de garçons à la rue Notre-Dame, actuelle rue Emile Zola, est prolongée en 1913 jusqu'au boulevard du 14 Juillet par l'élargissement de la rue de la Grande Tannerie. Elle montre, à son amorce côté fontaine Argence, de beaux immeubles bourgeois disposant de l'eau et du gaz à tous les étages. On trouve aussi ce type d'immeubles sur les nouveaux boulevards Gambetta, Victor-Hugo et du 14 Juillet. Ce dernier, issu vers 1880, de la transformation du Mail des Blanchisseurs et du Quai des Tanneries, montre, côté pair, des immeubles de rapport aux façades plates, régulières et un peu strictes, ornées de fines décorations de style gréco-romain, de corniches et de balcons en fonte reposant sur de minces consoles. Mais la présence des maisons anciennes du quartier du Vieux Raisin et celle de nombreuses usines, du côté impair, empêchent sa transformation en enfilade de grands immeubles comme c'est le cas le long des boulevards parisiens, marseillais ou lyonnais (7). En 1900, les habitants de ces immeubles appartiennent à la bourgeoisie : industriels, négociants, rentiers, mais aussi aux classes moyennes en essor : fonctionnaires, artisans, commerçants.
Troyes ne montre pas d'immeubles 1900 dans lesquels, comme dans le XVIè arrondissement de Paris, la façade abandonne le décor gréco-romain pour des motifs sculptés plus amples, géométriques ou figuratifs (guirlandes de fleurs ou de fruits à partir de 1895, de feuillages et de fleurs stylisées après 1905), intègre une ou deux avancées de pierre en encorbellement sur le premier étage et possède une porte en métal et en verre (8).


L'affirmation de la bourgeoisie

Un cadre pour la vie bourgeoise

Un témoignage de réussite

   Les maisons bourgeoises, y compris patronales, construites après 1850 conservent, par-delà leur aspect cossu et massif, des allures plutôt modestes. On est loin du "château", qualificatif utilisé par les ouvriers pour désigner les demeures d'entrepreneurs d'autres régions industrielles, lesquelles entrent effectivement dans cette catégorie de constructions (9).
Il faut cependant manifester, lorsqu'on est entrepreneur, sa réussite et affirmer son prestige sur les concurrents, bref montrer la richesse acquise.
L'aisance matérielle caractérise en effet la bourgeoisie entrepreneuriale ou commerçante, même si de gros écarts existent entre le patron de manufacture et le petit bonnetier, entre le négociant en gros et l'épicier. Mais plus que l'argent, "c'est l'usage qui en est fait qui consacre le bourgeois. il lui faut paraître et se conformer aux usages, au train de vie du milieu" (10). Dans la maison, par exemple, bâtie en bordure des nouveaux boulevards et des promenades qui ont remplacé les fortifications, ou dans le nouveau quartier de la rue de la Paix. Ces localisations sont pratiques car on peut y construire plus grand que dans le vieux Troyes. Elles se caractérisent aussi par un calme qui n'est pas sans rappeler la campagne. Calme auquel s'ajoute le chic d'une installation dans les quartiers au goût du jour. "Les boulevards Gambetta et Victor Hugo possèdent encore les témoins de cet engouement, mais aussi la rue Argence" avec les maisons Vignes (1868), Poron-Millot (1864) à l'entrée de la rue Grosley ou la maison Prin-Relin au numéro 1 (11).
Certaines demeures possèdent belle allure. Ainsi, celle qui est sise 42, boulevard Victor Hugo, qui appartient à Charles Buxtorf et Camille Journé, importants industriels, est jugée digne d'accueillir la préfecture provisoire après l'incendie qui ravage et met hors service les locaux préfectoraux le 7 mai 1892. Cela sans que naisse pour autant un habitat et un style attaché aux industriels. Ces derniers achètent d'ailleurs souvent des maisons déjà existantes (12). Ainsi l'imposante maison sise 2, rue Grosley, est bâtie par un tanneur en 1868, avant d'abriter les membres de la famille de banquiers G. Vignes et Cie, alliée en 1884, puis associée en 1896 aux Raguet, industriels du textile, dans la société Raguet fils et R. Vignes (13).


