L'habitat troyen
de
l'industrialisation

(II)

Article écrit par Jean-Louis Humbert,
professeur agrégé d'histoire au collège Paul Langevin - Sainte-Savine

 

Un nouvel habitat populaire et
de classes moyennes

 

Un habitat de faubourg

Un habitat individuel surtout

Des maisons "économiques"

Les maisons dites économiques ne doivent pas être confondues avec les habitations à bon marché (HBM), ancêtres des HLM, dont les représentantes ne sont pas encore nombreuses avant 1944. Elles sont construites, sans aides, par les particuliers, surtout à Sainte-Savine et aux Marots. Quelques-unes peuvent être jumelées, mais ce n'est pas la règle. De plan rectangulaire, elles comptent une entrée au centre de la façade et deux pièces réparties de chaque côté du couloir. Plus rarement elles disposent d'un étage mansardé. Nombreuses sont celles qui disposent d'un fronton où apparaît la date de leur construction années 1880 pour l'essentiel. Toutes sont reconnaissables par l'adoption d'un même style reposant sur l'utilisation de la pierre et de la brique, par la présence d'un jardin ou d'un jardinet et par leur imbrication aux maisons de standing social plus élevé et, comme l'ensemble de l'habitat, au bâti de la production.

Des HBM

Les HBM, nées en 1889 avec la Société française d'HBM, sont des maisons coopératives ressemblant beaucoup aux maisons économiques.
En dépit de leur nom, elles ne sont pas des maisons construites au rabais ou dans des conditions défectueuses. Elles doivent au contraire être salubres, bien exposées, largement aérées et exemptes d'humidité.
Aucun plan n'est imposé, chacun est libre de disposer les pièces selon ses convenances. Cependant, deux foyers ne peuvent jamais déboucher dans le même conduit de fumée. L'écoulement des eaux pluviales et ménagères doit être assuré et le cabinet d'aisances être présent, extérieur à la maison. Le puits doit être soigneusement préservé de toute cause de contamination. Celle salubrité est impérieuse pour pouvoir profiter des avantages des lois de 1894, complétées en 1906 et 1908.

Quelques lotissements

Les maisons économiques ou bon marché peuvent être groupées en lotissements. Mais, alors que le premier lotissement naît chez Dolfuss à Mulhouse en 1854, que l'Exposition Universelle de 1867 met en lumière les réalisations possibles en matière de résidence ouvrière, le mouvement ne touche guère Troyes. Les quelques lotissements troyens, ne présentent guère l'aspect des "casernes " (1) ouvrières propres aux villes de l'industrie et sont peu étendus.

Le quartier des Marots montre des voies privées loties dans les années 1890 et 1900. C'est dire qu'il n'y a pas ici de véritable plan d'urbanisme aux fins de loger les ouvriers. La rue Baudin jeune, actuelle rue du Docteur Roux, voie privée ouverte en 1893, montre côté pair une dizaine de petites maisons aux façades de pierre. La rue Vanderbach, voie privée créée la même année, possède le même type d'habitations. Dans le même quartier, au lieu-dit La Gémillarde, Febvay, un tailleur d'habit de la rue de la Trinité, réalise en 1908 un lotissement de seize maisons, avec ouverture d'une rue dans le prolongement de la rue Baudin Jeune. Les terrains oscillent entre 246 mètres carrés et 1182 mètres carrés. La plupart ont une superficie d'environ 300 mètres carrés. Les maisons sont bâties de pierre, briques et carreaux de terre.
La rue Traversière montre a l'est, côté pair, et à l'ouest, côté impair, deux séries de maisons de pierre et de brique, jumelées et à un étage. Celle voie montre aussi de petites maisons individuelles bâties sur le même modèle, du type maison économique.Entre la rue de Madagascar, l'avenue Mocqueris, la rue d'Italie et le boulevard Guesde, un lotissement, daté de 1889, comporte douze maisons jumelées avec jardin, séparées par la rue de Crimée. Une treizième est sise sur le côté impair de la rue d'Italie, côté Guesde et porte encore une plaque où sont marqués les mots La Foncière. L'îlot est ouvrier seuls un ou deux de ses habitants sont mentionnés dans l'agenda des 20 000 adresses importantes de Troyes et du département.
Entre l'impasse des Carmélites et la rue Morel-Payen, à droite de la rue aux Moines et après l'usine Stab, existe une barre de logements ouvriers, datant certainement d'avant 1914, la série 3 0 des Archives départementales de l'Aube étant muette à son sujet. Chaque maison dispose de deux logements, l'un plus grand que l'autre. Un enduit recouvre le matériau utilisé dans la construction.
À Sainte-Savine, la rive nord de la rue de l'indépendance, actuelle rue Pierre Sémard, montre, parallèle à la chaussée, un ensemble d'habitations identiques, loties par Emile Rothier en 1886. Ces maisons sont bâties en moêllons de craie en façade et en carreaux de terre pour les autres murs. La brique y loue un rôle décoratif aux angles et aux ouvertures. Elles offrent deux pièces en rez-de-chaussée et deux pièces sous les combles, soit une surface habitable de 65 mètres carrés. Toutes disposent d'un jardin qui s'étend de part et d'autre de l'habitation. Vers 1900, elles sont occupées par des ouvriers du textile, des employés, dos cheminots.
Le sud de la rue Lamoricière montre un petit lotissement de maisons jumelées, tandis que sa partie nord conserve quelques grandes demeures entourées de vastes parcs. Celle rue témoigne de l'imbrication des habitats bourgeois et populaire dans les faubourgs troyens, lorsque les bourgeois installés au vert dans la première moitié du siècle sont rejoints par les nouveaux groupes sociaux nés de l'industrialisation.
A Sainte-Savine et à Troyes, les groupements du Cottage social permettent à des ouvriers, réunis en coopérative, de construire leur maison au moindre prix. Il suffit aux candidats de se grouper afin d'acquérir le moule conçu en 1913 par Georgia Knap, inventeur troyen et fondateur de l'Association. Les familles l'utilisent à tour de rôle pour bâtir collectivement, le dimanche, ces maisons du même modèle 6 m sur 4, 3 pièces et une cuisine, avec étage si on utilise le moule Goliatt. La méthode permet d'économiser les frais d'architecte - Knap a déposé jusqu'à 20 modèles - et d'entrepreneur. Le prix de revient est ainsi quatre à cinq fois inférieur à celui de la construction traditionnelle. Les amis fortunés de Knap, comme le célèbre pharmacien Emile Coué, prêtent l'argent à un taux très avantageux, permettant aux ouvriers cottagistes de se lancer dans l'aventure sans apport initial. Les adhérents au cottage sont remboursés du droit d'octroi sur le matériel de construction et de l'amenée de l'eau jusqu'à leur compteur.
Le cottage savinien, dit de Chanteloup, est bâti entre 1919 et 1922, voie des Buttes, actuelle rue La Fontaine, à l'angle de la route de Sens, actuelle avenue Galliéni. Le groupement comprend dix membres, parmi lesquels quatre bonnetiers. Il construit cinq maisons sur des lots de 479 mètres carrés disposant d'une largeur sur rue de 20,5 m. Leur prix de revient est de 4 500 francs.Le cottage troyen, dit de Croncels, réunit dix huit membres, parmi lesquels huit bonnetiers. Il se situe rue Edmé-Auguste Millard, entre la route de Dijon et la rue des Bergers, actuelles rue du Faubourg Croncels et Edouard Vaillant. Ses dix neuf maisons sont édifiées entre 1921 et 1924, au milieu des champs, sur un terrain de 8 387 mètres carrés, d'une valeur de cinq francs le mètre, comme à Chanteloup. Leur prix de revient est plus élevé qu'à Sainte-Savine: 16 680 francs pour l'une d'entre elles comportant, il est vrai, une buanderie, mais demeure très modéré.
 

