Exposition-Vizille

La République dans ses murs
 Les Présidents au Château de Vizille
1925-1960

 

VINCENT AURIOL
( 1884-1966 )

Président de la République de 1947 à 1954

   Resté inoccupé pendant la deuxième guerre mondiale, le château de Vizille fut, aussitôt après la retraite des occupants, investi le 5 septembre 1944 par les Comités départementaux de la Libération des Hautes-Alpes, de la Drôme, de l'Isère, du Rhône, de la Savoie et de la Haute-Savoie issus de la Résistance.
   Ils affirmèrent au cours d'une assemblée solennelle « leur volonté de réaliser les véritables libertés républicaines et d'instaurer un régimede justice sociale conforme aux aspirations de la nation française reforgée après quatre années de combats ».
   Cet appel à une nouvelle République prenait bien évidemment à Vizille une résonance très importante en raison de la symbolique révolutionnaire et républicaine du lieu.
   Trois ans plus tard, pour un unique et bref séjour, du 6 au 16 septembre 1947, Vincent AURIOL, premier Président de la IVème République, vint au château pour se reposer et pêcher.
   Un autre séjour envisagé pour Pâques 1948 fut déconseillé à cause du froid et de la vétusté du chauffage, alors que par un arrêté du 6 février de la même année le château était passé au rang de Palais national.


VACANCES PRESIDENTIELLLES
M. Vincent AURIOL SE LIVRE A VIZILLE
A SON PASSE-TEMPS FAVORI : LA PECHE.

Vizille, 7 septembre.

   Pour prendre enfin un repos bien gagné, le Président Vincent AURIOL a attendu que l'Assemblée nationale terminât ses travaux.
   Samedi matin, à 9 heures 15, accompagné seulement de Mme VINCENT AURIOL et de son maître d'hôtel, le Président s'envolait de Paris. Une heure plus tard le bimoteur piloté par le lieutenant ORFLIA, secondé par l'adjudant-chef radio BERNARD et l'Adjudant mécanicien BONIFOL, se posait sur le piste de l'aérodrome de Grenoble.
   Selon le désir express de Président, nulle personnalité n'était venue le saluer. Sur l'aire de débarquement, sa voiture personnelle l'attendait.
   M. Vincent AURIOL y prit place aussitôt, et, sans cérémonial, le coupé fila sur Vizille et pénétra dans la cour d'honneur du Château. Là, sur la terrasse, M. METRAL, maire de Vizille et M. JANIN, architecte en chef des Monuments historiques, qui l'attendaient, souhaitèrent la bienvenue au président qui, très cordialement, les remercia.
   Depuis, la grande porte du Château est close. Elle ne s'entr'ouvre à peine que pour laisser passer les fournisseurs, l'épicier, le boulanger, le facteur.
   M. Vincent AURIOL est venu se reposer. Des ordres formels ont été donnés pour que nul ne vienne troubler sa retraite. Le désir du premier magistrat de la République sera respecté.
Même les journalistes n'ont pas essayé d'enfreindre la consigne, et il a fallu l'astuce et toute l'habilité de notre reporter photographe Henri RAMUS, pour saisir, à son insu, M. Vincent AURIOL en action de pêche dans un des torrents qui traversent le vaste et magnifique parc.
   
Samedi après avoir déjeuné, M. Vincent AURIOL parcourut son nouveau domaine. Il s'arrêta longuement au bord de l'étang qui sert de réserve à la station de pisciculture, et s'amusa au curieux spectacle des truites si familières qu'elles viennent dans la main de M. SERNIN, le fidèle gardien du château.
   La journée du dimanche se passa dans le calme que le visiteur était venu chercher. Une longue promenade dans les bois avant déjeuner mit en appétit Mme et M. Vincent AURIOL. Au début de l'après-midi, Mgr CAILLIOT, évêque de Grenoble, accompagné de M. l'archiprêtre GARNIER, curé de Vizille, firent une courte visite au président.
   Et, alors que le soleil allait se cacher derrière le Connex, le président, nu tête d'un confortable blouson, sortit, armé cette fois d'une longue canne à pêche, pour aller taquiner la truite dans le Rondeau, petit torrent tapageur dont le cours serpente parmi les sous-bois.
   M. Vincent AURIOL a déjà été conquis par le calme et la splendeur du site : les rares privilégiés qui ont pu l'approcher l'ont entendu exprimer sa satisfaction de pouvoir goûter enfin, dans un cadre aussi grandiose, près de la nature qu'il aime, le repos auquel il aspirait. Et Mme la Présidente a été très sensible au petit chef-d'oeuvre qu'ont réalisé pour elle, dans la roseraie, les architectes paysagistes GINET et DEWECK.
   A son tour Le Dauphiné libéré a souhaité la bienvenue à Mme et M. Vincent AURIOL. Il exprime le souhait que ces quelques mots de vacances incitent notre Président à revenir parmi nous, longuement cette fois.

                                                 Georges TARDY, Le Dauphiné Libéré, lundi 8 septembre 1947

 

Hameçons Présidents, affiche, vers 1925-1939, Maison nationale de la pêche et de l'eau, Ornans

 Les célèbres truites du château donnèrent à Alfred VIALLET, un commerçant de Grenoble, l'idée de créer entre 1924 et 1939 une marque d'articles de pêche sous le vocable " Hameçons Présidents ", vantés par une affiche représentant en train de jeter leurs lignes de part et d'autre de la grande pièce d'eau du parc, Émile LOUBET ( 1838-1929 ) et Armand FALLIERES ( 1841-1931 ), deux anciens chefs de l'État qui dans leurs rares temps de loisirs s'abonnaient à ce sport.
  La fiction de l'affiche publicitaire devint réalité avec Vincent AURIOL.


  Émile LOUBET, Président de la République de 1899 à 1906
  Armand FALLIERES, Président de la République de 1906 à 1913


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