
Les techniques du
Moyen Age nous sont connues par plusieurs textes de l'époque. Le
plus important est le traité des divers arts du Moine
Théophile composé en Allemagne au début du 12e
siècle.

CNRS : Délégation Paris A, photo M. Lenzouada, unité
87/97 |

CHUR |
- La fabrication du verre

- Les constituants
Le verre est un mélange de silice et de potasse fusionnés
entre 1200 et 1500 degrés. La silice sous forme de sable est lélément
vitrifiant. Grâce à des fondants, on abaisse le point
de fusion. Les fondants sont soit la soude (sel de lacs ou sel
marin), soit la potasse (cendre de végétaux). On
obtient un verre blanc - incolore - qui a une tonalité verdâtre
jusqu'au 19e à cause de l'impureté des matières premières.
L'adjonction d'oxydes métalliques permet
de teinter le verre dans la masse.
- Lieu de fabrication
du verre
Le peintre verrier ne fabrique pas lui-même le verre. Des ateliers
situés en Lorraine ont fourni des verres pour les vitraux de la
cathédrale de Troyes.
- Le verre soufflé commence
à se pratiquer entre le 2e siècle avant Jésus Christ
et le 1er siècle après Jésus Christ grâce à
linvention de la canne qui permet de souffler le verre.

"Regarder
et comprendre un vitrail, Catherine Brisac, Didier Alliou, collection
jupilles"
Avec sa canne, le
verrier cueille la paraison (masse de verre en fusion). Il doit la cueillir
quatre fois pour obtenir une boule de huit kilos environ.
La mise en forme
des feuilles de verre
Pour fabriquer le
verre à vitrail, deux procédés sont utilisés
dès le début du Moyen-Age :
- le manchon : la quasi totalité des vitraux de la cathédrale ont
été obtenus par cette technique jusqu'au 17e siècle
où on coule le verre.

"Regarder
et comprendre un vitrail, Catherine Brisac, Didier Alliou, collection
jupilles"
- la cive

"Regarder
et comprendre un vitrail, Catherine Brisac, Didier Alliou, collection
jupilles"
Ces deux procédés
donnent un verre d'une épaisseur très inégale
variant entre 1,5 à 6mm. Les verriers en tirent parti, les
couleurs étant plus ou moins intenses suivant l'épaisseur.
Des progrès se font et dès le 14e siècle, les feuilles
de verre deviennent plus minces et régulières ce qui permet
d'agrandir les découpes. (Au 12e siècle il faut 250 morceaux
au m² contre 50 au 16e siècle.)
Au 17e siècle,
on abandonne ces procédés pour le verre coulé qui donne une feuille parfaite mais moins vivante.
Le verre est découpé
au fer rouge jusqu'au 15e où on découvre le diamant,
largement utilisé au 16e. Les irrégularités de la
coupe au fer rouge sont corrigées par une pince nommée grésoir.
- La coloration du verre

Au Moyen Age, le verre
est coloré dans la masse grâce à des oxydes métalliques
ajoutés lors de la fusion du verre. Les feuilles de verre sont
la palette du verrier. Il les découpe pour former une sorte de
mosaïque qu'il va animer par la peinture.
La peinture sur
verre
Jusqu'au début
du 14e siècle la seule peinture utilisée est la
grisaille qui va du brun au noir. C'est un colorant opaque. Une
fois la grisaille posée, on recuit la feuille de verre à
600° environ afin que la grisaille adhère au verre.
Lapplication se fait généralement sur lendroit
du vitrail avec différents pinceaux :