Un témoignage d'aisance cossue

    Des maisons de maîtres se dégagent le goût du confort et du luxe, une aisance certaine et avouée.
L'espace caractérise la propriété. La demeure est entourée d'un parc plus ou moins vaste, ceint d'un mur et de grilles importantes côté rue. Ces dernières, soutenues par deux piliers de brique, surmontés d'un élément de pierre décoratif en débord, signalent à coup sûr la maison bourgeoise. Des communs peuvent occuper les angles de la propriété donnant sur la voirie. La rue Ambroise Cottet recèle de nombreux exemples de demeures de ce style.
L'intérieur comporte de nombreuses pièces. Chacune d'elles est plutôt petite mesurée à l'aune du sens contemporain de l'espace domestique. Reste qu'elles répondent aux règles nouvelles de l'hygiène, du confort moderne et de l'utilité pratique. L'organisation du plan même de la maison répond à ces exigences. La cuisine et ses dépendances, la salle à manger, l'office, le salon avec ses éventuelles succursales que sont le boudoir, le fumoir, la salle de billard occupent le rez-de-chaussée. Les pièces consacrées aux besoins privés, la chambre à coucher avec son cabinet de toilette ou sa salle de bain, sont séparées de celles destinées à recevoir le public. Ces maisons disposent souvent du gaz d'éclairage et de chauffage. Mais pour le chauffage du salon et des chambres, la préférence reste longtemps au bois, brûlé dans des cheminées dont la vocation n'est pas uniquement décorative. La maison permet aussi avec ses salons de réception et son personnel de tenir son rang, non point de façon tapageuse, mais dans la discrétion (14).
La maison Roux, 27, avenue Anatole Rance, bâtie par un industriel de la filière textile, résume bien ces exigences de confort et de discrétion. Elle déploie autour du hall de son rez-de-chaussée un salon, un bureau et une salle à manger. Les deux étages abritent chacun quatre chambres. Au premier, trois d'entre elles disposent d'un accès aux deux salles de bain. Au second, toutes possèdent un lavabo (15).


Des annexes à la campagne

    Les entrepreneurs bonnetiers, s'ils montrent une certaine discrétion dans leur train de vie urbain, possèdent, loin des regards des citadins, de très belles propriétés dans la campagne auboise, particulièrement sur les rives de la Seine ou dans le pays d'Othe, havres pleins de charmes dans la monotone plaine champenoise.
Les Herbin à Clérey, les Gillier à Villery les Delostal aux Riceys, les Mauchauffée, les Tremblot et les Vignes à Chappes, les Raguet à Saint-Germain, les Buxtorf à Saint-Benoît-sur-Vanne ou à Fouchères ou résident aussi les Poron... disposent ainsi de vastes maisons de vacances familiales, les voyages lointains n'étant longtemps guère de mise (16).
À l'extrême fin du siècle, la bourgeoisie, au lieu de rester dans ses propriétés de campagne, se met à voyager. La vogue des plages de Normandie se répand dans ses rangs.


