Le point de vue de l'historien Maurice Agulhon
sur le 13 mai 1958


    « Il y eut un putsch, le 13 mai, mais à Alger, donc hors de métropole. (…)
   Le général de Gaulle, il est vrai, a pris la parole le 15 pour se porter candidat au pouvoir.
   La question se pose de savoir si son " appel " était combiné avec le comité rebelle d'Alger ; (…) ou bien si, non informé des entreprises de ses partisans, il avait saisi la balle au bond et envisagé de se faire porter au pouvoir, non pas directement, par la violence des putschistes mais, plus habilement et plus pacifiquement, par quelque rôle de médiateur dans la crise ouverte entre Alger et la métropole inquiète. (…)
   La deuxième quinzaine de mai en tout cas, ne vit s'exercer sur le pouvoir légal de la république ( président René Coty, gouvernement Pflimlin ) qu'une pression toute psychologique, la Corse mise à part : ce pouvoir capitula à Paris, sans y être contraint par la moindre violence.
   Le Général fut investi comme président du Conseil, le 1er juin, par un vote majoritaire, libre et non contraint, de l'Assemblée nationale.
   La procédure de révision constitutionnelle fut de même mise en route dans les normes.
   On doit encore ajouter ceci : après un coup d'État classique, le nouveau maître impose très vite la Constitution nouvelle et la fait ratifier par un plébiscite tenu sous la pression militaire et policière.
   En 1958, au contraire le travail constitutionnel occupa l'été tout entier et le vote référendaire du 28 septembre se déroula dans le respect des formes démocratiques. (...)
  Le remplacement de la Quatrième République par la Cinquième République n'a pas été un coup d'État ».

Maurice AGULHON, Coup d'État et République,
La Bibliothèque du citoyen, Paris,
Presse de Sciences Po, 1998.

Paris-Alger, la crise du 13 mai 1958