Quelques habitations collectives

La maison collective, peu répandue, existe cependant.
À partir de 1913, sont édifiés des immeubles coopératifs collectifs, officiellement distingués des habitations individuelles en 1914. Le premier exemple est constitué par une maison de dix logements à bon marché sise à Troyes, au lieu dit ancien chemin de Rosières.
Mais c'est surtout après guerre, alors qu'il faut édifier très vite beaucoup de logements, que la maison collective gagne du terrain à Troyes. La Villa Benoît-Malon, immeuble collectif de 100 logements, est terminée en 1926. Puis sont ouverts à la location en 1928-29 les douze immeubles de la Villa Jules-Guesde. À Sainte-Savine sont édifiés, entre 1929 et 1932, les quatre immeubles collectifs de la rue Jules Ferry. Mais, dans les communes de banlieue, le prix plus faible du terrain laisse des possibilités plus grandes au lotissement de pavillons individuels
entourés d'un jardin, qui ont les préférences de la majorité. Aussi, jusqu'aux années 1950, la quasi absence de grands immeubles d'habitation oppose l'agglomération troyenne aux autres grandes villes de la région.

L'essor des faubourgs textiles

L'ex-urbanisation de la bonneterie

Le développement de ce nouvel habitat est lié à l'industrialisation et à l'essor des faubourgs textiles.
Avec le développement de la bonneterie industrielle, les entreprises ont du mal à s'établir dans le centre ville ou y renoncent précocement à cause du coût trop élevé du sol ou à cause des nuisances. L'extension en hauteur des bâtiments est par ailleurs limitée en dépit des progrès de l'industrie de la construction. Les entreprises sont à la recherche d'espaces plus vastes et inoccupés pour des emprises au sol toujours plus grandes. Or le prix des terrains décline plus on s'éloigne du centre. La majorité des manufactures nouvelles s'implantent alors autour du bouchon de Champagne, même si de nombreux ateliers artisanaux et industriels subsistent dans le centre qui conserve son habitat ouvrier.
La poussée s'effectue en direction de Saint-Martin et surtout de Sainte-Savine, accessoirement vers les Trévois et le faubourg Croncels (2). Une seconde ville naît, en position intermédiaire entre la vieille ville médiévale et la ville actuelle, sauf dans deux quartiers peu pratiques : les Charmilles et les Noëls. Le morcellement des faubourgs est important plus d'une vingtaine de quartiers toponymiques possédant leurs particularités. Dans la deuxième moitié du siècle, la ville remplace le village, la cité urbaine la bourgade rurale. Les maisons couvertes en chaume ou égayées de toits rouges, alignées le long de quelques voies vicinales, sont remplacées par des maisons familiales et coquettes qui bordent des rues nouvelles (3). Les faubourgs, développés sur l'eau, la voie ferrée ou les axes routiers, sont, pour près des deux tiers d'entre eux, de véritables quartiers industriels.
A la veille de la Grande Guerre, les faubourgs industriels et

"les villages pré-existants ont été peu à peu soudés à l'agglomération par le flot des lotissements à pavillons individuels construits depuis le début du siècle" (4).

Les pavillons des faubourgs s'imposent aussi parmi les fermes des communes rurales proches de Troyes. Ainsi à Saint-André-les-Vergers, banlieue maraîchère développée en liaison avec l'industrialisation troyenne. Anticipant les tendances de la deuxième moitié du XXème siècle, qui mettent totalement fin à l'adaptation de l'habitat rural à son milieu, des paysans s'y font construire dans leur cour de ferme, de style local, une maison d'habitation moderne qui ressemble, en plus grand, à celle de l'ouvrier ou de l'employé pierre et bloc de craie, chaînes de briques utilisées aussi aux angles et en décoration des portes et fenêtres.

De nouveaux quartiers

Le faubourg troyen de Sainte-Savine, cœur historique de la bonneterie industrielle, est le plus dense et le plus central. Prolongeant à l'ouest le bouchon de champagne, il fait presque partie du centre ville, dont il n'est séparé que par la voie ferrée et la gare. L'industrie y est très présente, soit par les usines, soit par l'habitat lié aux entreprises. Le quadrilatère formé par les rues Bégand, Courtalon, Couturat, Jeanne d'Arc et leurs abords forme un territoire bien caractérisé. A l'ouest, les rues industrielles de Sainte-Savine le prolongent (rues Malon, Doumer), mais la taille des usines diminue et le style du quartier change. Sainte-Savine, restée commune indépendante derrière la gare, possède une population à dominante ouvrière, mais avec plus de variété et des revenus moins bas que dans les quartiers de la Seine. L'originalité du quartier vient de la convergence de trois facteurs industrialisants la voie ferrée, la rivière de Vienne, la route nationale de l'ouest, direction privilégiée de la croissance urbaine. Cette convergence explique la présence dans le quartier de quelques-unes des plus puissantes firmes troyennes Delostal, Gillier, Rémy et Plénat rue Courtalon, Bonbon, Mauchauffée rue Bègand, Devanlay-Recoing rue Jeanne d'Arc. A l'habitat très serré du faubourg troyen de Sainte-Savine et de la partie orientale da la commune autour de l'église, s'oppose l'habitat plus aéré de la partie occidentale et du quartier développé au nord, entre les rues Louis Blanc et des Noës. L'habitat du faubourg est, pour l'essentiel, constitué de maisons basses de type économique.
Le quartier des Bas-Trévois, étiré le long du canal du Trévois, fixe, à partir de la fin du XIXéme siècle, de grosses filatures (Poron, Thévenot), teintureries (Poron, Millerey, Mathieu) et bonneteries (Poron, Desgrez, Raguet, Honnet). Il aboutit sur les promenades du bouchon de champagne, boulevard du 14 Juillet. La rue des Bas Trévois est une rue d'usines de très grande superficie, parmi lesquelles dominent les installations de mécanique, filature, teinture et bonneterie de la firme Poron. La rue des Terrasses compte de nombreux ateliers de façonniers. La densité du bâti est assez forte. L'habitat est surtout composé d'immeubles anciens d'un ou deux étages, parmi lesquels s'imbriquent quelques belles demeures bourgeoises.
Le quartier de Chaillouet, entre la Seine et le rû Fontaine, est le plus ancien des quartiers industriels de la rive droite, quartier de teintureries, et auparavant de filatures. La filature Douine, Lebocey aiguilles pendant la première guerre mondiale, puis la teinturerie Marot contribuent à forger ce quartier, plus récent que les précédents. La densité d'occupation du sol est très faible dans cette zone en partie inondable. L'industrie n'a qu'une fonction purement productive et ne rassemble pas autour d'elle les éléments sociaux de son activité malgré un semis d'habitations individuelles modestes ou médiocres dispersées entre les usines. L'impasse Imbert qui montre un ensemble de maisons anciennes traditionnelles, débouche ainsi sur le boulevard Danton à proximité de la propriété de l'industriel Douine et d'un ensemble de demeures un peu plus confortables.
Le faubourg de Croncels, extension sud de la couronne industrielle troyenne, parallèle au quartiers des Trévois, montre un semis de petites et moyennes unités de production, très imbriquées dans le tissu des habitations. Pas d'installations imposantes occupant tout un îlot, mais de petites usines et surtout de petits ateliers, datant des années 1920. Ces petites entreprises, souvent aux mains de façonniers, prolongent la couronne industrielle en une époque où le transport routier commence à jouer un rôle significatif Leur environnement se compose d'un bâti de petite taille, presque sans immeuble collectif, plus dense du côté de la route de Dijon, mais toujours ponctué de jardins et de jardinets à l'arrière des maisons. Le quartier s'allonge le long d'une voirie très étroite articulée sur la rue de Beauregard, alignée entre 1892 et 1935, et la rue Brisebarre, alignée entre 1908 et 1909.
Le quartier de la rue de Preize montre à l'ouest un habitat bourgeois qui s'inscrit dans le prolongement du quartier Saint-Martin et de celui de la rue de la Paix : rues du Printemps, de l'union, du Chêne. A l'est, il montre un habitat plus modeste de type pavillonnaire, dans lequel les ateliers s'inscrivent nombreux. Ici et là quelques belles demeures se dissimulent dans de très vastes parcs.
Le quartier des Marots se développe d'abord dans Sa partie ouest, située le long de la voie ferrée. Il donne à voir un dédale de ruelles (rue des Amandiers, rue de la Grille de Fer, rue de la Gabelle) et quelques rues plus rectilignes (rue Traversière) le long desquelles s'est édifié un habitat populaire de type varié. Les maisons individuelles côtoient les maisons jumelées en rez-de-chaussée ou à étage. Les lotissements y sont nombreux dans la partie sud entre les rues des Noës et du Clos-du-Roi, actuelle rue Jean Lacoste. L'entre-deux-guerres voit leur multiplication avec la construction de nombreuses HBM le long des rues Ribot, Loucheur... l'imbrication de cet habitat aux usines n'est réel que dans le périmètre formé par les rues Lacoste, Louis Maison et Amadys Jamyn. On retrouve aussi dans ce secteur quelques maisons bourgeoises de belle facture, habitées par les cadres de ces établissements.


