L'engagement des troupes noires dans les deux guerres mondiales

 
 
De 1940 à 1945
Imprimer au format pdf

L'engagement des soldats d'Afrique noire
dans la 2e guerre mondiale

   En mai-juin 1940, plusieurs unités de soldats d'Afrique noire se sont sacrifiées dans des combats de retardement extrêmement meurtriers, en particulier à Aubigny dans la Somme, puis à Chasselay au Nord de Lyon. L'ensemble des soldats noirs ont été victimes de la la haine raciste de l'Allemagne hitlérienne : blessés achevés, prisonniers exécutés ou morts à la suite des mauvais traitements subis.
   Selon l'historien américain Raffael SCHECK, qui a enquêté dans les archives militaires françaises et allemandes, près de 3 000 « tirailleurs sénégalais » ont été exécutés par la Wehrmacht en mai-juin 1940, crime de guerre perpétré non pas par des SS , mais par l'armée régulière allemande.
   Au lendemain de la défaite de juin 1940, environ 25 000 soldats d'Afrique noire ont été faits prisonniers par les Allemands. Séparés des prisonniers de guerre blancs métropolitains envoyés dans les stalags en Allemagne, ils ont été regroupés en France occupée dans 22 Frontstalags où ils ont été soumis à des conditions de détention extrêmement difficiles, puis mis au travail dans des chantiers forestiers et sur les chantiers de l'Organisation Todt.
  Dès octobre 1940, le tirailleur guinéen Addi BÂ s'est évadé du frontstalag de Neufchâteau avec plusieurs camarades. Après avoir pris contact avec le mouvement Ceux de la Résistance (CDLR), il a participé à la formation du « Camp de la Délivrance », premier maquis constitué dans les Vosges. Arrêté et torturé par la police allemande, puis condamné à mort, il a été fusillé le 18 décembre 1943 à Épinal. Addi BÂ est le héros du roman historique de l'écrivain guinéen Tierno MONÉNEMBO, Le Terroriste noir, publié au Seuil en 2012.
   En Afrique noire, après  le ralliement au général de GAULLE de plusieurs territoires, les unités de « tirailleurs sénégalais » qui s'y trouvaient  ont combattu dans les rangs de la France combattante, à Koufra, Bir-Hakeim, El-Alamein.
   En 1944, près de 120 000 goumiers, tirailleurs et spahis, originaires de 22 pays du Maghreb et d'Afrique noire intégrés alors à l'Empire français, dont beaucoup s'étaient déjà distingués lors des durs combats de la Campagne d'Italie notamment au cours de la bataille de Monte Cassino et de la prise de l'île d'Elbe, ont débarqué sur les côtes de Provence et ont été engagés dans la libération de la France puis en Allemagne jusqu'à la victoire de mai 1945. Ils étaient placés sous le commandement du général de LATTRE DE TASSIGNY, chef de l'Armée d'Afrique, devenue l'Armée B, puis la 1ère Armée française.
   Au total, 21 500 soldats d'Afrique noire ont été tués au cours de la 2e guerre mondiale. 
   En 1947, le général LECLERC, chef de la la 2e DB, avait réclamé que la France s'acquitte pleinement et sans marchander de la dette d'honneur qu'elle avait contractée auprès d'eux.

Le gel des pensions

   Lorsque la décolonisation s'est achevée en Afrique à la fin des années 1950 et au début des années 1960, la France a décidé, conformément à l'article 71 de la loi de finances du 26 décembre 1959, de geler à leur niveau de 1959, les retraites et pensions d'invalidité versées aux anciens combattants de son ex-Empire colonial.
   Il en a résulté une situation très inégalitaire vécue avec beaucoup d'amertume, par les anciens combattants d'Afrique noire qui touchaient des pensions pouvant être jusqu'à dix fois moins élevées que celles des anciens combattants français.
   En 1996, un ancien sergent-chef sénégalais, Amadou DIOP, qui s'était engagé dans l'armée française de 1937 à 1959, et en avait été radié lors de l'accession à l'indépendance du Sénégal, a porté plainte contre l'État français. Il n'avait touché qu'un tiers de la retraite qu'il aurait pu percevoir s'il avait été Français et réclamait réparation.
   En 2001, un arrêt du Conseil d'État a donné raison à titre posthume à cet ancien tirailleur sénégalais décédé depuis, et a jugé que cette distinction de traitement contrevenait à l'article 14 de la Convention européenne des droits de l'Homme, qu'elle constituait une discrimination fondée sur la nationalité, et qu'un ancien combattant de l'ex-Empire colonial français devait bénéficier des mêmes droits qu'un citoyen français en matière de pension militaire.
   L' arrêt du Conseil d'État a obligé le gouvernement français à réviser la loi de cristallisation de 1959. Les anciens combattants d'Afrique noire pouvaient désormais prétendre à une revalorisation de leurs pensions avec un rattrapage des arriérés.