Des beaux quartiers pour la bourgeoisie

Sortir de la vieille ville

   Au seuil de la deuxième moitié du siècle, l'habitude se prend de s'installer en dehors de la vieille ville afin d'y trouver le calme et l'espace offerts par une campagne encore très présente aux portes mêmes de la cité.
Les faubourgs sont alors le refuge de la bourgeoisie urbaine des capacités, des affaires ou de l'industrie. Ainsi s'érigent des habitations très cossues sur les boulevards et au-delà, du côté de Saint-Martin, des Charmilles, de Saint-André, du faubourg et de la commune de Sainte-Savine. Le faubourg savinien attire car il permet quasiment d'être à la campagne à deux pas de la ville. Quant à Sainte-Savine qui garde longtemps une activité agricole (17), elle possède de belles maisons de maître dans les rues de sa partie sud-ouest qui correspondent, avant 1914, à la limite ville-campagne. Les grandes maisons bourgeoises sont aussi disséminées dans les communes (Saint-Julien-les-Villas, Saint-Martin ) d'une agglomération qui ignore longtemps la ségrégation et la fonctionnalisation de l'espace.
   Au cours de la deuxième moitié du siècle, le quartier Saint-Martin prolonge le riche quartier haut de la vieille ville. Irrigué par la rue de la Paix, il développe, sur des terrains vagues ou mal occupés, un habitat aisé assez homogène. L'extension du quartier haut reflète la mise en place d'une société où s'affirme une bourgeoisie riche et puissante. Les ouvriers y sont sous-représentés. À l'inverse, les riches commerçants, les membres des professions libérales, les cadres, les négociants et les industriels du textile y sont sur-représentés. Par ailleurs, les usines présentes rue de la Paix affirment la puissance des industriels et les rapports sociaux imposés dans la ville (18).
Les patrons d'industrie, relayés par les banquiers locaux, se situent au sommet de la hiérarchie bourgeoise. Ainsi les entrepreneurs de bonneterie forment un groupe d'une vingtaine de famille, très liées les unes aux autres par des mariages calculés assurant la stabilité de lignées neuves, la bonne marche des affaires et le contrôle de la totalité de la filière de production. Ils dominent la société troyenne et savent se renouveler en s'ouvrant aux ingénieurs. La petite et la moyenne bourgeoisie cherchent à les imiter en veillant à l'éducation de ses enfants, en cultivant le sens de l'épargne et du placement avisé et en habitant les beaux quartiers.


Profiter des efforts municipaux en matière d'urbanisme

   Le nouveau quartier bénéficie, directement ou indirectement, des efforts urbanistiques des municipalités successives.
Depuis l'époque de la monarchie de Juillet, les édiles recherchent un aménagement judicieux des quartiers, des rues, des places et des jardins publics pour rendre la ville plus saine et plus belle. De 1831 à 1842, la destruction des portes et des anciennes fortifications donne de l'air à la ville mais lui ôte du pittoresque.
Sous le Second Empire, les plans d'alignement élaborés pour certaines rues concernent prioritairement les nouveaux quartiers aisés. Le boulevard Gambetta et le Mail du Cirque sont aménagés. La rue de la République permet aux habitants du nouveau quartier de la Paix un meilleur accès au centre ville. Sur les espaces libérés par la destruction des remparts le long de la Vallée suisse ou du Jardin de Chevreuse, les services municipaux veillent au plan et au dessin des maisons que les acquéreurs souhaitent bâtir et veillent du coup à la qualité des constructions et à l'urbanisme du quartier (19).
Les jardins publics (20), payants et réglementés, aménagés sur le tracé des anciens remparts nord-ouest offrent le dimanche aux enfants des familles bourgeoises et à leurs parents des possibilités de promenades. Le prix d'entrée en exclut les habitants des quartiers populaires. Ces derniers supportent, par ailleurs, mal la domestication de l'espace des jardin paysagers et leurs nombreux interdits. Ils préfèrent la rue, les guinguettes, la pêche à la ligne et le jardinage. L'arrivée d'acquéreurs aisés aux alentours des jardins conforte la ségrégation sociale. A partir de la IIIè République, la quiétude des lieux n'est plus aussi totale pour les habitants des riches demeures. Les jardins s'ouvrent aux petits métiers et sont de moins en moins un lieu à part. Pour assurer la pérennité de leur fréquentation, les jardins doivent en effet être attractifs et ouverts au plus grand nombre. En 1889, le jardin du Rocher, reçoit un kiosque à musique, très élégant dans sa forme et sa décoration, offert par Brissonet, ancien ouvrier bonnetier devenu fabricant. Destiné à des musiciens dont la mission est de charmer les promeneurs, il témoigne aussi de l'émergence du mobilier urbain. Kiosques, candélabres, bancs publics, vespasiennes, s'ils répondent à des soucis utilitaires, veulent en effet dans l'esprit de leurs promoteurs mettre aussi de la beauté dans la rue. À la lin du XIXè siècle, les aires de jeux se multiplient dans les jardins. Les enfants occupent désormais un cadre voué à devenir "grand public".
  L'ouverture, en 1861, du Lycée de Garçons, à l'emplacement de l'ancienne gare (21), facilite la fréquentation, par les adolescents issus des beaux quartiers, du seul établissement d'enseignement secondaire de la ville (22).
   La rénovation du Théâtre Municipal en 1859 met à la disposition de leurs parents, à proximité immédiate de leurs domiciles, une salle reconstruite et modifiée en ayant le souci des spectateurs. L'extrémité du mail de Preize accueille aussi un cirque de bois à partir de 1861. Détruit par un incendie en 1892, il est remplacé entre 1903 et 1905 par un cirque de pierre qui accueille une clientèle plus populaire.
   Depuis 1878, la présence d'une caserne de cavalerie, dans l'espace compris entre la rue de la Croix Blanche et la rue de la Paix, apporte au quartier un prestige certain. En 1889, le casernement est baptisé quartier Songis du nom d'un général né à Troyes en 1761 et disparu en 1809 (23).


