Le monument de 1963

 
 
Les origines du monument (1958-1962)
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   Au milieu des années 1950, l'Amicale des anciens coloniaux et marins de Reims a sollicité l'appui du gouverneur général de l'Afrique occidentale française en poste à Dakar, pour le lancement d'une souscription destinée à la réédification du monument à l'Armée noire de Reims.
   Le 4 juin 1955, le préfet de la Marne avisé par le gouverneur de cette démarche, l'informait que la Ville de Reims envisageait de constituer un comité chargé d'étudier les moyens à mettre en œuvre pour la réédification du monument, et lui demandait d'inviter l'Amicale des anciens coloniaux à se mettre en relation avec le maire de Reims.
   En réalité, la Ville de Reims, qui en était propriétaire, était partagée sur le projet de reconstruction. Elle craignait de voir se rallumer les tensions opposant anciens combattants des troupes coloniales et anciens combattants des régiments métropolitains qui se disputaient le mérite d'avoir sauvé Reims en 1918. En outre, elle considérait alors qu'elle n'avait pas les moyens financiers pour s'engager dans la reconstruction à l'identique de ce monument dont la valeur avait été estimée à 250 000 francs de 1939.
   L'indemnité pour dommages de guerre ne s'élevait qu'à 7 760 francs, et une étude préalable faisait apparaître que la réédification du monument primitif, à partir de la réplique préservée à Bamako, coûterait entre 200 000 et 400 000 francs, une somme jugée difficile à réunir à l'époque.
   En septembre 1958, à l'occasion du 40e anniversaire de la défense de Reims par les Corps d'armée coloniaux, une stèle provisoire a été inaugurée sur le site de l'ancien monument, au cours d'une cérémonie présidée par le général MORLIÈRE, au cours de laquelle il a rendu hommage « aux troupes d'Outre-Mer de toutes races et de toutes couleurs » :
   « Aujourd'hui, et par cette stèle, c'est à tous ceux qui, en 1918, préservèrent la Ville des sacres de l'envahisseur, que Reims rend avec nous tous un hommage reconnaissant et mérité. Et parmi tous ces héroïques défenseurs, Reims fait dans son cœur une place de choix aux troupes d'Outre-Mer de toutes races et de toutes couleurs »
.

La stèle provisoire érigée en 1958
« La Ville de Reims à ses défenseurs.
Les troupes coloniales
et les anciens combattants coloniaux
à leurs morts »
( Archives municipales et communautaires de Reims )

   Au début des années 1960, avec la fin de la guerre d'Algérie qui clôturait le long et difficile processus de la décolonisation, la reconstruction à l'identique du monument ancien a été écartée, parce que ce monument évoquait l'engagement des troupes indigènes dans la 1ère guerre mondiale d'une façon qui pouvait être considérée désormais comme trop coloniale, voire trop colonialiste, alors que la Ville de Reims était jumelée avec Brazzaville, qu'elle recevait assez fréquemment des visites de personnalités africaines et que son université accueillait de plus en plus d'étudiants africains.
   On a donc retenu l'idée d'un nouveau monument, plus simple, plus discret, destiné à commémorer le souvenir des soldats africains tombés pour la défense de la Ville de Reims, « sous une forme ne pouvant choquer personne ».
   En 1961, la municipalité de Reims et la délégation locale de l'Association française des coloniaux et anciens combattants d'outre-mer ont pris l'initiative de créer un Comité du Monument aux soldats d'outre-mer à Reims, déclaré en sous-préfecture le 30 mars 1961, dont la mission était « de faire édifier à Reims un Monument en remplacement du Monument à l'Armée noire détruit sous l'Occupation ».
   Le comité a lancé un concours ouvert aux élèves de l'École régionale des Beaux-Arts et des Arts appliqués, et il a finalement retenu le projet de monument présenté par Jean-Marie MAYA-PEREZ, projet élaboré sous la direction de son professeur, l'architecte Claude DUCHER.

La maquette et les plans du monument de 1963
( Archives municipales et communautaires de Reims )

   Considérant que la somme allouée au titre des dommages de guerre était insuffisante pour mener à bien ce projet dont le coût était évalué au début des années 1960 à environ 30 0000 (nouveaux) francs, le comité d'érection présidé par Roger CRESPIN, conseiller général, adjoint au maire de Reims, Jean TAITTINGER, et président des anciens des Forces françaises libres, avait demandé au ministère des Anciens combattants une subvention de 10 000 (nouveaux) francs. Mais le mandatement de cette subvention était subordonné à la production des travaux exécutés.
   Le 6 juillet 1960, le ministre de l'Intérieur informait le préfet de la Marne qu'il donnait son accord préalable au projet de reconstruction du monument présenté par la Ville de Reims.
   Le 17 août 1962, le préfet de la Marne adressait au ministre de l'Intérieur le dossier règlementaire à soumettre à l'avis de la Commission centrale des monuments commémoratifs. Il appelait tout spécialement l'attention du ministre « sur l'intérêt que le Comité d'érection attacherait à pouvoir procéder à l'inauguration de ce monument le 11 novembre prochain », c'est-à-dire le 11 novembre 1962, et lui demandait avec insistance de bien vouloir intervenir pour activer la procédure.
   Le 10 décembre 1962, était promulgué le décret du Premier ministre, Georges POMPIDOU, approuvant « l'érection du monument commémoratif : REIMS ( Marne ) Monument à la Mémoire des Morts de l'Armée noire », sur proposition du ministre de l'Intérieur Roger FREY et avec l'avis favorable de la Commission centrale des monuments commémoratifs.
   Le 19 décembre 1962, le sous-préfet de Reims, pas encore informé de cette décision, alertait le préfet sur le fait que les travaux n'ayant pu commencer tant que le décret n'était pas promulgué, la Ville de Reims risquait de perdre le bénéfice de cette subvention.
   Le 21 décembre 1962, le préfet de la Marne faisait parvenir au sous-préfet de Reims deux ampliations du décret ministériel approuvant l'érection du monument et lui demandait de notifier cette décision au maire de Reims.
   La construction du monument, confiée à un entrepreneur rémois, Émile NIGRON, a été réalisée avec le concours des services municipaux ( voirie et jardins ).
   Le 27 juillet 1963, l'édition rémoise du quotidien L'Union publiait une photographie du monument presqu'achevé et annonçait le lancement d'une souscription publique destinée « à parfaire le financement du nouveau monument aux soldats africains ».

Achèvement des travaux d’érection du monument de 1963
(Photo publiée dans L'Union du 27 juillet 1963 )

   Le 27 septembre 1963, quelques jours avant l'inauguration du monument, le sous-préfet de Reims faisait parvenir au préfet de la Marne une brève notice historique rédigée par Monsieur CRESPIN, président du Comité d'érection et adjoint au maire de Reims, et il l'informait que sur les 70 communes de l'arrondissement sollicitées pour participer à son financement, 8 seulement avaient répondu favorablement et apporté au total une contribution de 230 francs.

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