La France depuis 1945 au Bac

République nouvelle,
République de toujours


Composition :
L'évolution de la fonction présidentielle
en France  depuis 1947

 

Introduction

  
Depuis l’élection en 1947 de Vincent Auriol, premier président de la IVème République jusqu’à la présidence actuelle de Jacques Chirac, la fonction présidentielle en France a beaucoup évolué.
   Cette évolution qui fait apparaître des périodes d’affaiblissement ou au contraire d’affermissement de la fonction, peut être étudiée à travers les textes constitutionnels successifs qui ont défini le mode d’élection, la durée du mandat et les pouvoirs du président, mais aussi à travers la personnalité des différents présidents, la lecture qu’ils ont faite des textes constitutionnels, et la façon dont ils ont exercé cette fonction sous la IVème puis sous la Vème République

 

I. La présidence de la République
dans les institutions françaises


A. Durée du mandat et mode d'élection

    
      1. Du septennat au quinquennat 

      
   Depuis 1873, les présidents de la République en France étaient élus pour 7 ans.
   Sous la IVème République, ils n'étaient rééligibles qu'une seule fois.
   Revenu au pouvoir en 1958, de Gaulle a conservé le septennat, durée nécessaire à ses yeux pour permettre au président de mener à son terme ses grands desseins, à l'écart des luttes des partis.
   Le programme commun de la gauche adopté en 1972 prévoyait d'aligner la durée du mandat présidentiel sur celui des députés ( 5 ans ), modification que Georges Pompidou a proposée au Parlement qui l'a rejetée en 1973.
   Jacques Chirac a fini par se rallier au quinquennat qu’il avait combattu, et en 2000 les Français ont ratifié par référendum la réduction du mandat présidentiel de 7 à 5 an
s.

     2. Du suffrage restreint au suffrage universel
     
   Sous la IVème République, le président était élu au suffrage restreint et indirect, par les seuls parlementaires ( députés et sénateurs ) réunis en Congrès à Versailles.
   Sous la Vème République, le président a d'abord été élu au suffrage restreint élargi, par environ 80 000 Grands Électeurs ( députés, sénateurs, conseillers généraux et délégués des conseils municipaux ).
   Depuis la révision constitutionnelle voulue par de Gaulle et ratifiée par référendum en 1962, il est élu au suffrage universel direct ce qui renforce considérablement sa légitimité.

B. Les pouvoirs du président sous la IVème et la Vème République

    
      1. Des pouvoirs surtout honorifiques sous la IVème République

   
   Sous la IVème République, le président disposait de pouvoirs surtout honorifiques.
   Il désignait le président du Conseil et nommait aux emplois importants de la haute fonction publique.
   Il représentait officiellement l'État français en France et à l'étranger.
   De Gaulle considérait qu'il « inaugurait les chrysanthèmes ».
   C'est le président du Conseil qui, investi par l'Assemblée et placé sous son contrôle, avait l'initiative des lois.
   C'est seulement à sa demande que le président de la République pouvait dissoudre l'Assemblée, ce qui est arrivé une seule fois en 1955 sous le gouvernement Edgar Faure.

     2. Le renforcement de l'exécutif à travers la fonction présidentielle sous la Vème République
 
   La Constitution de 1958, révisée en 1962, marque une rupture dans l'histoire des institutions françaises.
   Les pouvoirs du président se trouvent désormais considérablement renforcés, conformément à la pensée constitutionnelle du général de Gaulle énoncée dès 1946 dans le discours de Bayeux.
   « Chef de l'État », le président de la République retrouve le droit de grâce ; il est « garant de l'indépendance nationale ».
   Il nomme et met fin aux fonctions du Premier ministre et des ministres.
   Il dispose de pouvoirs réglementaires en signant les ordonnances et les décrets adoptés en Conseil des ministres présidé par lui à l'Élysée.
   Il peut dissoudre l'assemblée : de Gaulle en 1962 et en 1968 ; Mitterrand en 1981 et en 1988 ; Chirac en 1997.
   Il peut s'adresser directement au pays et soumettre tout projet de loi à référendum : de Gaulle en 1958 ( référendum constitutionnel ), en 1961 et en 1962 ( autodétermination puis indépendance de l'Algérie ), en 1962 ( révision constitutionnelle ) et en 1969 ( réforme régionale et du Sénat ) ; Pompidou en 1972 ( élargissement de la CEE et adhésion du Royaume-Uni ) ; Mitterrand en 1988 ( sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie ), en 1992 ( ratification des accords de Maastricht ) ; Chirac en 2000 ( quinquennat ).
   Il est le chef des armées, seul décideur de l'emploi de la force nucléaire, et signe les traités.
   Confronté à des circonstances exceptionnelles, il peut recourir à l'article 16 qui lui confère les pleins pouvoirs : de Gaulle en 1961 pour riposter au putsch des généraux d'Alge
r

