Le monument de 1924

 
 
L'inauguration du monument le 13 juillet 1924
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« Ville de Reims
Inauguration du monument aux héros de l'Armée noire »
( Affiche conservée au Musée des Troupes de Marine à Fréjus )

   Le 13 juillet 1924, en fin de matinée, l'inauguration du monument de Reims a été présidée par Édouard DALADIER, ministre des Colonies, en présence du général ARCHINARD, président du comité d'érection, du préfet de la Marne, BRISAC, du sous-préfet de Reims, MENNECIER, et du maire de Reims, Charles ROCHE.
   Cette inauguration associe l'hommage aux soldats de l'Armée noire, l'exaltation de l'Empire français et la célébration de la résurrection de la Ville de Reims érigée en « ville martyre » au lendemain de la 1ère guerre mondiale.

À la tribune, Édouard Daladier, ministre des Colonies
( Musée Saint-Remi de Reims )

   Parmi les nombreuses personnalités qui accompagnaient le ministre des colonies, se trouvaient les deux députés noirs Blaise DIAGNE, député du Sénégal et Gratien CANDACE, député de la Guadeloupe.
   Le général ARCHINARD est monté à la tribune et a rappelé le rôle important joué au cours de l'été et de l'automne 1918 par les troupes du 1er Corps d'armée coloniale, dont l'héroïsme a permis de tenir le Fort de la Pompelle et de sauver la ville de Reims gravement menacée par l'offensive allemande.

À la tribune le général Archinard prononce le discours d'inauguration
Photographie publiée dans L'Illustration le 19 juillet 1924
( Archives municipales et communautaires de Reims )

   Mais tout en affirmant que « les tirailleurs noirs se sont conduits en bons Français », qu'ils « se sont montrés dignes de combattre sous nos trois couleurs, à côté de nous », il a relativisé le rôle joué par les troupes indigènes dans le défense de Reims, en relevant qu'elles n'avaient représenté « qu'à peine le dixième des troupes de toutes armes entrées en ligne sur ce front ».
   Il est vrai que l'inauguration du Monument à l'Armée noire de Reims ne faisait pas l'unanimité et que le général PETIT, qui commandait la 134e division d'infanterie engagée elle aussi en 1918 dans la défense de Reims, estimant que la gloire d'avoir sauvé Reims avait été confisquée par l'Armée noire et l'Armée coloniale, a refusé de participer à la cérémonie.
   Les discours, tout en rendant hommage aux soldats de l'Armée noire, exaltaient la fibre patriotique, la renaissance de Reims, érigée en « ville martyre » et la vitalité de l'Empire colonial.

Extraits du discours du Général Archinard, président du Comité d’érection 

  « Les officiers des troupes coloniales, les fonctionnaires coloniaux qui ont vécu au milieu des troupes noires, qui ont pu les apprécier dans la vie de tous les jours, et dans les combats, ont eu la bonne pensée de demander au grand statuaire Moreau-Vauthier, leur compagnon d'armes, de faire un monument à la gloire des tirailleurs noirs et de leurs chefs tombés glorieusement en défendant leur patrie lointaine et leur patrie d'adoption qui, pour nous comme pour eux, forment aujourd'hui la France [...]
   Nous sommes ici pour glorifier nos troupes noires, mais ce serait laisser planer sur elles quelque ridicule injustifié, que de ne pas réfuter les accusations, le dénigrement de source allemande, aussi bien que l'exagération de leur nombre et de leur rôle.
   Les tirailleurs noirs se sont conduits en bons Français ; ils se sont montrés dignes de combattre sous nos trois couleurs, à côté de nous [...]
   La vérité, c'est que les troupes exotiques (sic) de toute origine engagées devant Reims, entre le 26 mai et la fin de juillet 1918, représentaient au total une douzaine de bataillons, c'est-à-dire à peine le dixième des troupes de toutes armes entrées en ligne sur ce front. Elles s'y sont montrées terribles pour les Allemands parce qu'ils les regardaient comme des sauvages [...]
   Au nom du comité que je préside, et au nom de tous les souscripteurs, j'ai l'honneur de remettre ce monument « À la gloire des héros de l'Armée noire et de leurs chefs tombés au champ d'honneur », à la Ville de Reims qui, après avoir vu les sacres des rois de France a subi le terrible baptême du feu qui la rend à nos yeux plus noble et plus aimée.
   Vive la Ville de Reims ! Vive la République française ! »

Extraits du discours de Charles Roche, maire de Reims 

   « Aucun emplacement ne se prêtait aussi merveilleusement à l'érection d'une telle œuvre : faisant face aux tranchées ennemies distantes de quelques centaines de mètres seulement, debout sur ce parapet de granit où le burin a gravé pour les générations futures les hauts faits d'armes qu'ils ont accomplis, nos héros noirs sont adossés à cette ravissante montagne de Reims aux coteaux verdoyants, couverte d'arbres et de vignes courbant sous le faix des raisins mûrissant ; cette montagne de Reims, dont le radieux panorama s'étend de tous les côtés à l'horizon , et qui, grâce à ses glorieux défenseurs, est restée inviolée malgré l'énorme poussée de l'adversaire et n'a eu à subir ni la souillure de l'ennemi, ni les dévastations de la guerre. [...]
   La ville de Reims est fière d'avoir la garde d'un monument commémorant des faits aussi glorieux de l'histoire locale et nationale. [...] Gloire à l'Armée noire, gloire à ses vaillants combattants, sauveurs de notre chère cité, et merci à cette foule, qui a tenu à saluer au pied du monument l'aurore de cette ère de prospérité, de justice et de paix bienfaisantes, but suprême de nos communes aspirations, tant désiré de la France tout entière ».