Des patrons proches de leurs entreprises

Une proximité constante au long du siècle

   Le voisinage de la maison patronale et des ateliers de production ou des bureaux commerciaux est de règle à Troyes, aussi bien dans le textile que dans les autres branches d'activités. Mais, compte tenu de la position dominante de l'industrie de la bonneterie à Troyes, les entrepreneurs de ce secteur donnent le ton. Jusqu'aux années 1880, les marchands-fabricants du quartier haut résident sur le site de leur atelier ou fabrique. Quand, après cette date, les installations de production sont transférées en dehors des limites du bouchon de champagne, sur les terrains disponibles au-delà des anciens remparts, la tradition se perpétue. Douine, rue des Moulins Brûlé, Huguenot, Marot, Vinot, rue de la Teillerie, actuelle rue Jeanne d'Arc, GiIlier, Bazin, boulevard Victor Hugo, Raguet, Gilbert et Lenhoff, boulevard du 14 Juillet, Vitoux, rue Gauthier, Bonbon, Diot, rue Bégand, Herbin, rue Voltaire, possèdent des demeures sises à proximité immédiate de leurs usines. D'autres ne s'en éloignent que de quelques rues : Mauchauffée, Delostal, Lefèvre, Prévost, Rémy, Bauley. D'autres enfin, choisissent le nouveau quartier de la rue de la Paix Poron, Journé, Valton, Vignes (24). Les industriels peuvent ainsi répondre facilement à d'éventuels problèmes et ne perdent pas de temps en déplacements.


Une proximité socialement apaisante

   Les industriels ont aussi le souci d'afficher leur réussite dans la construction d'une belle demeure à proximité des installations qui en sont à l'origine.
Leur habitation peut être vue de tous, particulièrement le dimanche, lorsque les Troyens entament le tour des mails qui constitue une de leurs grandes distractions (25).
Les demeures des Villas Courtalon, Moderne ou Rothier, distinguent clairement le patronat aux yeux des ouvriers qui viennent, du Quartier-bas, travailler dans les usines voisines. Ils ne peuvent manquer de voir la richesse ainsi étalée et s'en émouvoir.
   Cette éventuelle exaspération est pourtant tempérée par la proximité sociale qui est de règle à Troyes avant 1914. Longtemps la ville ne compte ni quartiers industriels, ni zones résidentielles classiques. Par ailleurs, les familles fortunées ignorent l'ostentation voitures ordinaires, logements somme toute assez semblables à ceux des hauts cadres des usines. Les patrons ne jouent pas de rôle politique, officiel ou officieux, même si les municipalités troyennes successives n'ont jamais pu ignorer leur pouvoir hégémonique (26). Ils participent peu à la vie culturelle ou sportive locale. De surcroît, le patron, de par sa résidence, est proche. Le dialogue peut s'engager avec lui sans que cela dégénère en cortège se rendant au "château". Les antagonismes sociaux sont ainsi moins marqués. Le temps n'est pas encore venu où les maisons patronales seront la cible des manifestations ouvrières, comme lors des durs mouvements sociaux des années 1920-1921.