II. L'exercice de la fonction présidentielle
sous la IVème et la Vème République

    
      1. Un rôle de représentation et d'influence sous la IVème République

   Ancien ministre socialiste du Front populaire, Vincent Auriol a été élu en 1947 parce que son parti, la SFIO, se trouvait en position d’arbitre entre le PCF et le MRP à l’époque du Tripartisme.
   Son successeur, centriste sans étiquette politique bien définie, René Coty, élu en 1953 au 13ème tour de scrutin, a été finalement désigné parce qu'il était absent du Sénat lors des discussions très vives concernant la Communauté européenne de défense ( CED ), et qu'il n'avait pas pris position sur cette question.
   Les circonstances de cette élection ont contribué à jeter le discrédit sur la fonction présidentielle.
   Ne parvenant pas à faire face à la crise du 13 mai 1958, René Coty a préféré faire appel « au plus illustre des Français », le général de Gaulle, en sachant qu’il signait ainsi l’arrêt de mort de la IVème Républiqu
e.

     2. L'affirmation de la prééminence présidentielle sous de Gaulle

   Élu président de la République en 1958, réélu en 1965, Charles de Gaulle a démissionné de son propre chef en 1969 après l'échec du référendum sur la réforme régionale et du Sénat.
   L’équation personnelle de l’ancien chef de la France libre, le principe voulu par lui et acquis en 1962 de l’élection du président de la République au suffrage universel direct, l’instauration par lui du « domaine réservé » appliqué à la politique extérieure et à la Défense, mais aussi les circonstances de la guerre d’Algérie qui l’ont conduit à utiliser l’article 16 et, par quatre fois, la procédure du référendum ont imposé d’emblée une lecture présidentielle de la Constitution de 1958.
   Pour de Gaulle, la fonction présidentielle devait constituer la clé de voûte des institutions.
   Cette lecture gaullienne de la Constitution de 1958 impliquait le refus de toute idée de dyarchie, c’est-à-dire de partage du pouvoir exécutif entre le président et le Premier ministre.
   Pour de Gaulle le rôle du Premier ministre est d’appliquer la politique définie par le président.
   Sa conception de l’exercice du pouvoir exécutif exclue par conséquent toute idée de cohabitation entre un président et un Premier ministre qui, issu de l’opposition présidentielle, ne saurait être « son Premier ministre ».
   Cette conception explique aussi sa démission volontaire en 1969 alors que rien dans la Constitution ne l’y obligeait.

     3. La pérennité de la lecture gaullienne des institutions après de Gaulle

   Beaucoup pensaient que la Vème République ne survivrait pas au général de Gaulle dans la mesure où ses institutions semblaient avoir été taillées à sa mesure.
   Après la démission du général de Gaulle en 1969, la prééminence présidentielle a cependant été préservée par ses successeurs au moins jusqu’à l’élection de Jacques Chirac.
   Georges Pompidou, élu en 1969, qui était issu des rangs gaullistes a rejeté la dyarchie que voulait lui imposer son premier ministre Chaban Delmas, mais n’a pu achever son septennat interrompu par son décès en 1974.
   Valéry Giscard d’Estaing, chef des Républicains indépendants, qui lui a succèdé en 1974, fut le premier président de la Vème République qui n’était pas sorti des rangs gaullistes.
   Lui aussi a affirmé la prééminence présidentielle et a entrepris de « giscardiser » la Vème République face à son Premier ministre gaulliste, Jacques Chirac.
   François Mitterrand
élu en 1981, président socialiste soutenu par la gauche, a été le président de la première alternance.
   Il est aussi le seul président de la Vème République qui ait mené à son terme un second septennat.
   Lui qui avait pourtant été depuis 1958 un adversaire résolu et constant du gaullisme et des institutions de la Vème République, s'est efforcé de sauvegarder en toutes circonstances les prérogatives présidentielles.