"Dans le Vitrail, Catherine Brisac, Paris,
Nathan, 1985"
- les traits sont
dessinés avec des pinceaux en poils de martre longs,
- L'ornementation (filets perlés, rinceaux, lettres...) et le modelé
s'obtiennent par la technique de l'enlevé qui consiste à
gratter la grisaille avant cuisson.
avec une brosse dure : le putois qui attaque la grisaille et la rend plus lumineuse
avec un outil en bois ou en métal on gratte
le lavis de grisaille
D'autres colorants
apparaissent ;
Le
jaune dargent, souvent posé sur le revers, est découvert
au début du 14e siècle. Il est obtenu par des sels
dargent mélangés à locre. C'est une couleur
de cémentation : il pénètre dans l'épaisseur du verre grâce
à un cément (argile cuite, ocre). Le jaune dargent
varie du jaune citron au jaune orangé intense. On peut colorer
de jaune les chevelures et les broderies sans avoir besoin de les enserrer
dans un plomb. Posé sur des verres colorés dans la masse,
le jaune dargent modifie la couleur du verre (sur un bleu par exemple,
une couche de jaune dargent permettra dobtenir un vert).

Service Régional de l'Inventaire
Photographie : Jacques Philippot |

NEF |
L'annonciation
de Linard Gontier.
Chapelle des catéchismes, médaillon en grisaille
et jaune d'argent sur verre blanc. |
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La
sanguine ou Jean Cousin apparaît au 15e siècle.
Elle est préparée à base d'hématite (minerai
de fer). A la cuisson, elle ne pénètre pas profondément
dans la masse du verre.
Variant du rouge
brun au rosé, elle est surtout utilisée pour réchauffer
les carnations. On la pose sur la face externe du verre.

Service Régional de l'Inventaire
Photographie : Jacques Philippot |

NEF |
Baie
49, le pressoir mystique de Linard Gontier.
Les carnations des personnages sont faits à la sanguine. |
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Les
émaux apparaissent
dans le second tiers du 16e siècle. Composés d'un oxyde
métallique et d'un fondant, ils adhèrent au verre par la
cuisson sans jamais y pénétrer. Ils sont translucides. Dans
la cathédrale, Linard Gontier fut le premier à les employer
et ce, de façon modérée : dans les bordures, les
écussons...

Service Régional de l'Inventaire
Photographie : Jacques Philippot |

NEF |
Baie
J, chapelle des catéchismes.
Les verres sont peints avec des émaux. |
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Autres techniques
d'ornementation

Les
verres plaqués se généralisent à partir
du 14e siècle.
A l'origine ce procédé est utilisé pour le rouge
qui est si puissant qu'il doit être doublé avec un verre
blanc pour ne pas être opaque. On nomme cette opération placage
du verre. On cueille successivement la paraison dans un creuset rempli
de verre rouge puis aussitôt après dans un creuset rempli
de verre blanc. Soufflant le verre en manchon on obtient une feuille de
verre blanche d'un côté, rouge de l'autre. Etendu à
d'autres couleurs le placage a permis d'obtenir des violets, des verts
magnifiques.
Les
verres gravés dérivent des verres plaqués : le maître verrier gratte
avec une pointe la couche supérieure (colorée) pour faire
apparaître la couche sous-jacente d'une autre couleur. Cette technique
est très en vogue au 16e siècle.

"Regarder
et comprendre un vitrail, Catherine Brisac, Didier Alliou, collection
jupilles"