Une localisation typique du développement industriel d'une ville ancienne

   Dans leur aspect et leur inscription territoriale, les demeures patronales de Troyes ressemblent à celles des localisations industrielles développées au XIXè siècle à partir de villes anciennes. Elles s'opposent ainsi aux demeures édifiées dans les régions industrielles surgies ex-nihilo, qui si elles utilisent les mêmes matériaux et recourent aux mêmes principes architecturaux, se répartissent spatialement selon d'autres règles.
Ainsi dans le cas de la firme de bâches Saint Frères, développée dans les localités de la vallée de la Nièvre, au sud d'Amiens. La première demeure patronale, de brique et de pierre, est construite au cours des années 1860 sur le site même de l'usine le "château rouge". Une seconde demeure, de pierre, est érigée dans les années 1870 à proximité de l'usine le "château blanc". Enfin, les Saint s'installent au cours des années 1880 dans un château bâti à la campagne, loin des installations productives et des ouvriers.
À la "Cité Déchelette dans le Lyonnais... la maison de maître fait face à l'usine dont elle surveille l'entrée, mais elle a été rapidement abandonnée pour servir de résidence au directeur, tandis que les Déchelette se faisaient construire un immense parc sur la hauteur... A Noisiel, le chocolatier Menier, s'il édifie son château à proximité de l'usine et non loin de la cité ouvrière, le cache cependant aux yeux des curieux : il est sur la hauteur de façon à dominer le site sans être vu" (27).
À Gauraincourt, site des Aciéries de Longwy développé à partir de 1881, la cité ouvrière est "en opposition avec les différentes unités linéaires patronales établies à flanc de coteau, justifiées par la proximité des lieux de production et la possession du terrain par les maîtres de forge" (28).


Conclusion

   À Troyes, comme dans les autres cités développées au XIXè siècle, "au sommet de la hiérarchie urbaine, vivre la ville, grâce à la richesse et à l'éducation c'est d'abord ne pas y être enfermé, c'est pouvoir profiter du confort de la demeure, faire la preuve explicite de son pouvoir en affichant au vu et au su de tous son rang, être capable dans le spectacle urbain de la rue de marquer sa différence avec une ostentation plus ou moins prononcée et des manières qui disent le niveau social. En un mot, c'est dominer le dehors et le dedans, la rue et le foyer. Cette richesse-là n'est plus possible aux niveaux inférieurs. Pour les catégories médianes de la société urbaine, ce qui a été le plus valorisé, c'est l'imitation des manières des riches, ce sont les équivalents de la richesse plus que la richesse elle-même. Entre le dehors et le dedans, et avec bien des nuances, le choix de la chaleur du foyer a été fait au détriment de la chaleur de la société. Assurer l'intimité familiale, fonder son mode de vie sur la privacy se paient d'une certaine fermeture au monde extérieur et même à celui de ses égaux. Que la situation économique se dégrade, que l'espace du foyer se réduise et le dehors prend le dessus. Au bas de la hiérarchie urbaine, et là encore avec toute une gradation, un choix - ou une nécessité ? - différent s'est imposé. La chaleur de la communauté, celle de l'échange permanent avec l'autre, dans la rue ou le quartier, autour de la fontaine ou du lavoir, dans le saloon ou le café, prime sur l'intimité du foyer" (29).