Un habitat lié à la bonneterie

L'imbrication des bâtiments de production et des bâtiments d'habitation traduit l'inscription de la bonneterie dans la ville, au contact avec les lieux de résidence de la main d'œuvre.

"Il n'y a pas entre les entreprises et les immeubles de quartier de frontières rigides comme celles qui marquent la séparation entre l'usine et l'habitat dans les cités formées sur l'industrie lourde... Ici tout est beaucoup plus mêlé" (5)

dans un ensemble peu dense que trahit la présence de nombreux jardins individuels.
Les habitations sont hors de l'espace usinier mais jamais trop loin en un temps où les transports urbains ne sont pas encore développés (6). Le changement de dimension des entreprises industrielles et leur établissement périphérique ne posent donc pas immédiatement le problème du transport des personnes, ouvriers et employés continuant de circuler à pied. A la fin du siècle, avec la dilatation de l'espace urbain, Troyes se dote d'un réseau de tramway, desservant les faubourgs en expansion. C'est, à un stade encore élémentaire, la naissance des déplacements pendulaires et la création d'une sorte d'indifférence géographique de domiciliation. La pratique urbanistique des sociétés d'HBM conforte celle indifférenciation. Elles donnent en effet la préférence aux locations, puis à des avances de fonds qui permettent aux ouvriers de choisir le genre de construction et l'endroit géographique de la ville leur convenant.
Le mode de production de la bonneterie
supporte l'installation de la main d'œuvre dans les faubourgs. La concentration de la bonneterie à Troyes ne met pas fin à la dualité des lieux de production, ateliers et usines, et à leur combinaison dans le processus de fabrication. L'existence de l'usine, mode dominant de production, n'empêche pas une organisation flexible entre elle et le réseau de façonniers qu'elle constitue.
La mécanisation n'aboutit pas à renoncer aux avantages du travail dispersé car, plus que le travail à domicile, le travail en ateliers de façonniers permet un meilleur contrôle par l'usine du travail et de la qualité. L'industriel donneur d'ordre pose des exigences de fabrication, apporte la conception des produits et progressivement fournit les machines. Les ateliers sont aussi pour les entreprises le moyen de tourner les réglementations sociales. Il peut être moins coûteux de travailler avec un fournisseur sous-traitant qu'avec un salarié. Les façonniers demeurent par ailleurs indispensables pour la fabrication des articles que l'usine ne peut prendre en charge (petites séries particulières).
La variété des façonniers est très grande, mais des caractères communs existent. Le sentiment de liberté d'abord, traduit dans la souplesse de l'organisation quant aux commandes, et dans une indépendance surtout conjoncturelle vis-à-vis de l'industriel. La facilité d'adaptation ensuite:Si le façonnier ne dispose souvent que de cinq métiers pour éviter le paiement de la patente, il change facilement les têtes de ses machines pour fournir à la demande tous les types de produits tricotés. L'Inscription par ailleurs dans la représentation ouvrière du salaire ayant cours avant 1900 : le gain est conçu en relation directe avec la production personnelle. Il suffit de travailler plus si l'on veut gagner davantage. Enfin, le façonnier veut voir son épouse et ses filles échapper aux "dangers" de la vie collective des usines. Or, les ateliers permettent l'utilisation de la main-d'œuvre féminine. En effet, d'abord mères, les femmes abandonnent l'activité à plein temps en usine dès que naissent les enfants. Elles le font d'autant plus facilement que leur travail ne leur fournit guère d'identité professionnelle, et qu'elles constituent surtout un volant de main d'œuvre sous-payé et subalterne, toujours susceptible d'être débauché. Dans les ateliers, les femmes et les enfants assistent le père qui manœuvre le métier en préparant la matière première et en pliant les pièces (7). Grâce à la machine à coudre après 1860 (8), les femmes peuvent travailler à domicile ou oeuvrer dans des ateliers de couture
ou de confection de petite taille, à la gestion familiale peu réglementée et à la sociabilité plus vive.


 

Un habitat né de l'initiative privée

La promotion des classes moyennes

Un habitat pavillonnaire

Dès avant 1914, les faubourgs troyens donnent A voir un habitat pavillonnaire à connotation rurale qui anticipe sur l'urbanisation de l'entre-deux-guerres. Symbole d'une ascension sociale, il fuit l'usine, ses contraintes, son paysage et le pouvoir qu'elle représente.
La concentration de la population ouvrière dans le bouchon de champagne laisse aux habitants des faubourgs la possibilité de profiter d'espaces plus larges, tandis que, par réaction à la sur-occupation du vieux centre, les nouveaux venus multiplient, loin de l'usine et du patron, les maisons individuelles avec jardins ou jardinets, qui affirment leur ascension sociale. Le Bulletin du Syndicat des propriétaires ne s'y trompe pas. En 1901, il constate :

"les corridors, les cours de certaines maisons seraient plus propres, ne répandraient plus de mauvaises odeurs, la santé publique serait moins éprouvée et nous verrions alors une augmentation sensible d'habitants dans notre ville ce que le dernier recensement n'a pas établi; ainsi, en 1896 il y avait à Troyes 51 060 habitants et en 1901 il y a 51 195 habitants, soit la faible augmentation de 135 habitants".

Après 1880, la croissance démographique des faubourgs est plus rapide que celle du centre, alimentée par l'installation définitive de nouveaux migrants plus que par l'arrivée d'habitants de la ville ancienne.

Taux annuel de croissance démographique
 
1872-81
1881-91
1891-1901
Troyes
 
+ 2,3 %
+ 0,9%
+ 0,5%
Sainte-Savine
 
+ 10,9%
+ 3,7%
+ 1,6%

 

Par ailleurs, le faible prix du terrain à bâtir des faubourgs attire. A Sainte-Savine, celui-ci double entre la partie proche de Troyes et celle qui est située à l'ouest de l'ancienne mairie (actuel Forum).
Les logements des faubourgs restent souvent
modestes. L'avantage de la possession du logement a sa contrepartie : l'exiguïté. Le deux pièces domine, pourvu de diverses annexes : grenier, jardin, hangar, chez les façonniers surtout. Le surpeuplement demeure fréquent. Le confort se propage plus lentement que dans les demeures de la population aisée. En effet, si le pouvoir d'achat des ouvriers se relève après 1875 et si les salaires troyens sont relativement convenables, les dépenses des ménages restent surtout consacrées à la consommation alimentaire et aux vêtements. D'ailleurs, le bâtiment stagne après 1880 et le parc immobilier ne se renouvelle pas.