Service Régional de l'Inventaire
Photographie : Jacques Philippot |

NEF |
Baie
40, Assomption de Soudain : la bordure du manteau en décoration
perlée est obtenue par la technique des verres gravés.
La couche supérieure est rouge, la couche inférieure
blanche. En grattant le rouge les motifs blancs apparaissent. |
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Le
verre "vénitien" connaît une certaine vogue à la fin du 15e siècle
et ce, jusqu'au milieu du siècle suivant. C'est une technique proche du
placage. On applique des fils ou des perles de verre le plus souvent rouges
sur le manchon en cours de fabrication. On obtient un verre strié de rouge,
ou taché de rouge. On l'utilise pour les vêtements ou pour représenter
le sang ruisselant du Christ lors de la flagellation. Celui employé à
la cathédrale viendrait de Lorraine.
Le
montage en chef d'œuvre consiste à incruster une pièce
ronde de couleur différente en perforant la feuille de verre. La
pièce est cerclée de plomb. A partir de 1515 environ, le
ciel dans les verrières troyennes est illuminé d'étoiles
montées en chef d'uvre. exemple : Eglise de la Madeleine,
création du monde.
La
madeleine, vitrail de la Genèse |
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Utilisation du
pochoir pour orner les fonds (fonds damassés)
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TRANSEPT |
Verrière
213, sainte Catherine et saint Nicolas, détails du
fond. |
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- La fabrication du vitrail
La fabrication du
vitrail en verre et plomb n'a pas beaucoup changé depuis le Moyen
Age. On passe toujours par les mêmes étapes : maquette, carton,
coloration, coupe, peinture, cuisson, mise en plomb, pose.
Une maquette est une esquisse en couleur au 1/10 qui permet de
chercher le sujet, faire des essais de couleurs et de tracer approximativement
le réseau des plombs. On l'appelait "patron au petit pied".
Le carton est
une reproduction de la maquette à grandeur d'exécution.
Chaque couleur est indiquée par une lettre ou un chiffre. Au Moyen
Age, le peintre dessine sur une grande table en bois blanchie à
la craie le dessin exact et à grandeur du vitrail à exécuter.
Il y indique aussi la forme de la fenêtre, les armatures et le tracé du plomb. Il posera les feuilles de verre sur
la table et les découpera directement d'après les tracés.
A partir du 15e siècle on colle des feuilles les une aux autres.
On utilise aussi le tissu et le parchemin.
Les verriers troyens ont souvent employé le même carton ou
une partie de carton dans une même verrière ou dans des verrières
différentes.

Service Régional de l'Inventaire
Photographie : Jacques Philippot |

NEF |
Baie
231, Job, le décor de la ville se répète
d'un panneau à l'autre. |
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Le
calibrage : on découpe le carton à la forme exacte
des pièces de verre (qu'on nomme calibres).
Un ciseau à trois lames sert à détacher une mince
feuille de papier qui correspond au réseau de plomb.

Dessin de
R. Maresca, dans le Vitrail, Catherine Brisac, Paris, Nathan, 1985
Le
réseau de plomb
Baie
227, vitrail saint Pierre |
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Le sertissage
Les pièces de verre sont assemblées par une baguette de
plomb en forme de H. Les verres sencastrent dans les rainures.
La partie centrale du H est dite âme et les parties latérales
ailes.

Les plombs anciens
n'avaient pas le même profil que les plombs modernes. Fondus et
travaillés au robot ils avaient une âme très épaisse
et des ailes étroites. A la fin du 15e, les plombs sont étirés
au tire-plomb et ont une âme plus mince et des ailes plus larges.
La mise en plomb est plus aisée.
Les plombs jouent
un rôle esthétique dans le vitrail dont ils structurent les
motifs.
La soudure à l'étain des points d'intersection des plombs se fait à la face (soudure
de face) et au revers (contre soudure) du panneau. On soude aussi des
attaches en plomb qui permettront de fixer le panneau aux vergettes de
l'armature.

Dessin de
R. Maresca, dans le Vitrail, Catherine Brisac, Paris, Nathan,
1985

Le Vitrail,
vocabulaire typologique et technique, Nicole Blondel, Inventaire Général.
Le masticage permet étanchéité et rigidité au vitrail.
Le mastic est introduit sous les ailes du plomb.
La pose du vitrail
L'ensemble du vitrail
est constitué de plusieurs panneau d'environ 80cm de côté.
C'est leur dimension maximale en raison de la souplesse des plombs et
du poids du vitrail. Les panneaux doivent aussi résister à
la poussée des vents.
Un cadre métallique
est scellé dans la baie. On fixe les panneaux du vitrail grâce
à un système composé de barlotières, feuillard
et clavette.
On scelle les barlotières (barres de fer) dans la maçonnerie.
Les panneaux
du vitrail reposent sur les pannetons de la barlotière sur
lesquels s'encastre le feuillard,
maintenu par une clavette en
métal.
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