Notes

(1) J.-L. Pinol, Le monde des villes au XIXè siècle, Paris, Hachette, 1991.

(2) M. Silberstein, Jeux de couleurs, Vieilles Maisons françaises, n° 171,1998.

(3) Cette villa est construite pour Desvignes, fondeur de zinc et de cuivre.

(4) Malarmey travaille beaucoup pour les bâtiments publics. Ainsi est-il le concepteur au cours des années 1880 de l'école de filles et de l'école maternelle de Sainte-Savine. Cette commune lui doit aussi les agrandissements successifs de ses écoles de filles et de garçons... et de son cimetière. Bouton réalise la maison Léon Vitoux, 23 rue Gauthier (1908) et le monument funéraire des Petit-Germain au cimetière de Sainte-Savine (1907). Viardot est l'auteur de la maison sise 26, boulevard Gambetta (1908), mais aussi du Lycée Marie de Champagne (1910) et de l'école Berniolle à Sainte-Savine. Fortier est, entre autres réalisations, l'auteur de l'abattoir de cette dernière localité (1898).

(5) Villa Novello, Villa Clos du Roi à Troyes, Villa Chanteloup à Sainte-Savine, Villa des Noës. Le terme désigne aussi des ensembles d'immeubles de type HBM construits après la Grande Guerre comme la Villa Benoit Malon, boulevard Jules Guesde, ou la Villa Jules Guesde sur la même artère.

(6) Actuelles rues Maurice Mauchauffée et Robert Vignes.

(7) Cf J.-R. Pille, dir., Paris, Histoire d'une ville, Paris, Hachette, 1993. À Paris, les immeubles répondent, par leur aspect monumental et ordonné, aux injonctions précises de la préfecture de police. Les maisons de chaque îlot, à cinq étages, sont tenues de présenter les mêmes lignes de façade et de toit, ce qui confère à l'avenue haussmannienne une harmonie certaine.

(8) La grande innovation de ces immeubles réside surtout dans leur confort chauffage central, éclairage électrique, ascenseur. L'apparition de ce dernier modifie la structure et la population des immeubles : les étages les plus élevés deviennent désormais les plus prisés.

(9) Il s'en construit des milliers tout au long du siècle, peut-être plus de vingt mille le premier Bottin mondain qui date de 1903 en recense environ quatre mille cinq cents, ce recueil se limitant aux seules propriétés de la haute société parisienne.

(10) J.-P. Chaline, Qu'est-ce qu'un bourgeois ?, L'Histoire, avril 1989.

(11) X. Claverie, Demeures d'industriels troyens, La Vie en Champagne, 1996, n° 6. La maison Prin-Relin deviendra pendant une grande partie du XXè siècle le siège de la Chambre syndicale des fabricants de bonneterie.

(12) X. Claverie, Demeures d'industriels troyens, La Vie en Champagne, 1996, n° 6.

(13) G. Vignes dirige le Crédit de l'Aube, société en commandite par actions, fondée en 1876. Cet établissement succède à la banque E. Vignes et Cie, succursale du Crédit agricole. Son capital est de 1 million et elle possède des guichets à Troyes et Nogent-sur-Seine. Elle est liée au textile par ses liens avec les Raguet, mais aussi par ses actionnaires.

(14) La présence de domestiques ne semble pas avoir fait à Troyes l'objet de recherches très poussées dans la conception des systèmes de circulation, réservant les voies les plus nobles au maître des lieux, les chemins plus discrets, et si possible spécifiques, aux fournisseurs et aux personnels.

(15) Plan aimablement communiqué par Annie Clasen, petite-fille du bâtisseur. Dans une usine sise 172, rue de Preize, son grand-père recyclait des rebuts textiles ou réparait des articles impropres à la vente avant de les expédier vers les colonies.

(16) Agenda des 20 000 adresses de Troyes et du département de l'Aube, Caffé, Troyes, 1890-1891 et 1910-1911.