Bonnetiers, façonniers et employés

Les bonnetiers, ou tricoteurs, font bâtir dans les faubourgs. Ils sont 10 à 20 % des salariés, mais en position de force, très tôt organisés syndicalement. Ils disposent d'un apprenti, le cafard, puis commis-bonnetier, qu'ils parrainent. Un entrepreneur ne se sépare pas sans raisons d'un bon bonnetier qui représente un patrimoine technique très estimé. Chaque bonnetier est spécialisé en fonction du métier qu'il connaît. Les plus expérimentés deviennent régleurs des machines et sont capables de les réparer, voire de les perfectionner. La reconnaissance de leur compétence technique leur confère une certaine liberté et une réelle dignité vis-à-vis du patronat. Le bonnetier est l'ouvrier troyen par excellence. Ses pratiques de consommation le distinguent des autres actifs du fait de son salaire relativement élevé. Les premières voitures à Troyes, outre celles des patrons, sont achetées par des bonnetiers, Ils tiennent à leur position au sommet des classes populaires urbaines et soignent leur apparence vestimentaire et leur logement. L'ambition du bonnetier en fin de carrière n'est pas de faire bâtir son petit pavillon à l'ombre de son patron. Il regarde plutôt vers Sainte-Savine et Saint André.
Les bonnetiers à domicile venus des campagnes se fixent aussi dans les faubourgs. Les uns s'engagent dans les usines qui se développent après 1880, le travail y étant moins pénible et mieux payé, et, double salariat aidant, font construire un petit pavillon. Les autres poursuivent leur travail à domicile et deviennent façonniers. La réussite de certains d'entre eux se manifeste, au moment de la cessation d'activité, par la construction d'une maison.

"La prolifération des petits façonniers sur lesquels repose en partie la production des grandes usines va contribuer à créer un paysage urbain.., marqué par la présence d'une classe moyenne ouvrière... La ceinture d'usines qui festonne le vieux Troyes est accompagnée d'un tissu dense de petites maisonnettes où seul le regard exercé reconnaît la fonction industrielle". (9)

Vers 1890, les trois-quarts des façonniers troyens résident hors des limites du bouchon de champagne. Avant la Grande Guerre, les quatre cinquièmes sont dans ce cas. Ils y retrouvent un peu de leur ruralité perdue. Ils manifestent une préférence pour les quartiers nouvellement créés dans la proximité des usines. Ils sont aussi présents dans le faubourg Croncels, dans le quartier des Marots, dans les secteurs Preize-canal de la Haute-Seine-Tauxelles ou Tour Boileau-Victor Hugo-Chevreuse.
Les façonniers se dégagent ainsi de la grande usine en créant leurs propres affaires où ils valorisent leur savoir technique. Leurs ateliers familiaux apparaissent aussi comme des endroits où le mari surveille sa femme, le père Sa fille : un idéal moral, une possibilité de rendre active toute la famille, sans lui donner d'indépendance vis à vis du chef de famille. C'est aussi maintenir bourgeoisement l'épouse à domicile, et affirmer son appartenance à un monde qui n'est plus celui des ouvriers, mais celui des classes moyennes.
L'étendue des nouveaux quartiers pavillonnaires (10) démontre aussi l'émergence, à la fin du XlXè siècle et au début du XXè siècle, des couches nouvelles d'employés et fonctionnaires. Leurs revenus sont encore très proches de ceux des ouvriers. Mais ils se distinguent de ceux-ci par le vêtement, une certaine culture, une sécurité plus grande, la possession d'une maison individuelle et des chances de promotion plus forte. Dans ce dernier domaine, leur idéal est guidé par la montée des médecins, journalistes, professeurs, ingénieurs.. dans la société.

 

La faiblesse de l'action sociale patronale

Quelques patrons troyens veillent au bien-être, au logement et à l'éducation de leurs ouvriers. Ils veulent, en encadrant mieux ces derniers, éviter des conflits sociaux coûteux. Ils participent ainsi à la création d'une protection sociale que n'assure pas encore l'Etat providence qui, en France, ne prendra la relève du patronat paternaliste qu'à la fin des années 1880.

Des préoccupations morales

Le patronat paternaliste est inspiré par des préoccupations d'ordre religieux. Il veut remédier aux difficultés de la vie ouvrière en refusant à la fois le libéralisme et le socialisme et donne dans ce qui deviendra le catholicisme social, apparu dès le milieu du XlXè siècle à travers des initiatives individuelles, avant que l'encyclique Rerum Novarum ne définisse la doctrine sociale de l'Eglise en 1891. Ses aspirations confessionnelles débouchent sur des réalisations concrètes à Troyes, même si elles ont été plus fécondes dans d'autres régions.
Une maison troyenne surtout affiche clairement son catholicisme social : la firme Valton qui fonde en 1891 son usine sous la protection de Saint-Joseph. La statue du saint, portant l'enfant Jésus, orne le fronton de la chaufferie afin de montrer que le fils de Dieu ne néglige pas les travailleurs (11). Une chapelle est construite près de l'entrée, des crucifix sont disposés au mur des ateliers. La maison Valton est membre de l'union Fraternelle de Léon Harmel, industriel qui a organisé sa filature, proche de Reims, selon les principes catholiques du patronage. Elle soutient le Bulletin de l'Union Fraternelle du Commerce et de l'industrie du département de l'Aube dont les adhérents ne s'adressent pour leurs affaires et leurs achats qu'à des maisons ouvertement catholiques.
Certains membres du patronat troyen se préoccupent de la préservation morale des filles. Hoppenot, important filateur de bourre de soie, accorde ainsi une subvention importante à une maison de famille où sont logées près de 250 ouvrières célibataires. La peur de la promiscuité et la hantise de L'immoralité les conduisent à oeuvrer avec des congrégations pour mettre on place des "ouvroirs" destinés aux jeunes ouvrières. Ces derniers se rattachent au modèle des usines-internats inspirées de Lowell (États-Unis) et mis en place en France dans la soie du Sud-Est. Dans cette région, le système, à son apogée vers 1880, semble avoir concerné 100 000 jeunes filles venues de l'Assistance publique et des campagnes voisines. Les filles font des économies rendant leur mariage possible (dot), d'autant plus facilement que, chastement gardées, elles ont bonne réputation. Elles travaillent tout le jour et sont logées en dortoir. Elles sont soumises à la double surveillance de contremaîtresses laïques dans le travail et des religieuses dans la vie quotidienne. Mais, alors que le système périclite dans le Sud-Est sous une IIIé République de plus en plus laïque, et qu'il est très critiqué par les inspecteurs du travail et par les ouvrières qui ne supportent plus la sujétion, il s'épanouit à Troyes. Par-delà la contemplation, les cinq congrégations créées dans l'Aube au XlXè siècle ne vivent pas dans l'isolement et se penchent sur les problèmes de la condition ouvrière. Ainsi les sœurs Oblates de Saint-François de Sales, fondées en 1866, hébergent, dans leurs locaux aux allures d'usine de la cité Aviat et du n0 10 de la rue des Terrasses, de jeunes ouvrières qu'elles font travailler à des travaux de raccoutrage. Elles jouent de ce fait un rôle de façonnier et de représentant de la maîtrise pour les Industriels locaux comme Poron. Ces derniers y trouvent qualité et rendement satisfaisant qui correspondent au souci éducatif des sœurs.


Peu d'empressement pour le logement des ouvriers

Les patrons troyens ne manifestent guère d'intérêt pour construire des maisons ouvrières. Le logement, premier besoin à satisfaire en un temps de déracinement puis de ré enracinement, de mobilisation puis de stabilisation des travailleurs est pourtant, dans toutes les régions industrielles dès le milieu du XIXè siècle, le levier essentiel de l'action patronale (12) pour s'attacher l'ouvrier, mais aussi pour lui donner le sens de la propriété, organiser ses loisirs et faire oeuvre éducative, structurer la cellule familiale, base du projet social du paternalisme. On veut démontrer ainsi que

"le capitalisme moderne est capable d'apporter tout de suite plus que le socialisme ne promet à terme" (13).

