La Vème République à l'épreuve du temps


   Beaucoup pensaient que la Constitution de 1958 ne survivrait pas au général de Gaulle dans la mesure où elle semblait avoir été taillée à sa mesure.
   L’équation personnelle de l’ancien chef de la France libre, l’élection du président de la République au suffrage universel, l’instauration du « domaine réservé » appliqué à la politique extérieure et à la Défense, mais aussi les circonstances de la guerre d’Algérie qui ont conduit de Gaulle à utiliser l’article 16 et, à plusieurs reprises, la procédure du référendum, ont imposé d’emblée une lecture présidentielle.
   Après la République gaullienne, la prééminence présidentielle a été préservée par les successeurs du général de Gaulle, y compris par François Mitterrand qui avait pourtant été un adversaire résolu du gaullisme et des institutions de la Vème République.
   L’expérience des deux alternances : 
          - droite / gauche en 1981 ( Giscard d'Estaing / Mitterrand )
          - gauche / droite en 1995 ( Mitterrand / Chirac )
et des trois cohabitations :
          - gauche / droite de 1986 à 1988 ( Mitterrand / Chirac )
          - gauche / droite de 1993 à 1995 ( Mitterrand / Balladur )
          - droite / gauche de 1997 à 2002 ( Chirac / Jospin )
attestent la pérennité des institutions mises en place par de Gaulle en 1958, de leur fonctionnement démocratique et de leur capacité d’adaptation.
   Mais en même temps, la succession rapprochée de trois cohabitations a créé une situation nouvelle que le général de Gaulle n’avait pas prévue.
   Elles mettent en opposition majorité présidentielle et majorité parlementaire, et obligent les présidents de la République à partager le pouvoir exécutif avec des Premiers ministres qui n’appartiennent pas à leur famille politique.
   Plus particulièrement la cohabitation Jacques Chirac / Lionel Jospin, entre un président de la République gaulliste « chef des armées, garant de l’indépendance nationale », qui « assure par son arbitrage le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État », et un Premier ministre socialiste à la tête d’un gouvernement qui  « détermine et conduit la politique de la nation » et « dispose de l’administration et de la force armée », a remis en cause la lecture présidentielle des institutions de la Vème République qui avait prévalu jusqu’alors et conduit à une certaine réhabilitation du rôle de l’Assemblée nationale.

Les gouvernements de la IVème et de la Vème République