(17) Dans les années 1860, le docteur Jules Guyot qui visite le vignoble aubois remarque des "vignes cultivées avec une excellente méthode". Il constate que "ces contrées présentent des éléments de succès extraordinaires. À Sainte-Savine on récolte jusqu'à 200 hl à l'hectare". Il regarde favorablement la culture en trielle, telle que la pratiquent dans cette localité MM. Guénin-Gautrot, Piat-Cuisin, Petit-Royer" (V. Deheurle, Excursion viticole du Dr Jules Guyot dans le département de l'Aube, Mémoires de la Société académique de l'Aube, t. XXIX, année 1865).

(18) M. Vannier, Maille et Bonneterie auboise, Reims, O.R.C.C.A., 1993. On constate cependant que la ségrégation spatiale n'est pas exclusion ou hégémonie d'un seul groupe social. Il y a sur-représentation de certains et sous représentation d'autres. Les élites sont présentes en quartiers ouvriers et inversement.

(19) A.Beury, Troyes de 1789 à nos jours, t.1:1789-1830, t.2:1830-1852 , t.3 :1852-1871, t.4 :1871-1904, Troyes, Librairie bleue, 1984 -1994.

(20) Le jardin public naît en France de la conjonction d'un intérêt scientifique, d'une mutation sociale et d'une volonté politique. Il favorise une meilleure hygiène de la ville, en cherchant à faire entrer la nature dans la cité comme Napoléon III l'a fait à Paris. Le goût impérial pour l'espace paysager rencontre la quête d'une nature pittoresque manifestée par la bourgeoisie et son souci de s'abstraire de la population laborieuse. Troyes ne connaît cependant pas de parcs urbains comme Paris, Lille, Lyon, Rennes, Tours, Montpellier, Bordeaux, Limoges...

(21) La partie centrale de la façade du lycée de garçons conserve les murs de l'ancien embarcadère-débarcadère de la ligne ferroviaire Troyes-Montereau. lois abeilles disposées autour de l'horloge rappellent que le lycée est érigé sous le Second Empire.

(22) L'enseignement secondaire, alors payant, est fondé sur les humanités classiques et un apprentissage privilégié du latin. Les jeunes filles ne commencent à accéder à l'enseignement secondaire qu'à la veille de la Grande Guerre. Le Lycée Marie de Champagne n'est véritablement opérationnel qu'en 1914.

(23) Troyes devient ainsi partie prenante de la réorganisation du dispositif de défense des armées françaises vers l'ouest après la défaite de 1871 et la perte de l'Alsace-Lorraine.

(24) Agenda des 20 000 adresses de Troyes et du département de l'Aube, Troyes, Caffé, 1890-1891 et 1910-1911.

(25) Les rives du Canal de la Haute-Seine sont aussi "depuis le boulevard Danton jusqu'au Pont Vert, un lieu de promenade délicieux, fréquenté assidûment pendant la belle saison. C'est aussi le rendez-vous de nombreux pêcheurs... Les sociétés locales choisissent souvent le cours du canal pour leurs épreuves sportives, régates, compétitions de natation.., ainsi que des manifestations variées comme des défilés d'embarcations, feux d'artifice..." (H. Planson, Vivre à Troyes en 1900, Le Coteau, Éd. Horvath, 1985).

(26) M. Vannier, Maille et Bonneterie auboise, Reims, O.R.C.C.A., 1993.

(27) G. Dorel-Ferré, Les colonies industrielles du textile : étude comparée (Catalogne, Italie, France, USA), Villages ouvriers : utopie ou réalités ? L'Archéologie industrielle en France, n° 24-25, 1994.

(28) A. Ménidiatis, Relations intimes et conflictuelles entre industrie et habitat à Longwy, Villages ouvriers: utopie ou réalités ? L'Archéologie industrielle en France, n° 24-25, 1994.

(29) J.-L. Pinol, Le monde des villes au XIXè siècle, Paris, Hachette, 1991.