Certains industriels songent cependant À loger les nouveaux arrivants dans des immeubles situés à proximité des usines : maisons Valton, près de l'usine Saint-Joseph, maisons Hoppenot, rue des Tauxelles. La Cité Poron résume à elle seule toutes ces ambitions. Aujourd'hui disparue, elle apparaît dans les recensements à partir de 1896. Sise entre les rues de Crimée et du Petit Saint-Julien, À proximité des installations usinières de la rue des Bas Trévois, elle comporte 6 maisons abritant en moyenne 25 ménages, soit plus d'une centaine de personnes. On compte parmi les chefs des familles de nombreux Alsaciens. Si certains demeurent dans la cité, d'autres la quittent assez rapidement pour s'installer en ville. Elle semble ainsi jouer un rôle d'accueil pour les nouveaux employés de Poron. Les résidents appartiennent aux métiers du textile (bonnetiers,fileurs, mécaniciens) ou à des professions en rapport avec lui (teinturiers, ajusteurs, tourneurs...). La maison Poron abrite en effet dans ses locaux toutes les composantes de la filière maille construction de métiers, tricotage, confection, ennoblissement...
La vocation éducative de l'habitation prend tout son sens à la lumière des autres institutions d'encadrement. Elles ne montrent pas à Troyes l'éventail connu par d'autres régions, mais on y trouve cependant dans les mêmes entreprises - Valton, Hoppenot, Poron - des caisses de secours contre la maladie et l'accident et des caisses de retraite qui offrent à l'ouvrier une sécurité qui n'a guère cours pour la majorité d'entre eux. Le patronat paternaliste peut ainsi réguler la vie familiale de ses salariés. Il lui revient aussi de prendre on charge l'éducation des enfants écoles chez Hoppenot, Poron. Ce dernier organise aussi 37 rue des Bas Trévois, un orphelinat qui héberge, en 1896, 38 adolescents, parmi lesquels 37 sont apprentis bonnetiers et le dernier, plus âgé, employé de bonneterie (14). Ce patronat favorise aussi la création de sociétés dgymnastique. Valton subventionne ainsi l'Avant-Garde, héritière du patronage Saint-Martin (1898) et première société catholique auboise, forte de 100 membres qui cherchent à contrecarrer l'influence de la Ligue, laïque, de l'Enseignement (15). Mais en dehors de ces réalisations, il n'y a pas d'organisation globale de la vie sociale par le patronat.

Les raisons de la discrétion patronale

Troyes possède, comme de nombreuses villes anciennes, un vaste parc de logements préexistant à l'industrialisation qui suffit au logement des ouvriers (16). De plus, les formes de l'activité industrielle n'ont pas justifié de loger la main d'œuvre le système de La manufacture dispersée demeure en vigueur jusqu'à la veille de la Première Guerre mondiale. Les entrepreneurs n'ont pas à attacher le personnel à son travail en Lui proposant un logement assorti d'un cadre de vie adapté, comme c'est le cas dans les colonies et les villages ouvriers édifiés à proximité d'usines créées hors des villes. Comme partout l'entreprise ne loge qu'une faible partie de sa main d'œuvre, celle qui éprouve des difficultés à se loger à proximité, ou des contremaîtres et personnels d'encadrement (17).
L'absence de grandes entreprises peut constituer aussi un facteur explicatit. À côté des manufactures, les ateliers et le système d'industrie à domicile jouent un rôle très important. La petite entreprise est prépondérante et son patronat n'a guère les moyens de prendre des initiatives à caractère social et philanthropique qui se trouvent, de ce fait, réservées aux quelques grandes firmes. Quand bien même il trouve les moyens de loger ses ouvriers, le patronat local n'affiche pas d'ambitions utopistes, du style de celles de Napoléon III à Paris ou de Godin à Guise (18), ce qui empêche toute réalisation architecturale ou sociale d'envergure.
Le paternalisme local an matière de logement n'est par ailleurs guère spectaculaire car le mouvement s'éteint au plan national en 1880 et qu'à ce moment l'industrialisation de la bonneterie troyenne n'en est qu'à ses débuts. Peut-être le patronat a-t-Il alors attendu que se manifesta l'action de l'État (19).
Reste que dans la deuxième moitié du XlXé siècle, les logements sociaux sont dus à l'initiative de sociétés, en particulier, à partir de 1872, de la Société anonyme des logements ouvriers (20).

"En 1874, sous l'égide de la Société industrielle et Commerciale de Troyes, la Société Troyenne des Logements d'ouvriers construit des maisons À étages et les loue.. A l'instigation du Comité des Alsaciens-Lorrains, fondé an 1872, 16 familles venant d'Alsace-Lorraine sont logées rue Charbonnet et la propriété Julien, faubourg Saint-Jacques, d'une superficie de 16 000 mètres carrés avec plusieurs bâtiments est aménagée" (21).

Une attention pour les jardins ouvriers

Le patronat troyen se penche cependant avec bienveillance sur les jardins ouvriers indépendants du logement. Il encourage la Société des Jardins Ouvriers de la Ville de Troyes, fondée en 1902. Celle-ci confie gratuitement à des familles peu fortunées des jardinets où elles pourront cultiver leurs légumes. La municipalité met à sa disposition des terrains sur l'ancien cimetière de la rue Diderot, derrière l'abattoir de la rue Saint-Jacques, rue de la Haute Charme et aux Trévois. Après 1914, la Caisse d'épargne crée des jardins mail des Charmilles.
Le jardin s'inscrit dans une tradition qui remonte au XVIIIéme siècle dans les grosses manufactures concentrées qui trouvent difficilement une main d'œuvre qualifiée. Pour tenir compte de l'origine paysanne de la main d'œuvre, on laisse surgir les jardins ouvriers au milieu des cours, ou on met à sa disposition un petit jardin à proximité immédiate de son logement (22). L'ouvrier y prolonge ses racines rurales (23). Par-delà l'assistance aux familles nombreuses, les cultures potagères procurant un complément aux salaires modestes, les promoteurs des jardins ouvriers estiment que la possession d'un terrain, en développant le sentiment de propriété, constitue un acheminement presque certain vers la construction de la maison et l'installation définitive d'un foyer. Ils veulent aussi donner à l'ouvrier la possibilité d'aller au grand air (24) et le détourner des cabarets, lieux de débauche mais aussi de propagande syndicale ou politique. Ce sera un échec, car ce territoire masculin peut être aussi un lieu où l'on s'adonne à la boisson et aux discussions.
Les jardins ouvriers témoignent, au même titre que la pêche à la ligne qui a passionné des milliers de travailleurs, de l'émergence des loisirs des classes populaires (25). En effet, même s'il faut s'y activer le jardin ouvrier appartient au temps libre, au temps pour soi, justifié par la nécessité non plus d'une recréation de la force de travail, mais d'une recréation de soi sans contrainte extérieure, il instaure, à partir du milieu du siècle, une frontière tranchée entre le temps du travail et le temps du loisir, alors que jusque-là le temps du paysan, de l'artisan ou de l'ouvrier est un temps poreux, pénétré d'imprévus, entretenu par l'importance du travail à domicile.