Le long processus de « décristallisation » des pensions
qui a mis fin en janvier 2011 à un demi-siècle d'injustice et d'inégalité

   En 2003, le gouvernement de Jean-Pierre RAFFARIN s'est engagé sur la voie d'une « décristallisation » partielle de leurs pensions qui devaient désormais être indexées non pas sur celles des Français, mais sur le coût de la vie dans les différents pays où ils résidaient.
   Le 13 août 2004, à la veille de la commémoration du débarquement de Provence, un communiqué du ministère français délégué aux anciens combattants a annoncé qu'une somme de 120 millions d'euros avait été inscrite au budget 2004 pour revaloriser de 20 à 100 %, les pensions des anciens combattants originaires d'anciennes colonies françaises, ce qui a constitué la première revalorisation depuis la loi de « cristallisation » de 1959.
   En septembre 2006, à l'occasion de la sortie du film de Rachid BOUCHAREB, Indigènes, le ministre délégué aux anciens combattants, Hamlaoui MEKACHERA, a indiqué que les 80 000 anciens combattants de l'armée française de nationalité étrangère, issus dans leur immense majorité de l'ex-Empire colonial français et qui appartenaien à 23 nationalités différentes, bénéficiaient désormais, grâce au processus de décristallisation des pensions, d'une parité de pouvoir d'achat dans leur pays respectif, avec leurs camarades anciens combattants français. Il a reconnu aussi que cela était « équitable mais pas satisfaisant », et qu'il fallait tendre vers la parité nominale en euros. En effet, la plupart de ces anciens combattants indigènes ne percevaient alors en euros que la moitié ou même seulement un tiers du montant de la pension perçue par un ancien combattant français.

   Le 27 septembre 2006, à la sortie du conseil des ministres, le ministre délégué aux anciens combattants, Hamlaoui MEKACHERA, a annoncé qu'à partir de janvier 2007, les anciens combattants de l'armée française originaires des anciennes colonies d'Afrique et d'Asie allaient percevoir les mêmes pensions que leurs frères d'armes français.
   Cependant, ces mesures d'ajustement ne concernaient que les retraites des combattants et les pensions d'invalidité, laissant entier le problème des militaires de carrière dont les pensions de retraites, versées en fonction du grade ou de la durée d'engagement sous les drapeaux, n'ont été que partiellement alignées.
   Le 31 août et le 1er septembre 2007, à Fréjus où se dresse un monument à l'Armée noire, un hommage discret a été rendu aux tirailleurs africains à l'occasion du 150e anniversaire de la création du corps des tirailleurs sénégalais dont les derniers bataillons ont été dissous en 1964.
   En  2010, un hommage a été rendu aux vétérans issus des colonies à l'occasion du 70e anniversaire du début de la 2e guerre mondiale. Un « diplôme d'honneur » leur a été remis à la date de leur choix le 8 mai ou le 14 juillet 2010, par les maires ou les consuls de France, en reconnaissance du devoir accompli « aux heures terribles de l'Histoire ».
   Le rapport 2010 de la Cour des comptes présenté par son président Philippe SÉGUIN, a considéré que les disparités qui subsistaient encore étaient injustifiées et il a recommandé « un alignement automatique et intégral du régime de tous les pensionnés, quels que soient leur lieu de résidence et leur nationalité, sur le régime appliqué aux Français ».
   Le 25 mai 2010, le Conseil constitutionnel a censuré a posteriori les dispositions inscrites dans les trois lois de finances de 1981, 2002 et 2006 relatives au gel des pensions des ressortissants des pays et territoires autrefois sous souveraineté française, considérant qu'elles constituaient une rupture du principe d'égalité. Il a demandé au législateur de les remplacer avant le 1er janvier 2011:
   « L'abrogation des trois articles visés par la censure prendra effet à compter du 1er janvier 2011. Il revient au législateur, d'ici là, de prendre de nouvelles dispositions, fixant le niveau des pensions par pays tout en respectant le principe d'égalité. Leur bénéfice sera étendu, outre les requérants, à tous ceux dont les affaires sont en instance.
Les pensions « décristallisées » seront recalculées et un rattrapage sur les quatre dernières années - durée de la prescription administrative - sera effectué ».

   Le 13 juillet 2010, dans une allocution prononcée à l'occasion du déjeuner offert aux chefs d'État africains invités d'honneur du 14 juillet, le président de la République, Nicolas SARKOZY, a annoncé un alignement général des pensions de tous les anciens combattants, quels que soient leur nationalité ou leur lieu de résidence :
   « Il est des dettes qui ne s'éteignent jamais. C'est le cas de celle que la France a contractée envers vos pays, où commença de briller, voici 70 ans, la flamme de la France Libre, et dont les fils ont versé leur sang pour libérer la France. Il était temps de la reconnaître avec toute la solennité qui convient.
C'est également pour témoigner de notre reconnaissance indéfectible envers les Anciens Combattants originaires de vos pays, que nous souhaitons les voir bénéficier désormais des mêmes prestations de retraite que leurs frères d'armes français »
.