     4. L'affaiblissement de la fonction présidentielle de 1986 à 2002

    À partir de 1986, la succession rapprochée de trois cohabitations a créé une situation nouvelle que le général de Gaulle n’avait pas prévue.
   Les cohabitations ont mis en opposition majorité présidentielle et majorité parlementaire, et ont obligé les présidents de la République à partager le pouvoir exécutif avec des Premiers ministres qui n’appartenaient pas à leur famille politique :
        - cohabitations gauche / droite - Mitterrand / Chirac de 1986 à 1988, Mitterrand / Balladur de 1993 à 1995,
        - puis cohabitation droite / gauche - Chirac / Jospin de 1997 à 2002.
   De façon paradoxale, ce sont des Premiers ministres gaullistes, Jacques Chirac et Edouard Balladur qui, les premiers, ont été amenés à exercer ce partage du pouvoir exécutif entre le président et le Premier ministre,  inscrite dans la constitution de 1958, mais peu conforme à la lecture gaullienne des institutions.
   Issus d’une majorité parlementaire opposée à la majorité présidentielle, ils se sont trouvés en position de gouverner contre le président socialiste François Mitterrand, contribuant ainsi à affaiblir la fonction présidentielle que de Gaulle, revenu au pouvoir en 1958, s'était efforcé de consolider.
   Déjà en 1976, Jacques Chirac alors qu’il était Premier ministre, avait porté un premier coup à la prééminence présidentielle en démissionnant de sa propre initiative pour marquer son désaccord avec le président Giscard d’Estaing, alors que la lecture gaullienne des institutions voulait qu’un Premier ministre ne se retire qu’à la demande du président.
   De 1997 à 2002, la cohabitation entre Jacques Chirac, président de la République gaulliste, et Lionel Jospin, Premier ministre socialiste, ont créé une situation qui a conduit à mettre en cause la lecture présidentielle des institutions de la Vème République, à contester la pratique du « domaine réservé  » ( défense, politique extérieure ) instaurée par de Gaulle au profit de la présidence, et à réhabiliter le rôle de l’Assemblée nationale, pouvant ainsi laisser croire qu'on était revenu à certaines pratiques de la IVème République.

        5. Vers un raffermissement de la fonction présidentielle après la réélection de Jacques Chirac
en 2002 ?

   En mai 2002, la crise des institutions de la Vème République a été exacerbée par la situation issue du 1er tour des élections présidentielles, marquées par un taux d'abstention record dans ce type d'élection ( 28,4 % à l'issue du premier tour de scrutin ), le faible score du président sortant Jacques Chirac ( à peine 20 % des suffrages exprimés ), l'élimination du candidat du Parti socialiste, Lionel Jospin, Premier ministre en exercice, et la qualification pour le second tour du candidat d'extrême-droite présenté par le Front national, Jean-Marie Le Pen.
   Il en a résulté un sursaut républicain conduisant à la réélection de Jacques Chirac au second tour avec plus de 80 % des suffrages exprimés.
   Reconduit à la présidence de la République pour 5 ans, Jacques Chirac, qui revendique l'héritage du gaullisme, peut désormais s'appuyer pour la durée de son mandat sur une large majorité au Parlement, issue des élections législatives qui ont suivi sa réélection, l'UMP, Union pour la majorité présidentielle, devenue après sa réélection, Union pour un mouvement populaire.
  Cette réélection met donc fin aux incertitudes de la cohabitation et crée les conditions d'une possible renaissance de la Vème République en crise, dont la pérennité semblait gravement menacée.

Conclusion

   Depuis 1947, on est passé en France d'un régime d'assemblée qui cantonnait le président de la République dans un rôle secondaire de représentation jusqu'en 1958, à un régime semi-présidentiel dans lequel la fonction présidentielle était devenue la clé de voûte des institutions.
   L’expérience des alternances et des cohabitations attestent la pérennité des institutions mises en place par de Gaulle en 1958, de leur fonctionnement démocratique et de leur capacité d’adaptation.
   Mais elle a aussi contribué à infléchir la lecture originelle imposée par de Gaulle de 1958 à 1969.

   Il revient désormais à Jacques Chirac, au cours de son second mandat, de montrer sa capacité à renouer avec la lecture gaullienne de la constitution de 1958.


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