"Au jardin, l'ouvrier éprouve une liberté totale c'est son domaine une fois la journée de travail terminée. Aucune contrainte, aucun ordre, aucune remontrance comme à l'atelier au contraire, il ordonne son jardin À Sa guise. Il choisit ses plants et ses graines, il mène ses cultures comme il l'entend, Il aménage l'indispensable cabane.. Même l'inutilisable trouve ici réemploi... grâce à des trésors d'ingéniosité. Sa liberté s'accompagne à l'évidence de responsabilité ; responsable ,en effet, celui dont le jardin est exposé à la vue de tous. Impossible de tricher; le jardinier est sanctionné à la vue de son potager et À l'aspect de ses légumes un jardin mal entretenu, des légumes rabougris, voilà qui donne piètre opinion d'un homme. Enfin, si /e jardinage est une activité silencieuse et solitaire,il favorise parfois l'entraide, abolit maints préjugés, estompe de vieilles rivalités d'atelier ou de famille. Du voisinage des jardins naît une sociabilité qui trouve mille occasions de s'exercer: on se prête des outils, on échange des graines, on se fait l'hommage d'une production tôt venue ou bien réussie" (26).

Cette dernière conjugue ses effets à ceux de l'hygiène pour améliorer la santé des couches moyennes et populaires. Mais la condition des ouvriers reste très précaire, marquée par la hantise de l'accident, du chômage et de la vieillesse.

 

La lenteur de l'action publique

Une succession de lois

La relève du patronat paternaliste est assurée par l'État à la fin du siècle et au début du XXè siècle. Un appareil législatif se met peu à peu en place. Il canalise et prolonge l'action privée en matière de salubrité et de construction de logements. La loi Siegfried de 1894 autorise la création d'organismes financés par les caisses d'épargne. La loi Strauss de 1906 autorise les communes et les départements à venir en aide aux sociétés d'HBM. Elle facilite aux gens peu fortunés, vivant principalement du produit de leur travail, la possession d'une maison et d'un jardin. Pour cela elle les exempte de l'impôt foncier et de celui sur les portes et fenêtres pendant douze ans, leur permet le paiement par fractions des droits de mutation en cas d'acquisition, leur donne la possibilité d'emprunter à des taux très faibles (3,5 et 2%), à condition que l'emprunteur ait tait oeuvre préparatoire d'épargne et possède au moment de la conclusion un cinquième du prix du terrain ou de la maison à acquérir. La loi Ribot de 1908 étend les aides de l'État et permet la création des Sociétés de Crédit Immobilier. La loi de 1909 sur le bien de famille insaisissable complète le dispositif Immeuble servant d'habitation à une famille, celui-ci peut comprendre une maison, ou une portion divisée de maison, et facultativement des terres attenantes ou voisines exploitées par la famille jusqu'à concurrence d'une valeur globale de 8 000 francs. Jouissent également des avantages prévus par la loi, les maisons construites en vue de la vente ou de la location à des travailleurs peu fortunés par des particuliers, des sociétés de prévoyance, des caisses d'épargne... Leur valeur locative, calculée en fonction du prix des loyers, des charges et assurances, ne doit pas dépasser certains plafonds:

Banlieue de Troyes (27)
 
maisons collectives
250 francs
 
maisons individuelles
300 francs
Troyes
 
maisons collectives
300 francs
 
maisons individuelles
360 francs

La loi Bonnevay-Siegfried de 1912 autorise les communes à construire des HBM sous forme locative. C'est la naissance des Offices Publics d'HBM (OPHBM). Mais l'essor du secteur des HBM, faute de soutien public important, est loin d'être à l'échelle des besoins.

Une application lente

Le Comité départemental de patronage des HBM et de Prévoyance sociale est institué par le préfet en 1907 en exécution de la loi de 1906. Il se compose de conseillers généraux non troyens, de représentants de la Société des H.B.M. La Troyenne (14, rue Delaunay à Troyes), de la Caisse d'épargne d'Arcis, du Conseil d'Hygiène départemental, de la Société des Jardins ouvriers (110, rue de Preize à Troyes), d'une Société de secours mutuel pour militaires. Cette composition évolue peu par la suite on y adjoint Louis Mony, représentant des architectes locaux, par ailleurs président du Conseil général de l'Aube, qui deviendra président du Comité en 1914.
Le Comité fonctionne on partie grâce à un prélèvement de 300 francs sur le produit des jeux (pari mutuel) et par son inscription au budget départemental 200 francs an 1909 (28). Son budget s'établit autour de 700 francs en 1912. atteint 1 700 francs en 1913 et 2 100 francs en 1914.
Avec d'aussi faibles moyens, le Comité ne construit pas. il veille seulement à faire appliquer les directives venues de l'État. Il aide à l'établissement de sociétés de construction et de crédit de forme coopératives ou anonymes. Il accorde aux constructeurs le certificat de salubrité qui autorise l'accès aux droits prévus par la loi de 1906. Il traite ainsi un dossier en 1907, six en 1908, huit en 1909, dix-huit en 1910, quarante-cinq en1911, vingt-quatre en 1912,cinquante-trois on 1913 et vingt-trois an 1914, la guerre interrompant son activité jusqu'en 1919. La loi de 1912 l'oblige à nommer dans chaque canton, ou groupes de cantons, un délégué chargé de délivrer les certificats. Ils seront sept dans l'Aube.
Le Comité fait la publicité de la loi de 1906 sur les habitations salubres à bon marché et de celle de 1908 sur la petite propriété. Il édite dans ce but en 1908 une plaquette en 1 200 exemplaires, puis une autre en 1911 en 1 400 exemplaires (29). Il cherche à intéresser d'éventuels partenaires à son action. En 1907, son président démarche ainsi les Industriels du département pour obtenir leur concourS financier, mais sans résultats. Il ne parvient pas plus à séduire les architectes et entrepreneurs locaux. Quatre seulement répondant à son enquête pour savoir comment construire économiquement à Troyes alors que le terrain est cher et les matériaux de construction de prix élevé. Il conclut que le problème de la construction sera difficile, sinon impossible à résoudre dans l'Aube. Ce n'est qu'en 1914 que le Comité parvient à mettre sur pied une Société de Crédit immobilier, en projet depuis 1909, pour aider les travailleurs à se constituer une petite propriété avec maison et jardin. La loi de février 1912 a offert des possibilités nouvelles en réduisant le capital social nécessaire de 200 à 100 000 francs, on permettant un accès plus facile à ce capital aux caisses d'épargne et aux collectIvités locales. Mais la guerre entrave l'action de la nouvelle SCI, présidée par le puissant bonnetier Léon Poron. En 1912, le Comité départemental se plaint de l'inaction de la municipalité de Troyes. Il réclame des rues nouvelles, particulièrement dans le quartier des Marots et ses vastes terrains libres.

"La situation anormale de leur viabilité est la cause de l'abandon de ce quartier au profit de la commune voisine, Sainte-Savine, dont la voirie, en tous points satisfaisante, la fait préférer des constructeurs au détriment des Marots et bénéficier ainsi d'un accroissement de population dont devrait profiter pleinement la ville de Troyes". (30)

Quant aux constructions, le permis de construire, instauré pour les communes de plus de 20 000 habitants par la loi du 15 février 1902 sur la protection de la santé publique ne connaît de réelle application qu'après la guerre. La Ville de Troyes instruit alors des permis dans une optique médicale et hygiéniste, plutôt qu'urbanistique. Il faut attendre la loi de 1919, modifiée en 1924, pour voir les lotisseurs mis dans 'obligation de déposer en mairie deux exemplaires du programme, du plan de lotissement, du cahier des charges. Ils ne peuvent ensuite agir qu'après avis de la commission départementale d'aménagement et d'extension des villes et villages... et sous le contrôle de la commission sanitaire de l'arrondissement de Troyes.Le Comité constate cependant, dès 1911, que les lois ont déjà fait sentir leurs heureux effets dans le département, principalement à Troyes, Sainte-Savine, Saint-André, Nogent, Romilly-sur-Seine et Arcis-sur-Aube, où beaucoup de maisons à bon marché ont été édifiées depuis trois ans.

