Le monument de 1924

 
 
Les origines du monument (1921-1922)
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   En 1921 a été créé à Paris le Comité aux héros de l'Armée noire présidé par le général Louis ARCHINARD, ancien commandant supérieur du Soudan français, assisté du général MARCHAND.
   Ce comité, placé sous le haut patronage du président de la République, du président du Conseil, des ministres des Affaires étrangères, de la Guerre et des Colonies, du commissaire général des Troupes noires et des maréchaux de France, avait pour mission de faire ériger en métropole et en Afrique, un monument à la mémoire des soldats indigènes morts pour la France au cours de la 1ère guerre mondiale, « à l'aide des souscriptions des communes de France et des Amis des Troupes noires françaises ».
   Deux villes ont été rapidement retenues : Reims en métropole, et Bamako capitale du Soudan français (actuel Mali), sur les rives du Niger en Afrique.
   Le 29 octobre 1922 au matin, place du Boulingrin à Reims, le ministre de la Guerre, André MAGINOT, a remis solennellement des Croix de guerre à 166 communes de l'arrondissement de Reims, avant de venir poser la première pierre du monument à 15 heures, sur un terrain cédé gracieusement par le Champagne Pommery et Greno. Ce terrain était situé à l'embranchement du Boulevard Henry Vasnier et de l'avenue du général Giraud, à la sortie de Reims en direction de Châlons.

Au premier plan à droite, le marquis Melchior de Polignac,
associé-gérant du Champagne Pommery-Greno
( Bibliothèque Carnegie de Reims, H_XV_23_BMR40_139 )

   À cette occasion, le ministre a rappelé le « rôle glorieux » des troupes noires au cours de la 1ère guerre mondiale, et évoqué la citation du sergent Amadou DI'ALE, du 34e Bataillon de tirailleurs sénégalais, qui fit à lui seul 130 prisonniers et continua de combattre pendant deux jours malgré une blessure, avant d'être finalement évacué sur ordre de ses supérieurs. Il a affirmé que la victoire française de 1918 n'avait pas seulement ramené les frères d'Alsace-Lorraine dans la famille française, mais qu'elle avait aussi scellé les liens qui unissaient cette famille à la France coloniale : « Aujourd'hui, La France ne compte plus 40 millions de Français. Elle compte 100 millions de Français ».

   Blaise DIAGNE, député noir du Sénégal et vice-président du Comité aux Héros de l'Armée noire, a pris la parole à son tour, mais de son discours la presse de l'époque n'a retenu que le passage par lequel il évoquait la solidité des liens unissant les populations coloniales à la France : « Il faut que l'on sache que la France avec son armée coloniale et ses forces métropolitaines, peut faire respecter sa victoire ».

Le 29 octobre 1922 à Reims Blaise Diagne prend la parole lors de
la pose de la première pierre du monument aux héros de l'Armée noire
( Archives municipales et communautaires de Reims )

   Blaise DIAGNE était marié à une Française, Marie-Odette VILLAIN. Élu en 1914, il a été un des premiers députés noirs avec Gratien CANDACE, député de la Guadeloupe élu en 1912, à avoir siégé durablement à l’Assemblée nationale.
   Tous les deux avaient revendiqué l'instauration de la conscription dans les colonies, convaincus que c'était le meilleur moyen d'obtenir pour les populations indigènes la reconnaissance claire, pleine et entière de la citoyenneté, l'impôt du sang conduisant à l'égalité civique.
   C'est dans ce contexte que Blaise DIAGNE avait été nommé pendant la 1ère guerre mondiale Commissaire général aux troupes noires avec rang de sous-secrétaire d'État aux Colonies, et qu'il était parvenu à convaincre des milliers d’Africains de s’engager volontairement pour venir défendre la métropole, en leur faisant entrevoir la possibilité d’acquérir à l’issue du conflit la citoyenneté française pleine et entière, promesse qui n’a pas été tenue.
   Le général ARCHINARD a rappelé que les Troupes noires se sont bien battues sur le front partout où elles ont été engagées, et en particulier dans le secteur de Reims qu'elles sont parvenues à tenir dans les moments les plus difficiles, justifiant ainsi le choix de la ville pour l'érection du monument en métropole.
   Le maire Charles ROCHE a exprimé la fierté des Rémois pour le choix de leur ville, et leur reconnaissance :
   « Nous sommes très honorés et très fiers que notre cité ait été choisie pour l'érection de ce monument commémoratif. Les motifs qui ont présidé à ce choix paraissent d'ailleurs absolument légitimes. C'est en défendant notre ville que l'Armée noire a subi les pertes les plus lourdes et qu'elle a victorieusement résisté aux assauts les plus terribles de l'ennemi, et c'est encore de notre région que le 5 septembre 1918, elle s'est élancée à la poursuite de l'ennemi, le culbutant sur la Suippe, la Retourne et l'Aisne jusqu'au jour où, il y a bientôt quatre années de cela, les plénipotentiaires allemands sont venus avouer leur défaite [...]
   La dette de reconnaissance que nous avons contractée envers cette Armée noire et cette Armée coloniale ne s'adresse pas seulement aux héros, victimes de la guerre, elle s'étend aux glorieux chefs de ces vaillants soldats [...]
   Au nom de la Ville de Reims, je m'incline respectueusement devant ceux qui symbolisent la vaillance, l'abnégation et le sacrifice. J'exprime notre éternelle reconnaissance aux sublimes héros qui, pour la défense de notre chère cité et de notre France immortelle, ont donné leur sang et leur existence, et ont écrit la plus glorieuse page de notre Histoire nationale [...] ».

   Charles ROCHE a aussi exprimé sa reconnaissance à la famille Pommery, pour avoir spontanément fait don à la Ville de l'emplacement où allait être érigé le monument. En juin 1924, peu de temps avant l'inauguration du monument, le marquis Melchior de POLIGNAC, associé-gérant de la maison Pommery et Greno-Louise Pommery Fils et Compagnie, avait informé le maire de Reims que cette maison prestigieuse de champagne acceptait d'officialiser et de régulariser la cession gracieuse à la Ville, annoncée lors de la pose de la première pierre en octobre 1922, de la partie du terrain sur lequel le monument avait été érigé, d'une superficie de 173,75 m2.
   Le 10 juillet 1924, le Conseil municipal a autorisé l'administration municipale à accepter cette offre, « moyennant le prix de un franc pour la régularité ». L'acte de cession, dressé par le notaire de la Famille Pommery, Louis MANDRON, a été signé après l'inauguration, en novembre 1924.

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