 Extraits du discours d’Édouard Daladier, ministre des Colonies

   « Après le discours, si précis et si documenté, du général Archinard, un des plus remarquables créateurs de notre empire colonial, après les nobles paroles du maire de Reims, le ministre des colonies a le devoir d'associer la France tout entière, celle de la Métropole, et les Frances qui rayonnent au-delà des océans, à l'hommage d'admiration et de respect qui est aujourd'hui rendu aux soldats noirs.
   Lorsqu'en 1914, nos foyers furent envahis, la question se posait de savoir ce que feraient nos colonies. Beaucoup prétendaient qu'elles se révolteraient, et qu'au lieu de nous donner des hommes, il faudrait au contraire en envoyer de la métropole, pour rétablir l'ordre. Ceux-là se sont trompés, et le ministre proclame bien haut que les colonies n'ont pas déçu les espoirs qu'on avait mis en elles : 800 000 hommes, dont 600 000 combattants, sont venus à nos côtés, et plus de 30 000 sont tombés glorieusement pour le salut de la patrie commune.
   Ici, à la lisière de la montagne, ici, où passèrent tant d'invasions successives, il convenait d'élever ce monument à la gloire des héros noirs, qui écrivirent une si magnifique épopée [...] Les troupes noires ont participé aux batailles les plus sanglantes de la guerre, et elles ont su mériter l'estime des populations civiles, tout autant que l'admiration de leurs chefs. [...] Il fallait sauver la cité historique, où des générations avaient sculpté, au portail de la Cathédrale, une page de pierre où vibrait l'histoire des premiers siècles de notre patrie [...]
   Il faut que la métropole fasse un vigoureux effort, pour aider ces populations courageuses à lutter contre la maladie et la misère, et pour forger, avec les divers éléments de notre empire colonial, une vaste association, pour la grandeur de la France et son rayonnement dans le monde. [...]
   Vive Reims ! Vive la France ! Vive la République ! »

   Après l'inauguration, un vin d'honneur a été servi dans le grand hall d'expédition de la Maison Pommery, puis un banquet a réuni les invités de la Ville de Reims dans les salons Degermann, à l'issue duquel le préfet de la Marne, le représentant du maire de Reims et le ministre des Colonies ont pris la parole :

Extrait du discours du préfet de la Marne, Brisac

    « La pensée qui domine cette journée est la même que celle qui commande à toutes les inaugurations de monuments aux morts : fidélité, souvenir, et gratitude envers tous ceux qui sont tombés pour que la France vive. Mais aujourd'hui, ce ne sont pas les fils de la terre de France que nous glorifions, ce sont ses enfants d'adoption qui sont venus de pays lointains pour défendre notre sol comme si il avait été le leur [...] ».

   Puis s'adressant au ministre DALADIER qui avait combattu en Champagne dans les rangs du 118e RI, et qui quittait le banquet peu après pour se rendre au cimetière militaire de Sillery se recueillir sur la tombe de camarades de régiment, puis à Verzy où il avait été en cantonnement, et à Prunay, où il voulait revoir l'emplacement de son ancienne cagna :

   « Vous êtes ici dans la Marne que vous avez contribué à défendre qui a connu des heures douloureuses et subi le joug infâme ; dans Reims qu'on a pu croire détruite pour jamais. Vous venez ici assister à notre joie de voir sa libération et sa résurrection, nous vous en sommes reconnaissants et nous vous apportons l'hommage de gratitude de la ville de Reims [...] »

Extrait du discours de Monsieur Doneux, adjoint
représentant la maire de Reims, qu'un deuil récent a écarté de la fête
 

   « Vous nous avez confié le monument. Il restera sous la garde vigilante des habitants et il fera l'admiration de tous ceux qui passeront sur la route 44 et qui diront en s'y arrêtant : « Les coloniaux ont bien mérité de la Patrie ».

Extrait du discours d'Édouard Daladier, ministre des colonies

   « Et comment ne célébrerai-je pas, mon cher préfet, la résurrection de Reims, car, lorsque nous fûmes témoins du martyre atroce de la ville que les Barbares voulurent détruire parce qu'ils ne pouvaient la piller, nous ne doutions pas qu'un jour prochain Reims allait sortir plus belle et plus riche que jamais de ses ruines [...
   Vous garderez pieusement ce monument ; mais je voudrais aussi que vous songiez aux nécessités de la vie, aux difficultés qui vous attendent, aux problèmes formidables qui se posent, et je vous demande de penser à ce grand empire colonial et à ces Français qui, perdus dans la brousse, travaillent à la grandeur morale de la France.
   Je lève mon verre à tous les artisans de cet effort colonial qui a pour but d'élargir la Patrie dans le vaste monde ».

Une grande fête militaire et sportive
à la gloire des soldats de marine et des coloniaux

    Au cours de l'après-midi du 13 juillet 1924, une grande fête militaire et sportive a rassemblé 10 000 personnes au Parc Pommery tout proche du monument.
   Défilé historique, lecture au haut-parleur d'un poème en prose de Michel CLAUDE, fanfares et chœurs, minute de silence et Marseillaise, puis épreuves sportives se sont succédés tout au long de l'après-midi.

La fête sportive et militaire annoncée dans L'Éclaireur de l'Est du 13 juillet 1924

 

Le programme de l'inauguration du monument aux héros de l'Armée noire de Reims
( Archives municipales et communautaires de Reims )

 

L'Éclaireur de l'Est du 14 juillet 1924

 

Défilé historique de l'Armée coloniale dans le stade du Collège d'Athlètes
Photographie publiée dans L'Illustration le 19 juillet 1924
( Archives municipales et communautaires de Reims )

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