L'action des coopératives

Les HBM sont en effet édifiées par des organismes coopératifs opérant sur une échelle variable.
L'ancêtre en la matière est la Société coopérative de construction d'HBM "la Troyenne" créée en 1896. En 1908, son capital social est de 80 000 francs, souscrit a hauteur de 74 000 francs. A cette même date, le prix des immeubles lui appartenant est d'environ 68 000 francs. En 1910, le capital souscrit est de 116 000 francs, et les immeubles ou maisons en cours d'achat représentent une valeur de 122 000 francs. En 1911, elle possède à Sainte-Savine des maisons 7 rue Villebois-Mareuil, 15 rue Hauvy, 13 bis rue Louis Blanc (31) et bien d'autres à Troyes et à Romilly-sur-Seine, ville ouvrière qui voit en 1902 la création d'une SA. coopérative à capital variable, Le foyer Romillon".
Le 21 lévrier 1914, le greffe de la justice de paix du deuxième canton de Troyes reçoit dépôt des statuts de la SA coopérative à capital variable "La Maisonnette troyenne". Créée pour 30 ans, elle siège boulevard Gambetta. Son capital social est de 20 000 francs, portés à 300 000 francs par la première assemblée générale du 4 mars 1914. Ses créateurs sont trois bonnetiers, un limonadier, un instituteur et un mécanicien. La société vise à réaliser, dans les conditions et pour l'application de la législation sur les HBM,

"soit l'acquisition, la construction, la vente ou la location d'habitations salubres et à bon marché ainsi que leurs dépendances ou annexes, telles que jardin, bains et lavoirs, soit l'amélioration et l'assainissement d'habitations existantes et la vente ou la location de jardins formant dépendances des habitations, soit l'achat d'immeubles destinés à ces usages".

Les maisons sont données à bail aux sociétaires ou groupes de sociétaires qui on ont demandé la construction ou l'achat pouune pérIode égale à celle de la libération des actions représentatives du prix de revient, le bail finissant le jour même du dernier versement de libération (32). La société veut aussi réaliser des bains douches, vendre et louer des jardins ouvriers. Elle construit 70 pavillons durant l'entre-deux-guerres, mais on ignore leur localisation.
D'autres organismes remédient au problème du logement le Foyer des Cheminots qui bâtit dix maisons individuelles avec des avances de la Compagnie de l'Est, le Foyer des Familles nombreuses de l'Aube, créé en 1920, qui bâtit huit maisons avant de confier sa gestion à l'Office départemental d'HBM.
Un autre de ces organismes nait en 1929 la société anonyme d'HBM "Mon Logis", financée par la Chambre syndicale de la Bonneterie. Jusqu'en 1939, elle réalise 172 pavillons. Reste qu avant 1914 on construit très peu de logements sociaux à Troyes. L'effort des industriels est insuffisant. Troyes ne se distingue pas du reste de la France, où le mouvement reste aussi très modeste. Avant la Première Guerre mondiale, on n'a guère construit que 20000 HBM.

Vers une ample action publique

Il faut attendre le toilettage des textes entrepris en 1919 et 1922 pour voir l'action publique prendre de l'ampleur. Les structures et les contraintes des Sociétés de Crédit immobilier (SCI) et des OPHBM sont simplifiées. SI l'État ne s'est pas encore décidé sur la forme que prendra son intervention et s'épargne une réflexion sur les villes et le logement, Il y a urgence. L'après-guerre fait en effet nettement apparaître les difficultés de l'habitat dans l'agglomération troyenne, provoquées par l'augmentation de la population urbaine, due pour une part à l'installation définitive de réfugiés des régions occupées, due pour une autre à l'attraction exercée sur les habItants des campagnes par le centre industriel troyen. La nécessité de reloger les habitants des immeubles centraux défectueux s'ajouta à la progression du peuplement pour mettre au premier plan les tâches de l'administration et des collectivités locales. La grève très dure de la bonneterie en 1921 éloigne les communistes des socialistes de la municipalité. Celle-ci se rapproche des industriels qui prennent conscience de l'urgence d'une action en faveur d'ouvriers logés dans des conditions très médiocres.
Il faut pourtant attendre 1922 pour que les acteurs locaux s'engagent. Le Conseil général de l'Aube et le Conseil municipal de Troyes créent, après plusieurs ajournements, un Office public départemental d'Habitations à bon marché et un Comité de patronage des HBM et de la Prévoyance Sociale, chargé de contrôler à la fois la construction nouvelle et la salubrité des immeubles existants (33). Le capital de démarrage de l'Office, d'abord de 10 000 francs, sera rapidement porté à 100 000 francs. La part prépondérante de la Ville de Troyes (80 000 francs) oriente l'activité de l'Office vers l'apaisement des besoins troyens, plus criants que ceux des autres communes. Le Conseil municipal veut maintenir sur le finage de la ville les réalisations projetées. Cette position s'oppose à celle du Conseil municipal de Sainte-Savine qui affirme une volonté semblable au profit de sa commune, et à celle du Conseil général qui souhaite voir les facilités de la construction HBM profiter à l'habitat rural. Malgré ce fonctionnement conflictuel, I'OPHBM prend rapidement une grande importance à Troyes. En 1924, 101 logements sont achevés, puis 131 en1925. De 1924 à 1928, 1 130 logements sont édifiés à Troyes dont près d'un quart par l'Office départemental. Les Troyens découvrent le confort moderne dans leur pavillon ou leur cité-jardin, ainsi boulevard Blanqui à partir de 1928 (34).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes

(1) Les casernes, constructions allongées d'un ou plusieurs étages, comprennent deux logements au minimum et parfois plus de cent. Au Creusot, à la fin du XVIIIême siècle, les 2 casernes de la fonderie ont ensemble entre 50 et 65 logements. La caserne proche de la verrerie contient 130 logements en un seul bâtiment. La largeur de Ces barres et immeubles est souvent réduite. Il n'y a qu'un ou deux logements, un du côté de la rue et un autre du côté du jardin.
L'espace est limité: une cuisine au rez-de-chaussée, une chambre à l'étage. Le souci architectural est toujours manifeste. La variété des types est immense. Dans la région de Lille, Qui, depuis le Moyen Âge, possède des courées, habitations ouvrières identiques, populeuses, bâties autour dune petite cour commune, on distingue 4 types : le fort, ensemble formé par 3 ou 4 rangées de maisons disposées autour d'une cour carrée, rectangulaire ou trapézoïdale. La cité, ensemble de maisons identiques mais individuelles, avec jardinets.
L'impasse, ensemble de maisons différentes, disposées le long d'une courte rue sans issue la courée, ensemble formé par deux rangées de maisons identiques, accolées les unes aux aunes, placées en vis à vis, de chaque côté d'une cour toute en longueur. Revenir au texte

(2) Elle bénéficie de a destruction de l'enceinte médiévale, comme dans d'autres localités. Ainsi à Saint-Quentin, où "la dissémination de l'industrie a bénéficié de la démolition des remparts. Les usines se sont construites de façon concentrique, tout autour des anciens remparts. L'habitat est venu ensuite s'intercaler entre les espaces laissés libres par les usines" (F Crépin, Villages ouvriers, utopie ou réalités 7, L'Archéologie industrielle en France, n& 24-25, 1994).Revenir au texte

(3) D'après C. Arpin, Sainte-Savine, Petite esquisse de son histoire, Troyes, GIT 1938.Revenir au texte

(4) R. Brunet, Champagne, Pays de Meuse. Basse Bourgogne, Flammarion, Paris, 1981.Revenir au texte

(5) M. Ducreux, Le tissu industriel dans les quartiers anciens des villes de Troyes. Reims, Charleville, Saint-Dizier Ministère de 'Urbanisme (D.U.P) Paris, 1982.Revenir au texte

(6) Il y a, comme dans Le Creusot des années 1860, marqué par l'extension rapide du bâti, séparation ente l'usine et l'habitat développé en périphérie. Mais, à l'inverse de la localité bourguignonne, l'usine ne forme pas à Troyes le cœur de la ville.Revenir au texte

