Exposition-Vizille

La République dans ses murs
 Les Présidents au Château de Vizille
1925-1960

 

CHARLES DE GAULLE
( 1890-1970 )

Président de la République de 1958 à 1969
( rééélu en 1965 )

 

   Le général DE GAULLE s'arrêta à Vizille pour passer la nuit du 6 au 7 octobre 1960 dans le cadre d'un voyage en province qui le conduisait en Isère, en Savoie et en Haute-Savoie du 6 au 9.
   Le contexte politique et social en France était particulièrement rendu avec un problème crucial : la guerre d'Algérie.
   Au départ, cette halte au château n'avait pas été retenue et l'hébergement était prévu à la préfecture de l'Isère devant laquelle il devait prononcer le 7 un important discours sur la construction européenne, la défense et enfin l'autodétermination de l'Algérie.
   En fait, Charles DE GAULLE ne marquait pas un grand intérêt pour Vizille puisque l'année précédente, il avait déjà refusé que la présidence participe aux frais d'entretien du bâtiment.
   Mais il avait bien d'autres raisons pour souhaiter ne pas y venir, alors que paradoxalement, depuis la Libération, la principale rue de la ville portait son nom.
   En effet lors de sa première visite, étape républicaine obligée, dans l'immédiat après guerre le 16 septembre 1948, il fut mal accueilli par des manifestants avec des slogans sans nuances : « Nous ne voulons pas de Gaulle ».
   De surcroît, en 1960, la ville était gérée par une municipalité communiste qui, derrière le maire Jacques FOURRIER, décida de ne participer à aucune cérémonie officielle, donnant ainsi le ton à une certaine hostilité relayée par toutes sortes de tracts contre la guerre en Algérie le réarmement de l'Allemagne et les dépenses somptuaires des réceptions prévues à Vizille sous le titre
« Qui va payer :  Au château de Vizille, on a refait à neuf  " la " chambre où " il " va coucher ( elle avait été refaite l'an dernier déjà ). Tout est tout neuf : les tapisseries, les moquettes, les tentures. Une salle de bain luxueuse y a été jointe. On a changé les lustres. Trois camions ont amené le mobilier nécessaire à une nuit du général ; et pour le linge : 16 malles d'osier, et pas des petites !  ».
   On ignore les vraies raisons qui conduisirent les responsables de l'Elysée à opter pour Vizille plutôt que Grenoble.
   Dans cette incertitude, il est donc permis de balancer entre des nécessités d'organisation qui nous échappent et une sorte de bravade du Général.
   Finalement, le couple présidentiel passa semble-t-il une nuit froide et humide ce qui fit dire à Yonne DE GAULLE que le château était très peu confortable.
   Depuis ce jour, aucun président de la République n'est venu à Vizille.

Arrivée du général DE GAULLE au château de Vizille
le vendredi 7 octobre 1960 vers 13 heures
pour présider un déjeuner officiel
Photographoe Dauphiné Libéré


LE PROGRAMME OFFICIEL
DE LA VISITE LES 6 ET 7 OCTOBRE

   Jeudi, le général de Gaulle effectuera en avion le trajet de Paris à Lyon-Bron.
   De Lyon à Jarrie, ils se déplaceront en train spécial. Une voiture les conduira ensuite de Jarrie à Vizille où leur arrivée est prévue dans l'après-midi.
   Vendredi, à 10 heures, réception à l'hôtel de ville de Grenoble.
   A 11 heures, réception à la préfecture de l'Isère.
   Midi, discours sur la place de Verdun.
   Le cortège officiel prendra ensuite en voiture la direction du château de Vizille où sera servi un déjeuner d'une quarantaine de couverts.
   L'après-midi, le général reviendra à Grenoble où il sera tout d'abord solennellement accueilli par les personnalités universitaires dans la nouvelle école des ingénieurs électroniciens. Il visitera ensuite les usines Neyrpic et les usines Merlin-Gerin.
   Il repartira en fin d'après-midi en direction d'Annecy, à bord du train spécial.

                                                                                                           Le Progrès, 29 septembre 1960


AU CHATEAU DE VIZILLE
EN ATTENDANT LE CHEF DE L'ÉTAT

   Le château de Lesdiguières, chargé d'ans et d'Histoire, va, après-demain, ajouter une nouvelle page à son prestigieux passé. La vieille demeure du dernier connétable de France, devenue résidence des Présidents de la République, est prête à accueillir le Chef de l'État en voyage dans les Alpes.
   Depuis le dernier séjour de M. René COTY, en août 58, le pavillon de la Maison de France
(sic) n'avait plus été hissé au faîte du glorieux édifice et « la garde qui veille aux barrières » ... de l'Élysée, n'avait plus monté sa faction vigilante ( et décorative ) sous les vénérables murailles ducales. A cette heure, pour son hôte, le château fait toilette. Et nous avons trouvé, sous la très aimable conduite de M. Raymond GIRARD, architecte des Bâtiments de France, tout un monde besognant d'ardeur : maçons, peintres, électriciens, plombiers, tapissiers...
   Nous avons même reconnu, au milieu des jardiniers, rafraîchissant avec art les parterres malmenés par de récentes trombes d'eau, ou par les premières aigreurs automnales, l'excellent M.LARDET, une « figure » parmi les bons serviteurs du château. Il avait le râteau en main et nous vous assurons que pas une seule herbe folle ou indiscrète, n'a résisté à son coup d'œil, dans les allées tapissées des petits cailloux du Drac.
   Venant des ateliers du Mobilier National, les meubles de bureau du Président de la République - ces pièces admirables " Retour d'Égypte " - ont retrouvé une nouvelle jeunesse. Les fraîches couleurs, ne leur ont pas fait perdre leur grand air.
   Dans la grande salle à manger, les lustres hollandais suspendus comme de gigantesques arachmides d'or, brillent de tout leur éclat. Ce sont des spécialistes qui ont procédé à leur délicat nettoyage.
   Le Chef de l'état recevra à déjeuner, ici, vendredi à midi trente ; l'immense table peut encore s'allonger, et voici déjà prêtes les rallonges. M. l'architecte est discret sur le nombre des couverts prévus une quarantaine, sans doute ? L'art a son mot à dire et ne s'épanouira pas uniquement dans le domaine de la gastronomie, au cours de ces instants où la République traitera ses convives. La salle à manger sera parée, en l'honneur de ses hôtes, et nous voyons de riches tapis encore roulés, qui ouateront le noyer pourtant luisant de cire fraîche !
   D'autres tapis, gris souris, sont cloués dans les couloirs et dans l'escalier d'honneur. Ils donnent une « chaleur » à ces grands espaces un peu glacés de solennel. Des fils courent sous ces hautes laines. Les électriciens ont relié Vizille à Paris et même à Colombey.
   Dans la chambre du général DE GAULLE, nos « Beaux Arts » ont accroché quelques toiles du Musée de Grenoble.   
   Voilà une attention à laquelle le Chef de l'Etat doit être sensible car le choix de l'artiste qui présida à ces initiatives a fait l'objet de soins très heureux.
   Il est inutile de préciser de ce pas, que tout sera prêt pour jeudi dans la soirée, au moment où venant de Jarrie et descendant de son wagon spécial, le Président de la République franchira le porche monumental, salué par le duc de Les Lesdiguières sur son cheval de bronze.

                                                                             Le Dauphiné Libéré, le 4 octobre 1960


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