(7) La mécanisation croissante les réduit aux tâches fragmentaires, d'ouvrières, sous le contrôle des hommes qui, par leur science des machines, sont les rois de la révolution industrielle. (M. Perrot, Femmes à l'usine, L'histoire, n 195, janvier 1996).Revenir au texte

(8) voir à ce suiet M. Peyriére, L'industrie de la machine à coudre en France 1830-1914, in Lieux et typologies de l'industrialisaton, France et Italie, XlXè-XXè siècles, Fondation Einaudi, Turin / E.H.E.S.S., Paris, Turin, 1995.Revenir au texte

(9) L. Bergeron et G. Dorel-Ferré, Le Patrimoine industriel, un nouveau territoire, Paris, Liris, 1995.Revenir au texte

(10) Leur extension n'atteint pas avant 1914, celle qu'ils enregistrent durant l'entre-deux-guerres. Les pavillons avec de petits jardins entourés de grilles et les petits immeubles de deux ou trois étages connaissent alors une expansion continue et révèlent la banlieue et l'apparition d'une mentalité très particulière, celle du banlieusard jaloux de son individualisme, de son petit jardin, de son, potager. Le banlieusard recherche le calme, l'isolement, la liberté, l'air pur, une certaine intimité et familiarité, la modeste maison pour soi tout seul et le jardin bien clos un petit air de campagne tous les jours de l'année. Bref une certaine façon de vivre' (J-R. Pille, dir.. Paris, Histoire d'une ville, Hachette, 1993).Revenir au texte

(11) D'après le chanoine Valton.Revenir au texte

(12) Si loger le peuple semble une préoccupation récente, loger la main d'œuvre est une tradition ancienne que l'on rencontre dans de nombreuses entreprises sous l'Ancien Régime.Revenir au texte

(13) L. Bergeron, Villages ouvriers, utopie ou réalités 7 L'Archéologie industrielle en France. n° 24-25, 1994.Revenir au texte

(14) Recensement de 1896, Arch. dép.Aube, M 1983. Les Archives de l'Aube ne possèdent pas le recensement de 1891, et ceux de 1901 et 1906 ne prennent plus en compte cet orphelinat. Le recensement de 1886 montre que les Petites Sœurs des Pauvres ont à cette date 122 pensionnaires dans leur maison du 3 bis du boulevard du 14 Juillet, sans qu'on sache s'il s'agit d'ouvrières des manufactures proches.Revenir au texte

(15) Les patronages et sociétés sont très nombreux a Troyes avant 1914. Quelle que soit leur finalité, ils étendent leurs activités aux activités sportives et, pour certains, à la préparation militaire, ainsi pour le patronage Jean Macé, ou pour La Patriote de Troyes.Revenir au texte

(16) La situation est radicalement différente dans les cités de l'industrie développées ex nihilo à proximité de gisements énergétiques eau ou charbon. Le patronat doit intervenir pour loger des ouvriers pour lesquels n'existent pas de structures d'habitat. Au Creusot, le lotissement de la Combe des Mineurs, ensemble de maisons jointives à entrée indépendante et jardin créé dès 1826-1828 par Mamby et Wilson, est un compromis entre la caserne et la maison individuelle. Les Schneider érigent ensuite des cités ouvrières, ensembles de maisons individuelles avec petits jardins La Villedieu (1867), Saint-Eugêne (1875). En 1905, la cité Saint-Sauveur est destinée aux employés.Revenir au texte

(17) Le phénomène perdure bien après dans les années 1970-80, la firme Devanlay loge ses cadres et dispose à cet effet d'un parc immobilier vaste et de qualité. Revenir au texte

(18) Les utopistes du XIXè siècle, "qu'ils fussent socialistes, chrétiens de gauche ou communistes égalitaires, avaient certes une vision globale remarquable sur la ville de demain et sur l'habitat ouvrier; mais ils ont peu bâti (S. Jonas, Les villages ouvriers de Mulhouse 1830-1930, n Villages ouvriers. utopie ou réalités 7 L'Archéologie industrielle en France, n° 24-25. 1994).Revenir au texte

(19) Des cités existent cependant dans l'Aube comme à la verrerie de Bayel ou aux forges de Clairvaux.Revenir au texte

(20) Parmi ses initiateurs, on trouve pourtant l'industriel Emanuel Buxtorf.Revenir au texte

(21) A. Colomés, Économie et vie ouvriÈre à l'âge d'or de la bonneterie auboise, Troyes, Maison du Boulanger, 1994.Revenir au texte

(22) Il est présent dans les cités du Creusot, dans la cité de Mulhouse. dans les villages ouvriers des Mines de Potasse d'Alsace... Il peut osciller entre 1 et 5 ares.Revenir au texte

(23) Lorsqu'il s'agit d'une caserne importante, tous les jardins sont regroupés derrière, sous la forme de parcelles disposées en damiers, chaque jardin étant individualisé et séparé des autres par les allées qui les bordent. Le jardin est souvent un potager avec une basse-cour, où l'on trouve parfois même une vache.Revenir au texte

(24) Les mêmes finalités sont présentes dans le mouvement des jardins familiaux, fondé en 1696 par l'abbé Lemire, député d'Hazebrouck (Nord). Les plus démunis peuvent s'y offrir une production de légumes meilleur marché et nourrir ainsi leurs familles. Les pères y trouvent une occupation salubre et sont retenus dans le giron familial.Revenir au texte

(25) La diminution du temps de travail favorise les loisirs. La loi imposant le repos hebdomadaire est votée en France en 1906. À côté du café et du cabaret, le sport gagne le monde ouvrier et les faubourgs bicyclette, canotage, dimanches au bord de l'eau...Revenir au texte

(26) D. Bigorgne, Habitat et industrie du fer, Les Ardennes aux quatre vents, Terres ardennaises, 1992.Revenir au texte

(27) En 1908, un arrêté du ministre du Travail et de la Prévoyance sociale fixe la banlieue de Troyes du seul point de vue de l'application des dispositions de la loi de 1906 à Barberey Bréviandes. Buchéres, La Chapelle-Saint-Luc, Creney, Lavau, Les Noës, Pont Sainte-Marie, La Rivière de corps, Rosières, Saint-André. Saint-Germain. Saint-Julien. Saint-Lyé, Sainte-Maure, Saint-Parres-aux-Tertres. Sainte-Savine, Torvilliers, Villechétif.Revenir au texte

(28) Arch. dép. Aube, SQ 3756.Revenir au texte

(29) Arch. dép. Aube, HB 1351. (30) Revenir au texte

(30) Arch. dép. Aube, SQ 3756.Revenir au texte

(31) Arch.dép. Aube, SF' 3703. Revenir au texte

(32) Arch.dép. Aube, 1033 W 12.Revenir au texte

(33) Le conseil d'administration de l'Office est présidé par Emile Clévy, maire de Troyes. Il comprend Louis Mony, ancien maire, sénateur et président du Conseil général, André Ployé et Georges Paris, présidents de Sociétés d'HBM, Léon Poron, industriel en, bonneterie et président de la Société Anonyme de Crédit Immobilier, Jules Lebocey. constructeur de métiers de bonneterie et membre de la Commission départementale de la natalité.Revenir au texte

(34) Troyes apparaît ici en retard sur Reims où le Foyer Rémois, société d'HBM créée en 1912 par le patronat, a dès avant la guerre, réalisé un certain nombre de logements et envisagé, suite à une visite d'élus rémois aux cités-jardins anglaises, la création de véritables petites cités-jardins sur des terrains lui appartenant, effort interrompu par le premier conflit mondial. Voir sur ce sujet O. Rigaud et M. Bédarida, Reims reconstruction 1920-1930, Ville de Reims, 1968.Revenir au texte